XH. MAXIMES SUR LE SACERDOCE
d'ailleurs, et qui a-girait d'une autre manière ferait dans le clergé ce que ferait une chaleur étrangère qu'on voudrait introduire dans un corps languissant, faute du cours de la chaleur naturelle, qui de la tète se communique à tous les membres. Cette chaleur empruntée demeurerait sans force, sans énergie, sans consistance. Elle n'aurait donc rien de la vertu première, sans laquelle il faut que le corps périsse. Il en sera de môme du corps du clergé, si on veut l'animer autrement que par l'influence du chef, qui porte en soi la vie pour la faire passer par la voie du saint prélat dans tous les membres. Non, sans cette dépendance et cette union réciproque, jamais il n'y aura ni plénitude de vie dans le corps ecclésiastique, ni ferveur permanente dans les Chrétiens, ni grâce dans l'Eglise, ni écoulement et distribution des dons de Jésus-Christ dans tous les membres de son corps mystique.
Et pourquoi changerait-on ce bel ordre établi par Jésus-Christ, puisque les chefs sacrés de l'Eglise sont, par ieur caractère, comme regorgeants de l'abondance de son esprit et de la plénitude de sa vie , pour la sanctilication du clergé? N'est-ce pas une prophétie authentique de David sur la personne sacrée des prélats, que la grâce et la vie est comme l'onguent sacré, qui de sa tête, où il est versé, va se répandre sur son visage et sur le reste de son corps; ce qu'il faut entendre de la grâce, qui de la personne du pontife descend sur son vénérable clergé, figuré par la robe du grand prêtre, et parvient jusqu'aux extrémités de cette robe mystérieuse qui l'environne, en se communiquant de l'evêque, par la vùie de ses prêtres, jusqu'aux dernières brebis de son troupeau. Sicut unguentum in capite, quod descendit in barbant , barbant Aaron ; quod descendit in oram vestimenti ejus. (Psal. cxxxii, 2.) Cette répétition, in barbant, barbant Aaron, pourquoi se trouve-l-elle là? Ce n'est pas sans mystère; car selon le génie de la langue des Hébreux, qui doublent ainsi les expressions d'une chose, quand ils veulent en marquer la perfection, elle signifie le double esprit qui est sur le saint prélat, pour qu'il en verse d'abord les prémices et l'abondance sur son clergé , comme fit Jésus-Christ sur ses apôtres et ses disciples ; et qu'il le répande ensuite sur les peuples. Cet extérieur vénérable et plein de majesté, que donne par avance le Prophète aux saints pasteurs de l'Eglise, est confirmé encore par saint Jean , lorsque , dans son Apocalypse, il dépeint Jésus-Christ, la souveraine sagesse, avec des cheveux blancs comme la neige, image de l'éternité de son être, et de la maturité, de la prudence avec laquelle il dirige les saints pontifes qui gouvernent l'Eglise.
3°L'évéque, roi de son clergé. — Notre- Seigneur, étant monté aux cieux après sa résurrection, fut déclaré, par la bouche de Dieu son Père, le souverain pontife de toute son Eglise, le chef des hommes et des anges, roi de toutes les créatures, comme il le
OEUVRES COMPLÈTES DE M. OlIER.
dit lui-même par la bouche de son Prophète. (Psal. cix, 4.) La royauté se trouvant jointe en sa personne au divin sacerdoce, il veut que les prélats de l'Eglise, qui sont les héritiers de sa grandeur et les images de sa gloire, paraissent sur la terre revêtus des mêmes titres qu'il a reçus dans le ciel. Il veut qu'ils en jouissent dès à présent dans son royaume, qui est l'Eglise; et surtout dans son clergé, qui, en étant la portion la plus éclairée, doit être aussi mieux instruite de son pouvoir et de sa prééminence. C'est ainsi que saint Pierre,' comme le prince des princes de l'Eglise, en parle, lorsqu'il fait le dénombrement des trois ordres de son royaume : Regale sacerdotium, gens sancta, populus acquisitionis. (I Pelr. n, 9.) Dans le royaume de l'Eglise, le sacerdoce royal, qui réside éminemment dans la personne des évoques, occupe le premier rang, regale sacerdotium. Au second rang, il place le saint clergé, gens sancta ; c'est-à-dire, tous les membres sacrés de l'Eglise qui sont attachés au culte de Dieu et dévoués au service des autels. Enfin le troisième rang est occupé par le corps entier des fidèles, populus acquisitionis, peuple acquis par Jésus-Christ, et délivré de la tyrannie du péché et du monde, bien plus cruelle que celle de Pharaon, par les mains du saint prélat à qui Dieu a confié, avec le gouvernement des peuples, le bâton pastoral, instrument bien plus puissant en Jésus-Christ que la verge de Moïse. Il est la terreur des ennemis de Dieu, et bien plus capable de soumettre les esprits et les cœurs au ijoug de l'Evangile, que le sceptre des rois ne l'est de contenir leurs sujets dans l'obéissance, puisque c'est le sceptre de Jésus-Christ lui-même.
