‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 351 sur 394 · ET 8UR LE SACERDOCE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ET 8UR LE SACERDOCE EN GÉNÉRAL

I. Lo premier pas à la perfection de In vie cléricale, c'est de se renoncer tellement soi-même, qu'on ne veuille plus juger du rien par son esprit propre, ni se porter à rien par son propre choix. Sans ce renoncement, on no peut donner prompte entrée à l'Esprit de Dieu, qui veut occuper l'âme de ceux qu'il appelle au service de lEglise, et remplir leur esprit de sa lumière pour suppléer à la leur, incapable de les conduire. Dieu ne prend place en nous qu'après une démission entière de nous-mêmes. Ce n'est qu'à cette condition qu'il réside on noire âme pour l'éclairer, la mouvoir et la diriger selon son esprit, qu'il lui fait sentir les effets de sa présence et ses propres désirs; de même que l'âme se fait sentir au corps par les mouvements et les impressions qui expriment et communiquent à ses membres les desseins les plus secrets et les plus impénétrables de la volonté.

Dans cette vue, durant l'espèce de noviciat que les clercs font au séminaire, on leur ôte toute disposition d'eux-mêmes, et on les accoutume à se mettre entre les mains de Dieu seul, comme ne devant plus vivre ni agir en rien que selon son bon plaisir. On demande, par exemple, qu'ils renoncent à toutes sortes de visites de leur propre choix, et qu'ils ne sortent point, ou même ne reçoivent personne, que du consentement de leurs supérieurs, qui leur tiennent la place de Dieu. C'est son esprit et sa personne même qu'ils doivent honorer en eux; c'est à lui-même qu'ils doivent avoir intention d'obéir en leur obéissant. Ils se mettent ainsi sous la conduite d'un dieu visible, en attendant qu'ils soient en état d'obéir au Dieu invisible et capables de suivre ses secrètes impressions.

II. Quelquo éclairé et quelque élevé qu'on soit, toujours faut-il exposer ses sentiments et les soumettre à celui qui tient la place de Dieu en terre. Telle était la fidélité do Jésus- Christ môme qui soumettait les lumières et les mouvements du Saint-Esprit en lui, à la direction de la très-sainte Vierge et de saint Joseph, en qui Dieu, sou Père, résidait, pour leur faire approuver les sentiments intérieurs qu'il leur communiquait. Après que Jésus-Christ a donné à toute sou Eglise un tel exemple de sou mission, quel serai homme assez présomptueux pour se promettre, de la part de Dieu, une conduite qui le dispense de soumettre son jugement et sa volonté à la sagesse et à 1 autorité de ses supérieurs?

(1370) Après avoir soulleit de grandes crain'.eset des frayeurs c.xiièmos

Il il

III. Maximes pour les séminaires. — 1° Mourir au s-iècle et a soi-même;

2" Prendre l'horreur du siècle que montrait saint Paul, lorsqu'il disait : Je suis crucifie un monde, et le monde est crucifie pour moi. (Galat. vi, 14.)

3° Fuir le monde et craindre ses charmes, ses attraits, l'air contagieux qu'on y respire : Nolite diliijire munduia, neque ea quœ in mundo sunt. [I Joav. n, lo.J Si le monde vous aime, affligez-vous-en, car vous avez quelque chose de lui en vous : Si de mundo fuissetis, mwndus quod suum erat dilirjeret. (Joon. xv, 19.)

4° Bien loin île rechercher l'approbation et l'estime du siècle, renoncez-y; car il ne l>eut vous estimer si vous ne lui êtes conforme et si vous ne lui applaudissez : Si hominibus placèrent, Chris ti servus non essem. (Galat. î, 10.)

«" li1 Regardez comme une peste, et ayez en exécration cette maxime, qu'il faut avoir l'estime du monde ; comme si cela se pouvait sans être des siens.

C° dardez-vous de rien avoir qui soit conforme au siècle, et de l'imiter dans ses manières d'agir, de penser, de se vêtir : Nolite confbrmari huic sœculo. [Rom. xn, 2.) Le propre du Chrétien, c'est de se revêtir, dans son extérieur, des inclinations, des mœurs et des vertus de Jésus-Christ : Induimini Dominant Jesum Christian. (Rom. xiu, Ik.)

1° Les jeunes gens qui viennent au séminaire doivent regarder la maison comme celte haie de l'Evangile qui sépare la vigne du Seigneur d'avec le monde. Elle se trouve remplie d'épines. Le monde ne doit point en approcher sans y être piqué, et sans se voir repoussé par l'horreur qu'on y témoigne pour ses maudites maximes, ses duplicités, ses médisances, ses haines et ses autres désordres, comme l'envie, l'ambition, l'intempérance, l'avarice, ete. La maison doit être si pleine des vertus opposées, qu'elle en inspire l'amour et la pratique, en môme temps qu'elle donne toute sorte d'aversion et d'horreur de tous les vices.

