EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE
après même leur avoir communiqué sa puissance sur son corps mystique dans une des apparitions qui suivirent sa résurrection, se réserva le jour de la Pentecôte pour les remplir de sou esprit de sainteté et de sanctification en faveur de toute son Eglise; car ce fut en ce grand jour que la plénitude de l'onction divine se déborda sur la sainte assemblée qui formait l'Eglise naissante, pour se répandre ensuite, par la succession des évoques , sur les ministres de cette Eglise, et sur ses enfants, d'âge en âge, jusqu'à la dernière génération. Les évoques, en effet, ont reçu celte divine onction, source de sainteté et de vie, de la bouche et de la main des apôtres, dont ils sont, selon le langage de saint Grégoire le Grand et la doctrine du saint concile de Trente, les véritables successeurs. Or les prêtres que l'évêque appelle à la direction de son séminaire, il les fait dépositaires de l'esprit et de la grâce qui doit sanctifier le clergé de son diocèse : esprit et grâce apostolique, dont le. prix et la vertu surpassent tout ce qu'on en peut dire.
Obi quelle source immense de sainteté!
et quel océan, quel trésor de biens spirituels, que l'âme du prélat qui représente Jésus- Christ à la têle de son froupeau ! Est-il croyable qu'un simple prêtre puisse avoir accès dans son intérieur, et entrer en société de l'esprit de sanctification qui lui est propre? Sera-t-il possible, sera-t-il permis a un prêtre de se plonger dans ce sein admirable de l'évêque, dans cette fournaise ardente de sainteté et de zèie, représentée autrefois par le Rational du grand prêtre, que les noms des douze tribus d'Israël remplissaient de lumière et de flammes? Cette figure nous annonçait que l'on puiserait un jour dans la poitrine et dans le cœur des prélats la plénitude de l'amour de l'Eglise et une sainteté abondante
Bienheureux les prêtres que Dieu daigne élire pour en faire les disciples du grand maître qui gouverne tout le diocèse, et qui puisent dans la grâce dont il est plein, afin de la distribuer aux ministres de Jésus-Christ qui se forment par leurs soins, et d'en arroser la portion la plus précieuse de son Eglise 1 Quand plaira-t-il à Jésus-Christ, l'instituteur de son clergé, de renouveler cet ordre apostolique des ministres de l'épiscopat, animés de sa grâce et vivifiés de son esprit? Oh 1 qu'il y en a peu qui voulussent entrer dans la sainteté de vie nécessaire pour y avoir part et s'en rendre dignes 1
11 faut qu'un direcleur de séminaire ait par vertu ce qui est donné au saint prélat par la grandeur et la sainteté de son caractère; et que, rempli de son même esprit, de sa grâce et de sa lumière, il la puisse répandre sur tous ceux du clergé qui seront l'objet de son zèle. Il faut qu'il soit tout humain dans son extérieur, mais que dans son fond il soit tout divin, et n'ait de vie humaine que pour porter la vie de Dieu parmi les hommes. La vie de l'évêque est moins la vie d'un homme aue la vie de Jésus-
Christ, dont il lient la place et exerce l'autorité. Or telle doit être, sous les dehors d'une vie commune et ordinaire, celle des directeurs chargés de former les ministres des saints autels. Us sont comme la forme et les modèles du clergé, qui doivent transformer les élèves du sanctuaire en eux-mêmes, comme ils doivent être eux-mêmes transformés en la vie intérieure de l'évêque.
Le Fils de Dieu, pour préparer ses apôtres à la grâce de leur vocation, qui est celle de nos saints prélats, les garde auprès de lui pendant trois ans. On voit, par ses différents entreliens, que les principales dispositions qu'il leur demandait étaient l'anéantissement de toute volonté propre, et un parfait dépouillement iles biens grossiers de la terre. Celui qui veut tne suivre, qu'il se renonce à soi-même. (Matth. xvi, 24.) Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. [Luc. xiv, 33.) Voilà les deux grandes maximes qu'il leur a enseignées pour eux et pour leurs successeurs. 11 veut que ses ministres bannissent de leur cœur toute sollicitude des biens temporels, et qu'ils se reposent sur les soins de la providence divine pour ce qui leur sera nécessaire, sans chercher autre chose que le royaume de Dieu et sa justice.
