‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 344 sur 394 · IX. Sentiments sur l'humilité · texte numérisé non relu

IX. Sentiments sur l'humilité

1. Je n'ai qu'à dire avec sainte Thérèse. Je chanterai éternellement les miséricordes du Seiyneur, qui lait en moi de si grandes choses, et qui me fait du bien, pour ainsi dire, à proportion de ma misère et de ma malice. Je ne puis que penser de cet excès de miséricorde, sinon que Dieu se plaît à être seul l'auteur de tous les biens, et qull n'a point d'autre raison d'en faire, que sa seule bonté et son amour pour nous, qui, loin

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de les mériter, sommes pires que les démons.

Ayant traité, avec un de nos jeunes messieurs qui m'avait appelé pour que je lui permisse quelque mortification et pénitence extérieure, je suis revenu dans ma chambre tout consolé et tout rempli de joie, voyant dans cette âme tant de zèle et tant d'amour. Au moment que je me suis mis à genoux

devant l'image de notre Maître, sa bonté m'a fait entendre ces paroles : Tu vois comme Dieu bénit ton travail. Je me suis prosterné aussitôt, les larmes aux yeux et l'affliction dans l'âme. 0 mon Maître, ai-je répondu en gémissant, ne me parlez jamais ainsi; 6 mon amour! je ne suis que bouc et pourriture, que péché et malédiction. Hélas! c'est vous qui faites tout, et non pas moi ; je ne contribue en rien à votre œuvre. A vous tout honneur, à moi confusion. Ce qui m'obligeait encore [dus à former ce sentiment dans mon cœur, c'est que j'avais vu clairement la bonté de Dieu opérer dans l'âme de ce jeune hom me, lorsqu'il me parlait; et le matin j'avais vu si distinctement mon néant, j'en étais si fortement pénétré, que je priais mon Maître de tenir ma place dans la charge qu'il m'avait donnée, ajoutant que si je n'espérais de lui cette grâce, je fuirais au bout du monde, plutôt que de la garder, n'ayant rien en moi que le néant, qu'aveuglement, qu'ignorance, impuissance et incapacité de le servir.

Hélas ! mon Dieu, quelle grâce de m'avoir choisi du milieu des pécheurs, du bourbier infect ei infâme de mes péchés , pour m'élever à cette sainte et sublime dignité de curé, de pasteur, d'époux de l'Eglise I Eh! que le monde est aveugle ! et que celui-là est perdu, misérable, ignorant, qui juge comme lui des grandeurs véritables de Dieu, et les ravale si pitoyablement par le mépris qu'il en fait! qui pense qu'une cure n'est rien; qu'elle avilit un homme de naissance, comme si un enfant d'A'Jam, avec une origine accompagnée de bïens, de richesses e'. d'honneurs imaginaires, était quelque chose d'estimable. Oh ! qu'il sache que Dieu seul est grand, et son Eglise; que les vrais biens sont sa grâce, ses sacrements, ses vertus, et non les honneurs, les richesses, les plaisirs. L'un est du vent, l'autre de la boue et de la fange, le dernier une infâme corruption.

IL Au sortir d'une mission, lorsque nous donnions notre temps de relâche au pèlerinage de votre sainte chapelle (1363), nous fîmes à pied le pèlerinage de Chai très, votre ville chérie. Il m'arriva à mon ordinaire de chercher secrètement du soulagement à mon amour-propre et à mon orgueil humilié, dans la conversation d'une personne de grand mérite, et de quelques autres qui la suivaient. Mais la providence adorable de mon Maître me refusa ce queje cherchais. Je crus alors qu'indigne comme j'étais de cette conversation, je devais aller seul comme un pauvre excommuuié; ce queju fis,

(I3CÔ1 II paile à la Mère de Diea.

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