‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 338 sur 394 · VI. — Sentiments de dévotion a la sainte Vierge · texte numérisé non relu

VI. — Sentiments de dévotion a la sainte Vierge

I. Dès ma jeunesse, j'étais poussé par un mouvement secret à porter la vue sur toutes les figures de la très-sainte Vierge, qui reposaient en des lieux très-cachés aux veux du inonde. J'aurais voulu être prosterné dans le ciel à ses pieds, pour chanter continuellement ses louanges, selon toute l'étendue de mes désirs, et pour les faire entendre à tout le paradis. Lorsque j'entrai dans l'église qui renferme la chapelle de Loreite, en Italie, je fus vivement touché, jusqu'à verser des larmes en abondance, et d'abord que j'aperçus l'édifice de loin , je me sentis fort attendri... Ce que je ressentis à l'aspect de Notre-Dame de Luretle, je l'éprouvai, au sortir d'une de mes retraites, à la vue de Notre-Dame de Paris, ce qui me remplit du divin amour.

II. Lue de mes parentes, en se faisant Carmélite, avait laissé dans mon coffre, dont elle m'avait demandé la clef, mille belles choses qui étaient les restes de son ancienne vanité. Elle croyait par là reconnaître les petits services que je lui avais rendus pour Dieu , contre l'avis de ses proches , des mains desquels je l'avais dégagée, pour la placer dans l'ordre et avec les filles de sainte Thérèse. Je lis présent de tout à la très-sainte Vierge, car ma coutume depuis longtemps était de lui offrir tout ce que j'avais de plus riche et de plus précieux en argenterie, diamants et autres choses, dont j'ornai plusieurs églises ou chapelles dédiées »ous son nom.

Je me souviens d'avoir été un des premiers qui ait contribué quelques sommes notables pour la décoration de l'église de No.tie-Danie de Paris. Depuis ce temps-là, je lui ai fait quelques présents par intervalles, et bien souvent je les ai faits presque 6ans le vouloir ou comme nécessairement.

Dès que j'avais quelque chose de beau, je me sentais fortement pressé d'aller lui en faire hommage dans cette église; et quand j'aurais voulu résister à ces mouvements intérieurs, il me semble que je n'aurais pu, tant ils étaient véhéments. Je ne sais comment on peut refuser quelque chose à cette grande reine. Je souffre beaucoup, lorsque je ne puis rien donner à un pauvre que j'entends nommer la sainte Vierge.

Quand ils me parlent ainsi, il faut , pour leur pouvoir refuser, que je ne puisse leur donner en aucune manière, ni leur procurer quelque secours, ni emprunter de quoi subvenir à leur indigence, ni enfin les mener à la maison.

III. Jamais je n'ai osé me servir d'aucune chose, comme d'habits, de livres, de mes revenus, sans en offrir le premier usage à la sainte Vierge. Il y a, je crois, plus de neuf ou dix ans, que j'ai toujours eu celte pratique : autrefois je faisais plus, car je n'osais rien entreprendre pour moi, sans aller auparavant la prier de me le commander, comme un esclave qui ne dispose de rien par lui-même, ou comme un enfant qui en toutes choses dépend des volontés de sa mère. Ainsi, dans ma jeunesse, lorsque j'avais de nouveaux habillements , j'allais à Notre-Dame me présenter à elle, en la priant de ne pas souffrir que pendant tout le temps qu'ils seraient à mon usage, j'eusse le malheur d'offenser son Fils. Il m'est bien arrivé quelquefois, je favoue, de croire que cette pratique était une puérilité, ou de la regarder comme un trop grand assujettissement, surtout lorsque je faisais réflexion que de tous ceux que je connaissais , personne ne pratiquait rien de semblable; mais c'était pour moi une sorte de nécessité, tant il m'en coûtait de résister au mouvement qui m'y portait, et tant ma conscience m'accusait d'infidélité, lorsque j'avais refusé à la sainte Vierge mon tribut ordinaire. J'ai dans mon cœur une preuve que ces petits devoirs lui sont très-agréables, quand ils se font purement pour lui plaire.

