‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 315 sur 394 · LETTRE CLXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIII

Que ceux qui veulent servir Dieu se doivent préparer à la croix

Je lou'j et adore Dieu de la facilité qu'il vous donne à vous vaincre. Mais humiiiezvous , car il voit vos faiblesses, et il attend que vous soyez fortifiée en son amour pour vous faire bien changer de rout" temps viendra que , s'il vous voit bien g

route. Un Snéreuse pour son service , tout se bandera contre nous; et que ceux peut-être qui maintenant vous caressent le plus et craignent davantage de vous déplaire seront ceux qui seront vos plus rudes ennemis. Cependant Dieu, qui aime votre profit, et qui vous veut affermir, ce qu'il ne l'ail guère sans la. croix, qui est la force universelle de l'Eglise, vous en sèmera de légères parmi vos exercices, et il les faudra accepter avec joie et avec grand amour, aussi bien que toutes ces petites rencontres et adversités qu'il vous fera naître par sa sainte providence. Regardez tout ce qui se passera en vous et hors de vous, qui vous choquera et vous fera quelque peine, comme autant de croix que la main invisible de votre Epoux vous présente et que vous devez porter avec amour. Il me semble qu'il est toujours bon d'avoir des occasions de sacrifice , pour vivre continuellement à Dieu dans l'abnégation perpétuelle de soi-même et en séparation de tout propre désir. Aimez seulement et souffrez tout ce que votre amant crucifié désire. La croix est la couche de ses délices et le siège de ses secrets amours, qui vous seront d'autant plus agréables en l'autre vie qu'ils

vous auront été pénibles en celle-ci. Cependant allez toujours en avant à l'ombre et à la faveur de la croix. Allez à l'abri du dénûment et du sacrifice universel des grandeurs et des délices de ce monde. Tenezvous humiliée aux pieds de Jesus-Christ, lui rendant vos hommages et vos actions de grâces pour les victoires qu'il a déjà remportées en vous sur vous-même et sur le monde; et unissez-vous aux bénédictions que les anges lui donnent , pour avoir triomphé des démons par le ministère de saint Michel , que nou.s honorons aujourd'hui , bannissant de sa république l'orgueil, qui gâtait la société de ces bienheureux esprits.

LETTRE CLXXX1V

De sa dévotion envers saint Ambroise.

Je dois beaucoup à saint Ambroise , que l'Eglise honore aujourd'hui', et dont elle solennise la vocation à l'épiscopat, au lieu du jour de sa mort et de sa translation dans le ciel. Elle semble par là nous vouloir exprimer la sanctification parfaite et la plénitude de grâce dans laquelle ce saint a vécu , depuis qu'il a été appelé à cet état jusqu'à sa mort , s'étant comme trouvé dans une consommation d'amour achevée en ce moment, semblable en quelque manière à celle des saints au moment de leurgloire. Je pense vous avoir dit autrefois comme, dans le temps de ma vocation au saint service de l'Eglise , il m'avait été donné pour patron et pour protecteur avec sainl Grégoire. Et cette obligation m'a laissé tant de tendresse pour lui et tant de zèle pour son service, qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour lui en rendre des témoignages. Je vous supplie de vouloir suppléer à mes devoirs, espérant que Notre-Seigneur et sa divine Mère vous eu donneront la grâce et recevront avec plaisir ce supplément. Je ne laisserai pas de m'y joindre avec l'enfant Jésus qui, au temps de l'élection de cet illustre prélat, déclara par la bouche de ce petit enfant , qui cria hautement : Ambroise évèquc , le choix qu'il faisait en l'Eglise de ce grand saint , qu'il devait revêtir de sa sagesse et de la force qu'il lui avait acquise, comme au reste de ses membres, par le silence et par l'infirmité de son enfance. Oh! s'il y avait encore quelques cœurs comme celui-là dans l'Eglise,

que Jésus-Christ serait glorifié et honoré dans le monde! Ohl s'il plaisait à sa bonté et à l'amour qu'il a pour Dieu son Père de ressusciter cet esprit ! Et pour vous dire simplement le désir de mon cœur, il me reste toujours un souhait très-ardent d'aller au tomlieau de ce saint, pour l'invoquei sur l'Eglise, sur le -clergé et sur son pauvre

serviteur , qui désire vivre et mourir pour la gloire du royaume de Dieu. Adieu. Tout vôtre en Jésus-Christ et Marie.