C'est aux évoques, en cette qualité de rois dans l'ordre spirituel ,. qu'il appartient non-seulement de diriger les peuples par leur sagesse, et de gouverner le royaume de Jésus-Christ par l'autorité qu'ils ont en main ; mais encore de créer les ministres et les officiers dont ils ont besoin. Ils en ont reçu le pouvoir de Jésus-Christ ; et c'est en son nom qu'ils appellent les uns pour conduire en sa sagesse, les autres pour réprimer en sa puissance; ceux-ci pour publier ses saintes lois, ceux-là pour en venger la transgression ; et le tout avec un merveilleux tempérament de douceuret de sévérité, de charité et de force.
Cette diversité de ministère fait voir combien a d'étendue l'esprit de leur royauté; quelle est la dignité de leur couronne, la splendeur de la maison sainte qu'ils habitent, et la grandeur tout auguste du divin royaume qu'ils gouvernent. Ils ne sont pas forcés, comme les rois du monde, à prendre des ministres tels qu'ils les trouvent dans leurs Etats. Ils ont reçu cette prérogative des mains de Jésus-Christ, dé pouvoir les créer et les former eux-mêmes, en leur donnant l'esprit et les talents qui les rendent habiles à leurs fonctions. Telle est la vertu des grâces .dont ils sont les dispensateurs, et qui accompagnent le caractère sacré au'ils
1)fi3 OEUVKES COMPLETES DE M. OLIER.
lour impriment, de les rendre propres à Glorifier Dieu pardes louanges continuelles,
• 1KJ4 irêchent en leur nom et
"et à sanctifier ie prochain par la prédication delà parole divine et l'administration des sacrements : idoneos fecit ministros novi testament!. (Il Cor. m, 6.) C'est pour cela que les évêques, sous leurs habits pontificaux, portent tous les saints vêtements de leurs ministres inférieurs. L'Eglise l'a ordonné ainsi, pour faire comprendre qu'ils possèdent éminemment l'esprit et la vertu de leurs ministres, et qu'ils sont revêtus de la grâce qu'ils leur communiquent.
Les saints prélats ayant en eux, comme rois, ou comme premiers ministres de Jésus- Christ, sa sagesse pour régler, sa puissance pour commander, sa vertu pour vivifier et sanctifier les prêtres qu'ils emploient ; c'est encore à eux seuls qu'il appartient de conduire le séminaire et de le vivifier de leur esprit. Le séminaire se trouvera toujours fort heureux d'être éclairé d'une telle lumière, conduit par une telle sagesse, fortifié par une telle vertu. Enfin, il vivra avec joie sous une obéissance qui le remplira de grâce, pour satisfaire à tous les commandements de celui qui leur représente la personne de Jésus-Christ. Quand il honorera le séminaire de sa présence, tous, pénétrés en sa présence de respect et de soumission , adoreront intérieurement Jésus-Christ qui les visite en lui et par lui, pour opérer en leur âme la grâce de la paix qu'ils doivent espérer de sa sainte bénédiction. C'est ce qu'opérait Notre-Seigneur quand il honorait de sa visite les apôtres et les disciples. Il les remplissait de sa paix par sa sainte présence. Je vous donne ma paix, disait-il ; pacem meam do vobis. (Joan. xiv, 27.) C'est le privilège de ma royauté, qui surpasse de beaucoup le pouvoir de Salomon. Ecce plus quam Saiomonhic. (Matth. xu, 42.) Il ne faisait régner la paix qu'au dehors; et moi je donne ma paix tout intérieure aux hommes de bonne volonté.
