‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 299 sur 394 · LETTRE LXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVIII

Il exhorte une personne au sacrifice d'elle même et à l'amour de la croix.

Je bénis Dieu que sa bonté vous délivre en sa sainteté des choses que j'appréhenderais le plus pour vous, et qui, ne servant qu'à flatter la nature et contenter les sens, seraient aussi les plus périlleuses pour votre âme. C'est maintenant le temps de vous réjouir et de vous glorifier, puisque la retraite des créatures continue, que la persécution s'approche, et que la divine croix du Maître prépare ainsi votre sanctification. Il est si doux au pur amour de faire en cette vie les les plus violents et les plus rudes sacrifices, et de.se jeter enesprit dans les fournaises ardentes, de s'exposer aux roues et aux gibets, pour ne vouloir vivre que dans l'exercice perpétuel du solide amour, qui consiste en ces œuvres pénibles I C'est ce qui maintient l'âme en état d'hostie, et ce qui la prépare à tous les sacrifices qu'il plaira à Dieu de lui présenter un jour en vérité. Je ne sais ce que nous ne devrions pas faire pour exciter le bon plaisir de Dieu à nous donner occasion de mourir un jour martyrs, et de finir nos jours par la consommation d'un véritable sacrifice, pour ne pas porter en vain cette glorieuse qualité d'hostie vivante à Dieu et mourante à tout moment à soimême et au monde. Je prie ce grand tout que cette auguste qualité et son immense libéralité sur nous ne nous soient pas un jour un sujet de reproche, mais quece nous soit plutôt une matière de louange et de gloire en la bouche de notre Maître et de notre divin Sacrificateur. La mort perpétuelle et la vie à Dieu seul en Jésus-Omst est la vraie vie du baptême; et nous avons été oints de l'esprit de mort et de vie du Fils de Dieu, pour nous porter et nous aider continuellement à mourir à nous comme Jésus et à vivre de la vie de Dieu en son esprit, comme Notre-Seigneur même ressus-

LETTRES SPIRITUELLES

cité, oui ne vit plus de la vie humaine en son infirmité, mais de la vie divine de Dieu son Père, qui le consomme et qui absorbe par son esprit divin tout ce qui était en lui de mortel.

Ayez bon courage : le temps de ce sacrifice sera court. Notre-Seigneur l'a pratiqué trente trois ans, portant une contradiction perpétuelle en soi-même, et n'ayant jamais rien fait, comme dit l'Apôtre (Rom. xv, 3), par propre complaisance. Pour ce sujet il a été couronné de gloire et d'honneur pour une éternité , et nous ayant une fois sanctifiés avec lui, il nous veut aussi consommer en lui et avec lui, dans le sein de son Père, qui sera le lieu de la consommation parfaite du sacrifice. La gloire, la joie et la béatitude y seront d'autant plus grandes, que les sacrifices auront été grands et sensibles en celle vie. Dès ce moment je me plonge avec vous en la mort jusqu'à la mort, et désire en la très-sainte Vierge, dont l'Eglise honore en ce jour et la mort et la vie, de trouver en elle et l'une et l'autre. Car, dans cette adhérence à son esprit de vie auguste et magnifique en Dieu, j'espère qu'il n'y aura plus moyen de vivre à la vie de soimême, mais "que, vivant en elle hors de nous, nous nous perdrons entièrement en Dieu, notre tout pour jamais. Adieu. L'espérance de la vie future est mon entier soulagement etmon parfait repos en la vie présente, laquelle j'espère heureuse et pleine de joie et de bonheur par la croix et par la privation de toutes choses en ce monde.

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