IV. Le premier jour d'octobre, j'allai renouveler le vœu qu'il plaît à Dieu me permettre de faire tous les ans en ce même jour, de dire le chapelet toute l'année à la gloire de la très-sainte Vierge. M'étant abandonné à l'Esprit-Saint, je commençai de remarquer en moi la suavité de son opération. Je me sentis intérieurement élevé à Dieu; et je lui offris mon vœu dans l'intention d'honorer tous les jours de l'année , par celle prière, la sainte Vierge, comme la Reine des anges.

V. Nous sommes trop misérables pour avoir accès auprès de Dieu; mais, dès qu'il nous voit revêtus de son Fils, il nous est favorable. Ainsi, quand Jésus nous voit revêtus de sa très-sainte Mère, nous sommes sûrs qu'il nous écoutera.

VI. Je ne puis, Monsieur (1353), qu'approuver tous les devoirs envers la sainte Vierge,

(1552) .Vos f.utcm serves vestrus. (II Cor. it, 5.) (1333) 11 parlait à un prêtre qui Pavait consulté.

nos

EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — VI. DEVOTION A l.A SAINTti VIERGE. 1106

dont vous mt parlez dans votre lettre, et dont vous usez tous les jours depuis quelque temps. Vous ne sauriez croire combien elle agrée tous ces petits hommages, et combien ces justes reconnaissances plaisent à son cher Fils. L'état du sacerdoce, où Dieu vous a élevé, vous oblige à un amour tout particulier pour celle Reine du ciel ; et il me semble que tous les préïres et tous les clercs ont des raisons bien pressantes pour embrasser cette dévotion.

La première est l'amour que porte Notrc- Seigneur à sa très-sainte Mère. Car si l'esprit de Jésus-Christ vit dans un prêtre : comme il ne peut y être oisif, et qu'il remplit les âmes où il habite, de ses inclinations, il doit vivifier et animer son cœur de sentiments d'amour envers la sainte Vierge, parce que c'est l'amour le plus puissant et le plus for! qui anime Jésus-Christ lui-même , après celui qu'il porte à Dieu son Père.

La seconde est l'amour immense qu'elle porte à Jésus-Christ. Comme elle n'a d'être, de vie et de mouvement que pour lui, les prêtres doivent être ravis de se pouvoir lier à l'intérieur de la sainte Vierge, parce que dès qu'une âme lui est bien unie, elle se sent attirée par son amour à Jésus-Christ : elle entre dans ses voies saintes et ardentes du pur amour envers Jésus-Christ, qui est tout le trésor d'un prêtre.

La troisième est le charme qu'elle a en soi, selon le sentiment des Pères et selon l'expérience de l'Eglise, pour attirer les âmes à Jésus-Christ ; c'est pourquoi ils l'appellent l'appât de la Divinité (135b). Dieu qui veut tirer les âmes à son Fils, se sert de la douceur et de la suavité de la sainte Vierge, comme d'un appât qu'on met au bout d'une ligne pour y prendre les hommes ; de sorte qu'en celte divine créature, les prêtres trouvent l'attrait qui leur est nécessaire pour gagner les âmes à Jésus-Christ. C'est pour cela qu'ils doivent se tenir intimement unis à elle, et comme se perdre en elle.

La quatrième est sa qualité de Mère de Jésus-Christ. Comme mère, elle a la fécondité pour le produire dans lésâmes. C'est pourquoi les prêtres qui sont obligés de l'engendrer dans les cœurs, doivent vivre continuellement en elle, afin qu'étant rendus participants de cette divine vertu de Dieu le Père, qui la rend féconde, ils puissent remplir dignement un si saint ministère.

Vous savez, Monsieur, les grâces que vous avez reçues pur la médiation de la sainte Vierge, et combien elle vous aide en tout ; continuez donc à la servir comme vous avez fait jusqu'à présent ; et quoi que le monde vous dise, n'interrompez point les exercices dont vous vous êtes fait un devoir. Notre- Seigneur, qui se plaît dans l'amour de sa Mère, et dans le culte qu'on lui rend, justifiera avec le temps votre conduite.