JX. Des sujets qui doivent composer le séminaire. — 1° Des directeurs du séminaire et de l'excellence de leur vocation. — Comme les fonctions capitales du clergé ne permettent pas toujours aux évêques de résider continuellement dans leur maison, et qu'ils sont obligés souvent de s'éloignerde leur église, il est nécessaire que chaque prélat ait dans sa main quelques sujets à qui il laisse son esprit et son âme pour agir en sa grâce, et remplir en son nom, pendant son absence, les engagements qu'il a contractés envers Jésus-Christ et envers son troupeau.
C'est à ce dessein que la souveraine sagesse de l'Esprit-Saint, qui dispose tout avec ordre et suavité, a créé tant d'ollices et de dignités ecclésiastiques, qui, étant comme les caractères et les semences de la vertu secrète qui réside dans les prélats, leur servent à exécuter par d'autres mains ce qu'ils ne peuvent faire en personne. Tels sont les vicaires généraux et les ofiiciaux, chargés de la discipline et de la police du diocèse;
les théologaux, qui nrfi dans leur église; les archidiacres, qui, comme l'œil de l'évêque, sont obligés de visiter et d'inspecter tout le troupeau; les chanoines, qui, revêtus de sa religion, offrent tous les jours le saint sacrifice avec solennité, et chantent les louanges de Dieu avec la pompe et la magnificence due à la souveraine majesté; les doyens, qui président aux chapitres, et les grands chantres, qui modèrent le chœur des églises avec une décence et une dignité proportionnée, autant qu'il est possible, à l'excellence du culte divin.
Les prélats, qui ne peuvent encore vaquer assidûment en personne à l'instruction de leurs prêtres et de leurs clercs, ont besoin d'avoir entre leurs mains des prêtres qu'ils puissent mettre en leur place dans leur séminaire, et à qui ils communiquent leur esprit, comme Moïse répandit le sien sur les soixante-dix vieillards, pour vivifier et nourrir leur clergé. Par là ils satisfont à l'obligation capitale et la plus importante de l'épiscopat, qui est de jeter la semence de la vie sacerdotale et divine dans le cœur des principaux membres de leur Eglise, destinés à remplir les chapitres de leur religion, les autels de leur sainteté, les chaires de leur doctrine et de leur piété, les sacrés tribunaux de leur justice et des grâces dont ils sont les dispensateurs, tous les cœurs des peuples du feu sacré de leur amour.
Rien de plus saint que cette fonction, puisqu'elle fait enirer ces prêtres en communion de la grâce qui est donnée aux saints prélats, et qu'ils possèdent seuls en chef pour la sanctification de tout leur clergé ; car les ministres sacrés, qu'ils distribuent dans toute l'étendue du diocèse, ne peuvent recevoir le don et l'esprit de leur ministère que par celui de l'évêque, établi immédiatement et préposé sur son Eglise, pour répandre de la plénitude de l'onction divine, qu'il a reçue par sa consécration, sur tous les ministres île son Eglise.
O commission admirable, et, si je l'ose dire, adorable, que celle des prêtres qui entrent en partage de cet esprit! On doit estimer et honorer beaucoup sans doute celle des grands vicaires et des ofiiciaux, dont les"fonctions sont si saintes et si relevées; mais de partager la grâce de ce divin emploi qui porte l'esprit de sainteté dans le cœur des clercs et des prêtres, c'est ce qui mérite une vénération toute singulière; car est-il rien au-dessus dans la dignité hiérarchique ? Le don de communiquer celte vertu secrète et divine qui .vivifie les âmes, don propre de l'évêque , surpasse toutes les fonctions de l'épiscopat. C'est l'image de la fécondité et de la plénitude de la vie même de Dieu; et non-seulement la vie pénible, mais encore la vie glorieuse de Jésus-Christ sur la terre a eu celte merveille pour fin. On remarque en effet que Notre-Seigneur, après avoir donné pouvoir à ses apôtres sur son corps et sur son sang dans le cénacle ;