‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 349 sur 394 · XI. — Sentiments sur la vie intérieure · texte numérisé non relu

XI. — Sentiments sur la vie intérieure

I.Omon doux Jésus, tel que je suis, je veux être tout à vous par votre Esprit; c'est en vous et en lui que je reçois tant de grâces; et c'est pour vous, o mon tout, que je veux tout faire, tout dire, tout écrire. Oui, c'est pour vous seul, ô mon amour, qui rapportez tout à votre Père pour lequel vous vivez. Qu'il en soit ainsi à jamais; car je ne puis vivre en moi, je ne vis plus qu'en vous. Je vq sens plus en moi que votre vie, et votre vie divine pour laquelle vous m'avez fait tant soupirer : vie de votre humanité divinisée, comme vous me le fîtes comprendre dernièrement dans l'oraison. Vous me montrâtes que je n'étais que comme un sacrement de celte vie; que mon extérieur en était le voile, en sorte que.je ne me sentais moi-même que par le dehors, et qu'en tout non intérieur, je ne sentais que vous. Oh! combien cet extérieur, que je voyais comme

de simples accidents, me mettait bas! El combien tout ce que je voyais en moi était petit, vil, méprisable! Je ne puis mieux le faire entendre, que par la comparaison des espèces du pain et du vin qui couvrent la substance de Notre-Seigneur.

II. Une idée toute sainte me fut mise eu l'esprit, dans le même temps (1366), celle d'une âme consommée en Dieu, avec un attrait puissant pour entrer dans celte con- .somniation qui fut accompagnée de ces paroles intérieures, Me divine. Me promenant seul dans le jardin après le repas, cette idée m'était si présente, que, les yeux baignés de larmes, je m'écriais : Vie divine! quand sera-ce que je ne vivrai que de Dieu '! Je trouvais cet état si beau, si admirable, que je ne me fusse soucié d'endurer quoi que ce fût pour y parvenir.

III. J'étais, si rempli alors de la pensée de la parfaite abnégation dans laquelle il avait passé toute sa vie (1367), que je n'avais ni ne pouvais môme avoir d'autre occupation intérieure. Me rappelant combien il était vide de lui-même et plein de l'esprit de Jésus-Christ, je me le suis représenté plus d'une fois comme l'hostie de nos autels. Au dehors, vous voyez les accidents ou apparences du pain, au dedans c'est Jésus- Christ. Il en était ainsi de ce saint homme. Comme sa grande dévotion, était d'honorer et d'imiter l'enfance d'e Jésus; dans la dernière visite que je lui fis, avant que Dieu l'eût appelé à lui, il me dit : Prenez l'Enfant Jésus pour votre directeur; paroles qui m'ont été bien utiles et bien chères.

IV. Ce matin, il a plu à la bonté divine de me dire qu'elle voulait que j'entrasse dans une nouvelle vie (1368), que je fusse plus doux, plus patient, plus charitable que jamais; qu'il fallait même me séparer de toute affection sensible , conformément à l'esprit du christianisme, qui est de mourir a cette vie présente, et de ne vivre que pour l'éternité; que je ne prisse plus de consolation, et que je ne goûtasse de joie que, comme les bienheureux, dans la possession de Dieu et dans le zèle de sa gïoire. Je peux dire, à la louange de son nom, que celte maladie m'a été extrêmement utile pour mourir au monde et à moi-même. Elle m'a disposé suavement à ne vivre plus que pour Dieu; ce qui est la vie de la résurrection.

V. « Hélas I grand Dieu, je dois m'abîmer et m'oublier moi-même, pour me perdre en votre Fils, comme vous me l'avez dit une luis, lorsque vous me fîtes entendre en secret ces paroles : Il faut vous consommer en moi, afin que je fasse tout en vous. Vous nie donnâtes alors de grands désirs de me convertir tout en vous. Vous me faisiez souhaiter d'être .le pain qui doit servir au saint sacrifice, afin de pouvoir être transformé en vous; car vous m'avez toujours' inspire ce désir, de n'être pas seulement voire image,

(T3GG) Celui de la grande maladie qu'il til en lîreia^ne.

(13li7> Le P. de Condrin, soti directeur.

(15081 M. Olier écrivait ces paroles le jourde saint Matthieu, cl il sortait d'une grande maladie.

mais un autre vous-même. Combien de fois fous m'avez fait ressentir les sentiments de votre âme, ômon Jésus, comme si je n'avais été qu'un avec vous I Combien de fois vous m'avez communiqué les dispositions de votre cœur en vos mystères 1 Vous avez souvent répandu votre intérieur dans le mien; plusieurs fois vous me l'avez montré comme à découvert. Je ne sais comment exprimer ce que je sentais alors. En même temps que je découvrais votre intérieur, vrai paradis de louange, les louanges que vous rendiez à votre Père, je les sentais remplir le mien, et s'élever par elles-mêmes vers le ciel, sans que je tisse rien autre chose que de souffrir et de consentir qu'elles y fus>ent offertes à Dieu par un cœur aussi agréable au sien que le vôtre, c'est-à-dire par celui qui est le principe de toutes les louanges que vous recevez des créatures. C'est ainsi qu'après m'avoir montré l'intérieur de votre âme, vous m'en avez fait participant ; et c'est ce qui m'arrive encore en différentes manières; car tantôt, mon âme se répandra en louanges comme la vôtre et avec la vôtre, tantôt il me semblera que mon cœur se multiplie par tout le monde et dans tous les endroits où vous êtes, à cause de son union intime avec le vôtre. Une autre fois je voudrai offrir le saint sacrifice pour honorer Dieu votre Père en toutes les manières possibles, et tous ces sentiments sont les vôtres, ô mon amourl qui, étant sans nombre, et trop au-dessus de mes forces pour que je les puisse comprendre et éprouver tout à la fois, ne me sont communiqués que successivement et les uns après les autres. »

