EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. - V. SENTIMENTS DE RELIGION
cœur est rempli. Ils se sont associés iloiize autres adorateurs pour doubler leur réparation, et par cette réunion de vingt-quatre, ils ont voulu imiter la fonction religieuse des vingt-quatre vieillards de VApocalypsc, qui adorent continuellement Jésus-Christ»
prosternés et abîmés devant son trône. Ces vingt-quatre personnes se partageront les vingt-quatre heures du jour, demeurant chacune l'une après l'autre l'espace d'une heure devant le très-auguste Sacrement de l'autel, afin d'y êlreenadoration perpétuelle et de pouvoir en leur manière, toute pauvre qu'elle est, honorer Dieu sur la terre comme il est honoré par les anges et les bienheureux dans le ciel. Leur dessein ne sera pas seulement de réparer l'injure commise extérieurement contre lui dans l'église de Saint- Sulpice, et en tant d'autres lieux où il a souffert le môme attentat, mais des injures, des crimes et des sacrilèges sans nombre commis dans les âmes et connus de Dieu seul. Elles se consacreront à Jésus-Christ comme autant de victimes qui font amende honorable perpétuelle pour les profanations de la très-sainte Eucharistie, commises nonseulement par les hérétiques, mais encore par les Catholiques eux-mêmes. A cette association qui est plus en esprit que de corps, sont admises des personnes de tout sexe et de toute condition qui, prenant chacune dans son particulier une des vingt-quatre heures, se joignent aux vingt-quatre pour entrer dans leur dévotion et suppléer aussi celles qui, par infirmité ou par une pressante nécessité, ne pourraient rempliractuellement l'heure d'adoration.
V. La merveille du mystère de la communion est que Jésus-Christ nous communique sa chair adorable pournous faire participants de son esprit et nous faire entrer en communion de tout son intérieur. Or, quelle grande merveille n'est-ce pas que notre âme soit unie à la consécration que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faite de son humanité à son Père 1 Quelle merveille que nous soyons admis en unité de cette divine opération 1 Combien notre dévotion sérail vive et enflammée, humble, respectueuse et profonde, si nous faisions notre consécration dans le même esprit et dans les mêmes dispositions de Notre-Seigneur 1 Combien serait étroite notre union et notre adhésion à Dieu 1 Quel transport continuel 1 quelle élévation, quel amour I quel dévouement à le contempler, à le louer, à le bénir 1 Hélas 1 Dieu désire tout cela de nous; il le veut, c'est pour cette fin qu'il nous donne son Fils; qu'en nous faisant manger sa chair et boire son sang, il nous t'ait entrer encommunion de son esprit, de son intérieur, de sa qualité d'hostie, de cette opération ineffable qui le consacre et le dédie à sa gloire. Hé 1 pourquoi ne nous laissons-nous pas posséder et pénétrer à Jésus-Christ pour entrer dans toutes ses dispositions intérieures ?
VI. Dès l'âge de sept ans, j'avais une telle idée de la sainte Messe, que, dans mon pauvre esprit d'enfant, lorsque je voyais un
OEvvses cousues Dii M. Olikk.
prêtre à l'autel, je croyais qu'il ne vivait plus que de la vie de Dieu. Je me le figurais si appliqué et si consommé en lui , que je m'étonnais de le voir cracher. C'était pour moi une grande peine de le voir tourner la tête , pensant qu'il avait perdu alors l'usage de la vie corporelle et terrestre, comme les saints dans le ciel , qui sont entièrement séparés de la terre Je croyais les prêtres transformés en des anges , depuis qu'ils étaient revêtus des habits sacerdotaux, et du moment surtout qu'ils étaient montés à l'autel.
