LETTRE CCXXXVII
// instruit une personne de ce qu'elle doit faire pour vivre selon ta foi.
Puisque vous désirez que je vous parle de la vie de la foi, selon laquelle vous voulez vivre le reste de vos jours, et que vous me priez de vous donner, sur cela, quelques instructions qui puissent vous servir pour votre conduite, je vous dirai que le grand secret pour vous établir dans cette vie, est de voir toutes choses selon les yeux de la foi même, suivant en tout ses divines lumières, n'estimant que ce qu'elle estime, et méprisant tout ce qu'elle méprise; en un mot, réglant vos mœurs et vos actions selon les vérités et les maximes qu'elle vous enseigne. Or, pour cela, il faut que vous étudiiez beaucoup ce que l'Ecriture sainte vous apprend de toutes choses; ce que Jésus- Christ et ses apôtres en ont dit ; quelle a été la conduite de Notre-Seigneur et de ses saints, afin de pratiquer ses instructions, do suivre ses exemples, et d'entrer dans toutes ses voies intérieures et extérieures, selon les moyens et les ouvertures qu'il vous en donnera.
Pour vous faciliter cette étude sacrée, vous n'avez qu'à faire attention à ce que vous êtes par la foi; car en cela seul vous connaîtrez vos obligations principales.
Vous verrez premièrement que vous êtes enfant du Père éternel, et que par conséquent vous devez vivre selon lui, c'est-àdire selon ses mœurs et ses sentiments, et comme un enfant qui veut être l'image vivante et l'imitateur parfait de son père. Notre-Seigneur, comme Fils du Père éternel et comme Verbe divin, représente en lui toutes ces adorables perfections. 11 les possède comme Dieu, et comme étant une même essence avec son Père : il les représente comme son Verbe et comme son caractère, en sorte qu'il est la splendeur et la
tons
figure de sa substance : et même, comme Fils incarné et vivant dans la chair, il est aussi l'image parfaite de ses perfections, étant l'imitateur accompli de son Père, soit en sa charité, en sa patience, en sa longanimité, en sa miséricorde, soit dans ses autres perfections. Or c'est ainsi que doivent vivre tons les enfants de Dieu. Il faut qu'ils se revêtent de lui, et qu'ils se rendent ses parfaits imitateurs : Estote imitatores Dei, dit saint Paul (Ephes. v, 1), sicut filii charissimi; et ambulate in ditectione, sicut et Christus dilexit nos.
L'esprit d'enfant que vous avez reçu, par le baptême, vous facilitera ce devoir et celte obligation. Car, étant obligé à vivre selon cet esprit, lui-même vous donnera les capacités, les vertus et les facilités nécessaires pour vivre de la sorte. Soyez seulement, de votre part, très-fidèle à ses grâces et en sa vertu ; renoncez incessamment à votre chair, qui, par sa malignité, mettrait en vous obstacle à cette vie.
Vous lui demanderez aussi le grand don de la crainte de Dieu : je veux dire cette crainte filiale; celle crainte, qui anime ses enfants, et qui leur inspire un profond respect pour la majesté de leur père; cette crainte, qui leur donne une totale soumission à ses volontés, une entière dépendance de ses ordres, une prompte obéissance à ses lois, une parfaite docilité à sa voix et à ses instructions; cette crainte enfin qui les établit dans toutes les mœurs de leur père, comme des enfants véritables et bien nés.
Vous lui demanderez encore la cordialité, ia simplicité et la charité envers le prochain, pour vivre avec lui comme avec vos véritables frères, qui sont plus un avec vous que vos frères selon la chair, puisque non-seulement ils ont un môme Père et une même mère que vous, savoir Dieu et son Eglise, mais encore un même esprit qui les rend tous un avec vous dans les mœurs, dans les vertus, dans les inclinations, dans les sentiments et les lumières. Et comme entre les frères les biens du père doivent être communs, vous prendrez garde qu'il n'y ait point de jalousie entre vous pour les dons de votre Père, et que vous ne désiriez point à leur préjudice de vous les approprier. Voilé à quoi la foi vous engage comme enfant de Dieu.
Secondement, la foi tous donnant, dans l'Eglise, la qualité de membre de Jésus- Christ, elle vous oblige à vivre comme membre de ce chef adorable. Or, pour cela, il faut que vous viviez du môme esprit que lui : car les membres et le chef n'ont qu'une même âme. Examinez donc quel est l'esprit de Jésus, et quels ont été ses sentiments, et vous trouverez que le Saint-Esprit, qui l'animait, lui donnait une horreur extrême du monde et de ses maximes, et une extraordinaire aversion des richesses, des honneurs et des plaisirs de la terre. Vous remarquerez comme il le séparait de toutes choses, et l'éloignait de tout ce qui n'était point Dieu, le tenant appliqué à son Père dans une sou-
veraine religion, et dans un état de sainteté qui ne peut souffrir la moindre souillure. Vous verrez comme il lui donnait un désir si ardent pour la croix, et pour détruire le péché par ses souffrances, que toute sa vie s'est passée dans les humiliations, dans la pauvreté et dans les derniers mépris, voulant ainsi satisfaire à Dieu son Père, en portant sur lui toutes les peines qui étaient dues au péché.
Voilà quelles ont été les dispositions de Jésus-Christ, et ce que son divin Esprit veut opérer dans tous ses membres. Voilà la manière dont la foi vous apprend que vous devez vivre. Séparation du monde, condamnation de ses maximes, horreur du péché, amour de la croix, religion envers Dieu, charité pour le prochain. Voilà quelle doit être toute votre vie.