Je sens tout cela s'opérer en moi sans que j'y pense, et Noire-Seigneur me fait connaître que c'est en nie faisant part de ce qui s'opère en lui-même, selon ma faible portée. Quelquefois, par exemple, je pense à former mes intentions pour le saint sacrifice; mais je me trouve si étroitement uni, ou même tellement un avec. mon Jésus, que je ne puis en avoir d'auties que les siennes, en sorte que je me sens comme perdu en lui, et ne puis agir que «Jans ses propres intentions. Ordinairement j'offre la victime adorable, pour remercier Dieu d'avoir choisi son Fils et de l'avoir envoyé au monde comme son hostie de louange éternelle, de l'avoir rempli de son esprit, do l'avoir élevé en gloire et faitjasseoir à sa droite. Pendant près d'un an, sa bonté me montrait presque toutes les intentions qu'il désirai! que je prisse en agissant, et que Notre-Seigueur aurait eues en ma place; ce qui était me faire vivre de la vie de Jésus-Christ.

Enfin, après m'avoir enseigné une fois qu'il fallait tout faire dans ses intentions, qui étaient toujours la gloire de Dieu son Père, Notre-Seigueur me plongea l'esprit dans une grande et vive lumière, au milieu de laquelle je vis cette inscription toute rayonnante : Sanctificetur nomen tuum. Depuis ce temps-là, je n'ai plus d'autre in-

tention que de fairo tout pour glorifier Dieu. Ce qu'il désirait de moi par ces paroles, je lai ressenti quelquefois, comme si j'avais vu son cœur ouvert devant moi ; et d'autres fois, comme s'il eût répandu son cœur dans le mien avec ses propres sentiments, selon ce que dit saint Paul : Ayez en vous les mêmes sentiments qu'a en soi Je'sus- Christ (Philip, n. 5) ; et encore : Je vis, on plutôt, ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus- Christ qui vit en moi. (Calât, il, 20.) C'est pour nous communiquer cette vie intérieure qu'il est au très-saint Sacrement de l'autel ; c'est pour nous remplir do ses sentiments. Il n'a vécu dans le monde qu'environ trentetrois ans, pour donner au monde l'exemple des pratiques de perfection et de toutes les vertus en ses mystères. Mais il demeure avec nous perpétuellement dans la sainte Eucharistie pour nous faire participants de sa vie intérieure et de l'esprit de .tous les mystères de sa vie sensible et extérieure. Ces mystères ont été passagers, et peu de personnes en ont été les témoins ou en ont été faits participants lorsque Jésus-Christ les opérait; au lieu qu'à présent toute l'Eglise y prend part dans la communion de son corps et de son sang. Par ce sacrement, Notre-Seigneur achève la mission qu'il avait commencée pendant son séjour de trentetrois années sur la terre. Par la vertu de sa gloire, il fait ce qu'il n'avait pu faire dans les jours de son infirmité.

\ I. Tout Paris, le roi, M. le cardinal, plusieurs évoques, M. le chancelier, tous mes parents et beaucoup d'autres personnes de ma condition, se mirent à faire toutes sortes de plaisanteries sur le refus que j'avais fait de cette dignité (I3l>9). Ce fut bien autre chose, lorsqu'au bout de six mois, l'évoque de Chalons étant mort, un autre accepta la nomination et fut pourvu en iur place de cet évêché. Quelques-uns de la compagnie ne m'épargnèrent pas plus que les autres. Ce fut alors que, selon la promesse qui, deux ans auparavant, m'avait été faite par mon bon Maître, comme je l'en avais prié instamment, de changer en humiliations les marques d'estime et les louanges que je recevais de touies parts, je fus pleinement exaucé. Je ne sentais rien en moi, comme l'obligation de vivre anéanti, et le désir ardent de voir mon Maître glorifié dans ma confusion. Car je ne craignais lien tant, que de me faire un nom parles services que je m'efforçais de lui rendre; et s'il y avait de l'honneur à gagner dans les créatures, je le suppliais de se le réserver, sans me laisser autre chose que mort au monde et anéantissement pour ne vivre qu'en lui.

VII. C'est en cette qualité d'hostie que vous voulez, ô mon Dieu, que je vous serve toute wa vie ; et c'est pour cela qu'il y a un an, vous mites mon àtne dans la disposition de- victime et de servitude. Comme j'étais violemment persécuté dès lors par les uns, et tourné eu dérision par d'autres, entre les-

M3C;») Delà eoadjutorcric de Cbàlons.

Page 1