‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 308 sur 394 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

De la dévotion au mystère de la nativité de la sainte Vierge, et à Jésus vivant en elle.

J'ai eu bien de la joie d'apprendre la dévotion que Notre-Scigneur vous donne à la nativité de sa très-sainte Mère, à laquelle je désirerais de porter tout le monde. Vous pourriez, pour honorer ce mystère, avoir chez vous un oratoire, où vous mettriez, comme on fait au temps de la nativité de Notre-Seigneur, non pas une crèche, mais un berceau ou une petite couchette où serait la sainte Vierge nouvellement née au monde, qui aurait à ses deux côtés sainte Anne et saint Joachim, et le reste de sa couche environné d'anges, qui seraient en admiration devant ce chef-d'œuvre admirable del'amour et de la sagesse de Dieu. A'ous iriez là tous les jours, pendant le temps de ce mystère, jusqu'à celui de sa sainte conception, pour lui rendre vos devoirs; et vous lui feriez tous les jours présent de quelque chose, surtout de vous-même, vous donnant à elle et vous quittant aux pieds de ce divin berceau.

Si vous vouliez en faire un pour vous et un autre pour moi, je vous en serais bien obligé. Ce lieu et ce divin mystère nous serviraient de rendez-vous en esprit toutes les fois que nos montres sonneraient, soit le jour, soit la nuit. Nous prierons même nos bons anges de faire cela pour nous et d'y occuper notre place. La montre que j'ai me fait ce bon office ; et je pense que votre bon ange est celui qui doucement m'appelle intérieurement à ce devoir, pendant que je l'entends sonner. Je vous dirai en confiance qu'étant en peine sur l'usage de ce présent, la divine Mère me dit de le recevoir et de le garder de sa part, afin de mesurer les heures de la vie qu'elle m'avait rendue, pour l'employer à l'honneur de son Fils.

Vous n'êtes pas marrie que je vous associe et vous unisse à tous les saints devoirs que notre divine Mère veut bien souffrir de moi. Je suis ravi que ce rendez-vous en esprit se soit enfin manifesté par la bonté de Dieu dans un mystère si saint et si aimable. Je le désirais il y a longtemps, mais ce n'était pas a nous à en faire le choix. C'est à Dieu à destiner aux mystères les adorateurs

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qu'il lui plaît, et c'est à nous à recevoir ses ordres avec tout le respect et toute la soumission due à sa souveraine majesté. Ce divin tout et cet adorable moteur de sa religion gouverne toutes choses avec suavité, et avec efficace. Tout ce qu'il opère en nous, il le fait avec amour pour rendre son joug plus agréable; et ainsi il désire de nous des respects et des devoirs envers les mystères qu'il sait que nous aimons, et à quoi il nous a préparés de longue main, par l'amour et la tendresse qu'il nous donne pour Jésus en sa Mère.

Vous verrez par le papier que je vous envoie comme ce mystère de la nativité de Notre-Dame est la nativité de Jésu^-Cbrist anticipée et une préparation admirable à sa sainte naissance sur la terre. Vouez-vous bien à Jésus en Marie naissante dans le monde, et vous liez à lui en elle, afin de ne vivre plus que pour lui par elle et de commencer à compter vos jours et votre véritable vie du moment de cette nativité sur la terre, détestant toute autre naissance et tout le temps de votre vie qui ne s'est pas employé à l'adoration des mystères et à la participation de leur vertu et de leur vie.

Oh ! que cette divine enfance de Marie est peu connue, peu aimée, peu adorée, et qu'elle mérite pourtant l'admiration et le respect d'un million de mondes et d'esprits bienheureux ! Comme je vous disais autrefois que la vraie charité se porte aux œuvres délaissées, et que la véritable religion va au respect des mystères oubliés, sacrifions nos vies au respect et à l'amour de celui-ci, qui est si peu connu et encore moins honoré dans le monde; et je vous assure qu'un jour la Mère du bel amour saura bien nous le rendre. La sainte enfance de l'Evangile, si nécessaire pour entrer au royaume de Dieu, est tellement rare dans l'Eglise, qu'on ne le peut assez déplorer; et peut-être cela vient-il du défaut d'amour et de respect envers l'enfance de Jésus-Christ et envers celle de sa sainte Mère. C'est une bénédiction non pareille quand une fois la miséricorde de Dieu nous y applique et nous y donne une dévotion spéciale.

Vous me direz que vous aviez eu quelques pensées de vous consacrer plus tôt à Jésus au très-saint Sacrement. Mais je réponds que vous devez dépendre de Notre-Seigneur pour l'application à ses mystères, lequel vous déterminera plus particulièrement aux uns qu'aux autres, selon les desseins qu'il aura sur vous. C'est à Dieu et non pas à vous à en faire le choix. Les anges, dans le ciel, ne sont pas appliqués selon leur choix à l'adoration des mystères et des perfections divines, mais selon l'ordre adorable de Dieu, leur souverain, qui les a créés pour ce qu'il veut. Ht puis, si vous allez au très-saint Sacrement pour y trouver Jésus-Christ, comme vous le devez faire, cela n'empêche pas que vous n'alliez aussi pour le trouver en la très-sainte Vierge, où il est comme dans un tabernacle, dans un saint ciboire et sous un ciel plus riche que ne sont ces dais wa-

gnifiquessous lesquels on l'expose sur les autels. C'est là où il verse ses plus insignes grâces; c'est là où il communique ses plus rares faveurs ; c'est là où il se plaît d'être adoré, aimé et invoqué de tous les hommes ; c'est là où il est ravi de recevoir nos hommages ; en un mot, c'est là son paradis de délices, le séjour de ses amours, le lieu de ses richesses et de ses gloires ; et cependant c'est là où il est presque inconnu, et où il n'est ni recherché ni visité comme il mérite.

Vous me direz aussi, peut-être, que vous ne sauriez avoir de dévotion à ce mystère, parce qu'il est passé. Il est vrai qu'il est passé en son état extérieur; mais, pour l'intérieur, il est toujours vivant et subsistant en sa grâce, en sa vertu et en ses perfections divines. Car la sainte Vierge porte toujours, comme Jésus, son même intérieur, et tout ce qu'elle a jamais eu de vertus, de grâces, de sentiments de Dieu et de dispositions saintes, est permanent en elle; en sorte que dans la foi nous le trouvons toujours le même. Eh 1 quel bonheur que Dieu nous offre un tel trésor et nous ouvre cette belle porte pour entrer en son royaume! Je cherchais, ou plutôt j'attendais, il y a longtemps, quelque obligation qui m'attachât à la piété de sainte Anne et de saint Joachim. J'embrasse de tout mon cœur cette ouverture que Notre-Seigneur me donne. Pour vous, vous y avez déjà votre engagement par l'honneur que vous avez de porter le nom de sainte Anne. Je vous prie seulement, dans vos visites intérieures ou extérieures à ce saint berceau, de vous unir le plus intimement que vous pourrez à la religion de cette grande sainte envers la très-sainte Vierge; et, tout indigne que je suis, je m'unirai à celle de saint Joachim. Ainsi nous nous trouverons tous deux unis en cette même religion envers ce divin Enfant. Que ceLe éminente vertu de simplicité dans les enfants, et cette perte d'esprit propre, déjugeaient et de volonté, qui se trouve dans l'enfance, est une grande vertu ! mais qu'elle est rare 1 Je souhaite que vous la remportiez pour fruit de vos assiduités auprès de la sainte Vierge.

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