X. — Sentiments sir la patience et la
nÉSIGN'ATIOS.
I. Je ne puis taire l'amour que Notre- Seigneur m'a donné pour sa croix dans l'oraison, ni la grande joie qu'il m'a fait ressentir, en m'assurant que j'aurais beaucoup de tribulations dans la cure de Saint-Su Ipice. Cette assurance m'a transporté hors de moi-même, parce qu'elle m'a obligé de m'offrir tout entier à Jésus-Christ et à son amour pour souffrir; mais avec des élans et des paroles semblables à celles de saint André : O croix après laquelle je soupire depuis si longtemps 1 Hier, je considérais dans ma méditation Notre-Seigneur foulé aux pieds, frappé, jeté par terre , accablé de coups, et je me voyais traité de la même manière. Je contemplais en même temps les dispositions intérieures de ce divin Agneau dans les mauvais traitements, c'est-a-dire une douceur et une patience extrême. Je me le représentais disant en soi-même qu'il méritait bien d'être traité de la sorte, puisqu'il s'était chargé des péchés du monde .entier; d'où je concluais que je devais me résoudre à porter toutes sortes d'affronts et d'ignominies, puisqu'en acceptant la cure, je voulais me charger des péchés de tous ceux dont j'allais être le pasteur, et que je me mettais comme une victime entre les bras delà justice divine, pour subir tous les châtiments qu'elle voudrait exercer sur moi. En continuation de la grâce que m'a fait espérer mon bon Maître, il m'a remis en l'esprit la vision dans laquelle la bienheureuse sœur Agnès m'apparaissant nie présenta le crucifix, qui depuis m'a été donné et que jeporle sur moi. De plus, il m'a rappelé cette autre grâce qu'il me lit, lorsque je vis Notre-Seigneur sortir du ciboire comme un enfant de feu, portant une croix devant soi; ainsi que cette autre vision intellectuelle où m'était représentée la bonté de ce tendre Maître, m'otfrant une croix d'une grandeur énorme et d'une pesanteur insupportable. J'en étais si effrayé que je lui dis : Non, Seigneur, je ne puis la porter, sinon en votre vertu. J'en vis encore une troisième , que j'attends et que je porterai , lorsqu'il plaira à Dieu de me la mettre sur les épaules. Je ne la crois pas fort éloignée : ce que j'apprends d'un certain homme fort irrité par la malice du
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démon, qui menace d'imprimer des billets contre nous. Tous ces objets me furent mis en un instant dans la mémoire avec la prédiction de la bienheureuse sœur Agnès, qui voyait ma vie toute pleine de crois étranges. Dieu soit béni de tout 1
Dieu m'a fait traiter avec furie par la personne de M. de Fiesque, que je devais honorer comme Dieu lui-même irrité contre moi. Aussi sa bonté n'a jamais permis que j'aie éprouvé contre lui le moindre ressentiment intérieur. Au contrairo , lorsqu'on vint me dire qu'on le menait en prison , ce qui toutefois n'arriva pas entièrement, les larmes m'en vinrent aux yeux, tant j'en eus de chagrin dans mon âme. Je ne fus pas moins affligé que si le traitement qu'il essuya fût arrivé à la personne du monde que j'aimais le plus.
11. N'est-ce pas une grande miséricorde du Seigneur qu'il nous donne le couvert ? Pouvons-nous mieux honorer la pauvreté île Jésus-Christ qu'en la circonstance où nous nous trouvons? N'a-t-il pas voulu subir les rebuts des hommes, et ne s'est-il pas réduit à la dernière indigence dans la personne de la très-sainte \ ierge , lorsque ne trouvant pas de place dans le lieu même où il s'en trouvait pour les pauvres, elle fut obligée de se retirer dans une étable ? Ces sortes de morlitications, prises en esprit de pénitence et de résignation aux ordres de la divine Providence, dont il faut adorer toutes les dispositions, sont bien plus agréables à Notre-Seigneur que toutes celles qui se font de notre propre choix, parce qu'elles sont beaucoup plus opposées à la nature, et qu'arrivant souvent dans les voyage», elles accoutument notre volonté à mourir peu à peu à ses inclinations ; ce que n'opèrent pas les morlitications que nous nous imposons nous-mêmes.