‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 320 sur 394 · UM · texte numérisé non relu

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LETTRES SPIRITUELLES

mortifiant nos appétits, laissant régner en nous sa grâce, et vivant par son divin esprit, et non plus par les mouvements du nôtre et par les sentiments de la nature. Hélas! ma chère Fille, ce divin Jésus semble n'avoir point de vie sur nos autels. 11 est là sans mouvement, sans vue, sans ouïe, sans sentiment, pour nous apprendre qu'il faut que toutes ces choses soient mortes en nous : aussi ne faut-il jamais nous en servir que pour lui plaire. Plaire seulement à Dieu, être toujours l'objet de ses complaisances, uni avec son Fils, dont il dit que c'est lui dans lequel il se plaît, quel bonheur et quel avantage pour noust

Pour vous animer aux vertus, je ne veux point vous proposer maintenant d'autres motifs ni d'autres raisons que l'imitation de votre Epoux, dans lequel vous verrez reluire toutes les vertus. Vous y verrez un silence de trente ans, pendant lesquels il ne parle presque point, parce qu'il ne veut parler que pour plaire à Dieu son Père : vous y verrez la mortification, la" patience, l'humilité, la paix, la douceur, l'amour de la croix. Je ne vous donne point d'autres motifs que cet exemple, pourne vous pas remplir l'esprit et 1 entendement de raisons imparfaites, ou au moins qui n'approchent pas de la disposition de Jésus, et pour ne vous occuper que de ce qu'il veut être l'unique application de ses amantes bien fidèles. Car tant de raisons dissipent quelquefois et divisent l'esprit, lequel Jésus-Christ veut être tout recueilli et abîmé en lui. Cette imitation de Jésus est une quatrième manière d'union avec lui qui lui plaît uniquement,et quesaint Paul nous a apprise. Car il dit que les élus doivent être semblables à Jésus (II Cor. ni, 18), etcelase fait par ses vertus, acquises en sa vue et parson amour. Et Notre-Seigneur lui-même nous l'apprend en plusieurs endroits de l'Evangile, et surtout quand il nous ordonne (Malth. v, hS) d'être aussi parfaits que son Père, ce qui ne se peut faire que par l'union ave.c Jésus, et par l'amour et l'imitation de ses mêmes vertus. Car Jésus étant le seul qui est parfait comme son Père, en nous rendant un avec lui, nous serons parfaits comme son Père. Vous vous servirez de ces quatre manières d'union selon que vous y aurez de facilité, et vous me manderez dans quelque temps l'usage que vous en aurez fait et l'attrait que Notre- Seigneur vous y aura donné. Adieu.

LETTRE CCX1I

Il exhorte une personne à se laisser remplir de Jésus-Christ, et il lui donne quelques marques pour discerner si elle natjit que pour Dieu.

Je vous salue à votre retour en la paix et en la joie du Fils de Dieu, qui est le Père de toute consolation. Il attend demain votre cœur pour le remplir de bénédictions spirituelles dont il est affamé -.Bienheureuse, dit-il, est l'âme qui a faim et soif de la justire et de la charité , car elle sera rassasiée. [Mattk. v, 6.)

*s Celui qui a rempli le sein du Père de toute éternité, et qui le remplira encore à jamais, veut se rendre lui-même la plénitude de votre Ame ; et lui qui rassasie tous les saints dans le ciel, et qui les rend bienheureux par s-a possession, veut venir en vous pour occuper tout entier votre cœur. Je# pense, ma chère Fille, qu'il n'y a rien en vo'us qui ne veuille être possédé et rempli de sa divinité ; il n'y a rien qui voulût être privé de celte grâce pour être occupé d'autre chose. Qu'il vive donc, qu'il règne et qu'il triomphe à jamais de tout vous-même.' Je vous conjure de ne rechercher qu'a lui plaire et à le contenter en tout ; car il veut vous redresser et vous élèvera Dieu en toutes choses, afin que vous ne vous recherchiez plus vous-même ni votre propre satisfaction, mais que vous travailliez uniquement à procurer la gloire de son Père. Il est jaloux de l'honneur de Dieu, et il ne vient en nous que pour procurer sa gloire. Ne cherchez donc rien que cela dans vos actions; et, quand vous en voulez commencer quelqu'une, soyez soigneusement sur vos gardes, pourvoir si vous ne l'entreprenez point pour vous et pour votre contentement

Un des moyens qui vous fera discerner pour qui vous les faites est de regarder simplement et. fidèlement le motif que vous avez dans l'esprit en les faisant, et de remarquer si ce même motif revient souvent dans la suite de l'action ; car, si c'est pour Dieu que vous la faites, le désir de sa gloire vous y sera présent, vous en aurez souvent et aisément la vue, elle vous. viendra seule et sans grande recherche. Que si, au contraire, vous agissez pour vous, ou pour quelque autre créature, vous penserez souvent à vousmême en agissant, ou à la personne pour laquelle vous aurez entrepris votre action.

Un second moyen pour reconnaître si c'est pour Dieu que vous agissez, est d'examiner si vous recourez beaucoup à lui et si vous y avez grande confiance; car, si cela est, c'est une marque que vous agissez pour lui -, comme au contraire ce serait une preuve que vous agiriez pour vous-même, si, au lieu de l'appui en Dieu, vous ne cherchiez que des inventions de votre propre esprit pour faire réussir les choses; si vous vous empressiez et embarrassiez; si vous vous troubliez et inquiétiez lorsqu'elles ne réussissent pas selon vos désirs. L'inquiétude, l'empressement et le trouble sont des marques qu'il y a de l'amour-propre, ou dans l'intention de l'œuvre, ou dans son exécution ; ce qui est contraire à l'obligation du Chrétien, qui ne doit agir que pour Dieu et en Dieu, c'est-à-dire en son esprit, en sa vertu et en sa grâce.

Si vous voulez plaire à Dieu, il faut que vous fassiez beaucoup d'attention à ceci, surtout dans ce temps-ici, où les sujets de vos empressements sont finis. Donnez-vous toute à Notre-Seigneur, pour vivre en lui à la gloire de son Père. Abandonnez-vous aussi à son divin Esprit, comme je vous l'ai appris, afin d'être revêtue de lui, c'est-à-dire

de ses sentiments, de ses pensées et de tout lui-QJême. Suivez bien les mouvements de cet esprit, qui vous portera toujours à vous mépriser vous-même, à vous vaincre et vous mortifier en tout, et à servir le prochain pour l'amour de Jésus.

LETTRE CCXIII.

Jl console une supérieure delà Visitation sur la mort de lu Mère de Chantai.

Votre douleur sur la perte que vous avez faite m'a sensiblement touché; mais, si vous êtes bien chrétienne, vous Irouverezau ciel dès maintenant, avec plus d'utilité, d'efficace et de sainteté, ce que vous possédiez grossièrement sur la terre. Vous en jouissiez à la façon d'Adam, et parce qu'elle était dans cet état d'infirmité, et parce que vous en usiez par des voies terrestres, témoins votre tendresse et votre afiliction si sensible. Car si vous ne l'eussiez chérie qu en Dieu et en sa charité, comme elle est maintenant en lui la môme qu'elle était parmi vous, et que même elle est bien plus excellente et mérite d'être plus chérie dans l'état de la gloire et de la consommation où elle vil à présent, qu'elle n'était dans la voie de la foi quand elle vivait sur la terre, vous ne l'auriez pas perdue de vue, mais vous l'auriez encore jirésente à vous, et vous auriez commerce, liaison et communication avec elle dans la voie de la foi qui tient tous les Chrétiens liés en parfaite société en quelque état qu'ils soient.

Ne sommes-nous pas bien loin de notre compte, ma très-chère Mère , quand nous pensons être séparés et dépouillés de tout , et que nous croyons vivre seulementen charité? On dit, pour s'excuser, c'est qu'elle était utile à l'ordre, et je regrette la perte de l'ordre. Mais ce n'est souvent que la perte de notre appui charnel que nous pleurons; c'est notre amour-propre pour qui nous soupirons ; car la B. Mère de Chantai, dans le ciel, n'est pas moins pleine de charité pour l'ordre qu'elle l'a été sur la terre; elle n'a pas moins de vue de tout l'ordre, elle n'a pas moins d'efficace pourprocurer son bien. Comme elle est toute en Dieu et qu'elle est consommée en lui, qui est tout amour, toute sagesse et toute puissance, elle vous aime et tout l'ordi£ par cet amour, elle vous voit et tout l'ordre par cette sagesse et connaissance, en sorte qu'elle l'éclairé de toutes parts, et elle l'assiste dans tous les endroits où il est étendu. Ce n'est plus, à la vérité, par les faibles et sensibles secours de sa plume et de ses avis, mais c'est par l'efficace et la vertu divine où elle est entrée, et d'où elle fait des effets admirables, quelescœurs bien disposés expérimentent. Noire-Seigneur, lequel pendant son séjour sur la terre se servait des moyens humains, faibles et infirmes, conformément à l'état de l'infirmité de sa chair, ne faisait que des effets communs , et il voyait des fautes très-lourdes et des défauts très-grossiers en ses disciples, où ses miracles, ses prières et ses opérations ordinaires à sa condition d'enfant de l'homme et de son. infirmité, n'apportè-

rent point remède pendant trois ans et plus qu'il conversa avec eux. Mais après sa résurrection et après la mission puissante de son esprit, élant entré en la vertu de Dieu son Père, il opéra tout d'un coup en eux, ce qu'il n'avait point fait par sa présence sensible, tant est grande la force et la vertu d'une âme entrée en Dieu.