8" Au lieu d'abonder en son propre sens, chacun doit captiver sa raison pour vivre uniquement selon la foi, et faire le sacrifice de ses propres opinions, pour se soumettre aveuglément à la doctrine et aux saintes règles de l'Eglise. Avec celte disposition, on sera pleinement éclairé, dans le besoin, de cette majestueuse et divine lumière qui vient au-devant de ceux qui la chen lient : Obviabit itli quasi mater honorifieata.(Eccli. xv, 2.) Ainsi l'on ne vil descendre autrefois la lumière de Dieu qui éclaira le temple de Salomon, et le feu qui le remplit, que lorsque ce religieux prince eut fait à Dieu le sacrifice/ de toutes ses hosties. Dans le môme esprit de sacrifice de son propre jugement, on fera profession de ne jamais juger ses frères, laissant à Dieu tout le jugement du fond des cœurs, puisque lui seul connaît les inclinations et les intentions qui font tout le mérite des œuvres. Jésus-Christ a reçu de son Père ordre de tout juger un

jour. Qui sommes-nous pour prévenir son jugement et nous asseoir sur son trône?

9° On se garde bien encore ici de juger ses supérieurs et tout ce qu'ils ordonnent sur nous. Des qu'ils nous commandent quelque chose, il faut que nous nous trouvions avec joie établis dans leur sens, et que nous soyons disposés à faire tout ce qu'ils désirent de nous.

10" Ce n'est pas assez d'avoir renoncé au monde et à soi-même; il faut encore entrer dans la vie de Jésus-Christ, qui est la nouvelle créature, à l'image de laquelle doit se former en nous l'homme parfait. Celui qui veut être à moi, nous dit-il, qu'il se renonce soi-même, et qu'il me suive. « Abneget semetipsum, et sequatur me. » (Matth. xvi, 24.) Qu'il vive donc dans une contradiction perpétuelle avec lui-même; qu'il habite un royaume tout différent du monde ou de la chair; qu'il tende sans cesse à Jésus-Christ par la foi, ne prétendant rien pour sa propre satisfaction. Car la foi ne donne point de quartier à la nature, aux sens, à la raison et au propre esprit : elle est de la nature de Dieu même, qui en est l'auteur. Aussi inflexible que lui, elle ne descend point au-dessous de lui. Kl le peut bien "nous élever au-dessus de nous, et nous tirer à elle; mais jamais elle ne descend jusqu'à nous. Et c'est ce qui afflige toute créature qui n'est pas morte à elle-même, de n'avoir rien, de ne trouver rien, dans la foi, où elle puisse se reposer sur elle-même et goûter sa propre satisfaction. La foi est le tourment tic toute la nature. Elle cherche toujours à élever la créature au-dessus d'elle-même , malgré son propre poids. Que ne devons-nous pas à Dieu, pour nous tenir ainsi dans une séparation continuelle de nous-mêmes ? Car son dessein, en nous attachant à lui par la foi, est de nous transformer en lui. Est-on parvenu à cette transformations l'on ne voit plus rien que dans la lumière de Dieu. L'esprit de l'homme divinisé ne juge plus, ne goûte plus, n'entend plus les choses à sa manière, mais à celle de Dieu. Aussi élevé au-dessus de lui-même, qu'il l'est au-dessus des sens, il entre dans une nouvelle nature; tout en lui devient nouveau. Une âme crucifiée par la foi ne se porte plus que vers les choses divines, et ne soupire plus que pour elles. Sa vie est en Dieu; son royaume et toutes ses espérances sont en Dieu. Du haut île la région toute céleste qu'elle habite tout ce qui n'est pas Dieu, elle le trouve si petit et si méprisable, qu'elle est surprise qu'on puisse aimer quelque chose de créé. Toute créature la dégoûte. Sent-elle encore dans la partie inférieure d'elle-même un reste d'inclination pour les choses de la terre, c'est une gêne, un poids, un tourment intolérable. Dès lors elle ne peut plus être contente, que lorsqu'elle sera en pleine liberté de jouir de Dieu, et que, comme un oiseau délivré du filet qui le tenait attaché et l'empêchait de voler en pleine campagne, elle pourra dire : Vous avez rompu mes liens. (Psal. cxv, 17.) Ces! ainsi qu'un clerc, qu'un

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