‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 354 sur 394 · XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE · texte numérisé non relu

XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE

être admis à imiter Jésus-Christ victimo pour tous les pécheurs; ce qui est la vocation des âmes les plus pures et les plus agréables à Dieu; car Dieu n'en choisit pas d'autres pour remplir un office si parfait.

Il faut -que les prêtres, chargés, comme Noire-Seigneur, des otlenses de tous les hommes, et victimes comme lui pour les péchés du monde, soient prêts à endurer toutes les maladies et toutes les souffrances, tous les dépouillements, toutes les violences, toutes les confusions, tous les opprohres, tous les mauvais traitements que mériteraient pour leurs péchés tous les hommes ensemble, c'est-à-dire, qu'un prôtre doit être un fonds inépuisable et un abîme de pénitence, un abîme rie patience, un abîme d'humilité, un abîme de pauvreté, pour souffrir tout ce qu'il plaît a Dieu d'exercer sur lui de plus sévère et de plus rigoureux, à la décharge des autres, en qui il ne peut trouver de quoi se contenter et se satisfaire. Qu'il se regarde comme chargé lui seul de tous les crimes, de même que Notre-Seigneur l'hostie universelle pour les péchés, avec qui il ne fait plus qu'une seule et même hostie ; car c'est en celte qualité qu'il est revêtu de Jésus-Christ. Oh I que l'esprit du sacerdoce est rar.el Si le corps du prêtre ne peut porter la pénitence extérieure que méritent les péchés du monde, qu'il la porte intérieurement par la véhémence de sa douleur, la profondeur de son humiliation, et l'ardeur de ses désirs. Sacrificium Deo spirilus contribuions ; cor contrition et humiliation, Dcus,non despicies. (Psal. l, 19.)

L'esprit de pénitence doit être accompagné de l'esprit de religion et do prière. Etabli de Dieu pour le louer, le glorifier, le supplier au nom de tous les peuples, combien son cœur doit-il se dilater et s'étendre I Intercesseur pour toute l'Eglise, il faut que sa charité l'embrasse tout entière, et qu'il prie pour elle, non-seulement avec plus d'assiduité qu'aucun membre particulier de ce corps auguste; mais encoreavec plus d'affection et d'ardeur, avec plus de confiance et d'humilité, que toute l'Eglise et tousses membres.

O âmes des prêtres! qu'êtes-vous? Où trouvera-t-on une dilatation, une étendue de zèle et de charité semblable à celle qui doit être en vous? Oh 1 qu'il y a peu de prêtres 1 et que je suis confus, moi si misérable, si éloigné de l'état sublime où nous appelle la sainte et divine prêtrise ; que je suis confus d'écrire ce que j'.écris 1

O prêtres I ô hommes apostoliques, qui que vous soyez 1 puisque la grâce de votre vocation est si grande et si étendue, que votre pénitence doit être véhémente et rigoureuse 1 Prêtre qui lisez ceci, si vous êtes pasteur, chargé d'un troupeau limité, vous voilà, sous ce rapport, 'restreint à ce peuple que vous gouvernez; et c'est pour cela que saint Paul met la dignité et la grâce de pasteur au nombre des dernières. Mais comme prêtre, vous êtes ministre de l'Eglise universelle, puisque vous ne faites plus qu'un

avec son chef adorable ; et tous les intérêts de l'Eglise universelle sont les vôtres : droù vient que le saint apôtre met la grâce du sacerdoce, et celle de tout homme appelé au service de l'Eglise, à la tête des premières grâces et des premiers dons que Jésus- Christ a distribués aux hommes sur la terre; grâce qui nous impose la nécessité démener une vie sainte et parfaite. Saint Paul dit que Notre-Seigneur, en seconde vie, qui est celle de sa résurrection, esttellemenl divinisé en son âme et en son corps tellement spi ritualisé, perdu et consommé en Dieu, que maintenant il sanctifie et vivifie ses créatures, selon tout ce qu'il est; en sorte que, depuis sa résurrection, ses os mêmes, sa chair et sou sang au sacrement de l'autel opèrent en nous ce qu'y opère le Saint-Esprit. Factus est novissimusAdam in Spiritum vivi/îcarUcm. (/ Cor. xv, 4-5.) Avant sa résurrection, sa chair et son sang n'étaient point par eux-mêmes principe de vie et de sanctification; c'était F'Esprit-Saint qui vivifiait -.Spiritus est qui vivipeat; caro non prodest quidquam. [Joan. vi, 64.) Aujourd'hui tout en lui. sanctifie, parce que tout est consommé en Dieu, tout est divinisé, tout est Dieu, sans qu'il reste rien des faiblesses et de la nature de la chair. Par sa résurrection, il est devenu tout semblable au Saint-Esprit, à qui l'Ecriture attribue l'œuvre de la sanctification. Or tels doivent être les prêtres, et surtout les prêtres de la compagnie. Tout en eux doit être un principe de vie et une source de sanctification. Et comme ils reçoivent eux-mêmes la vie de Notre-Seigneur dans le sacrement de l'autel, ils doivent lui être conformes en tout, dans l'intérieur et dans l'extérieur.

