EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE
l'esprit de Jésus-Christ même, qui les choisit pour ses coopérateurs , et à porter le même joug qu'il a poitù , celui de la conduite des âmes; ils doivent être tellement nus et dépouillés d'eux-mêmes, que rien ne retarde leur course et ne les empêche de marcher avec. Jésus-Christ; car ils ont en eux-mêmes l'esprit qui l'animait : Unus crut spiritvs in Mis. (I Cor. xn. 11.) Le pasteur des Ames, et Jésus-Christ le souverain pasteur, doivent marcher du même fias, dès que c'est l'Esprit saint qui les dirige tous les deux; ce qui arrivera toujours, pourvu que le premier ait soin Je se vider de toute attache au monde et à lui-même. A la vérité le mouvement du Saint-Esprit se trouve comme gêné et affaibli par la faiblesse du prêtre, qui n'est qu'un homme mortel; mais néanmoins il est très-impétueux, à raison du ministère qu'il remplit dans l'Eglise. C'est celui des auges : or les anges ont la vitesse des llammes. Facit anr/elos suos spiritus , et ministros suos flammam ignis (IJebr. i, 7.) Voilà ce qu'il faut bien faire comprendre dans le séminaire, à ceux qui se préparent au saint ministère du salut des âmes. Il faut encore leur imprimer cette vérité, que tout pasteur, outre qu'il est le père nourricier de son peuple, pastor, a pascendo, doit se regarder encore comme l'époux de son Eglise, et par conséquent avoir pour elle tout l'amour d'un époux lidèle; à l'exemple de Jésus-Christ, qui a aimé l'Eglise son épouse, jusqu'à donner sa vie pour elle. Toucher son épouse, c'est toucher à la prunelle do son œil; blesser son épouse, otïenser son honneur, atlenter à ses biens tout spirituels, c'est lui arracher la vie à lui-même.
Le génie de l'époux, c'est encore de vouloir tellement posséder l'amour de l'épouse, que quiconque prétend l'attirer à soi, le rend jaloux de son cœur jusqu'à en mourir. C'est la grande peine que donnent les mondains à Jésus-Christ , lorsqu'ils tentent les âmes, et s'efforcent de les attirera eux. C'est là le grand sujet de la haine qu'il porte aux démons et à tous ceux qui veulent lui dérober noire cœur. Comme Jésus-Christ a contracté l'alliance la plus intime avec son Eglise, il est toujours en esprit avec elle, comme avec sa bien-aimée, et non-seulement en esprit, mais de corps, toujours habitant avec elle dans le sacrement de sa chair et de son sang, et toujours traitant avec elle du plus tendre, du plus fort et du plus pùramour. Rien sans amour aux noces de Jésus. C'est ainsi qu'il traite surtout avec sa sainte Mère au trèssaint Sacrement, qui est comme son lit nuptial. Et de quoi traite-t-il ? de la paix et de la réconciliation de l'Eglise, de la conversion et du salut des pécheurs De quoi traite-t-il encore ? de ses amours avec Marie, sa principale épouse, et la portion la plus précieuse de son Eglise. Non, il ne fait rien avec elle sans amour. L'admirable traité, que celui de Jésus et de Marie au mystère et au sacrement <le son amour ! Là elle demande, elle prie, elle représente, elle sollicite, elle poursuit; toujours zélée, toujours pleine d'ardeur pour
le bien de l'Eglise. O ardente charité 1 ôpa-ix inimitable 1 ù douceur ravissante 1 ô cha'rme puissant ! ù entretiens délicieux ! Rien de pareil aux amours de Jésus et de Marie, rien de comparable à leurs traités. Quelque vengeance, quelque châtiment que médite Jésus, comme celui à qui le Père a donné toute puissance de juger, celte sainte épouse le supplie-t-elle, aussitôt les armes lui tombent des mains, et ce n'est plus de sa part que paix, qu'amour, que présents, que vie, quo joie, que plaisir, que délices. Quel modèle et quel sujet de méditation pour les prêtres et surtout pour les pasteurs 1
La maison se regarde comme la servante et la moindre portion de l'Eglise. En cette qualité, elle ne veut être liée et fixée exclusivement à aucun diocèse particulier. Elle est née seulement pour donner des sujets à nos seigneurs les prélats, afin qu'ils les emploient à telles fonctions qu'ils jugeront à propos de leur confier commeétant tous à eux et ne demeurant attachés à Saint-Sulpiee qu'en vue de reconnaître toule leurvie qu'ils ont été formés uniquement pour les servir avec respect, amour et obéissance. Celle maison et la société qui s'y forme a pour esprit d'entrer dans la conduite et dans les vues du saint collège des apôtres, tout occupés à répandre dans le monde la religion de Jésus-Christ. Les prêtres qui la composent invoquent lous les jours l'esprit apostoliquesur eux-mêmes et sur tout le clergé, afin que de là il se répande ensuito sur la masse des peuples.