J'ai appris que les enfants que l'on convertit parmi les sauvages disent que c'est porter envie aux Chrétiens que de pleurer leur mort. N'est-ce pas une belle leçon que nous font ces jeunes convertis ? Et, s'ils tiennent ce langage aussitôt qu'ils ont reçu la lumière du christianisme, que ne faut-il point que nous disions, nous qui sommes affermis dans notre croyance par cette grande assiduité à l'oraison, qui nous découvre la vérité de ces choses, et qui nous met en évidence, par la lumière de Dieu, ce que la foi cache pour l'ordinaire à la plupart des Chrétiens qui ne s'abandonnent point à cet exercice de lumière? Je ne vous puis celer que je sentis votre mal plutôt que vous; et, pour prévenir vos souhaits, je demandai beaucoup à Dieu, mais dans mes tiédeurs et faiblesses ordinaires, qu'il lui plût prendre une nouvelle protection de votre ordre , maintenant que ce secours sensible était absent, et que celle dans les mains de laquelle il semblait porter et diriger votre institut, vous était ôtée. Ne doutez pas qu'il ne le fasse ; et sans doute les âmes bien fidèles éprouveront ee que c'est que de se confier en lui. Je le prie tout de nouveau qu'il vous donne son esprit d'enfant, esprit de confiance et d'abandon entre les mains d'un si bon Père, qui a plus d'amour et de soin de votre chère âme, que vous ne le pourriez concevoir. Je suis en son amour, etc.

LETTRE CCXIV

Qu'il faut modérer les jeunes yens, et ne les pas abandonner à leur zèle.

J'apprends que vous et tous vos très-chers frères êtes présentement harassés du travail, quoique non pas découragés. Je vous supplie, au nom de Dieu, qu'il vous plaise les arrêter et leur conseiller de ma part de prendre du repos. Le Fils de Dieu, qui n'avait pas besoin de la prière pour se fortifier et pour se renouveler en son Père après ses travaux évangéliques, se retirait sur la montagne pour faire oraison, ce qui apprend à tous ses disciples la manière dont ils doivent agir dans leurs emplois. Tant que nous serons en ce monde, nous souffrirons beaucoup de déchet dans les forces intérieures de l'esprit, par l'exercice extérieur. C'est pourquoi nous aurons toujours besoin de nous renouveler en Dieu. A4nsi je vous demanda, pour le bien de nos frères et pour le vôtre, d'en user de la sorte; et, quelque presse qui vous assiège, de ne point céder à la. tentation, qui vientordinairementavecla ferveur:

Nolile peregrinari in fervore, qui ad tentationem vobis fit. [I Petr. iv, 12.) Le démon ne demanderait pas mieux que de vous accabler avec ces jeunes ouvriers dans leurs

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premiers travaux. Il n'y a rien plus à craindre que les premiers efforts de la jeunesse, qui, n'étant point réglés, abattent et accablent pour tout le reste de la vie. Adieu, notre très-cher Frère. Jésus vous comble de ses plus saintes bénédictions! Je suis tout vôtre.

LETTRE CCXV

Il écrit à un prêtre de la manière dont les serviteurs de Dieu doivent régler leur extérieur, pour ij conserver la simplicité, l'humilité et la modestie chrétienne.

Puisque vous désirez que je vous donne quelque règle pour votre extérieur, après avoir donné quelque posture a votre âme, je vous dirai ce qu'il a plu a Dieu me faire remarqueraujounl'hui ; savoir, que ceux qui paraissent le plus ne sont pas pour cela les plus saints. Ainsi n'affectez point d'avoir un extérieur qui marque une sainteté particulière, mais tâchez de l'avoir toujours fort simple et fort naïf comme Notre-Seigneur. Il y a deux extérieurs dommageables : l'un qui porte les marques de l'extérieur du momie, qui est encore dans la composition, dans la règle et dans J'afféterie du siècle, et qui fait par là qu'on acquiert le titre d'honnête homme, comme de bien faire la révérence et de bien composer son corps pour plaire au monde et pour être estimé courtois, poli, civil, honnête. C'est ce qui doit être en mépris aux saints ecclésiastiques; car, outre que ce grand soin qu'on y apporte n'est fondé souvent que sur la superbe et sur l'amour-propre qui veulent êtrebien venus partout, qui veulent être estimés etaimés de tous, et qui recherchent toujours à s'établir dans l'esprit du monde, cela ne siérait nullement à votre état et à la sainteté de votre profession.

Je vous donne particulièrement cet avis, parce que j'ai remarqué sur cela , et avec douleur, une grande affectation en des personnes retirées, et qui, devant par leur état faire hautement profession de la mort au siècle et de la folie de l'Evangile, se laissaient néanmoins aller aveuglément à cette illusion du monde, s'iinaginant par là faire merveille, et ne songeant point que c'est cette folie de l'Evangile et cette mort au monde qui les doit rendre bien-venus, souhaités et estimés dans les compagnies, s'ils y veulent faire quelque fruit. Car autrement, cherchant à s'y faire estimer et à y être bien reçus à cause de leur bonne grâce, ils ne feront pour l'ordinaire que de mauvais effets: comme de complaisance qu'ils donneront aux autresde leurs personnes ; d'une certaine estime secrète qu'ils recherchent par cet extérieur, quoique par une volonté délibérée ils ne la demandent pas toujours; et de mille autres dérèglements fâcheux qui viennent de l'impureté de cette source.

Il en est de même de ce mol d'honnête homme qu'on donne maintenant à des personnes pieuses, et que plusieurs recherchent avec affectation. On dit : c'est un honnête homme, il est bien fait, il a bonne mine, il sait son monde. Et on prendee mot d'hon-

nête pour une personne qui est dans la civilité, qui sait le compliment, qui a le bon mot, et en qui on voit mille autres petites justesses mondaines, qui sont autant d'imitations du siècle et qui par conséquent rendent une personne très-éloignée des sentiments chrétiens. Car un Chrétien doit mettre sa gloire à mortifier tous ses membres, et son soin doit être de se faire voir comme un crucifié en tout son extérieur, et de paraître comme Notre-Seigneur en croix, qui n'avait rien de l'extérieur et de la régularité du monde. Je dis régularité, car le monde a sa régularité aussi bien que la religion.

Le second extérieur qu'il faut éviter est un extérieur d'hypocrite, qui marque plus de piété au dehors qu'il n'en a au dedans. C'est là une grimace hypocrite. Il faut que votre recueillement extérieur et votre modestie Viennent du dedans. Il faut que ce soit l'esprit intérieur qui recueille l'extérieur, et qui donne une composition douce , modeste et très-suave, comme il la donnait à Notre- Seigneur, qui gagnait tout le monde parson extérieur et par sa modestie. Cette modestie élaiten lui si considérable, que saint Paul ne trouvait rien déplus charmant pour obliger les Chrétiens de satisfaire à sa demande. Je vous conjure, leur disait-il, par la modestie de Jésus-Christ. {II Cor. x, 1.) Et pour leur faire connaître que cette modestie devait être opérée en eux par la présence de Dieu : Que votre modestie, ajoute-t-il (Philip, iv, 5), soit vue de tout le monde, parce que Dieu est auprès de vous.

Il faut donc que la modestie peur être chrétienne, et la composition extérieure du corps pour être sainte, procèdent de l'esprit et du recueillement intérieur : et il faut qu'elle soit naïve, gracieuse, point affectée, nullement austère ni particulière. Autrement elle n'est pas purement de l'esprit, mais de l'étude et du travail propre ; ce qui serait pour l'ordinaire hypocrisie, et non pas modestie chrétienne. Car tout ce qui est chrétien est né du Saint-Esprit, et non pas de la chair; et tout ce qui est ainsi affecté pour plaire au monde, et composé par artifice et par effort, est de nous et de la chair. C'est pourquoi il faut chercher une autre voie qui, dominant en nos âmes et sur nos corps, les compose avec une douceur, une suavité et une modestie non pareil les; comme on le voit tous les jours en de bonnes âmes, qui, plus elles sont avancées dans la pureté de l'esprit, plus elles sont réglées dansieur extérieur, mais sans étude et sans aucune affectation, parce que c'est Dieu même qui compose leurs actions, et qui conduit leurs mouvements : eteomme il ne fait rien dans le monde qu'avec nombre, poids et mesure, ces mouvements ne peuvent être que bien composés, qui suivent la cadence, le branle et te mouvement de ce divin esprit. C'est un mouvement doux et suave, un mouvement fort et efficace, un mouvement libre et simple, grave et posé, honnête et charmant , sans contrainte, sans affectation et sans étude ; toujours néanmoins égal et composé,

toujours pieux et sans fard, qui porte continuellement à Dieu, qui ne distrait personne, qui ne donne point de peine ni de tentation, mais qui au contraire édifie et recueille beaucoup ; enfin c'e>t un mouvement qui s* ressent toujours de la sainteté de son principe.

C'est sur ces maximes et sur ces fondements, et non pas sur ceux qu'on vous veut donner dans le monde , que je vous supplie de travaillera la modestie. Autrement vous n'acquerrez jamais celte vertu chrétienne qui vous est si nécessaire dans votre état, et vous n'en aurez que l'ombre et le fantôme.

