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repaître les peuples, il joint tous les autres sentiments que la nature a gravés dans le cœur des pères. Il leur en donne la tendresse pour chérir et caresser leurs enfants dans l'ordre du salut; la douceur pour les souffrir dans leurs imperfections; la force pour les .porter dans leurs faiblesses; la sagesse pour reprendre et corriger leurs défauts ; la lumière pour les conduire dans lesténèbres; la joie pour les consoler dans leurs afflictions. En un mot, Dieu les enrichit de tous les dons nécessaires pour gouverner leur troupeau, et pour élever les Ames à la perfection. Telles sont les principales qualités du premier supérieur du séminaire, qui, après avoir engendré avec amour des enfants à Dieu, les doit encore nourrir de sa propre substance et les former à la vie divine.
Le saint prélat est encore bien plus étroitement obligé de nourrir et de former les sujets du clergé, ses premiers enfants, qu'il engendre, non comme ses peuples, par le ministère des prêtres ses coopérateurs, mais par lui-même et en personne, en leur donnant les ordres sacrés et en leur imprimant le sacré caractère. C'est à lui seul à les soutenir, à les fortifier, à les faire croître, et à les établir dans la perfection de ia vie à laquelle ils sont appelés ; puisque dans Tordre de la grâce, comme dans celui de la nature, c'est la même substance qui nous a formés dans le sein de nos mères, qui nous a conservés et nourris, tant que nous sommes demeurés entre leurs bras, et que nous •avons reposé sur leur sein. Aussi le prélat, dans l'Apocalypse, est-il représenté en la i-srsonne de Jésus-Clirist, au milieu de sept chandeliers, figure de l'Eglise universelle, avec des mamelles qui fournissent l'aliment et la vie a tous les enfants de la sainte famille du Sauveur, en leur donnant un lait Lien plus agréable, et qui a bien plus de vertu que tous les vins les plus forts et les «lus délicieux, selon cette parole du Cantique ; des cantiques (i, 1) : Meliura sunt ubsra tuavino. C'est ce lait qui forme des enfants si robustes et si forts en charité, qu'après s'être nourris eux-mêmes et engraissés de la substance divine, ils vivifient, nourrissent et soutiennent tout le corps de l'Eglise. C'est pour cela que le Fils de Dieu, au même endroit, porte encore sur ses mamelles une ceinture d'or, qui, selon l'explication qu'en donne l'Eglise elle-même dans son pontifical, exprime particulièrement les membres du clergé, qui, remplis des vertus de Noire-Seigneur, devenus tout amour et transformés en charité, servent tout à la fois d'ornement à Jésus-Christ, et de modèle ou do règle h tous les lidèles. C'est donc surtout à ceux qui vivent au séminaire, de soupirer vers le sein du prélat, de s'y attacher, et de recevoir avec respect, avec amour, avec joie, les moindres paroles qui sortiront de sa bouche sacrée ; de recueillir avec empressement et avidité, la moindre goutte du lait spirituel que sa grande charité viendra distiller dans leur cœur. »
2" L'évéque , chef du clergé, — De même
que le Père éternel, après avoir envoyé son Fils sur la terre, en est demeuré le chef, comme le père; ainsi Notre-Seigneur, appelé le Père «lu siècle futur et de l'Eglise présente, en est le chef et le père : chef dans tous les saints prélats, pour dispenser la vie et la distribuer a tous ses membres; car ils ne peuvent avoir de mouvement et de vraie direction qu'en lui. C'est tout perdre , que de rompre le cours naturel de la vie, qui du chef se répand dans les membres. Otez au corps du clergé l'esprit qu'il reçoit des prélats, vous le laissez sans lumière, sans mouvement et sans vertu. C'est travailler en vain 5 la sanctification des clercs , que- de tenter dans l'Eglise une autre voie que celle de l'évéque préposé sur chaque diocèse.
Quelque émineute que soit la sainteté de ces grands hommes qui se trouvent encore dans l'ordre inférieur du clergé (car la Providence en suscite partout); comme ils n'ont point en eux cette-grâce capitale et cet esprit qui est attaché au caractère «les saints évêques , on ne saurait en attendre cette plénitude de vie propre à viviûer tous le corps ecclésiastique, qui appartient à l'épiscopat. Car le clergé du second ordre a besoin de cette vertu abondante, qui de la tête, selon la doctrine de saint Paul, doit descendre dans les membres par les jointures, les veines et les nerfs préparés pour la distribution des esprits vivifiants. Toute grâce qui n'aura pas cette origine, n'animera jamais qu'à demi les membres sacrés de ce corps. La diffusion et la communication naturelle de la vie ne se fait que par des canaux bien adaptés et bien joints à la bouche de la première source ; et ces canaux, ce sont les prêtres unis au saint prélat, selon le dessein de Jésus-Christ dans la formation du clergé, où les organes se trouvent placés et proportionnés au chef avec une justesse digne de la sagesse et de la providence d'un si habile maître.
Aux uns il a donné de recevoir la vie; aux autres de la dislibuer par un ordre et une liaison de parties qui se correspondent admirablement. Or cette correspondance ne peut être remplacée par aucune invention; et partout où elle ne subsiste plus, il est nécessaire de la rétablir selon le premier dessein de Notre-Seigneur. Sans cela il faudrait que lui-même changeât toute la structure et toute l'économie de son Fglise, qu'il formât de nouveaux chefs avec de nouveaux membres, pour foire un autre corps tout nouveau, qui fût assorti de toutes ses pièces. Or c'est ce qui ne se fera jamais sans un renversement universel, sans des prodiges et des miracles inouïs, sans la perle et la ruine générale de l'Eglise ; de cette Eglise toutefois que Notre-Seigneur a promis île conserver aussi invariable dans sa constitution et sa conduite, qu'immobile dans sa foi et immortelle dans sa vie; en l'assurant qu'il serait avec elle jusqu'à la consommation des siècles, pour la vivifier et la conduire, et toujours par les ordres sacrés de sa divine hiérarchie. Tout esprit qui viendrait