VU. Le Fils de Dieu, qui voulait, après 5a mort, confier à sa sainte Mère l'établissement et la conduite de son Eglise, n'eut

(1554) Etca spiritalh liami qui est divinitas.

pas de moyens plus propres a l'exécution de ses desseins, que de lui mettre entre Ips mains le sacrifice adorable. Mais comme cette divine Mère, quoique remplie de la plénitude de l'esprit du sacerdoce, n'en avait point le caractère, et par conséquent ne pouvait en exercer par elle-même les fonctions, le Sauveur lui donna saint Jean au Calvaire ; non-seulement pour qu'il fût son supplément, et lui tînt lieu de fils en sa place, mais encore pour lui donner, par les saints mystères qu'il célébrait pour elle et selon ses intentions, le moyen de satisfaire aux désirs ardents de son cœur, c'est-à-dire de rendre au Père éternel des hommages dignes de lui; de faire passer, dans le sein et dans les membres de l'Eglise, le fruit du sacerdoce de Jésus-Christ son Fils; et enfin de se consoler de son absence, par le bonheur qu'elle aurait de s'en nourrir tous les jours, en recevant, dans un état de gloire, et revêtu de la souveraine puissance, celui qu'elle avait porté autrefois dans son sein, dans un étal de faiblesse et d'infirmité.

VIII. Je me souviens, mais non sans confusion, d'un témoignage de bonté que me donna cette tendre Mère; c'est que m 'ayant accordé quelque intervalle dans une fièvre assez fâcheuse, elle me mit dans l'esprit d'aller visiter une sainte chapelle, voisine de mon prieuré où j'étais alors, qui était consacrée sous son invocation. C'était une petite église de Bretagne, nommée Notre-Dame de toute Joie. Tout infirme que j'étais, je m'efforçai d'y aller à pied ; et comme je me préparais à dire la sainte Messe, j'entendis cette parole intérieure : Fais-moi vœu de dire une Messe tous les samedis, pour remercier Dieu de ce qu'il m'a faite Mère de son Fils. Je lui promis sur l'heure ce qu'elle me demandait, et depuis ce temps, j'ai tâché de remplir ma promesse, sans jamais y manquer.

Un jour, formant mes intentions avant de monter à l'autel, je l'entendis me parler ainsi intérieurement : Donnez-moi votre sacrifice. Elle ne me fit pas connaître en détail pourquoi; mais je voyais seulement dans ce qui se passait en moi, que c'était pour une affaire très-importante à l'Eglise. Dans ces occasions, je n'ose même rien désirer de savoir; trop honoré déjà qu'une si grande Reine daigne s'adresser à un si pauvre esclave, elle qui a tout pouvoir, pour obtenir par ses mains, ce qu'il lui est si aisé d'obtenir par elle-même.

C'était une des dévotions de la sainte Vierge de remercier Dieu par le saint sacrifice de toutes les grâces qu'il a faites à son Eglise; et d'intercéder pour elle par les mérites infinis de la Victime de l'autel. Jn connus une fois qu'elle désirait que j'offrisse les saints mystères, pour présenter à Dieu, par Notre-Seigneur, les louanges et les hommages du monde entier.

IX. J'espère que le saint nom de Marie sera béni à jamais dans notre pauvre maison. Tout mon désir est de l'imprimer dans

l'esprit et clans le cœur de nos frères; elle est notre conseillère, notre présidente, notre Heine et toutes choses.

X. Vous savez (1355) comment la maison des clercs de Saint-Sulpice doit être vivifiée, nourrie et abreuvée de la suavité, de la plénitude et de la fécondité de Jésus en Marie. Vous savez que ce qui l'a formée est la diffusion de l'esprit et de la grâce de la très-sainte Vierge. C'est elle aussi qui doit donner progrès il la vertu des sujets de cette famille.

XI. «J'ai une pratique inviolable que je ne puis abandonner, c'est qu'en quittant ma chambre, ou lorsque j'y rentre, et même avant que de prendre mon repas, ou de sortir du lieu où je l'ai pris, il faut que je demande la bénédiction de ma très-sainte Mère, pour laquelle je me sens un cœur d'enfant. Jamais je n'ai osé sortir d'un endroit, ni y arriver, sans lui rendre mes devoirs. J'admire comment tout le monde ne fait pas la même chose. »

Cette bénédiction que je vais recevoir à .'église avant de partir pour mes voyages, me réussit tellement, que jamais je n'y éprouve de disgrâce et que tout y va heureusement pour moi. 11 en est de même de mes autres pratiques de piété : tout ensuite me réussit. Quand j'ai manqué à ces petits devoirs, je suis bientôt puni par quelque accident. Si, au contraire je m'y rends lidèle, je ne tarde pas à en être récompensé par une nssislance toute particulière.

