‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 332 sur 394 · IC9I · texte numérisé non relu

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Les conversations de piété me devenaient interdites, non pour ui'ôter la charité du prochain, mais au contraire pour m 'unir à lui plus étroitement et plus purement; car plus je me séparais de toute créature et de toute communication spirituelle, plus je m'attachais en Dieu aux saintes âmes dont je m'éloignais sensiblement, et plus j'aimais Dieu en elles. Cette société, ou plutôt cette unité en Dieu ne peut se comprendre sans l'avoir expérimentée. Elle lient de ia communion des saints dans le ciel, où ils aiment Dieu les uns dans les autres, par cette consommation qui de tous les coeurs ne fait qu'un même cœur en Dieu, leur vie et leur amour.

C'est ce pur amour de Dieu qui tient les âmes saintement liées entre elles sur la lerre , sans que ni le corps, ni la chair, ni les sens y entrent pour rien. Plus elles sont séparées, plus elles ont déchanté et sont étroitement unies; parce qu'étant moins répandues hors d'elles-mêmes, elles sont plus concentrées en Dieu. Comme à la faveur de cette retraite, elles ne s'épanchent point en affections humaines et naturelles, leur union est infiniment plus pure et leur charité plus forte. O merveille du saint amour, qui prend sa source en Dieu et qui se consomme en Dieu ! amour paisible et invincible tout à la fois ; amour libre et sans mélange d'amour- propre ; amour qui est la vraie vie de notre âme. Cette charité toute céleste de Dieu, qui est Dieu même en nous, dilate tellement notre cœur, qu'il est prêt d'embrasser le monde ectier, comme s'il tendait les bras à toute créature pour faire du bien à tous les hommes. L'âme ainsi dilatée cherche à porter dans les autres le feu dont elle brûle, pour les remplir du pur amour; ou plutôt, elle n'est qu'une avec elles; elle demeure cachée en elles par son union intime avec Dieu présent et agissant dans les âmes ; s'efforçant, par l'ardeur de ses désirs et de ses prières, d'y allumer la charité dont ellemême se sent embrasée.

IX. C'est un grand malheur pour l'Eglise et pour toute compagnie attachée à son service, lorsque le chef, qui doit être un flambeau et souiller le feu divin par ses oraisons, ses entretiens et ses œuvres, se trouve dans la langueur, en sorte que l'on puisse lui appliquerces paroles de l'Ecriture : Omne cor mœrens,o/nne caput lanyuidum. (Isa. i, 5.) Tout le corps s'en ressent. Dieu avait mis son esprit en lui, pour allumer sa charité dans tous les membres. Mais comment échauffera-t-il les autres, dès qu'il est luimême sans chaleur? et comment porterat-il dans les âmes le feu de la charité, s'il est tout de glace? Au contraire, c'est une merveille dans l'Eglise , que cette dilatation de charité qu'opère la communion des saints. Une âiue qui croît en ferveur enrichit toute l'Eglise, en augmentant les flammes de l'amour divin dans ses membres, comme un membre glacé le refroidit. Par là on comprend aisément le sujet des larmes de taul de saintes âmes qui s'accusaient des crimes

de leurs frères et s'en disaient coupables, parce que, disaient-elles, si elles eussent augmenté en amour, ils s'en seraient ressentis et eussent été fortifiés dans la crainte de Dieu, au lieu que leur langueur a produit en eux cette tiédeur et cette faiblesse qui les a conduits dans le péché.

J'ai eu le bonheur de ressentir mon âme aujourd'hui présente à quelques-uns que j'aime en N'otre-Seigneur; et il m'a fait cette miséricorde, de les échauffer de son amour, ce qui se fait sans avoir besoin de leur être présent de corps. Tout au contraire, il vaut mieux ne les point voir, ni converser avec eux, sans un besoin exprès. On en devient plus fort, et la charité en devient plus parlaite, parce qu'on demeure plus perdu en Dieu, en l'union duquel il faut agir pour opérer le bien spirituel de ses frères. Par la présence corporelle on s'épanche l'un dans l'autre, même en communiquant des choses les plus intérieures. On se répand en affections sensibles, parce qu'on suit, presque sans y prendre garde, les impressions do son cœur de chair, et ainsi l'on sort de Dieu, à mesure qu'on se laisse attirer à la créature. L'âme doit donc toujours se tenir en Dieu, et s'éloigner, autant qu'elle peut, des occasions où, trouvant son propre agrémen à s'épancher au dehors, elle ne peut manquer de se refroidir. Elle est déjà si froide par elle-même, que, pour peu qu'elle sorte de la fournaise de charité qui est en Dieu et ne peut être hors de lui, il faut qu'elle souffre un grand dommage, et qu'elle perde beaucoup de sa chaleur, comme le fer, si froid de sa nature , lorsqu'on le relire du fourneau. Les créatures avec qui l'on converse ont beau être saintes , elles ont toujours la maligne propriété d'engendrer je ne sais quel sentiment de plaisir qui attiédit l'âme en affectant le cœur. On profitera bien davantage, si on va puiser en Dieu seul , source immense de tout bien, où l'on trouve sans péril ce que les créatures ne peuvent donner qu'avec perte du pur amour. C'est l'état des âmes choisies que Dieu appelle à cette union intime et sans alliage de l'affection humaine, où l'on possède Dieu pour tout, mais Dieu uniquement , mais Dieu en lui-même et pour lui-même, mais Dieu sans division et sans partage.

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