Leur dessein est d'imiter la conduite de Noire-Seigneur qui tenait toujours les apôtres libres de tout engagement à tel ou tel lieu particulier, comme si Jésus-Christ nous disait : Jevous ai choisis pour que vous alliez partout où je vous enverrai : Ego eleyi vos, et posai vos ut eatis ; pour que vous portiez du fruit partout ou vous irez, et fructus afferalis ; et enfin pour que vous y formiez des sujets qui en puissent porter après vous, piaulant des arbres sur le courant des eauv de la grâce que fournissent et répandent les évoques. Par là vos fruits demeureront dans, tous les diocèses où vous aurez travaillé : El fructus rester maneat.
On regardera le séminaire comme un collège apostolique, où l'on vient se réunir sous la direction des saints apôtres, pour y étudier leurs maximes, et vivre conformément à l'Evangile qu'ils nous ont annoncé. On le considérera comme l'école île la science el des vertus évangéliquos. Personne n'y sera admis, qu'il ne fasse profession d'en suivre l'esprit, d'en observer les règles, d'en chérir et adopter les pratiques. Si, après avoir vécu longtemps comme membre du corps selon le vrai esprit de Jésus- Christ et de ses premiers élèves , quelqu'un vient à se démentir , ne vivant plus selon la pureté des maximes de l'Evangile, il sera retranché de la compagnie, et prié d'accepter quelque emploi hors la maison, où l'on ne veut souffrir que de véritables enfants de Dieu, et de fidèles disciples des apôtres.,
Les sujets attachés à la maison feront pro-
fession cie s oublier entièrement eux-mêmes, conformément à la grande maxime que laissa Notre-Séigneur à ses disciples : Siquis vult tenirc post me, abnegct semelipsum. (Malth. xvi, 2'k) Désirs, inclinations, talents, emplois, famille, nation, patrie; que tout cela ne leur soit plus rien, et que Dieu seul en Jésus- Christ occupe tout leur cœur.
Ils auront pour principe de vivre sur la croix, et de la porter continuellement : Tollat crucem suum quotidie. (Luc. ix, 23.) Ils la regarderont comme la règle et le fondement de la vie apostolique. Ils embrasseront de bon i-œur tous les mépris, la pauvreté et la gêne que porte avec soi le service de Dieu ; n'aspirant point aux charges et aux dignités, mais s'estiinanttrop heureux de servir gratuitement les prélats de l'Eglise. Ils se garderont bien de tout soin et de toute sollicitude pour leurs nécessités temporelles, ni pour aucun établissement sur la terre, ayant la foi pour appui en toutes choses, et la parole de Dieu qui leur défend de s'inquiéter pour les besoins de cette vie. Qu'ils se reposent sur celui qui a fondé la maison. La Providence ne les abandonnera point.
Elle veille incessamment sur eux, soit dans la santé, soit dans la maladie, soit dans lacaducité de l'âge. L'œil de Dieu est toujours ouvert sur ses enfants. Pour se délivrer donc de tous les soins et de toutes les distractions que peut leur donner dans son service l'amour-propre et la faiblesse de leur foi, que chacun se souvienne qu'il est sans cesse occupé de leurs besoins. Nous devons regarder la maison comme un port où nous pouvons nous reposer comme y trouvant un amour, une tendresse, une compassion et une miséricorde qui se répandent sur toutes nos faiblesses ei nos infirmités. Pour bien s'établir dans cette disposition, tous enfin feront profession de pauvreté, de quelque condition qu'ils soient. Et quand ils auront du bien en propre, pour être libres des soins sordides et grossiers qui nuisent à la pureté de la foi, ils en laisseront l'usage à ceux qui seront chargés du temporel (1371) ; car il faut écarter toutes sortes de nuages de la parfaite sainteté de notre vocation, et pour jouir de la liberté des enfants de Dieu, il faut vivre dans un dégagement total des choses de la terre.