Troisièmement, la foi vous apprend que vous avez été fait temple du Saint-Esprit par le baptême : il faut donc que vous viviez comme étant possédé par ce divin Esprit, comme en étant rempli, comme étant conduit par lui en toutes choses. Car il vous a été donné pour être votre conducteur en tout, afin que, n'opérant plus par un principe de mort, qui est la chair, vous n'agissiez plus que par ce nouveau principe de vie, c'est-à-dire par ses lumières en votre esprit, par ses mouvements en votre cœur, et par sa force en votre âme, en quoi consiste toute sa vie. C'est de quoi vous devez faire hautement profession, sans vous mettre en peine de tout ce qu'en pourrait dire le monde, auquel vous ne sauriez chercher de plaire sans vous exposer à déplaire à Jésus^ Christ. Soyons à lui uniquement et pour jamais.
LETTRE CCXXXVI1I.
Il porte une âme au pur amour de Notre- Seigncur, et lui propose un exercice pour honorer Jésus vivant en Marie.
Je ne vous écris ce mot que pour vous désaltérer dans la soif que vous avez d'entendre parler de Jésus et de Marie. Ne voulez-vous pas vous préparer tous les jours et vous disposer de plus en plus aux trèschères visites de ce divin Epoux? Il est toujours en attention sur les âmes, pour voir si elles sont en état de recevoir ses plus saintes caresses. Allons, ma Fille, allons au pur amour. Ayons ce cher Jésus pour notre tout, et ignorons tout le reste. Oh 1 qu'il est adorable et qu'il mérite bien que l'on soit tout à luil oh! quel désir n'a-t-il point de vivre dans nos âmesl oh! quelle vie ne veut-il pas répandre dans nos cœurs! Avez-vous oublié cette adorable vie de Jésus en Marie? cette vie qu'il répand en elle continuellement? cette vie dont il l'anime, aimant en elle, louant en elle et adorant en elle-même Dieu son Père, comme un digne supplément de son cœur, dans lequel il se dilate et se multiplie avec plaisir. Qu'elle est adorable et admirable la consommation de celte âme en Jésus 1 0 admirable consommateur, renouvelez cette vie, et la continuez pleine-
LETTRES SPIRITUELLES
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ment en l'Eglise. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit autrefois, que ia vie de Jésus et son amour dans le reste de son Eglise et même de ses apôtres et de ses plus chers disciples, n'était rien approchant de ce qu'il est dans le cœur de Marie. Il y habite en piénitude. Il y opère en l'étendue de son divin Esprit. Il n'est qu'un cœur, qu'une âme, qu'une vie avec elle. Toutes les autres créatures n'approchent point de ce qu'elle est. Combien de fois ce divin Sauveur a-t-il gémi au ror'.ir de ses entretiens avec sa Mère, lorsque, après avoir vu ce qu'elle était, il considérait la dureté et la propriété de ses apôtres? Quel monstre à ses yeux, après avoir remarqué l'anéantissement de Marie, de voir les recherches propres de ses disciples! Ouvrons, ouvrons nos cœurs à Jésus-Christ, et laissons-nous à lui pour être tout pénétrés de cette admirable vie qu'il répand en cette divine créature. Entrons dans l'amour de Jésus envers Marie, et dans le respect de Marie pour Jésus, et souvenons-nous que jamais leurs amours n'ont eu de langueurs, quoiqu'ils aient été traversés et remplis d'amertumes, mais qu'ils ont toujours été croissants jusqu'à leur totale consommation dans le ciel. Vous savez bien que c'est l'union à ce divin mystère qui fait le même effet dans les âmes ; et vous voyez assez où va cette dévotion pour le repos et la tranquillité de votre cœur. Adieu.
Voici un exercice qui vous pourra servir pour honorer Jésus-Christ vivant en la trèssainte Vierge, el dont vous userez selon votre attrait :
Je vous adore, ô mon divin Jésus, résidant et vivant en la très-sainte Vierge.
J'adore vos grandeurs et vos perfections dont son âme est revêtue.
J'auore votre règne sur elle et l'absolu pouvoir qui régit tout son être.
J'adore votre vie qui remplit et anime son cœur et toutes ses puissances.
J'adore l'abondance des dons, la plénitude des vertus et la fécondité des grâces que vous mettez en elle pour toute votre Eglise.
Divin Jésus, régnez en elle et par elle sur nous à jamais.
Divin Seigneur, votre puissance est adorable, votre joug et votre règne est toujours suave, mais il n'est jamais plus suave que sous ce trône d'amour.
Que volontiers nous venons au pied de ce saint tabernacle vous y rendre nos devoirs, et vous prier de détruire en nous ce qui s'oppose à votre règne et a voire vie 1
Divin Jésus, vivifiez nos cœurs : ne souffrez plus en nous d'autre vie que la vôtre : détruisez et anéantissez tout ce qui lui est contraire. Faites en nous comme en votre Mère; que vous y sovez tout seul vivant, et que tout ce qui est de mortel soit absorbé en votre vie.
Faites que les vertus de votre esprit s'établissent en nous comme en elle, et qu'en sa même vertu, tout ce qui se sent de la corruption de la chair soit détruit et anéanti.
Quelle admirable communion que celle qui se fait de l'esprit, de la vie et des vertus de Jésus dans votre âme, ô ma divine Mère 1 il me semble que vous n'êtes qu'une avec Jésus, tant il est en vous et vous consomme en lui.
Adorable modèle de la communion des Chrétiens, plût à Dieu que votre divin souvenir pût remplir noire âme de sa sainte abondance et de la plénitude de sa vie, comme il vous vivifie, ô divine Maîtresse!
Divin Jésus, vivez en nous par votre Mère, et répandez en nous la plénitude de vos dons et de vos saintes grâces, pour être un avec vous et avec votre très-chère Mère.