XII. Je me sentais porté à. lever la tête par les rues où je me trouvais, pour découvrir quelques images de Notre-Dame. Je savais presque le nombre de celles qui étaient dans mon chemin à Paris. Si je rencontre ces images, je les salue encore, quoique je ne les voie ou ne les regarde pas. Je sais, pour l'ordinaire, où elles sont, sans qu'il soit nécessaire d'y jeter les yeux; une sorte d'instinct m'en avertit.

XIII. Si nous aimions Marie comme il faut, nous tâcherions sans cesse de nous conformer à ses désirs : et comme son grand désir est de voir honorer son Fils; comme elle voudrait qu'il régnât dans tous les cœurs, nous n'aurions point aussi de pratique plus inviolable que d'aimer ce même Fils. Sans cela nous n'aimons point la Mère du pur amour, puisque l'amour tend toujours à satisfaire la personne qu'on aime.

Celle divine Mère attire tout le monde à son service et à son amour; mais ce n'est que pour porter tout le monde à l'amour de son Fils. Sa grande étude regarde l'honneur et la gloire de son hien-aimé. Elle veut que tous lui obéissent et se soumettent à cette parole qu'elle prononça aux noces de Cana, ligure de l'Eglise et du ciel même : Faites tout ce qu'il vous dira; car rien n'exprime mieux le désir dominant de son cœur.

XIV. Sans s'unir au divin cœur de Jésus pour honorer sa sainte Mère, comment pourrait se contenter un cœur tout brûlant J'amour? que peuvent toutes nos petites dé-

votions pour honorer une si grande Reine? Tout ce que nous pouvons faire par nousmêmes n'est-il pas infiniment au-dessous de ce qu'elle mérite? c'est donc à Jésus- Christ qu'il faut remonter pour honorer dignement sa très-sainte Mère.

XV. Invité un jour de parler à la gloire de cette Reine des vierges , c'était le jour de son Annonciation, je n'avais pas le temps de rien préparer, je ne savais par où commencer, lorsque tout à coup notre bon Maître me mit une pensée dans l'esprit, qui répandit tant d'onction dans mon âme, qu'elle me fit verser des larmes. C'était sur la grandeur immense où Marie avait été élevée par sa dignité de Mère. Car si avant d'être Mère, elle était déjà parvenue à un tel degré d'élévation, qu'elle avait pour ministre un de ces anges du premier ordre qui se tiennent debout devant la majesté divine, et qui composent une hiérarchie particulière, dépendante de Dieu seul ; et si cette sublime intelligence s'estima trop heureuse d'aborder Marie, de la saluer, d'avoir à honorer en elle des prodiges de grâce qu'il ne pouvait comnrendre, parce qu'ils la mettaient au-dessus de tout ce qu'il y a de dons célestes répandus dans tous les ordres des anges et des saints; quel dut être l'accroissement de sa grandeur et de son élévation , du moment qu'elle conçut et porta dans son sein le Fils de Dieu? Jésus, mon Dieu 1 si l'âme de votre bienheureuse Mère est si sainte, si pleine et si inondée de grâces avant votre demeure en elle, que sera-ce après cette visite surabondante du Saint-Esprit? Spiritus sanctus superveniet in te. (Luc. i, 35.) Que sera-ce encore après la descente de votre Esprit surelle dans lacompagniede vos apôtres? O grand Jésus! quelle capacité vous avez donnée à cette âme pour recevoir ces fleuves et ces torrents de grâces ? N'est-ce pas une mer, un océan, un abîme? Maria, dit saint Rernard , Maria gratiarum. Saint Denis remarque qu'en Dieu il se fait de temps en temps desépanchements et des débordements de grâces sur les anges ; semblables à ceux qu'on voit dans la mer, lorsqu'elle se dégorge sur les sables avec tant d'abondance et d'impétuosité, qu'elle semble, par la multitude et la précipitation de ses vagues, vouloir tout engloutir, Comment donc se figurer ces écoulements divins, ces débordements de lumière et d'amour qui se sont faits de Jé>us en Marie, dont le sein n'est pas rétréci, comme celui d'un ange, mais d'une étendue capable de recevoir un océan tout entier, en recevant celui dans lequel habite corporellement la plénitude de la divinité même? N'est-ce pas comme un ciel renfermé dans un autre ciel? O sein de Marie 1 abîme inépuisable qui contient les trésors immenses et infinis de la science divine 1 An§e du Seigneur c'est à présent surtout, que vous devez rendre cet hommage à Marie, de l'appeler pleine de grâce : Ave, gratia plena.

ilp'.j) Il écrivait à une personne de piété qu'il exhortait à prier pour le séminaire.