VIL \ln prêtre doit être un feu si ardent , qu'il consume toutes les imperfections do ceux avec qui il vit. Il doit être si saint , et pour ainsi dire si divin , que sa religion attire en lui Jésus-Christ, jusqu'à lui faire, désirer ardemment de venir dans son âiiie , comme dans le lieu de sa joie et de ses complaisances. Si tous les Chrétiens doivent être saints, car c'était leur premier nom, vocatis sanctis , conibiei. plus doivent l'être ceux qui entrent tous les jours dans le Saint des saints! Et si autrefois le grand prêtre, pour- entrer un seul jour dans toute l'année en un lieu qui n'était que la figure de celui où nous entrons tous les jouis , se séparait si soigneusement de toute créature uour être tout appliqué à Dieu , combien plus les prêtres doivent-ils se sanctifier , en se séparant du monde, et en renonçant à tout, d'esprit et de cœur, pour ne s'attacher qu'à Dieu seul 1
VIII. Je crois , disait-il à ses prêtres, que nous devons , dans ces malheureux temps , prier beaucoup pour l'Eglise , et demander instamment à Dieu qu'il fasse revivre la piété en beaucoup de lieux où l'on dirait presque qu'elle est non-seulement affaiblie et languissante, mais entièrement éteinte et abolie. C'est le défaut de religion qui laisse déchoir en tant d'endroits des villes et des campagnes la beauté des églises , la décoration des autels, le respect dû au saint sacrifice, la gravité du chant, la majesté des cérémonies, la sainteté des prélats, la décence, la modestie et la vie édifiante des autres ministres, la richesse et la propreté des ornements, le soin des vases ou instruments qui touchent le plus près la personne adorable du Sauveur, comme les ciboires, les calices, les soleils, et les lampes qui doivent brûler jour et nuit devant sa sainte présence. Demandons beaucoup à Dieuqu'il rétablisse dans tout le monde chrétien la dignité du culte extérieur ; mais qu'il lui plaise avant toutes choses réformer dans les ecclésiastiques l'intérieur de sa religion. Vous savez que c'est là notre vocation, et ce que notre Seigneur attend de nous.
IX. Un de nos principaux devoirs est de nous occuper beaucoup devant Dieu des besoins et de la sanctification des ministres de Jésus-Christ, dans tous les rangs et dans toutes les conditions du clergé. C'est pourquoi vous demanderez à Dieu, pour les prélats de sou église , l'esprit de sainteté et de séparation du siècle ; l'esprit d'oiaison et
d'application à Dieu ; l'esprit de frugalité dans leur table , de simplicité dans leurs meubles et do modestie en leur train; l'esprit de libéralité envers le prochain , de vigilance sur leurs ouailles, de zèle, de force, de patience à les servir ; l'esprit de haino du monde et de ses maximes; l'esprit de magnanimité pour combattre, sans être arrêté par la crainte des hommes, \e péché, les hérésies, les scandales et toutes les œuvres du démon ; l'esprit d'humilité et de mépris d'eux-mêmes, qui les tienne toujours vils, petits et abjects à leurs propres yeux.
Pour les chapitres, vous demanderez la concorde avec leurs prélats , la parfaite intelligence et union de tous les membres du corps entre eux ; une grande assiduité au chœur , un profond respect dans l'Eglise, qui fasse éviter tout ce qui scandaliserait les peuples; une grande récollection, et beaucoup d'esprit intérieur, surtout pendant les saints offices; une vie laborieuse et sacerdotale , en sorte que tous soient des exemples de piété et des modèles de religion pour les fidèles et les prêtres du diocèse.
Pour les curés, vous prierez Dieu de leur donner l'esprit de pénitence, afin qu'ils expient avec leurs propres péchés ceux de leur troupeau ; tout le zèle qui doit animer un pasteur pour le salut de ses brebis ; une charité ardente, tendre et compatissante aux maux du prochain , prompte à les secourir , soit pour l'âme, soit pour le corps; enfin l'oubli d'eux-mêmes , l'abandon à Dieu , et l'amour des croix.
Vous demanderez pour les prêtres et vicaires des paroisses , le dépouillement de leur propre esprit, en sorte qu'ils soient toujours dans les mains du pasteur, et agissent par ses conseils; un profond anéantissement , une entière pauvreté ; une activité continuelle, niais accompagnée de paix, et gouvernée par la douceur, la charité, la patience; une perte totale d'eux-mêmes, pour n'être occupés que du service de Dieu et du prochain.