LETTRE CLXXXV

Ce qu'il faut demander à Dieu pour le cleryé. Je crois que nous devons dans ce temps prier beaucoup pour l'Fgiise , et demander à Dieu qu'il renouvelle sa religion , qui en

beaucoup de lieux paraît maintenant , et en l'extérieur et en l'intérieur, presque tout abolie. On voit que la langueur laisse déchoir la beauté des églises, la décoration des autels , le respect du sacrilice , la gravité du chant, la majesté des cérémonies, la piété des prélats, la modestie et la sainteté de leurs ministres , la richesse des ornements, et surtout de ceux qui touchent de plus près la personne de Jésus-Christ , comme sont les ciboires et les calices, les soleils et les lampes ardentes devant sa face. Il faut que vous demandiez beaucoup à Dieu, qu'il rétablisse par toute la chrétienté la décence qui est nécessaire à son culte extérieur, et qu'il demande pour sa parfaite religion : Domine, dilexi décor em domus tuœ (Psal. xxv, 8); mais particulièrement qu'il lui plaise de renouveler dans le cœur du clergé l'intérieur de sa religion. Vous savez que c'est là votre vocation, et ce que Notre-Seigneur vous a fait connaître qu'il demandait de vous. Ainsi je vous exhorte d'y avoir une application spéciale.

C'est pourquoi vous demanderez à Dieu avec instance pour les prélats de son Eglise l'esprit de sainteté et de séparation du siècle; l'esprit de parfaite oraison et d'application à Dieu; l'esprit de frugalité dans leurs tables, d'honnêteté dans leurs meubles, et de modestie en leur train ; l'esprit de libéralité envers le prochain; l'esprit de vigilance sur leur troupeau; l'esprit de zèle, de force et d'application à les servir ; l'esprit de haine pour détruire le péché, les hérésies, l'athéisme, l'impiété; l'esprit de basse estime d'eux-mêmes, qui les tienne toujours vils et abjects à leurs propres yeux.

2. Pour les chapitres, vous demanderez à Dieu la correspondance avec leurs prélats, la charité parfaite et l'union dans les particuliers du corps, une grande assiduité au chœur , un parfait respect dans l'église , une grande modestie et recollection en Dieu , surtout pendant le temps des saints Offices; en un mot un grand exemple de piété et de religion chrétienne à tout le diocèse.

3. Pour les curés vous prierez Dieu de leur donner l'esprit de pénitence pour leur troupeau, de zèle pour le salut des âmes , d'assiduité aux services des peuples , de tendresse et de compassion dans leurs maux, de promptitude à les secourir, soit pour le corps, soit pour l'esprit, par les aumônes et par les sacrements ; d'oubli d'eux-mêmes, soit au vivre , soit au vêtir, soit au dormir ; d'abandon à Dieu et d'amour de la croix.

Pour les vicaires et les prêtres de paroisse, vous demanderez un grand dénûment d'euxmêmes entre les mainsdu pasteur, un anéantissement profond, une entière pauvreté, une activité continuelle en esprit de paix, de douceur et de charité , une perte totale d'eux-mêmes, et un entier abandon à Dieu pour le service du prochain.

Enfin, pour tous les ministres des saints

autels, vous demanderez les ornements des

vertus, une sainteté parfaite, les lumières

d'une foi vive avec l'ardeur de l'amour.

OElvres couri.. de M. Qunn.

Comme ce sont là les principaux instruments de la religion, et ce que Dieu demande surtout en son Eglise, ce sont aussi les choses que vous ne manquerez point de demander à Dieu tous les jours, principalement quand vous serez devant le très-saint Sacrement , où Notre-Seigneur n'a point de plus grande joie que de pourvoir aux besoins de son épouse.

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