LETTRE CCXV1

Qu'il faut se servir de la tentation et de la croix pour se donner tout de nouveau à Jésus-Christ.

La vie île Jésus-Christ règne en votre âme dans la plénitude de sa vertu et dans la periection de ses voies. Ne vous étonnez pas si vous sentez quelquefois en vous des désirs de grandeurs et de richesses. C'est là l'état de cette vie. La chair qui environne votre esprit est toujours vivante en sa malignité, et de temps en temps, par l'ordre de la divine Providence , elle se fait sentir en vous pour réveiller le souvenir de votre foi, qui vous apprend que non-seulement vous portez en vous-même la malice de ces désirs malins que vous éprouvez , mais que vous êtes encore au delà de toute malignité. Car elle e-t toute renfermée dans le fond de votre chair, et, quoique vous ne la sentiez pas tout d'un coup dans toute son étendue, à cause de votre faiblesse qui ne peut avoir que peu d'ennemis à combattre à la fois, Dieu pourtant veut que vous confessiez qu'elle habite toute en vous, étant vrai que tout mal habile en votre chair.

Cela vous doit servir d'avertissement de vous donner tout de nouveau à Jésus-Christ, de vous réunir à lui, et de vous renouveler toute en lui quand vous sentez ces désirs ; car il veut que la tentation fasse en vous ce bon effet. C'est un aiguillon excellent qui vous doit réveiller de votre assoupissement, et vous obliger à recourir à lui, qui est votre vie, votre lorce et votre perfection. Quelle admirable invention de la sagesse de Dieu, île se servir de la tentation pour vous chasser à son Fils, tt vous faire sortir de vous-même! Cette voie nous e-t en ce point avantageuse, qu'en ne songeant qu'à fuir une seule impureté, nous trouvons, en nous donnant à lui, toute la perfection, parce qu'il se donne luimême à notre âme , et la revêt de ses perfections , lorsqu'elle embrasse avec foi son bien-aimé dans son cœur. Je vous prie donc de vous souvenir de cette pratique en toutes vos tentations. Allez d'abord à Jésus-Christ votre Tout et votre unique bien, étant bien assurée que la tentation marque toujours quelque langueur en l'âme, qui donne lieu et ouverture à l'ennemi d'aborder le cœur, et de lui faire souffrir ces sentiments et ces as-aiits.

Pour ce qui est des habitudes que vous craignez, et que vous sentez établies en votre fond, souvenez-vous que l'amour seul de Jésus-Christ consommera ces choses.

Voyez par là combien est douce la nécessité où vous êtes réduite d'aimer incessamment et fervemment l'Epoux unique de votre cœur. O douce loi que celle des Chrétiens, qui n'est rien que l'amour 1 ô douce condition de notre misère, puisqu'elle est guérie par l'amour 1 ô bienheureuse tentation qui m'avertit d'aller à l'amour, et qui, me chassant de moi-même sans y penser, me porte à Dieu par une si douce nécessité 1 bienheureux mal qui me fait tant de biens 1 bienheureuse misère qui me cause un si heureux remèdel

Souvenez- vous , outre cela , que c'est à la croix que vous trouverez sûrement votre bien-aimé, et que vous n'aurez jamais de sûreté plus grande de l'avoir rencontré en votre fond, que dans les sentiments que vous éprouverez vous porter au néant, à la séparation des créatures visibles, à l'amour de la souffrance, du mépris et de la pauvreté. C'est là le cachet de l'Epoux avec lequel il marquera votre cœur Pt votre bras , c'està-dire vos affections et vos œuvres. Vous serez vraie chrétienne, et la vie de Jésus- Christ régnera certainement en votre cœur, quand vous agirez et opérerez ainsi les œuvres d'abjection, de pauvreté, de mépris du siècle et de vous-même.

LETTRE CCXVII // donne plusieurs avis à une personne sur différentes pi ines et embarras où elle se trouvait.

Je me réjouis de vous voir où vous êtes, c'est-à-dire dans la solitude entière, pour donner lieu à Jésus-Christ d'établir en vous à loisir les opérations de sa vie. C'est ce qu'il demande d'abord à l'âme, que la solitude pour lui parler au cœur, la trouvant débarrassée de toute attention au siècle. L'esprit du monde, sans y penser, vous a fait faire la volonté de Dieu, qui se sert même île ses ennemis pour faire accomplir ses desseins sur les âmes.

Puisque la colère de Dieu le Père sur son Fils retiré au désert et séparé de lui , et les sentiments les plus austères de :«a rigueur, vous sont si présents en votre solitude, ce qui est une marque du dessein de Dieu sur votre âme pour vous tenir en pénitence, regardez votre B. M**¥ comme l'image et la ligure de Dieu, lequel, avec justice, est irrité contre vous par mille crimes secrets et cachés, et même par le seul titre de vousmême, .qui êtes toute en péché selon la chair qui vous environne, et qui, par conséquent, tient Dieu en aversion de vous comme fille d'Adam et héritière de son péché.

Pour ce qui est du reste des créatures qui vous peinent et qui vous persécutent, regardez-les avec amour, les bras ouverts à la justice de Dieu, qui vous humilie par ces voies, et qui vous punit par les instruments

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qu'il a choisis pour votre pénitence. Témoignez-lui qu'il est juste de traiter ainsi une créature qui est si hardie, que de s'approcher de ses autels sacrés. Priez-le qu'il vous purifie par cette voie, et qu'il vous rende digne d'être immolée en sacrifice par son amour.

Ne vous étonnez pas de ce petit tracas tout nouveau qui est survenu. C'est une invention de Satan pour vous tourmenter en votre paix. N'en soyez pas inquiétée; cela n'est rien. Il fallait encore cette nouvelle épreuve pour vous mortifier, et pour humilier votre esprit.

Pour vos confessions, j'approuve fort votre méthode de vous servir de ce divin sacrement, tant que vous pouvez avoir la liberté d'en approcher. Car la source de la pure grâce de la pénitence s'écoule de Jésus- Christ'en vous en abondance parce moyen. Mais, au défaut du sacrement, quand vous n'avez pas un facile accès au prêtre, approchez-vous de Jésus-Christ en vertu de son propre esprit de pénitence qui vit eu vous, en qui vous exercerez votre âme à la contrition : et Notre-Seigneur ne manquera pas d'être présent à vos besoins en ces rencontres, pour suppléer au sacrement que vous désirez en votre cœur.

Et quand après la contrition il restera en votre âme de la confusion de son péché , cela n'empêchera pas qu'elle ne soit lavée de sa faute. Car celte confusion n'est qu'une suite et un châtiment du péché, qu il est utile de porter en satisfaction de son offense. Dieu est soigneux d'imposer de sa part la pénitence aux hommes, comme il l'a fait ciès le commencement du monde en la personne de notre premier père et de son fils Caïn, qui portèrent partout avec eux la honte de leur faute. El David, qui reçut d'abord la rémission de son péché, comme l'en assura le prophète Nathan (// Reg. xn, 13), ne laissa pas, comme il dit lui-même (Psal. l, 5), d'avoir toujours devant ses yeux son péché, qui le chargeait de honte et de confusion. Ainsi Dieu veut que nous approchions de lui'avec les marques de notre pénitence, et chargés du fardeau de notre confusion. Aimez cette satisfaction : c'est la plus pénible à la chair superbe et pleine d'amour-propre. Qu'il est doux d'aller dans les voies de Dieu, et de se laisser aller à ses ordres 1 Obi qu'il sait bien par sa sagesse ce qui est plus utile à notre mal 1 II faut être en foi abandonné à la conduite et aux soins aimables de ce très-bon Père, qui use toujours des moyens les plus saints et les plus efficaces pour notre sanctification. Ne vous tenez pas déchargée de la confusion qui doit couvrir votre âme en la présence de Dieu, lorsque la confession semble vous en avoir ôté tout sentiment. Il est vrai qu'ordinairement Dieu ôte le sentiment extérieur de la confusion après la confession , à cause de celle qu'on a soufferte en déclarant extérieurement son péché à nn homme; mais il ne faut pas laisser de la con.server en son intérieur en présence de Dieu, après la confusion et la récon-

ciliation , comme une épouse qui se sent d'autant plus coupable et plus honteuse d'avoir offensé son époux, qu'il a eu de bonté et de facilité à lui pardonner son offense Soyez toujours honteusement modeste à la face de l'Epoux, qui aime l'humilité et la pudeur sur le visage de ses épouses.

LETTRE CCXVIII.

Il exhorte une personne à se soumettre à son directeur contre ses propres sentiments.

11 me semble que vous devez passer pardessus vos sentiments, qui ne doivent point vous servir de règle en votre conduite. Ce n'est point là un fondement sûr pour vous appuyer en ce que vous faites, ni une raison suffisante poiiraller contre la soumission que vous devez à M.B***. L'estime de soi-même, la complaisance en son étal, l'amour-propre et !a vanilé, se glissent aisément dans un esprit. Prenez-y garde, et tenez- vous ferme aux solides vertus. La soumission et l'obéissance n'ont jamais rien gâté. Il n'y a point d'obéissance en enfer, dit notre bienheureux Père. Il faut donc vous oublier el vous soumettre. 11 faut vous condamner, vous humilier et vous anéantir vous-même. Une âme stablemenl humble n'est pas capable de ces retours et de ces jugements sur son supérieur et directeur. Que je m'estimerais heureux, si j'étais en voire placf, et si j'avais le bonheur d'être tombé, comme vous, entre les mains d'un homme si capable, si pieux et si solidement vertueux! Allez rondement, et ayez un air libre, bien ouvert et dégagé de tout sentiment. Je prie Notre-Seigneur de vous séparer de vous-même , comme de votre plus grand ennemi, dans la solido piété.