1° Pour l'extérieur, il faut qu'ils soient morts à tout. Comme les espèces sacrées, il faut qu'ils se laissent dévorer, injurier, fouler aux pieds, percer de coups, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui l'a été mille et mille fois par les hérétiques, sans qu'il se soit plaint et qu'il ait témoigné même aucun sentiment de vie au milieu de tous les mauvais traitements. Notre-Seigneur, dans le mystère de l'autel, ne fait aucun usage de ses sens et de ses membres, de ses oreilles, de ses mains, de ses yeux : il y est comme mort. C'est ainsi que doivent être les prêtres. Il faut qu'ils aient des sens pour euxmêmes, comme n'en ayant point, s'aban donnant à Dieu en toutes choses, pour qu'il use d'eux comme il lui plaira.

2° Pour l'intérieur, Notre-Seigneur au sacrement de l'autel est tout transformé en Dieu, tout caché en Dieu, et entré si parfaitement dans sa gloire, qu'il n'a plus rien de l'homme infirme et mortel. Revêtu de l'incorruptibilité, de l'immortalité, de l'agilité, de la subtilité, son corps entre en participation des perfections divines par sa parfaite consommation en Dieu. De même son âme, qui autrefois, par son union avec le corps et par la nécessité de le servir, entrait dans toutes ses faiblesses, est élevée à un état de gloire tout divin. Ou voit par là combien est sublime l'état de Notre-Seigneur au

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mystère an l'autel. 11 y est dans une perfection, pour l'âme et pour le corps, liien supérieure h celle de sa vie mortelle avec les pommes. Sous le voile de mort et sous les espèces sacramentelles qui le couvrent, il est semblable a Dieu son Père, en grandeur, en perfection et en gloire; ce qui apprend aux. prêtres qu'intérieurement ils doivent être des hommes tout divins, quoique, au dehors, Hs ne montrent rien que de commun. Un prêtre est le dieu de l'Eglise. A travers la forme tovit humaine qu il présente aux yeux du corps, la lumière de ses œuvres doit faire découvrir et éclater les perfections adorables de Dieu dont il est l'image ; sa patience, sa douceur, sa charité, sa sainteté, sa sagesse, sa force, sa stabilité. Dieu étant invisible aux hommes de chair, ils ont besoin, pour le connaître, l'adorer et l'aimer, de quelque chose de sensible en quoi il daigne se montrer à eus: et c'est à quoi sert la vie des piètres ; car ils persuadent aux hommes, par leur exemple, qu'ils peuvent imiter Dieu dans cette vie, en attendant qu'ils le contemplent et le possèdent dans la vie future. Par là ils rendent commune ea quelque sorte la vie la plus parfaite, Dieu voulant bien descendre jusqu'à nous, se peindre et vivre en nous comme en son divin Fils. C'est ce qu'a fait TV'otre-Seigneur, ou plutôt ce qu'il a commencé de faire en devenant homme, laissant les prêtres après lui pour continuer à îe faire dans leurs personnes. Et comme les hommes pouvaient s'excuser d'imiter Dieu en Notre-Seigneur, disant que ce qui était facile à Jésus-Christ, vrai Dieu comme sou l'ère, était impossible à de faibles créatures. ?l anéantit toute excuse, en voulant que des hommes communs, des hommes mortels comme les autres, aient en eux son propre esprit et fassent reluire toutes ses perfections dans leur conduite, pour les rendre visibles au reste des hommes et les obliger par leur exemple à l'imiter.

