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vino parole; car c'est elle qui opère dans tous les cœurs. Et presque partout l'Eglisj a la douleur de voir ses enfants en manquer; car rien n'est si rare que le zèle à distribuer la parole sainte, ou le don de la distribuer avec force ei prudence. On voit assez que la moisson est mûre : Reijiones albœ sunt ad tncssem (Matth. ix, 38) ; les peuples n'attendent que des hommes qui viennent y travailler. Les prélats ont la faux à la main, ils cherchent des ouvriers qui les aident, ils en appellent de toutes parts ; chacun crie avec eux, et gémit auprès du maître de la moisson : Rogate dominum messis, ut mitta( operarios in messcm. ( Joan. iv, 35. ) Avec cela, tout languit. Les saints prélats voient avec larmes périr autour d'eux le fruit qu'ils ne peuvent recueillir tout seuls. Et comment un seul homme ferait-il la récolte entière ? Elle est trop grande, et les bras sont en trop petit nombre : Messis quidem mulla; operariiautem pauci. (Matth. ix, 37.) Si quelquefois il se trouve des sujetsde bonne volonté, (ce qui est assez rare ) et que la divine charité, pour récompenser les prières ferventes des prélats, les envoie auprès d'eux, comme auprès du père de famille ; souvent ces sujets sont si neufs dans leurs fonctions, et si peu capables du saint ministère, que, s'ils ne commencent par consacrer un temps considérable à s'y exercer dans quelque sainte école, où, avec l'instruction, ils puisent l'esjirit et la vertu de leur état, les voilà inhabiles pour toute leur vie au service de Dieu et de son Eglise. Ce sont, par conséquent, des hommes inutiles, plus propres à détruire qu'a édifier. Quelle surcharge pour le prélat qui s'en était promis de grands sei-t/urs 1 C'est dans les séminaires qu'on prend toutes les instructions et qu'on fait tous les exercices qui rendent habiles aux saintes fonctions.
VIII. Des évéques, considérés comme les premiers supérieurs des séminaires. — Le véri table et unique supérieur du séminairedans chaque diocèse, à proprement parler, c'est l'évêque. Lui seul renferme la plénitude de l'esprit et de la grâce qui doit se répandre dans le clergé; lui seul peut donc lui donner son esprit et sa vie. Il est, à l'égard des membres de son clergé, qui ne forme avec lui qu'un même corps en Jésus-Christ, ce qu'est la tête à l'égard du corps naturel. C'est lui qui communique à chacun le mouvement et la vertu propre du ministère qu'il est chargé de remplir pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise. Que voyons-nous cependant? Les prêtres vivre sans dépendance de leurs chefs, sans obéissance à leur autorité, et sans aucun respect pour leur sacrée direction. Ceux-ci n'ont rien de plus à cœur que de servir l'Eglise ; et réduits à eux seuls, ils en sont incapables. Pendant longtemps les clercs et les prêtres ont été unis intimement à leurs chefs, selon l'ordre naturel divinement établi par Jésus-Christ.
Dès que cette union a été rompue, on a vu beaucoup de schismes désoler l'E^Lise, et à la place des grands biens qu'elle optruit, de»
maux infinis et sans nombre naître de toutes parts. Rien ne serait plus nécessaire, que de rétablir cette divine harmonie, de laquelle dépend tout le bien des diocèses. Si l'ordre sacré des prélats ne peut user comme il lui plaît, de l'ordre des prêtres et des autres ministres inférieurs; si ceux-ci ne sont liés parfaitement avec eux , Jésus-Christ, tout pressé qu'il est du désir de répandre ses grâces dans l'Eglise, et tout-puissant qu'il est, se voit privé des moyens d'y réussir.
1° L'évèque, père du clergé. — De même que Dieu engendre son Fils en qualité de père, et le porte dans son sein, comme s'il était sa mère, Je nourrissant de la même substance dont il l'a engendré; ainsi les prélats, comme pères divins dans l'Eglise, engendrent en leur sein des enfants, et, comme des mères tendres, les nourrissent de la fécondité de leur vie divine : Tanquam si nutrix foveat filios suos. ( / Thess. h, 7. ) Cette ardeur d'engendrer des âmes h Dieu, qui surpasse ordinairement, dans le cœur des prélats, celle des prêtres et des autres membres du clergé, est une participation de la vie ardente et féconde de Dieu le Père, qui les anime, pour former tout le corps du clergé et engendrer des enfants à sa gloire. Or, comme Dieu ne communique cette fécondité à personne aussi pleinement qu'aux prélats , c'est à eux seuls aussi qu'il communique la plénitude de l'aliment divin et de la substance nécessaire pour nourrir leurs enfants.
Il a mis dans le sein des prélats la sacrée nourriture des peuples et l'abondance du lait de sa grâce, à proportion de la multitude de leur famille, qui ne peut, dans son indigence, recourir à d'autre qu'à celui qui est pour tous la première source de la vie. Et comme la divine Providence a attaché à la puissance de produire et de porter des enfants, la vertu et la grâce de les nourrir : comme il en donne un grand désir, ce qui se voit dans les mères selon la chair et selon l'ordre de la nature, qui prennent plaisir à allaiter leurs enfants ; comme on remarque enfin que cet instinct n'a été mis dans les mères, qu'afin de prévenir les besoins des enfants et la négligence à les nourrir; Dieu a rempli les prélats d'une telle abondance d'aliments spirituels, qu'ils se sentent souvent fort pressés de la distribuer à leurs peuples. Et comme Dieu a mis dans le cœur des enfants des hommes un instinct naturel et un ardent désir de sucer les mamelles de leur mère ou de leur nourrice, ne voulant point d'autre lait ; ainsi dans l'ordre de la grâce bien plus parfait que celui de la nature, Dieu donne aux peuples un grand empressement de recevoir la parole de vie de la bouche des saints prélats ; nourriture qui les remplit d'une telle abondance d'onction et de grâce, qu'ils sont contraints d'avouer que rien ne les nourrit plus doucement, ne les édifie tant, ne fait plus de fruit dans leur âme, que votre parole rendue parla borehe de leur saint pasteur, j-. Au désir que Dieu donne aux prélats de-