Notre-Seigneur voit dans le cœur de Judas le vice du propre intérêt ; et après lui, saint Pierre découvre le même vice dans Simon le Magicien. Les voilà retranchés du nombre de ses disciples; ainsi que cet autre de l'Evangile, qui n'eut pas le courage d'obéir à cette parole : Allez; vendes tout, et suivezmoi. (Matth. xix, 21.) Il luifautdes hommes vides d'eux-mêmes et de tout intérêt temporel, pour devenir entre ses mains des vases d'élection propres à recevoir la plénitude de sa grâce. Nous avons tout quitte' pour vous suivre, lui dit saint Pierre. Si cela est, lui répond Notre-Seigneur, non-seulement vous serez bientôt revêtus de mon Esprit et de la vertu d'en haut; mais un jour je vous ferai asseoir sur mon trône pour juger le monde. (Ibid., 27, 28.) Telle sera la récompense des sacrifices que vous aurez faits pour moi; vous qui avez renoncé pour moi aux biens de la terre et à la gloire des hommes : je vous appellerai pour juger avec moi les hommes et les anges.
Telles sont les dispositions que l'Eglise, dépositaire des secrets de Jésus-Christ son époux, et héritière de son esprit, demande à tous les prêtres, puisqu'ils sont les flambeaux des Chrétiens, le sel de la terre et la lumière du monde; mais surtout aux prêtres qui approchent de plus près la personne des saints prélats, et qui par leur vocation entrent plus que tous les autres en partage de la grâce apostolique propre de l'épiscopat, par conséquent, de l'esprit même de l'épiscopat. In quo vos Spiritus sanclus posuit episcopos regere Ecclesiam Dei. (Act. xx, 28.)
C'est donc à ceux qui sont l'idée parfaite des prêtres de tout le diocèse, et le modèle du clergé, forma facti gregis (I Petr. v, 3); c'est à "eux de s'assujettir aux ordres de
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Jésus-Christ et de la sainte Eglise, qui ne charge jamais ses enfants d'aucun joug sans grande nécessité, en se renouvelant euxmêmes dans tout ce qu'elle a jamais eu de plus pur et de plus saint, pour la perfection du sacerdoce et la sanctification du clergé. Ainsi, pour satisfaire à la première loi du Sauveur àûr le renoncement ù soi-même, inculquée si souvent dans son Evangile, il serait nécessaire que les directeurs du séminaire s'abandonnassent entièrement à la disposition du saint prélat, qui, étant dans l'Eglise l'image vivante et visible de Dieu, se trouve par conséquent le dépositaire naturel des vœux et des hosties qui se présentent au service de l'Eglise. Anéantis et sacrifiés, dépouillés de leur volonté, et perdus en celle du prélat, ces bons prêtres deviendraient autant de sources sacrées du pur amour pour le troupeau de Jésus-Christ. Car, s'ils ne sonl entièrement videsd'eux-mêmes, l'Esprit de Jésus-Christ ne peut faire éclater en eux, ni sur les autres, les merveilleux etl'ets de la grâce apostolique.
La pratique du dépouillement extérieur est inséparable de l'esprit d'anéantissement. Il serait donc convenable que les directeurs du séminaire renouvelassent tous les ans, entre les mains du prélat, le renoncement qu'ils ont professé, lorsque entrant dans la cléricaturc, ils ont choisi Dieu pour leur partage, et pris les richesses du ciel pour leur patrimoine, Dominas pars hœreditatis meœ. La fidélité à suivre ces maximes capitales du Fils de Dieu et les saintes lois de l'Eglise porte avec elle des grâces et des bénédictions qui ne se comprennent pas.
