‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 347 sur 394 · IX. SENTIMENTS SUR L'HUMILITE · texte numérisé non relu

IX. SENTIMENTS SUR L'HUMILITE

)>erpétuellement,rcomme la lumière qui du soleil se répand-sur l'horizon. Veut-il nous en taire sentir la soustraction, et nous mettre «ans le délaissement, dès lors elle s'éloiene de nous; comme lorsqu'un nuage vient à couvrir le soleil, et passe sur un champ qui en était éclairé. H semble en ce moment que la lumière soit dérobée, comme si le soleil ne luisait plus pour nous. De là vient que le corps est comme mort et inanimé, et I âme comme abattue, devoir cette nuit, ce vide et cette défection répandue dans tous les membres. Elle nese.it plus, en quelque sorte, que la douleur et l'affliction où elle est plongée, ne pouvant plus se supporter elle-même. Or cet état lui arrive faute a humilité, de connaissance d'elle-même et de. discernement entre son néant et l'être qu elle tient de ce concours sensible et pfficace qui la conserve. Car n'étant point vivement convaincue de son néant, s'imaginant au contraire, qu'elle subsiste et qu'elle se' soutient d'elle-même, comme une statue par exemple qui, étant sortie des mains de l'ouvrier, se conserve sans que l'artiste y mette son travail elle a besoin que la bonté de Uieu lui fasse sentir que tout ce .qu'elle est émane de lui, comme la lumière émane (lu soleil. Que le soleil cessât d'en vo ver sa lumière, tout serait ténèbres dans le monde. De même si Dieu cessait un seul instant ses influences sur les créatures, tout aussitôt elles tomberaient dans leur premier néant C est pour cela, Seigneur, que vous nous retirez cette vertu sensible qui nous soutient ; vous ne pouvez mieux nous apprendre combien nous dépendons de vous O mon Dieu 1 c'est l'assiduité , c'est la continu té de vos dons qui fait notre ignorance. Cette bonté iniat.gable qui n'interrompt l'aurais son action sur nous, c'est elle qui nous lait croire que vos biens sont les nôtres II tout de temps en temps que vous nous retiriez vos largesses pour nous les faire connaître, et que vous suspendiez vos dons pour nous enseigner doucement qu'ils sont de vous. 'V ous faites de nous comme du soleil , que vous faites coucher et disparaître pour nous apprendre que la lumière ne nous appartient pas. Si l'air qui en jouit était capable de s enorgueillir, et s'il venait à s'imaginer que la lumière lui appartient, il ne tarderait pas à être désabusé par le retour de la nuit. Ainsi, par vos soustractions, votre coucher, vos douces éclipses , si nous nous abusons jusqu'à nous croire propriétaires de 1 être que nous possédons, il nous est bien facile d être détrompés. Notre expérience nous fait bien connaître ce que nous n avons pas assez découvert par la foi que nous ne sommes rien , et que sans vous il nous est impossible de subsister un moment Le que fait la bonté de Dieu dans le corps." elle le lait aussi dans l'âme, en la faisant tomber dans des langueurs, des impuissances , des étals de stupidité qui ne peuvent se comprendre que par ceux qui en ont t expérience. Mon bon Maître m'a fait cette grâce pendant fort longtemps , jusque-là

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que, pour les facultés de l'esprit, je ne pouvais ni nie mouvoir, ni me soutenir. Par défaut de puissance , je uie trouvais si paresseux et si engourdi, que j'eusse été fort heureux de devenir immobile. J'aurais désiré, pour ainsi dire, la condition d'une pierre. C'était une défaillance universelle ; défaillance dans les facultés raisonnables; elles étaient hébétées, sans vigueur, sans vertu, sans énergie. Les pensées nie manquaient dans l'esprit, et les mots dans la bombe; tout en moi était interdit. Je ne voyais rien dans mon entendement, je ne trouvais rien pour me faire comprendre, je ne me ressouvenais de rien, ou si quelquefois par grâce Notre-Seigneur voulait que ma mémoire s'entr'ouvrit pour me laisser voir quelque chose du passé, par une seconde grâce pour la guérison de mon orgueil, il permettait qu'elle se bouchât aussitôt, ou queles idées se refusassent à moi. Son dessein était de me jeter dans une entière contusion, et de m'apprendre à ne me point fiera moi-même, comme si j'avais quelque chose en propre, mais à reconnaître que tout dépendait de lui, puisqu'à tout moment il ôte et il donne. Aujourd'hui il nous fait présent de ses talents, et demain il nous les retire, comme il lui plaît. Si notre orgueil nous fait croire que quelque chose nous appartient, il est juste que Dieu nous retire tout. De là naissent deux biens, le premier pour Dieu que nous sommes forcés de reconnaître pour le seul auteur et conservateur de tout bien dans les créatures, le second pour la créature ellemême, que celle conduite de Dieu humilie. C'est pour ce sujet, je pense, que Dieu a permis qu'une fois j'entendisse cetle voix intérieurement : Tu es un orgueilleux, tu ne prêcheras point [ je devais prêcher le jour suivant), et ton latent te seva enlevé pour être donne à un autre. Pourquoi cette leçon ? sinon pour m'apprendre qu'eu punition de mon orgueil qui osait s'approprier les dons de Dieu, ou au moins qui lui refusait le pjsle tribut qu'il prétendait, il me retirait ses dons et ses talents pour les mettre dans les mains d'un autre plus fidèle à lui rendre la louange, la gloire et la reconnaissance qui luisont dues. Oh 1 béni soit le Seigneur qui, m'ayant laissé entre les mains des biens que j'ai mérité cent fois de perdre, m'a laissé ce précieux gage de son amour, et me les a rendus autant de fois qu'il ne me les a pas ôtés. Il me fait bien connaître par là l'étendue de son amour pour moi, et combien sa miséricorde à mon égard l'emporte sur sa justice. O mon divin Jésus 1 vous savez que je dis la vérité. Je n'ai rien à moi ; tout est à vous, oui tout est à vous, et si je pouvais tout avoir, je vous donnerais tout. Que ne puis-je arracher aux hommes toute la gloire qu'ils vous ravissent et vous dérobent, comme je les en dépouillerais 1 Car je ne puis soutlïir que vous n'ayez pas l'honneur de ce qui vous appartient. Cjuoi 1 est-il donc possible que de misérables vers de terre qui ne méritent que confusion , s'enorgueillissent jusqu'à s'enfler de votre propre gloire ?

O Jésus! je-veux me perdre en vous puisque vous êtes hostie pour mes péchés, afin que par vous je répare et j'expie ce maudit orgueil, qui a tant de fois dérobé à Dieu votre Père l'honneur que je lui devais, et que je me suis attribué si indignement, ou que j'ai souffert si injustement qu'on me rendît. Non, plus d'honneur et de gloire que pour votre Père et pour vous. Je ne veux pour moi que mépris, confusion et rebuts. Grâces vous soient rendues, de ce que vous avez travaillé si longtemps à me faire goûter ce partage le seul qui me convienne, en me découvrant si bien mon néant, mes misères et l'ordure de mes vices.

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