LETTRE CCXIX

// conseille à un bon curé, qui faisait de grands biens dans su cure, mais qui n'était pas agréable à son évêque , delà remettre purement entre ses mains , et d'aller travailler ailleurs.

J'ai reçu un avis de Mgrs les prélats, qui me paraît extrêmement saint, et qui avait élé ma première pensée. Mais, comme j'y trouvai quelque résistance, je me laissai aller aux voies communes que l'on désirait, qui est qu'en vous[retirant de C*** vous résignassiez votre cure à un de nos bons prêtres. Mais maintenant on a goûté, ainsi que l'on doit, le sentiment de Mgrs les évêques, qui jugent plus à propos de vous démettre de la cure purement et simplement entre les mains de Mgr de L***, afin qu'il en dispose en faveur de qui il lui plaira. Comme il a l'esprit de Dieu, il en fera le choix selon sa pure sagesse. Il sera plus utile pour Dieu, plus avantageux pour l'Eglisede C*** et plus respectueux à la dignité de Mgrs les prélats, de qui nous devons honorer les sentiments avec tout respect, et nous y soumettre avec une parfaite joie, que vous en usiez de la sorte.

Vous pourrez ensuite aller travailler à l'établissement de la communauté de M***,

qui sera bien -utile pour ce grand et vaste diocèse. Il faut suivre l'esprit et la conduite de Jésus-Christ Notre-Seigneur sur ses disciples, qu'il envoyai! travailler de lieu en lieu, pour y faire le fruit dont la vertu se conservait et se dilatait dans les âmes. Posui vos, leur.dit-il (Joan, xv, 16), ut eatis et fructutn ajferalis,elfruetus tester maneat. Laissons-nous, mon citer Monsieur, aux ordres de Oieu : adorons sa divine providence sur nous et la pureté de sa conduite. Ne pensons pointa nous ni aux voies que nous préniédiloiis. Soyons à i'Esprii-Saint quia conduit les saints apôtres de Jésus-Christ en sa sagesse, et non en la leur : Ubi erat impetus spiritus, illuc gradiebantur, nec rccerlebantur cum ambularent. [Eztch. i, 12.) Mon cher Frère, qu'aisément on fait retour sur soi, et on laisse entrer les minières de la sagesse mondaine, qui font reculer quanti ou marche, et qui empêchent le pi ogres et l'avancement dans lès voies de Dieu ! Mon cher enfant, j'ai été bien consolé de voir les vôtres toujours pleines des maximes de la croise» du saint Evangile et toujours remplies de soumission et d'abandon à Dieu. C'est une prévention de l'esprit divin, qui vous a prémuni contre toute malice. Moucher enfant, continuez et le bon Dieu sera votre Tout et votre plénitude. Adieu. C'est le pauvre et très-indigne curé de Saiut-Sulpice.

LETTRE CCXX

// ne trouve point d'autre consolation en cette vie que dans l'intérieur de la sainte Vierge et à la croix.

Depuis quelque temps je ne me suis point séparé de l'intérieur de la très-sainte Vierge, en laquelle je trouve tout ce que je puis désirer sur la terre. Hors cela que tout m'est dur 1 et autant qu'il plaît à Dieu me conserver en sa divine charité, autant je sens ma peine s'augmenter, et je m'aperçois d'un bien secret qui me dérobe à moi-même, et me fait ressentir des choses que je ne puis comprendre et bien moins exprimer. Oh ! que je vois bien par là ce que Notre-Seigneur dit en l'Evangile (Luc. xxi), qu'en ce temps-là, c'est-à-dire au jour du jugement, nous entendrons les effets du divin amour, et les opérations de sa toute-puissance IMon Dieu, que le monde me pèse, et que toutes les créatures me sont à charge ! Si je ne savais que ce temps est destiné à lasouflïance et à la croix, je demanderais souvent à Dieu, avec saint Paul (Philipp. i, 2), ma délivrance, et le bonheur de jouir de sa possession. Aidez-moi à porter ma croix elle joug que justement demandent mes péchés. Attendons en gémissant le jour qui nous doit réunir dans le sein de Dieu en Jésus et Marie.

LETTRE CCXXI.

Il remercie une princesse des ornements qu'elle à donnés à sa paroisse.

Quoiqu'il m'ait paru, la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous rendre mes devoirs que vous ne les aviez pas agréables, non plus que la permission que je vous deman-

daisde vousallervoirenvotresolitude, néanmoins, Madame, votre bonté pour notre église, dont je prends les intérêts, est si grande, qu'il semble que vous me rappeliez à vous, en m'obligeant devons remercier pour elle du présent que vous lui avez fait. J'espère que vous ne désapprouverez pas une si juste reconnaissance, qui se trouve jointe à mille bénédictions de nos peuples, qui vous plaignent et qui prientavec amour pour l'heureux et prompt retour de Voire Altesse, qu'ils n'oublieront jamais. Vous avez donné, Madame, à Jésus-Christ montant au ciel en son triomphe, des ornements qui peuvent accompagner sa gloire en la manière qu'on le peut en la terre. Notre-Seigneur attend au jour qu'il a déterminé pour votre entrée au ciel, à vous rendre au centuple par des vêtements de gloire qui ne passeront jamais et qui vous environneront pour une éternité. O Madame, que de telles richesses sont précieuses, et que bienheureux est celui qui peut se préparer des ornements si magniliques, qui serviront non-seulement [tour lui, mais encore pour orner l'Epouse de Jésus- Christ, sur qui rejaillira tout le bien des particuliers de l'Eglise I Faites-moi la grâce, Madame, de me croire autant à vous que je le puis et qu'une créature le saurait être sur la terre; et si, par des ressorts imprévus de la divine Providence, je me vois séparé de Votre Altesse, ces coups fâcheux ne m'ôteront rien du respect et de la charité que la bonté de Dieu m'a donnés pour elle.

LETTRE CCXXI1.

Il exhorte une supérieure à établir uniquement, et en elle et en sa maison, la vie de Notre-Seigneur et de son divin esprit. Je ne puis assez vous témoigner la paix et la joie de mon âme qui me paraît surpasser de beaucoup tous les sens, en la présence et en l'union du Saint-Esprit, qui anime et remplit votre sainte famille. Il me semble être à elle et devoir vivre en elle et avec elle toute une éternité; et bienheureux, si dès à présent je puis porter ma dot et contribuer quelque chose à l'augmentation et à l'accroissement du bien spirituel de votre communauté, puisque je commence à vivre à ses frais et dépens, et que je participe au fonds dont il a plu à Dieu l'enrichir. Je vous dois tout ce que je suis en Jésus-Christ, et je n'ai rien des choses que vous me demandez qui ne soit vôtre et sur quoi vous n'ayez un droit parfait et absolu. Si Notre-Seigneur m'ouvre l'esprit à vous envoyer autre chose, je le ferai dans le cœur même de la irès-sainte Vierge et de son Fils, qui, nous mettant en communion entière de lui-même, nous met encore eu communion de tous ses biens.

Je prie Notre-Seigneur qu'il nous mette en communion de ses devoirs envers Dieu toute l'éternité, comme il commence de nous établir dans les sentiments de sa religion sur la terre. Il régnera sur nous et en nous pleinement, nous remplissant de sa propre vie et des opérations de son esprit très-saint.

LETTRES SPIRITUELLES

Laissons-le régner dès à présent en nous et remplir toute la capacité de nos cœurs de sa propre et unique vertu. Il doit seul tout occuper et vivifier en nos âmes qui sont ses temples, et où par conséquent rien de propre ni de profane ne peut et ne doit avoir accès. Que peux-jedire, Madame, à votre chère et très-sainte maison, dont l'odeur me remplit et dont la vue continuelle que je garde nie console toujours, sinon que nous sommes à l'esprit et que nous devons vivre de de lui, en iui, par lui et pour lui seul? Car, comme dit l'Apôtre (Rom. vin, 12), nous ne sommes plus redevables à la chair, et nous ne la devons plus écouter ni prendre ses intérêts. Nous avons l'esprit seul à écouter et à suivre en toutes choses, puisqu'il nous est donné pour supplément de la chair morte et ensevelie par la grâce du saint baptême, par lequel nous ressuscitons de notre mort et de notre tombeau. Qu'il y a peu de baptisés, Madame, qui vivent selon leurs obligations ! qu'il y en a peu de morts et de ressuscites dans le pur, simple et unique esprit 1 Je vous conjure de renouveler en votre maison la vue du prophète Ezéchiel, qui vit une campagne pleine d'ossements morts et secs, sur lesquels l'espritdescendit et fit autant de vivants ressuscites qu'il avait vu de morts. Je serai ravi, si je vois jamais votre maison ainsi ressuscitée et vivante du pur esprit, en sorte que toute propriété y étant éteinte et morte entièrement, tout soit vivant de l'Esprit-Saint de la nouvelle vie. Quand je vous parle de toute propriété, je n'entends pas de cette propriété grossière des choses extérieures, je parle de toute propriété intérieure et cachée, de toute propriété d'esprit, de raison, de jugement, .de volonté qui sont les principaux obstacles au Saint-Esprit et à sa vie. Car, comme son siège est en ce fond caché, cette demeure doit être pure, sainte, vide de tout soi-même pour laisser la capacité à ce divin esprit de remplir tout, et d'opérer ensuite en plénitude ses ett'ets et ses grâces.