On ne les connaît plus aujourd'hui, ces grâces; on ne voit plus reluire dans le monde ce clergé autrefois si florissant, la splendeur de la sainteté de Dieu et l'image de sa magnificence. On ne voit plus briller, dans les hommes du sanctuaire, les richesses divines qui faisaient la gloire de l'ancienne Eglise, parce qu'on ne voit plus la même exactitude à observer ses lois. C'était la grande douleur de saint Augustin, et avant lui de saint Basile, dont Dieu se servit pour faire revivre la sainteté de l'état clérical. Le seui moyen de renouveler le clergé, qu'ils employèrent, fut de ressusciter dans les clercs et dans les prêtres le respect, l'amour et la pratique des maximes de Jésus- Christ et les ordonnances de l'Eglise. Qu'on inspire le même esprit à tous ceux qui veulent entrer dans le sanctuaire; et le clergé reprendra toute son ancienne splendeur; et la majesté de Dieu même rejaillira sur tout le corps de l'Eglise.
Ohl quelle consolation de suivre les divines instructions de Jésus-Christ et les règlements qu'il a dictés, comme fondateur de son Eglise! Qu'il serait bien à souhaiter que celle-ci nourrit dans son sein un bon nombre de saints prêtres, qui, pour le renouvellement du clergé, fissent hautement profession de s'abandonner eux-mêmes et de (énoncer aux biens de ce monde, pour être uniquement occupés du service de Dieu et
de son peuple 1 Tel doit être surtout l'esprit des directeurs du séminaire, puisqu'ils sont le miroir du clergé. Il faudrait même, pour le repos du saint prélat, pour- la stabilité du séminaire, autant que pour la sainteté des prêtres qui le dirigent, qu'ils renonçassent aux bénéfices, sous la dispense néanmoins de l'évèque dans les cas extraordinaires. Parce moyen, des sujets si importants à tout le diocèse ne seraient point tirés de leur emploi, qui, étant public et universel, est plus considérable que tout autre emploi particulier. 11 ne faudrait que peu de sujets attachés au séminaire, et animés d'un même esprit dans cette maison de retraite, pour communiquer à tous les prêtres du diocèse la grâce et l'esprit du sacerdoce, et par eux à tout le troupeau l'esprit du christianisme. Faute de prêtres- bien éclairés et bien vertueux, les peuples ne reçoivent presque plus de teinture de la vie chrétienne. Vous ne les voyez plus instruits de l'obligation de ressembler à Jésus-Christ. Us ne le connaissent plus ; ils ne l'honorent et ne l'aiment non plus que. s'il n'était pas mort pour eux, et qu'il ne leur eût jamais donné des marques de son amour, ni aucun témoignage de ses saintes volontés dans le divin Testament qu'il a mis entre les mains de son Eglise.
De celte ignorance et de cet oubli de Jésus-Christ naît en eux le défaut de respect, d'amour et d'obéissance à l'égard des prêtres, dans lesquels cependant il a voulu se peindre et se rendre visible au monde, pour entretenir la religion de son peuple envers lui et envers son Père. Et parce qu'ils ne sont ni honorés en leur grandeur, ni estimés en leur sainteté, ni obéis en leur puissance, il arrive que leur vie, la même que celle de Jésus-Christ , ne passe point en l'Eglise. C'est toutefois la vie qu'il a laissée sur la terre, et qu'il laissera jusqu'à la fin des siècles pour la sanctifier. Qu'elle se retire des peuples et du clergé, ils ne peuvent plus croître en grâce.
De tels prêtres sont rares ; pour toute l'Eglise, Notre-Seigneur n'en choisit qus douze. La ferveur de la charité est de peu ; paucorum est perfectio. 11 ne faut donc pas espérer de voir un grand nombre de ces hommes enflammés des ardeurs du saint amour, tels que doivent être ceux qui dirigent la maison. Il faut donc se borner à un petit nombre de sujets, qui, remplis de cette ferveur, la répandent dans tout le diocèse. Trois hommes apostoliques dans le séminaire, remplis d'humilité, de douceur, de patience, de zèle, de charité, avec la science et la sagesse nécessaires à ce divin emploi, c'est assez pour renouveler le clergé, et par conséquent le troupeau tout entier. David, l'image de Jésus-Christ, avait trois forts à la tête de ses officiers et de ses soldats, qui étaient l'âme et la vie de toute son armée. El Notre-Seigneur n'en a pas donné davantage à chaque partie au monde. Mystère ligure par cette ville de l'Apocalypse et par le temple de Salomon. Chaque partie avait
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