UVè EXTIiALTS DES MEMOIRES MS3. — VI. DEVOTION A LA SAIMTF, VIERGE.

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Car si vous l'honoriez ainsi , lorsqu'elle n'était encore que servante du Seigneur; aujourd'hui qu'elle n'est pas remplie seulement comme un canal qui reçoit les eaux d'une fontaine, ni comme un fleuve formé par le rejaillissement des eaux de la mer, mais plutôt comme un abîme sans fond et sans limites, qui comprend l'océan de la Divinité; quelle louange pouvez-vous lui donner, qui ne soit au-dessous de ce qu'elle mérite? C'est une chose qui vous surpasse, que cette immensité de grâces, et qui vous olilige de la révérer dans le silence, sans oser entreprendre de célébrer ses grandeurs. Et de même que vos yeux ne purent soutenir l'éclat de sa gloire au jour de son Assomption, la grandeur de sa grâce est infiniment au-dessus de la capacité de vo.tre esprit. Ce que je dis de la gloire et de l'Assomption de Marie, je l'ai appris d'une âme à qui Dieu l'a révélé. Après que cette reine des cieux eut été enlevée de terre, elle fut tellement engloutie en Dieu, et portée à un point de gloire si incompréhensible, que les célestes intelligences ne purent l'atteindre et la perdirent de vue. Etant l'Epouse du Père, elle devait entrer jusqu'au plus intime de son cœur, et être admise dans le secret de ses communications : ce qui n'est pas vu de tous, ni révélé à tous, mais seulement au Fils et à la Mère, avec laquelle le Père a engendré son Fils dans le temps; et virtus Altissimi obumbrabit tibi. (Ibid.)Lei vertu du Très-Haut, c'est-à-dire du Père, ainsi nommé dans l'Ecriture, vous couvrira de son ombre, c'est-à-dire vous épousera, selon, le langage de celte même Ecriture, dans laquelle les termes obumbrare et nubere ont un même sens. Ainsi, par exemple, au livre de Ruth, m, 9, cette fille dit à Booz, qui la voulait épouser -.Jetez sur moi votre manteau pour ligne de mariage. Et c'est encore ce qui s'observe quand on marie dans l'Eglise , car on ■■ met sur la tête des deux époux un voile, qui forme comme un nuage pour les couvrir, d'où est venu le mot nubere. C'est donc comme si l'ange eût dit : le Très-Haut et sa vertu vous ombragera, vous épousera, et celui qui naîtra de vous sera nommé le Fils de Dieu. Ces termes de l'Ecriture sont remarquables: parce que le Très-Haut vous prendra pour son Epouse, ce qui naîtra dt vous et sera saint, s'appellera te Fils de Dieu. Or il n'y a que la vertu du Père éternel qui puisse produire un Fils et lui donner ce nom. Le Saint- Esprit ne peut être nommé par l'EglisePèie de Jésus-Christ. Il était donc nécessaire que ce fût le Père qui épousât la sainte Vierge: d'où il suit qu'elle est véritablement l'Epouse du Père. Pour le Saint-Esprit, c'est lui qui a préparé la venue de l'Epoux, et sanctifié le lieu où devait descendre avec lui la fécondité du Père, pour la conception du Fils : Spirilus sanctus superveniet in te,

et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod naseetur ex te Sanclum, vocabitur Filius Dei. C'est-à-dire parce que le Saint- Esprit sera survenu en vous, ot que la vertu du- Très-Haut vous aura épousée, ce qui naiira de vous, sanctifié par la Divinité et l'onction de Saint-Esprit, sera appelé le Fils de Dieu. Fils, à raison de la vertu du Père qui l'aura produit; saint, à cause du Saint- Esprit qui sera descendu en Marie, pour sanctifier son fruit, parla plénitude de fonction divine : Unxit te Deus, Deus tuus oleo lœtitiœ. (Psal. xuv, 8. )