Je finis, Madame, en vous disantqueje suis a vous pour Dieu par l'esprit de sa divine Mère. Je le prie d'achever et de consommer son œuvre comme il l'a commencée, et que nous puissions, dans toute l'étendue de l'é ternité, louer, glorifier et magnifier Dieu de ses bontés immenses, qui nous doiventobliger dès à présent à n'être plus à nous, mais à ce divin Tout, pour lequel je veux vivre et mourir en Jésus-Christ et en sa trèssainte Mère. Votre, etc.

LETTRE CCXXIII.

Il doiine trois avis à une dîne sur trois sortes de peines quelle avait, et l'exhorte surtout à bien porter sa croix.

J'ai reçu votre lettre, parlaquellej'apprends trois choses principales de votre intérieur. La première est l'appréhension que vous avez que le dénombrement de vos chute.'/ et de vos infirmités ne me rebute. Mais c'est au contraire ce qui augmente la tendresse et la enarifé de mon cœur, vovant votre

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candeur à les découvrir et la confiance pour en attendre les remèdes. Je bénis la bonté de Jésus Christ et de sa sainte Mère. qui permettent ces choses pour humilier et anéantir l'orgueil qui s'élève toujours en nous, s'il n'est réprimé par ces chutes et par l'expérience de ces infirmités cachées. Un enfant réjouit infiniment son père, et trouve le vrai secret pour découvrir le fond de ses entrailles paternelles, quand il lui manifeste ses plaies et ses maux. Jésus est votre père en nous : il est votre médecin, il est votre serviteur et votre ami, il vous est tomes choses , et votre confiance en lui vous fera ressentir les etl'etsde ces qualités sous la forme de sa créature et par l'extérieur de son Eglise. Je ne suis qu'un fantôme, vous le savez, et je ne veux jamais être autre chose qu'unefigureet un extérieur de Jésus-Christ. Malheur à moi, si je suis jamais en moimême, et si je soufirerien en mon intérieur qui ne soit pas Jésus, ou qui ne vienne de lui I

La seconde chose que je remarque dans votre lettre est la conduite dont vous usez quelquefois envers un sujet qui vous consiste. Je ne m'étonne pas que la nature se lasse quelquefois de ce qui lui déplaît et qui la rebute, quoique l'esprit en fasse bon usage. Il faut s'humilier de ce que l'on n'est pas dans le règne parfait de Jésus-Christ et dans cet état où la chair étant renouvelée aussi bien que l'esprit, ils seront tous deux dans des sentiments parfaitement semblables. En attendant, gémissons après notre consommation en Dieu, soutirant avec peine la charge de ce corps de péché, et prenant toujours de là un nouveau sujet de nous unir à Jésus- Christ anéanti sous notre chair.

Pour la troisième chose que je remarque dans votre lettre, c'est une croix que vous portez toujours et dont presque dans toutes les vôtres vous me faites la grâce de me faire savoir quelque chose. Je vous dirai sur ce sujet ce que je me dis à moi-même dans de semblables peines, qui est un conseil dont intérieurement j'ai été plusieurs fois convaincu, et que je vois très-saint en sa pratique ; c'est de ne vous point occuper de votre peine, mais d'abandonner votre partie sen-

l'é- sible à la douleur, ayant toujours l'esprit

présent à Dieu, et vous élevant incessamment à lui au-dessus de toutes choses. Le regard de notre peine nous augmente le mal, et, nous vidant de Dieu, elle nous occupe de nous, et cela n'est pas faire l'usage que Dieu prétend du trésor de la croix. Noire- Seigneur à la croix parle et s'occupe de son Père : le bon larron en fait de même , mais le méchant se ronge lui-même dans son supplice, et rempli d'amertume et de rage sur soi, oublie Dieu pour penser à lui seu'I. Les âmes des élus dans le purgatoire, qui est le lieu où l'on apprend à faire le plus parfait usage de la douleur qui se puisse pratiquer, sont en élévation continuelle à Dieu, laissant aux flammes et aux feux à faire leur devoir sur elles. Mais pour les malheureuses âme» des damnés, elles sont toujours remplies tie

laurs maux et appliquées 5 leurs tourments, ne faisant autre chose que se désespérer et enrager en elles-mêmes. Olil qu'il est doux à l'amant de se voir aimé par l'épouse au milieu de ses maui 1 Que Jésus, votre unique, est ravi de voir que ni les tourments ni les douleurs ne détachent point votre esprit et votre âme de la parfaite liaison que vous avez avec lui 1

Vousêtes une hostie, et l'hostie ne sait pas de quelle sorte de mort on la doit faire mourir : elle ne sait si e'esl par l'holocauste, ou par un autre genre de sacrifice. Il faut qu'elle soit moite à son propre choix, et, comme elle n'a pins de droit sur elle-même , elle doit se tenir abandonnée au couteau et au feu du prêtre qui la doit immoler. Si c'est pour peu de temps ou pour beaucoup , si c'est en un instant ou en un autre, tout cela lui doit être égal, n'étant plus rien en elle, mais tout en Jésus-Christ pour Dieu.

Je ne veux rien vous dire de moi, de peur de vous en occuper. Et puis je ne veux point penser aux peines et aux maux qui m'environnent, de peur de m'en remplir plutôlque de Jésus, en qui uniquement je veux être à son Père, désirant de n'être rien qu'une hostie entièrement anéantie en la vie deDieu seul par Jésus-Christ son Fils.

Considérant l'état où Jésus votre Tout désirait mettre votre chèrejirue, une parole de Job m'est venue en l'esprit. Cet homme, avant souffert la soustraction de toute la créature sensible, et étant demeuré uni par la foi à Dieu, sans soutien en la terre, voyant ainsi son âme en l'air et comme suspendue, sans être supporté de rien, ni en soi-même ni en autrui, attaché seulement à Dieu en la nudité u'une grâce très-simple, très-délicate, et sans aucun sentiment, disait hautement à Dieu qu'il choisirait plus volontiers d'être pendu à la potence que d'être ainsi crucifié en son âme. Comme il était une figure de Jésus-Christ crucifié, il parlait au nom de cet adorable Sauveur, qui, étant à la croix, disait intérieurement à Dieu son Père que la peine d'être pendu en croix était bien moindreque celle de voir son âme dénuée de tout soutien et de toute grâce sensible.

Il se voyait suspendu, tenant d'une part à son Père par la pointe de son esprit; mais déchiré, tenaillé, affligé, attiré par le poids de son corps vers la terre : ce qui lui était un tourment de la dernière violence. En sorte que d'être pendu extérieurement en croix lui était un moindre tourment que d'être suspendu dans son âme. Car dans cette pénible suspension, Dieu ne rendait sa partie intérieure aucunement participante des effets de cette liaison et de cette union qu'ilavait avec elle, mais au contraire il lui taisait paraître le ciel de fer et de bronze puurelle, et lui-même se voyait comme dans une retraite et un éloignement infini de son Père.

Jésus-Christ , comme Fils de Dieu, était dans un désir immense de l'union totale à son Père, ci il ne soupirait qu'après sa par-

iaite consommation : et cependant, comme étant chargé de tous nos péchés, et comme victime pour les crimes du monde, il trouvait la sainteté de Dieu son Père infiniment éloignée de lui. Dieu, comme Père, attirail à soi infiniment son Fils ;. mais comme juge, il le rebutait d'une force et d'une véhémence infinie. Voyez quel est cet état de Jésus- Christ souffrant ainsi en son intérieur : voyez quelle contradiction de l'amour et de la crainte, et quels en peuvent être les effets.

Il paraii visiblement que Notre-Seigneur, par la conduite qu'il tient sur vous, désire que vous soyez fille d'esprit. Il veut pour cela vous dénuer de tout, afin que vous soyez uniquement et simplement à lui, et que voire appui, voire soutien, votre vie soient tout en son divin esprit. Il veut que, si vous avez a goûter et à jouir de quelque consolation, elle soit désormais dans le pur esprit, et qu'étant ainsi retirée et séparée de tout, vous receviez autant de lui et en lui seul que vous aurez quitté de créatures. Si votre abandf.n est total et universel, vous posséderez tout en Dieu, et vous aurez encore Dieu tout entier, qui est infiniment au-dessus de toutes choses. Il est l'immensité de toute perfection, et la participation qu'il en a mise dans les créatures n'est rien au prix de ce qu'il est en lui-même : et c'est pourtant tout ce trésor et ce grand bien qu'il vous otl're sur la lerre, et qu'il vous veut faire goûter dès ce monde par le moyen de sa divine foi et de cette foi nue, au sujet de laquelle il disait à Moïse [Exod.xxx.ui, 19) : Je te montrerai tout bien.

Ne voulez-vous pas que toutes choses vous délaissent, et que toute consolation vous soit soustraite, si tout voosesl empêchement pour ce souverain et cet unique bien ? Dès à présent j'abandonne avec vous toutes choses pour posséder cet unique bonheur. Un Dieu pour tout en Jésus et Marie : et hors de cela rien. Disons tous deux avec David [fsal. lxxii, 25 ) : Qu'est-ce que je veux au ciel et sur la terre, ou rictiesseou gloire, ou lumière d'esprit? Rien, mon Dieu, hors de vous, qui m'êtes toutes choses, et que je veux posséder tout st;ul. Mon Dieu, mon trésor et ma vie, ma joie et ma félicité, vous êtes et vous serez à toute éternité ma béatitude infinie.