Pour tous les ministres des saints autels, vous demanderez une vie ornée de toutes les vertus , une sainteté entière et parfaite , une foi vive , une ardente charité.
Comme tous ceux que je viens de nommer sont les principaux instruments de la religion , et les vertus dont je viens de parler, celles que Jésus-Christ demande surtout dans les ministres de son Eglise; faitesen tous les jours te sujet de vos prières , principalement lorsque vous demeurez devant le très-saint Sacrement, où notre Seigneur n'a point de plus grande joie que de pourvoir aux besoins de son peuple, et d'en traiter avec ses ministres.
X. Je commençais à célébrer la sainte Messe sans m'altendre à recevoir aucune consolation (1330), ni caresse de mon Maître, qui m'avait comme rebuté depuis si
longtemps, et de qui jo n'osais presque plus rien espérer, lorsque tout d'un coup, ce divin Epoux de nos âmes me dit : Faites-moi vœu de servitude ; mais avec un témoignage de bonté et d'amour si extraordinaire , que rien ne le peut exprimer. Plusieurs fois j'ai tenté de les rendre par quelque comparaison , mais inutilement. Je me souviens que tout saisi et ravi de joie , je lui répondis: Je le veux , Seigneur , si vous le voulez; je le veux; niais donnez-moi permission de ne rien faire sans le consentement de celui qui me tient votre place , car je n'entends pas même à quoi je m engagerais. Si dans le moment ce bon Maître m'eût expliqué la nature de ce vœu , je ne crois pas que jamais j'eusse osé l'entreprendre. Pendant mon action de grâces, il médit: Etre serviteur d'un maître, c'est faire tout dans ses intentions ; ce qui est, je le puis dire, presque la moindre partie de ce que ce vœu comprend; et s'il était proposé dans toute son étendue, il n'y aurait personne au monde qui voulût s'y engager. Cette servitude demande une telle dépendance de corps et d'esprit, qu'on ne peut la concevoir. En vertu de mon vœu , je n'oserais entreprendre la moindre chose, que selon la volonté et dans l'intention de mon Maître. Je ne puis donc plus ni parler ni agir; je n'oserais même pensera lui, que dans la dépendance de son esprit qui me possède et me gouverne, pour ne me laisser rien faire par moi-même. C'est un assujettissement extraordinaire, et toutefois admirable dans sa douceur, sa suavité, sa paix. Rien ne montre mieux la puissance et la bonié de l'Esprit de Dieu, qui , tout grand qu'il est, s'accommode si charitablement à la faiblesse de sa créature , et descend à tout ce qu'il y a déplus bas, en daignant prendre la conduite de l'homme le plus vil et le plus méprisable, d'un pécheur indigne de voir le jour.
Outre l'obéissance qui me défend de ru'engager sans l'approbation de mon confesseur , j'avais encore besoin d'apprendre mieux jusqu'où je devais m'engager ; car je ne l'entendais pas assez. Quand l'année de préparation qui m'avait été donnée pour terme fut écoulée , je fis le vœu. Je reçus alors de grandes grâces; et ce que Notre- Seigneur ne m'avait expliqué encore qu'en termes généraux : // faut qu'un serviteur fasse tout dans l'intention de son maître, je le compris enfin , à la faveur des lumières intérieures qu'il daigna me communiquer.
Depuis ce temps -là, Noire-Seigneur a commencé de me faire sentir des mouvements que je n'avais jamais éprouvés, et m'a traité avec une bonté que je ne connaissais, pas encore.
Hier , veille de saint Marc , comme je m'offrais pour réciter le saint Otfice, je sentais en moi l'esprit de Notre-Seigneur, agir comme s'il l'eût récité pour moi, et lorsque j« me préparais à dire la sainte Messe , je me trouvai si rempli des intentions de mon
(1350) M. Olier raconte ici use faveur particulière qu'il a reçue de Noire Seigneur.