EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. - XII. MAXIMES SIR LE SACERDOCE
quels il se trouvait des personnes de qualité, me mettant en esprit devant vous, je , prenais plaisir à vous dire : Ah! Seigneur, . que tout ceci serve à mon sacrifice, il faut mettre la victime en pièces, et me retrancher tout l'honneur que je pourrais prétendre en *ce monde.
VIII. La peine la plus véhémente do Notre-Seigneur, lorsqu'il demeura attaché à la croix, ce fut la colère de Dieu son Père, irrité contre lui. Auprès de ce tourment , toutes les autres douleurs ne sont que des roses. Les peines même des damnés ne sont
tiresque rien en comparaison delà haine quo )ieu leur porte. C'est là l'excès des tourments; et dans la vie je ne puis rien trouver qui me touche, que la crainte qu'il ne soit mécontent do nous. Qu'est-ce que tout lo reste? Il me semble, au contraire , -que toute affliction qui vient d'ailleurs doit être notre centre. La croix est le fonds de mon repos. Je no vois rien qui me contente et qui me mette en paix, comme de me voir jans la désolation ; rien qui me console autant que le délaissement des créatures.
IX. M'étant réveillé une fois, au milieu de mon sommeil, j'ai été attaqué de peines intérieures très-violentes. Il me semblait endurer celles que souffrait Noire-Seigneur, de voir les âmes qu'il chérit tendrement, aimer les créatures. Plusieurs fois déjà il m'avait fait sentir cette sorte de tourment qui me causait des altérations et me jetait dans des lassitudes à n'en pouvoir plus. Je le considérais buvant ce calice d'amertume avant de s'établir au saint Sacrement. Car, alors, il avait présentes à l'esprit toutes les infidélités de ceux qui, après l'ui avoir engagé leur cœur, le renonceraient pour se livrer au monde. Il n'est pas croyable combien est grande sa jalousie de nous posséder et de nous conserver. C'est un amour excessif, un amour, ardent, un amour vigilant, pressant, qui l'attache tellement à l'âme dont il veut jouir, qu'il ne peut se la voir arracher, sans souffrir des maux inexprimables. C'est un déchirement d'entrailles, ce sont des morsures aiguës, et comme des tenaillements épouvantables. Ce sont des peines égales à celles de l'enfer. Dura sicut infernus œmulatio. (Cant. vin, 6.) Non, je ne puis rendre ces douleurs, ni les faire comprendre. Voilà donc l'épreuve qu'il a plu a Dieu de me faire supporter plusieurs jours. J'apprenais alors par mon expérience (1370), le sens de ces mots de l'Evangile : Jésus commença de tomber dans le saisissement, dans l'ennui et dans la tristesse. {Marc xiv, 33.) Je voyais sa face adorable tout abattue, et son cœur plongé dans un océan d'amertumes qui ne peut se concevoir. Je mo trouvais dans un état semblable ; état terrible, ipui ne laisse aucune espèce de soulagement, si ce n'est que de temps en temps on sent au fond de son âme une vertu douce et pacifique , qui (a soutient et la conserve dans le repos au milieu des agitations les plus violentes. Car
Dieu so retire quelquefois au plus intime de notre cœur, sans nous laisser aucun sentimont de sa présence. Alors la peine es! bien plus grande, et la désolation bien plui difficile à supporter, parce qu'on craint d'être délaissé de Dieu.