EXTRAITS DLS MEMOIRES MSS. - V. SENTIMENTS DE RELIGION
Maître, que je ne sentais pi us en moi de liberté pour en avoir d'autres. Il a plu à la divine douté de nie manifester les vues dans lesquelles je dois offrir le saint sacrifice. Mais comme un serviteur no sait pas ce que fait son maître, selon la parole du Fils de Dieu , je me sentais porté à refuser celte manifestation des desseins de mou cher Maître, me regardant indigne d'entrer dans ses divins secrets, moi pauvre esclave, qui ne trouve en moi que néant et péché. Ce qui me confirmait encore dans cette pureté de dépouillement et d'anéantissement, c'est que Notre-Seigneur lui-même, en cette qualité de serviteur, avait ignoré le grand jour du jugement. Cependant, lorsque j'étais encore au b.is de l'autel, Dieu me découvrit son très-saint et très-juste dessein sur le saint sacrifice que j'allais offrir. C'était qu'il fût présenté par mes mains à la souveraine majesté , pour qu'elle accordât au Pape l'esprit de saint Léon , dont on faisait la fête en ce jour.
L'esprit de ce vœu est la pureté d'intention avec un désir ardent de la gloire de Dieu, c'est-à-dire de le voir honoré, connu et aimé des créatures. Loin donc que nous ressentions de la jalousie, lorsque les autres l'honorent et l'aiment plus que nous, nous devons au contraire en concevoir un grand sentiment de joie, et trouver notre plaisir dans le travail de nos (rères , lorsqu'il fructifie mieux que le nôtre. Ce n'est pas seulement l'orgueil et l'amour-propre qui nous rendent jaioux de l'excellence d'autrui, c'est encore l'esprit mercenaire, et une sorte l'avarice qui nous fait désirer ce que possèdent les autres au-dessus de nous. De là fient que nous désirons leur ministère, iins la vue de la récompense qui leur est dastinée : mais le moyen de n'en avoir qu'une petite, c'est de travailler pour elle ; car. Dieu récompense nos services à proportion de l'amour avec lequel nous le servons. lit quel amour peut-il y avoir dans celui qui ne cherche pas purement la gloire de son maître?
Le devoir d'un bon serviteur, disait-il , c'est d'avoir toujours les yeux ouverts et tournes vers son maître , pour obéir au premier signe de ses mains; c'est d'être prêt à exécuter ses ordres , et de s'y porter sans la moindre opposition , faisant dépendre uniqnement de la volonté de celui qui lui commande, l'usage de sa liberté, de ses talents, de ses membres. Cette grande dépendance que j'éprouve en toute occasion, soit intérieurement, soit extérieurement, est une des dispositions attachées à la qualité de serviteur et d'esclave , que j'ai vouée à mon Maître. 11 ajoutait: Le serviteur de Dieu n'est plus qu'un mercenaire , s'il n'embrasse pas tout de son cœur les difficultés et les amertumes de son service. II faut que les travaux et les peines lui soient des roses , dès qu'il s'agit de servir son maître. Ce n'est
pas tout; il n'est pas fidèle à Dieu, s'il ne souffre pas amoureusement tous les rebuts qu'il en reçoit, et tons les châtiments de sa justice Quand son maître ne le regarde pas; quand iî paraît l'oublier et ne faire aucun cas de lui ; quand il le laisse dans de grandes obscurités d'esprit et sécheresses intérieures , il doit être aussi joyeux , aussi content que s'il ne lui faisait goûter que des consolations. Quand Notre-Seigneur, dans l'oraison , ne lui communique aucun sentiment de sa présence; lors même qu'il le traite avec la plus grande rigueur, et qu'il semble avoir oublié à son égard toub3 la tendresse d'un père, pour ne montrer plus que la sévérité d'un juge ; lorsqu'il permet que l'âme soit agitée de tentations, et troublée de peines intérieures; en un mot, dans toutes sortes d'épreuves, il faut non-seulement qu'il se soumette avec patience, mais encore qu'il baise la main qui le frappe, et que son coeur embrasse les afflictions, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui, en qualité de serviteur cle son Père, embrassa la croix, accepta toutes les rigueurs de sa passion, et endura la mort avec un si grand amour, qu'il l'eût endurée une infinité de fois.
XL Nous devons considérer l'Eglise comune seule chose avec Jésus-Christ. Il est au milieu d'elle et en elle, répandant son esprit, sa vie, ses sentiments dans ses membres. Il la chérit comme son épouse; et ses membres, comme ses enfants qu'il a engendrés dans les douleurs, sur le lit de la croix. Je ne puis donc servir Jésus-Christ, sans me consacrer tout entier au service de l'Eglise, me consumant pour elle, et n'épargnant pour ceux qu'elle renferme dans son sein, ni mes biens , ni mes soins, ni ma santé, ni ma vie, à l'exemple de Jésus- Christ lui-même, qui l'a aimée, dit l'Apôtre, jusqu'à se livrer pour "Aie à la mort (1351).
Il faut tenir pour certain que, dans l'Eglise de Dieu, et par conséquent dans les fidèles, Jésus-Christ y habite par son espra, ses grâces, ses dons, ses vertus. Tout ce qui est de Jésus-Christ étant saint, grand, divin, mérite notre vénération et nos hommages. Le devoird'un Chrétien envers toute l'Eglise et chacun de ses membres, est donc un devoir de culte et d'honneur. Il n'y a pas un membre dans l'Eglise, pas un fidèle, qui en cette qualité n'ait élé fait enfant de Dieu, qui ne soit membre de Jésus-Christ et rempli du Saint-Esprit; pas un qui ne porte en soi le sceau de Jésus-Christ, qui n'ait imprimé dans son âme la beauté du Père éternel, puisqu'il a imprimé son image en nous ; image conforme à celle qu'il a imprimée dans son Fils, par sa génération éternelle. Ainsi toute l'Eglise dans ses membres , depuis la personne du Souverain Pontii'e et des évoques qui la gouvernent, jusqu'au simple fidèle, mérite un grand honneur et un grand respect. Celui qui sait ce qu'il est en luimême, et ce que l'Eglise est en Jésus-Christ
(ljj|} ClirUlus dilexii Ecclesiam,ct scipsum trudidii pro ea. (Ephcs. v, 25.)
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doit donc se tenir à ses pieds, comme devant l.i plus puissante des reines et la plus élevée en gloire.
XII. Le vœu de servitude nous oblige à nimer tellement tous les membres de Jé^n>- Christ, que nous entrions dans tous leurs intérêts, et que nous les préférions même aux nôtres. Le Chrétien qui vit dans cet esprit, ajoutait-il, doit avoir une si grande charité pour tous les fidèles, qu'il soit prêt à tout satritier et souffrir tout pour leur salut. Si nous sommes vraiment serviteurs de nos frères , comme saint Paul se glorifiait d'être le serviteur des premiers Chrétiens (1352), nous ne leur parlerons jamais qu'avec bonté et douceur; nous nous étudierons à les contenter en tout; nous éviterons avec grand soin de les contrister et de leur donner la moindre peine, nous les soulagerons dans leurs besoins; nous supporterons leurs infirmités; nous les traiterons enfin comme un serviteur traite son maître.