O inconcevable grandeur 1 elle suppose dans Marie des trésors qui surpassent toute pensée. Epouse du Père, Mère du Fils, temple du Saint-Esprit 1 ô sainteté incompréhensible! puisque le Saint-Esprit forme sur la terre un sein qui est semblable au sein de Dieu même. O sainteté 1 tu me ravis, tu m'arraches îles larmes, tu m'ôtes la parole du cœur, la pensée de l'esprit. Je t'a» dore (135(5), etje ne puis plus. O sein formé sur le sein du Père ! quel océan de sainteté vous renfermez en vous-même, étant fait sur celui de la sainteté infinie! C'est du sein éternel du Père que part la plénitude de la Divinité; c'est aussi du sein de Marie qu'elle partira dans neuf mois. Dans le premier sein, le Fils repose de toute éternité, jouissant de sa béatitude invariable; et toutefois il s'en laisse arracher par les soupirs et les larmes des hommes, qui, à force de crier et de gémir, lui font avancer son départ pour la terre. Dans le second, il trouve tellement son repos et sa joie, que les la; mes de Siméon et des autres justes ne lui font point accélérer sa sortie pour paraître oans le monde. 11 n'en part point avant le temps; il attend jusqu'au dernier instant marqué par son Père, ne pouvant en quelque sorte quitter plus tôt Marie, son templa bien-aimé, son paradis sur la terre, où il prend ses délices à s'offrir à son Père, et qu'il prend plaisir à lui offrir avec soimême. Ce qui le retient dans ce sanctuaire formé de toutes les richesses du ciel, c'est qu'au sortir d'un lieu si délicieux, il ne trouvera rien de semblable. Il entrera dans le monde, où il ne trouvera que péché et abomination ; au lieu qu'en sortant du sein de son Père, il a trouvé le sein de cette incomparable mère vierge. Il trouve un séjour de sainteté semblable, par l'opération du Saint-Esprit, à celui qu'il quitte. 11 est dans la maison de son Père, puisque c'est dans la maison de l'Epouse de son Père. 1-1 est avec le Saint-Esprit dont elle est toute remplie ; en sorte que le voilà dans sa demeure naturelle, dans un lieu qui ne lui est point du tout étranger. C'est pourquoi il y habite tout son temps, sans retrancher un seul moment. Conçu dans la nuit du 25 mars, sa sainte Mère l'enfante au milieu de la nuit le 25 décembre. Elle le conçoit dans la fer-

(lô.r>6) On sait que le terme adoration es1 pris souvent dans l'Ecriture, en un sens bien différent de celui qu'on lui donne à l'égard de Dieu, c'est-à-

dire pour uue vénération singulière. C'est le sen» (te M.Olier.

veur de sa prière; elle l'engendre dans un transport d'amour et de zèle de la gloire de Dieu. Elle conçoit et engendre son Fils, comme son Père l'a conçu et engendré dans l'éternité. Elle le conçoit par la pensée, de môme que le Père éternel. Le Père ne souffre aucun dommage en engendrant son Fils unique; la sainte Vierge ne reçoit aucune atteinte dans sa pureté en le concevant et en l'engendrant : comme le verre reçoit et renvoie les rayons du soleil, qui, au lieu de le rompre et de le ternir, l'éclairent, l'embellissent, et le rendent tout semblable à l'astre d'où ils sont partis. O beauté ! ô sainteté de Marie! vous êtes ce miroir divin, parfaitement pur, qui recevez non pas seulement les rayons du soleil, mais le soleil même, lequel prend plaisir à se reproduire en vous, et à vous rendre toute semblable 5 lui, avant de sortir de vous!

O bonté de Jésus 1 puisque votre Esprit a fait dans Marie un sein tout semblable a celui du Père, pour vous préparer une demeure digne de votre Divinité, nous devons dire que vous l'avez rendue l'image parfaite de vous-même. Qui voit le Père, voit le Fils ; et qui voit le Fils, voit le Père, Ainsi qui voit la Mère, voit le Fils; et qui voit le Fils, voit la Mère.

OEIJVKES COMSUES DE M. OL1EK.

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