Vil. De la nécessité des séminaires. — Le prélat, qui est l'époux de l'Eglise dans chaque diocèse, et qui doit fournira tous ses besoins, ne peut être présent dans tous les lieux de son diocèse, soit pour instruire et célébrer les saints mystères, soit pour administrer tous les secours spirituels dont l'Eglise est redevable à ses enfants. 11 lui faut donc plusieurs bouches, plusieurs mains, plusieurs membres , c'est-à-dire plusieurs ministres qui distribuent à tout son diocèse le pain de la parole, qui otl'rent le saint sacrifice, et qui fassent rejaillir pour tous les eaux de la grâce, des sources de la vie, qui
sont les sacrements. C'est pour cela que dans la cérémonie auguste du sacre des évoques, on voit des ministres porter des pains dans leurs mains, et de petits barils pleins de vin. L'Eglise veut alors rappeler au prélat qu'elle ordonne, que c'est à lui principalement qu'il appartient de distribuer le pain de la parole, comme d'offrir le pain céleste avec le sang adorable du Sauveur, qui est le vin du sacrifice, pour tout son troupeau. Mais ne le pouvant faire en personne dans toute l'étendue du diocèse, il a besoin de représentants qui remplissent ces devoirs pour lui, et qui s'en acquittent d'une manière digne de Dieu, digne Deo.
Saint Paul se plaignait de la difficulté qu'il trouvait h pourvoir l'Eglise de dispensateurs fidèles. Cependant si le chef du diocèse n'a pas des coopérateurs fidèles qui lui soient intimement unis, qui soient dirigés par son esprit, et qui exercent les saintes fonctions dans la parfaite dépendance et soumission qu'ils lui ont vouée en recevant le sacerdoce, il ne peut plus goûter un moment de repos dans son siège; il se voit dans l'impuissance d'être utile à l'Eglise, et il ne lui reste plus qu'à gémir incessamment devant le Seigneur jusqu'à ce qu'il suscite de saints prêtres capables de le soulager, en le déchargeant d'une partie du fardeau qui lui est imposé, et qu'il ne peut porter seul. Or, bien loin de se voir ainsi secondés, -nos seigneurs les prélats se trouvent environnés de gens grossiers et d'hommes mercenaires, plus capables d'augmenter le poids de leur sollicitude, que de le diminuer. Ils viennent leurdemander une portion de leur troupeau à garder ; niais beaucoup mieux vaudrait-il jeter les brebis à la gueule des loups, que de les mettre en de telles mains.
C'est là la grande calamité de l'Eglise. Aussi les peuples ne soupirent pas moins que les prélats après une génération de prêtres remplis de l'esprit de Jésus-Christ, afin île trouver en eux le Dieu visible qui détruise leurs péchés, qui les console dans leurs peines, qui les fortifie dans leur accablement; qui soit, en un mot, tout à eux, et leur tout dans leurs besoins, comme sont tous les vrais pasteurs dans l'Eglise. Mais il s'en trouve si peu, de ces véritables pasteurs, que les cœurs des peuples demeurent abrutis dans l'ignorance et dans le vice. Cependant qui les relèvera, sinon la main do leurs pasteurs, qui sont leurs pères selon Dieu, et leurs anges consolateurs? Sans cesse ils crient devant le Seigneur; ils appellent les prêtres à leur secours, sans que ceux-ci fassent attention à leurs cris et tiennent compte de leurs plaintes : Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis. (Thren, iv, h.) Ils demandent qu'un les retire de leurs erreurs, qu'on guérisse leurs maux, qu'on les rappelle de leurs égarements, qu'on les relève de leurs chutes ; ce qui arriverait, si on les repaissait de la di-
(1571) Celle pratique de pauvreté, qu'iitsiu >e ici M. O'ier, n'a jamais éié reçue comme uuo lui parmi les Drëires Ue :>a compagnie.
H37 EXTRAITS DES MEMOlKES MSS. — XII. MAXIMES SUR LE SACEKDOCE.