VI. De l'esprit du séminaire de Saint- Sulpice. — L'état sacerdotal et clérical est partagé en deux fonctions principales. L'une regarde Dieu ; c'est particulièrement celle des prêtres que Dieu applique au culte extérieur qui lui est dû, comme tous ceux qui sont chargés de célébrer les louanges de Dieu dans les cathédrales et les autres chapitres, faisant, dans les temples de la terre, ce que font sans cesse les anges et les saints dans le temple éternel. Ce n'est pas qu'autrefois les églises cathédrales ou collégiales n'entrassent dans les sollicitudes pastorales, à l'exemple des esprits célestes, qui, toujours contemplant Dieu et chantant toujours ses louanges, veillent en même temps sur les besoins îles hommes; mais celte attention qu'ils donnent à nos besoins est la moindre de leurs occupations. Tout absorbés en Dieu, leur principal ollice est de le glorifier.

L'autre fonction dévoue les prêtres qui en sont chargés au soin des Ames. Ce n'est pas encore que les curés et les vicaires ne se

doivent au culte divin; mais ils ne peuvent y donner autant de temps, et.y mettre autant d'application que les membres des chapitres. Quelque obligés qu'ils soient d'honorer Dieu, soit d'esprit et de cœur, soit de la voix et des lèvres, obligation commune à tous les prêtres , toutefois les engagements plus particuliers de leur ministère les appellent continuellement au service des peuples. Cette obligation de prier devient donc par là moins continuelle par rapport à eux.

Or le séminaire doit être une école de religion pour ceux principalement qui seront chargés du culte divin dans les chapitres, et une école de zèle pour ceux qui auront la charge des âmes dans les paroisses. Les premiers ont besoin de concevoir surtout la plus haute estime de la grandeur de Dieu, et un respect infini pour tout ce qui honore la souveraine majesté, devant laquelle toute puissance et toute grandeur doit êlre anéantie; et c'est à quoi on les formera, en leur faisant goûter les pratiques de l'oraison. Ou'ils sortent du séminaire si pleins de foi et de religion, qu'à l'exemple de scint Martin, ils n'entrent jamais dans l'église, qu'avec une sainte frayeur et dans un saisissement secret, aux approches de celui qui remplit tout le ciel de sa gloire. Ils doivent être des hommes intérieurs et pleins de l'esprit d'oraison. Us sont au service de l'Eglise , à laquelle ils appartiennent, pour contempler et adorer Dieu continuellement au nom des peuples, et pour lui rendre en leur place les louanges que tous les peuples assemblés lui rendraient, s'ils le pouvaient. Us doivent aimer la solitude, et se regarder comme les premiers Chartreux de l'Eglise de Dieu. Si Dieu a permis qu'il se soit formé des monastères hors du corps du clergé, c'est que le clergé a perdu peu à peu son premier esprit. Voilà ce qui l'a contraint de susciter des maisons religieuses , qui lui rendissent la gloire dont le privait son clergé, et où la grâce de religion, comme élouftée dans l'Eglise, pût revivre et se perpétuer. Ceux qui sont destinés à remplir les dignités, canonicats et autres bénéfices dans les chapitres, doivent donc apprendre &u séminaire à chanter les louanges de Dieu, à psalmodier en esprit de foi. Ils doivent s'y former à une modestie qui réponde à la sainteté de leur vocation , et qui puisse édifier les peuples, dont ils seront les modèles ou le scandale, par leur maintien dans les temples. Il faut qu'en les voyant, on croie voir les anges. Ce sont les colonnes de la maison de Dieu, et le plus fort appui de la religion des peuples.

Quant aux prêtres qui seront chargés des âmes, à titre de curés ou en qualité de vicaires, outre la science du dogme et de la morale, ils ont besoin d'être instruits au séminaire sur l'administration des sacrements, la nécessité et la manière de prêcher la doctrine du salut, et en particulier sur la manière d'exhorter à la mort. 11 faut donc qu'on s'applique ;i les remplir de zèle pour le salut du prochain. Destinés à seconder

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