LETTRE CCXXIV.

// témoigne une grande charité aune religieuse â qui il écrit. — Il t'exhorte à se reunir avec ses sœurs, et à se servir de ses peines pour s'unir plus intimement à Jésus- Christ.

Je vous vois tout affligée, et je vous laisse à penser si je me participe pas à votre peine. J'en ai appris le sujet, qui m'a remis en l'es» prit ce que vous me disiez souvent, que la joie que vous îiviez serait bientôt changée. Cela est vrai ; et Dieu a pris occasion de votre satisfaction même pour causer votre peine. Qu'il soit béni ii jamais de tout, et qu'il s'en glorifie, s'il lui plaît 1 Que pourrais-je faire pour servir ma très-chère Fille? Les prières et les sacrifices y seront employés, et man-

dez-moi à quoi je pourrai vous être utile. Car, ma chère Fille, je dois vous servir de tout mon possible après les obligations que je vous ai. Vous avez lait une charité à un pauvre serviteur de Dieu, qui s'en ressentira toute sa vie. Vivez, ma Fille, er. tranquillité auprès de Dieu. Unissez-vous et vous réunissez à lui le plus souvent que vous pourrez, pour perdre la vue inquiétante des choses qui vous pourraient troubler. L'union avec Dieu, Père des véritables lumières, accommodera plus de choses que toutes les adresses de l'esprit humain ne pourraient faire. Servez-vous de cette occasion pour le mieux servir, et pour lui être plus intimement unie que jamais. Changez cet empêchement en moyeu de l'aimer. Que les inquiétudes vous servent d'avertissement que vous ne lui êtes pas unie comme vous devriez. Car il devrait par sa présence abîmer et engloutir toutes les autres vues qui pourraient être en votre esprit. Je prie Notre- Seigneur qu'il vous abîme en son amour, et que vous y souffriez le martyre, si c'est son bon plaisir Vous en ferez de même pour celui que Dieu vous a donné pour être entièrement à vous en son amour, et en celui de sa très-sainte Mère.

Je suis chargé de la part de M. M*** de vous demander pardon de tout ce qui s'est pu passer de différend entre vous. Elles sont, grâce à Dieu, dans toutes les dispositions de bien faire qu'on saurait désirer. Elles ont cru la réconciliation nécessaire, et m'ont donné la commission de les remettre dans leur première intelligence avec vous. C'est de quoi je vous conjure, ma très-chère Fille : comme aussi de leur témoigner un cœur aussi chrétien que Jésus-Christ vous l'a donné, et qu'elles croient que vous l'avez. Trèschère Fille, répondez a l'estime que Dieu a répandue de votre conversion. Vivezsimplemenl et uniquement avec Jésus, et ne vous convertissez plus vers les créatures ni vers vous-même, par aucune vue d'amour-propre, qui vous fasse gauchir dans le simple regard que vous devez avoir de votre amour.

Mais, ma pauvre Fille, si je vous demande pardon pour les autres, je vous conjure aussi de m'accorder celui que je vous demande pour moi-même. Je sais que je vous ai inquiétée, et que j'ai été cause que Jésus- Christ, que je désire être l'unique objet de vos pensées et de vos affections, ait été privé de plusieurs réflexions que vous auriez faites sur lui, qui désire être votre unique Tout. Mais pardonnez à celui qui ne sait comment iaire pour l'avancement de sa très-chère Fille, dont il désire la perfection de tout son cœur. Il craint de ne la pouvoir assister soigneusement, et il lui veut substituer une personne qui en prenne le soin qu'il doit. D'autre paît elle s'afflige qu'on la quitte. Très-chère Fille, que puis-je faire? mettezvous en ma place: dites-moi sincèrement ce que vous feriez. Mandez-moi cordialement ce que je puis faire, très-chère Fille, et, croyez-moi, je le ferai. Il faut faire pour vous OLlybes comfl. de M. Olieb.

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tout ce qui se peut, et vous savez bien que je le désire. Croyez-moi pour l'éternité votre, etc.

LETTRE CCXXV.

Il écrit à une personne de pieté sur la mort de sa femme.

Jésus-Christ, notre Maître, et le Dieu de sa créature, a retiré à lui ce qu'il n'a pu laisser plus longtemps sur la terre. Il retient en dépôt dans son sein ce que le monde ne méritait pas de posséder, et qu'il vous veut faire espérer de vous redonner avec la jouissance de lui-même. Vous êtes heureux que la nécessité de votre amour vous attache maintenant à Dieu, et que la bonté de ce Maître ait trouvé ce moyen de sanctifier votre cœur, qui, vivant au lieu où est son trésor, ne vivra plus et n'aura plus de joie que pour le ciel. Quelle consolation, mon cher Frère, que cette créature, qui malgré elle attachait votre cœur à la terre, vous attire maintenant avec elle en Dieu, et vous y élève, en s'élevant dans la gloire?

C'est là le sentiment secret que Jésus- Christ Notre-Seigneur insinuait à sainte Madeleine, qui voulait l'embrasser, et lui rendre les témoignages sensibles de son amour selon l'état de sa condition mortelle. Apres lui avoir refusé ses caresses et ses embrassements, il lui dit ( Joan. xx, 17) -.Jenesui.i pas encore monté à mon Père ; lui apprenant qu'elle attendît au temps qu'il serait élevé dans le sein de Dieu où il voulait monter, afin d'y attirer son cœur, et ne lui laisser plus aucun sujet de s'arrêter au monde, ni a ce qui paraît de la créature sensible. Mon cher enfant, votre Madeleine est allée ausein de Dieu, où eile vit pour vous, et où elle attire votre cœur, sachant qu'elle n'y peut être trop aimée. Elle est maintenant plus en Dieu, et Dieu est plus en elle qu'elle n'est en elle-même : si bien qu'en l'aimant vous n'aimerez plus que Dieu.

Laissez-vousaux desseinsdeDieu, et abandonnez-vous de nouveau à sa sainte conduite, pour être ce qu'il voudra. Le sage ignore les voies des oiseaux dans l'air : et vous ignorez encore plus les voies de Dieu sur vous, et les desseins sacrés qu'il cache dans son sein. Adorez-les, je vous supplie, et donnez-vous à lui pour y entrer sans les connaître, jusqu'à ce qu'il vous fasse l'honneur de vous les découvrir. N'êtes-vous pas

heureux d'ignorer la volonté de Dieu dans une chose, pour vous sacrilier à tout, et pour embrasser avec amour tout ce qu'il peut demander en général de sa plus chère créature?

Soyez perdu en Dieu par amour et par grâce, comme votre chère moitié est déjà perdue et consommée dans sa gloire. Portez désormais en pénitence votre corps, qui vous retient encore au monde, et qui empêche votre entière et parfaite consommation en Dieu. Je suis à vous, mon cher enfant, pour vous aider à finir et à achever le sacrifice que vous avez commencé. De bon cœur je vous jetterais dans la fournaise qui vous

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doit consommer et qui vous doit réduire dans le rien de vous-même, pour vous faire être uniquement à ce souverain Maître.

«Je prie Notre-Seigneur qu'il accomplisse sa prière sur nous, qui est de nous voirtous un avec lui dans son Père. C'est en sa charité, qui est le commencement de ce bien, et qui me l'ait être tout à vous, que je me dis, de toute ma volonté, votre tout acquis et obligé en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

LETTRE CCXXVI

Que le grand moyen de guérir la vanité et de ruiner la vie d'Adam en nous est de nous établir en Jésus Christ. — Qu'il faut s'instruire de l'extérieur des vertus.

N'espérez point d'être entièrement libre et dégagée de la vanité qui vous tourmente, que vous ne soyez parfaitement établie en toute l'étendue des vertus saintes de Jésus- Christ. La superbe est si étendue et si dilatée en l'âme, et tout son fond se sent si fort de sa malignité, et en est tellement abreuvé, que, si peu qu'il reste de propre dans l'intérieur, on agit souvent par ce maudit principe, et on ne s'en trouve entièrement guéri que lorsqu'on esl intérieurement tout passé en Dieu, et que tout ce qui est de mortel est absorbé dans la vie divine. C'est ce qui vous •Joit faire gémir incessamment après l'esprit de Jésus-Christ, qui est Je principe universel de toute la vie sainte et de toutes les vertus chrétiennes, afin qu'il soit seul vivant et régnant en voire intérieur sous l'extérieur de rette vie mortelle.

Allez donc, ma très-chère Fille, allez ainsi avec courage an saint combat et à la noce Je Jésus-Christ, travaillant d'une part a ruiner en vous par la vertu de l'Esprit-Saint Joute la malignité d'Adam, et vous occupant de l'autre à établir votre âme dans l'union avec Jésus-Christ. Car c'est lui seul qui peut se répandre en votre âme comme remède universel à tous ses maux, et qui seul en peut pénétrer le fond comme source de vie, pour l'animer de nouveaux sentiments et de nouvelles dispositions.

