LETTRE CCXXXIII
Il exhorte une personne à la dévotion envers Jésus vivant en Marie.
Je prie Notre-Seigneur vivant en la trèssaints Vierge de vous donner part à ses adorablos dispositions envers sa Mère, et aux grâces et etfets de sainteté qu'il opère en ce divin mystère. C'est là où il est dans un état et dans un extérieur de plus grande sainteté qu'en tous ses autres mystères, si on en excepte ceux de sa vie ressuscitée. Car comme après Dieu, dans le sein duquel il habite en sa gloire, il n'y a rien de plus saint que la très-sainte Vierge, de là vient qu'étant en elle comme dans son monde et dans son temple, il est dans un état plus saint que lorsqu'il vivait sur la terre, où il usait des créatures maudites, et était au milieu des pécheurs, qui lui donnaient des ennuis et des peines intolérables, à cause de sa grande sainteté, qui était infiniment opposée à leurs vices.
Jésus en ce mystère n'usait d'aucunes créatures qu'en Marie. Il usait de la lumière en elle : il usait des aliments en elle, et tout le monde se convertissait en Marie pour Jésus- Christ. Cet état modérait l'éloignement et la grande distance et opposition qu'il y avait entre le séjour du Fils de Dieu dans la gJoire et dans le sein de son Père, et sa demeure parmi l'horreur abominable des péchés de la terre. Son séjour en Marie était un état qui modérait cette contradiction.
Marie était le monde de Jésus: Marie lui était toutes choses. Elle était sa nourriture, sa vie, sa demeure et son temple. Là Jésus- Christ louait et bénissait son Père. Là Jésus- Christ sanctifiait sa Mère, et la remerciait de lui aider à glorifier Dieu, et de lui être
LETTRES SPIRITUELLES
un moyen qui servait à le glorifier. Quelles grâces et quels dons de Jésus à Marie en reconnaissance de ses bienfaits? Si Marie le communie à sa vie, à son être, et à son sang, et si elle le fait participant de tout ce qu'elle a et de tout ce qu'elle est, Jésus- Christ ne lui en fait pas moins. Car il la communie à son esprit, à ses dons, à ses trésors immenses etàsa vio; en un mot, il se donne tout à elle !
Quelle communion que celle de Jésus à Marie 1 que l'on doit adorer ces communications intérieures et cachées du Fils et de la Mère! Quels entretiens lquelsamours ! quels colloques 1 c'est ce qu'on ne peut qu'adorer. Une octave n'est pas assez longue pour respecter ces choses comme elles méritent.
L'éternité même ne suffirait pas pour rendre les hommages qui sont dus au moindre de leurs entretiens, ne fût-il que d'un moment, tant ils sont tous saints et admirables.
Je vous conjure de vous retirer souvent dans ce divin intérieur de Marie, que Dieu a établie comme la médiatrice du don sacré de son Fils à son Eglise. Comme il l'a rendue la dépositaire amoureuse et fidèle de son trésor pour le rachat des hommes, il vous y fera trouver tout ce que vous pouvez désirer de plus avantageux sur la terre. C'est dans ce sanctuaire où vous trouverez des adorations, des louanges et des amours de Dieu mille fuis plus augustes que tout ce que la créature lui en rendra jamais. Le ciel et la terre n'ont rien qui approche de cette religion. La moindre part à cet intérieur et la moindre participation de sa grâce est un trésor plus grand que tout ce que les séraphins, les chérubins et le reste des anges et des saints offriront jamais à Dieu. C'est pour cela queje vous convie toujours d'aller à ce divin sanctuaire, parce qu'en union à la très-sainte Vierge, vous avancerez plus et pour Dieu et pour l'Eglise et pour vousmême, que par toutes les autres pratiques extérieures dont vous pourriez vous servir. Vous en avez déjà eu quelque expérience.