Il faut qu'il soit désormais l'unique de votre âme, puisque vous faites profession d'être morte au péché et à vous-même, et uniquement vivante pour Dieu en Jésus-Christ, votre Epoux. En cette quaiité d'épouse uniquement vivante de la vie de l'Epoux, il faut que vous soyez incessamment en abnégation de tout vous-même, et en union intime à Jésus, afin qu'il opère en vous et par vous en toutes choses, selon la sainteté de ses voies et la perfection de ses vertus.

Or, quoique je vous propose cette conduite intérieure de l'esprit répandant la vie intérieure dans les cœurs, comme l'unique et le solide principe de tout bien en nos âmes, il ne faut pas laisser de vous instruire des vertus chrétiennes en leur extérieur, selon l'ordre de Jésus-Christ. Car il fait dans le monde divin de l'Eglise la même chose que dans le monde extérieur et sensible, où, quoique le soleil, comme principe universel, répande la vie secrètement dans le fond de

la nature, il ne laisse pas de montrer encore par sa lumière la beauté extérieure de ses productions. Ainsi, quoique Notre-Seigneur par son esprit mette la vie cachée des vertus en nos cœurs, il veut pourtant montrer en sa lumière les expressions et les beautés extérieures de ces mêmes vertus, afin d'instruire les âmes pleinement de toute l'étendue de leur perfection , et afin que, voyant au dehors un modèle et une règle sensible, avec la jouissance intérieure de la vertu qui les anime au dedans, rien ne leur manque pour se conduire en tout dans la perfection de la vie chrétienne.

Allez, ma Fille, et croissez tous les jours en l'abondance des bonnes œuvres, et en la plénitude des richesses de Jésus-Christ.

LETTRE CCXXVII.

// propose à une personne de très-grande condition quelques occupations pour la semaine sainte.

Vous adorerez tous ces jours avec révérence le Fils de Dieu crucifié, tout couvert de sang, soit des plaies de sa flagellation quiluicouvrenttout le corps, soit de cellesde son couronnement d'épines, soit de celles de son côté, de ses mains et de ses pieds percés.

Considérez-le en croix comme un lépreux, ainsi que ie considérait le Prophète; la face couverte de. crachats, tout meurtri des coups qu'il a reçus, n'ayant, depuis les pieds jusqu'à la tête, qu'une plaie sur son corps ; délaissé de ses amis, moqué de ses ennemis, frappé et condamné de Dieu, mourant en cet état, et demeurant exposé sur un gibet, ses plaies ouvertes, ses bras étendus et tout son corps allongé, pour témoigner l'excès de son amour, qui appelle de ce lieu élevé tous les pécheurs pour les embrasser, les couvrir de son sang, et les mettre ainsi à couvert de la colère et de la persécution de son Père.

Jetez-vous entre ses bras comme en votre refuge, et reconnaissez l'obligation que vous lui avez, lui témoignant avec amour qu'il n'y a que lui seul qui, jusqu'à présent, vous ait mis à couvert de la punition et du châtiment de Dieu que méritent vos péchés. Demeurez entre ses bras le plus longtemps que vous pourrez en recueillement et en repos, vous laissant teindre de son sang, et pénétrer à son amour et à sa grâce.

Priez-le qu'il vous donne le désir et l'amour de la croix, et demandez-lui part aux dispositions qu'il a dans ses souffrances.

Notre-Seigneur, Madame, n'est pas à la croix pour vous apprendre à vivre mollement, et il ne souffre pas pour vous tirer des obligations de souffrir. Il ne vient pas pour ôter à son Père ce que vous lui devez, ni pour vous dispenser des devoirs que vous êtes obligée de rendre à sa justice. Il veut souffrir à la croix en votre nom et pour vous les choses que vous ne pourriez souffrir, comme l'excès du martyre intérieur et extérieur qu'il endure, et que la puissance humaine ne pourrait pas endurer. Il n'y a que lui qui puisse porter la rigueur d'un Dieu irrité contre nous pour le pé-

LETTRES SPIRITUELLES

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ché, et les coups de sa colère immense.

Si les hommes sont si faibles à souffrir les tourments de la terre et de la justice humaine, comme d'être roués , rompus tout vifs, et d'autres semblables supplices, quelle sera leur infirmité et leur faiblesse pour souffrir la rigueur effroyable des jugements de Dieu, dont le seul aspect fit suer Jésus- Christ le sang et l'eau dans le jardin des Olives, et le réduisit à l'agonie? Il n'y avait qu'un Dieu capable de porter cette vue sans mourir. Et pour cela Dieu fit paraître auprès de son Fils, réduit en cet état, un ange confortant, pour nous apprendre que la force humaine n'était pas capable de porter la seule vue de ses jugements, bien moins la rigueur de ses châtiments et la violence des peines de la mort, dont la seule vue l'eût fait mourir, sans le secours et le surcroît de sa force divine.

Voilà ce que Jésus a essuyé pour vous, voilà les peines qu'il a souffertes dans sa mort, et que vous n'êtes pas capable de supporter. Mais, en souffrant ainsi les maux qu'un Dieu tout seul pouvait porter, il vous laisse à souffrir ce que l'homme était capable d'endurer. Et pour cela il vous tient ses plaies ouvertes, et surtout celle de son cœur, pour vous donner le moyen de trouver en lui la force de souffrir.

Remarquez le divin mystère de cette plaie de son cœur. Le sang et l'eau en sortent après sa mort, pour nous apprendre deux choses: La première, que sa postérité et ses enfants, qui devaient trouver leur naissance sur le Calvaire, n'avaient point de vertu et de force pour supporter les châtiments de leurs péchés ; mais que dans ce sang qui sort de ses plaies après sa mort, c'est-à-dire dans ses sacrements, ils trouveraient la force et la vertu de souffrir les peines et les croix que Dieu impose à tous les hommes. La seconde, que la créature qui n'avait point de pureté capable de contenter son Père , à cause du péché qui remplit tout son être et ses œuvres, devait trouver sa sainteté, sa pureté et son innocence en Jésus-Christ et en sa mort.

Je vous prie donc, Madame, de vous tenir collée au sacré cœur de Jésus-Christ, et à sa sainte plaie, qui jette ainsi après sa mort et le sang et l'eau, afin que vous buviez à longs traits cette sainte liqueur, et la pureté nécessaire pour souffrir saintement, et d'une manière utile pour vous, et agréable à Dieu.

11 ne faut point désormais vous promettre une autre vie intérieure, ni extérieure, que celle des souffrances. Il faut vous souvenir de ce que disait Jésus-Christ à saint Pierre, le chef visible de son Eglise et le modèle des fidèles {Joan. xxi, 18) : Lorsque vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vousmême, vous alliez où vous vouliez, et vous faisiez ce qu'il vous plaisait : mais, lorsque vous serez vieux, un autre vous ceindra, et vous mènera par une voie pénible et rigoureuse à votre chair. C'est là ce que vous dit Je Fils de Dieu , qui vous enseigne comme il faut passer le reste de vos jours, et qui

veut que vous gémissiez incessamment dans le repentir de votre vie passée, ne vous restant de temps en votre vieillesse que pour pleurer et regretter celui que vous avez perdu en vos premières années.

Allons, Madame, allons à Dieu par la voie qu'il nous a préparée. Il a mis des épines dans le chemin du ciel; et le paradis parait à Moïse dans un buisson ardent, ce qui marque qu'on ne le trouve qu'au milieu des épines. Et encore quel bonheur pour nous, si, après ces légères souffrances et ces petites égratignures, nous pouvons nous trouver dans le lit du repos éternel 1

Demeurez donc collée à Jésus-Christ crucifié; demeurez avec lui à la croix, crucifiée en tous vos propres désirs, et en toutes vos passions et affections naturelles, vous souvenant des paroles que Jésus-Christ dit dans l'Evangile (Joan. xn, 24, 25) : Si le grain de froment ne pourrit dans la terre, il demeure inutile et sans fruit. Si votre cœur humain ne meurt à tous ses sentiments naturels , s'il ne perd ses premières inclinations de péché et toutes ses dispositions propres, il ne peut espérer d'être animé de la nouvelle vie; il ne doit point, sans cette mort, s'attendre à la résurrection intérieure, c'est-àdire à la vie de la charité en ce monde , et à la vie éternelle en l'autre.

Faites aussi une attentive réflexion sur la conduite de Dieu, qui, ayant pris la forme de pécheur, a été premièrement crucifié , secondement mis à mort, troisièmement enseveli avant que de ressusciter : ce qui vous apprend qu'il faut 1° crucifier tous vos ressentiments, tous vos désirs et toutes vos passions, lorsqu'elles s'élèvent en vous. 2° Qu'il faut les crucifier et les mortifier si assidûment, qu'enfin vous en veniez au point de les voir mortes en vous. C'est dans ce lion mort, comme parle l'Ecriture, c'est-à-dire dans le vieil homme mortifié , qu'on trouve le miel de la consolation intérieure et de la vie spirituelle. 3° Qu'il faut ensevelir ce vieil homme; qu'il est nécessaire qu'il pourrisse, et qu'il ne reste plus rien de ses inclinations et de ses mouvements en votre cœur; qu'il ne doit plus y avoir en vous aucune forme de votre vie passée, pour ne porter plus que des sentiments d'une vie nouvelle et ressuscitée, qui vous fasse vivre en la charité de Dieu, et dans les mœurs de Jésus-Christ.

LETTRE CCXXVHI.

Il exhorte une âme trop timide à recourir a la miséricorde de Dieu.

Vous devez avoir d'autres sentiments de la bonté de Dieu que ceux que vous me témoignez. Sa miséricorde est immense sur les pécheurs. Ainsi présentez-vous à lui en confiance malgré votre pusillanimité. Vivez comme Abraham en espérance contre espérance , et dites avec Job (xm, 15) : Etiam si occiderit me, in ipso sperabo : « Quand il me devrait donner la mort , je ne laisserai pas d'espérer en lui. » Quoique vous sachiez que vous ne méritez que l'enfer, si vous retour-

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i,ez à lui de tout votre cœur, tenez-vous assuré de sa miséricorde, qui est illuminent plus grande que tous vos péchés.

Pensez souvent à ces paroles du prophète Usa. lv, 7) : Derelinquat impius viam suam. etvïr iniquus cogitatxones suas et revertatur ,id Dominum, et miserebitur ejus.: et ad Deum nostrum, quoniam mnltus est ad iijnoscendum : « Que le pécheur quitte sa voie, que l'impie revienne de ses égarements, et qu il retourne à Dieu, il lui fera miséricorde. »

Lorscme vous sentirez votre Ame en pusillanimité et en crainte, et que votre foi se trouvera faible, dites souvent à Dieu : Domine, adjuva incredulilutem meum [Marc, ix, 23 ): et demeurez en attente de cet esprit de foi, dont parle le prophète David au sujet de «a pénitence : Exspectabam cum, qui salvum me fecit a pusillanimitate spintus, etlem- Ve*tate : « J'ai attendu celui qui ma délivre de ma pusillanimité. » [Psal. liv, 9.) Enfin assurez-vous intérieurement sur la sainte parole de Dieu, qui promet miséricorde à ceux qui le -recherchent en vérité. C est ce qui vous affermira contre les craintes et contre les tempêtes qui vous environnent et vous accablent.

LETTRE CGXXIX.

il nrovose un sujet d'oraison sur la parabole de réconome qui avait dissipé le bien de son maître.

1 a parabole de cet économe qui fut accusé d'avoir dissipé le bien de son maître, et que relise nous donne à méditer dans 1 Evancile vous pourra servir demain de sujet d'oràison. Vous vous considérerez vousmême comme cet économe, et vous lerez rétlexion sur le mauvais usage que vous avez fait des biens de Dieu : ce qui doit vous faire craindre ses jugements, et vous obliger à régler tellement votre conduite, que vous ne vous serviez désormais de tout ce que vous avez que pour sa gloire.

Vous adorerez pour cela, dans le premier point de votre oraison, Nôtre-Seigneur vivant sur la terre pour le service de son Père, et usant de tout lui-même pour sa gloire. Il use de tous ses sens extérieurs et intérieurs pour lui; il use de toutes les puissances de Ion âme et de toutes ses facultés pour sa

gloire ; il use de son esprit, de son temps, de ses biens corporels et spirituels en un mot, de tout ce que Dieu lui a donné pour Dieu même. C'est là la vie parfaite d'une créature vivante pour son Dieu ; vie qui nous sert de reproche et de confusion , n'avan presque iamais agi pour Dieu en toute notre vie, et Savant usé de nous-mêmes que pour notre plaisir et pour nos propres intérêts.

Ensuite de cette vue, vous vous conlondrez en sa présence de ce que, n ayant dû agir que pour lui seul, vous n'avez presque fia autre' chose, depuis le commeneemen de votre vie jusqu'à cette heure, que d a?ir Jour vous. Vous gémirez devant lu, et Un demanderez pardon d'un si malheureux em- ! ô"ade votre'vie, et du mauvais usage que vous avez tait de tous ses biens. >ous de

meurerez à ses pieds comme un pauvie criminel qui attend son jugement, et qui reconnaît mériter le supplice et la condamnation éternelle. Vous vous exposerez à porter tous les tourments et toutes les rigueurs qu'il plaira à sa divine justice exercer sur vous dans le temps et dans l'éternité.

Dans le second point de votre oraison vous demanderez à Jésus-Christ Notre-Seigneur ce divin esprit qui habitait en lui, et qui lui faisait faire usage de tout lui-même, de toutes ses puissances et de tout son être pour Dieu son Père, espérant que ce même esprit, par sa vertu divine, fera un entier usage'de vous-même pour sa gloire. C'est a lui à opérer en nous le renoncement à nousmêmes, en sorte qu'en adhérant à lui nous pouvons rebuter et réprimer tous les mouvements de Ta chair qui veut agir pour elle et pour sa propre complaisance. 11 iaut donc avoir recours à lui avec confusion de notre être maudit et malin, qui est tout confit en propres désirs, en appropriation à soi et en éloignement de Dieu.

Oh I que nous sommes misérables d'être ainsi ensevelis dans un corps de péché qui ne recherche que soi-même, qui est ennemi de Dieu, et qui ne vit que pour sa propre complaisance 1 Oh! que tious devons appréhender tous nos mouvements propres et nos désirs l Oh 1 que nous devons soupirer et gémir pour la liberté de ce corps de mort, et pour être délivrés de cette servitude do péché !

Dans le troisième point, vous ferez do fortes résolutions de renoncer a la chair en tout ce qu'elle demandera : résolutions qui doivent être si universelles, que, quand ee demanderait une chose juste, parce quelle ne saurait rien demander justement, n étant rien dû à une chair si maudite, si criminelle et si ennemie de Dieu, vous ne devriez point l'écouter en quoi que ce pût être, vous contentant seulement de vous servir de cequ elle vous pourrait dire comme d'un avertissement sensible pour consulter la loi et la lumière intérieure, afin de voir si sa demande est raisonnable, vous donnant pour cela à l'esprit de Dieu, qui vous fera accomplir en sa vertu, et exécuter en ses intentions ce qui sera de sa volonté.

Vous examinerez aussi en particulier quels sont les appétits de votre chair que vous suivez le plus ordinairement, et qui vous emnêchentdefaire un bon usage de toutes choses pour Dieu. Si c'est la complaisance en vos entretiens, l'ardeur à contester, le désir de paraître et de vaincre, l'avidité dans le mander la trop grande application a satisfaire votre goût, ou la trop grande rétlexion sur les plaisirs des sens, comme sont les objets, agréables à voir, à toucher, à ouïr, a flairer; sf c'est l'attache à vo.re propre jugement et a votre propre volonté, etc.

Enfin vous tâcherez en toute rencontre d'adhérer au divin esprit du Fils de Dieu, afin qu'il vous sépare en sa vertu de tous vos propres mouvements, et que , vous tenant

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dégagé de la chair en toutes choses, il vous fasse vivre uniquement pour sa gloire.

LETTRE CCXXX.

Occupation pour le jour des Cendres , et de l'esprit de cette cérémonie.

Vous honorerez demain Notre-Seigneur, et respecterez tous ses desseins dans la cérémonie des Cendres, lui demandant part à son esprit de mort et de pénitence qu'il va répandre abondamment en ces jours dans les âmes fidèles.

Vous considérerez, 1° que les cendres vous avertissent qu'il faut mourir, et que l'Eglise vous les impose pour vous faire ressouvenir que vous avez été condamné à retourner en cendre avec le premier homme, afin que la vue de la mort dans votre esprit, et la grâce de Jésus-Christ dans votre cœur, éteignent en vous les désirs du péché et l'amour de la vie; car le but de l'Eglise, par l'imposition des cendres, est de nous donner la haine de nous-mêmes, le désir de nous mortifier, et le zèle pour la destruction et la ruine du péché, qui vit incessamment en nous.

2° Vous considérerez que l'Eglise, par la cendre qu'elle nous impose , nous met au pied des autels comme des victimes de mort, et nous en fait approcher comme des hosties prêtes à mourir pour satisfaire à Dieu. Lorsque les prêtresimposaienl autrefois les mains sur des victimes, ils les appropriaient à Dieu et à ses autels, et les destinaient par là à la mort. Maintenant ils imposent la cendre, pour montrer à l'homme qu'il est pécheur, en lui apprenant non-seulement qu'.il est poudre comme le premier homme avant son péché, mais qu'il n'est que cendre. La cendre marque et exprime une chose passée par le feu. Tu as été, veut dire l'Eglise à chacun de ses enfants , dévoré par le feu du péuhé , tu n'es plus rien que cendre : mais souvienstoi que tu seras encore dévoré par le feu de la colère de Dieu , et que tu seras un jour victime de sa justice , si tu ne le veux être maintenant do son amour.

3" L'Eglise, par cette cérémonie, nous imprime la grâce et l'esprit de la chose qu'elle nous exprime , et de la vérité qu'elle nous figure; car elle nous donne des dispositions même de pénitence, par lesquelles nous confessons que nous sommes pécheurs : en sorte que, comme autrefois saint Jean- Baptiste, en jetant de l'eau sur la tête des luifs, les engageait à la pénitence , et eux , en s'approchant de lui , se déclaraient publiquement pécheurs, de même les Chrétiens, en recevant présentement la cendie, reçoivent par les mains du prêtre la marque de leur état, qui les engage à la pénitence, et les peuples font eux-mêmes profession publique de leur péché.

4° Vous considérerez que, comme le Fils de Dieu reçut le baptêoie au commencement de sa pénitence et de son jeûne, vous recevez la cendre avant le vôtre, comme un engagement à la pénitence, de la part du prêlre qui vous l'impose et qui tient la place du Père

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