‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 36 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CIIAP. XL · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CIIAP. XL

nous de ses biens selon sa sagesse et son amour.

Il veut donc que l'âme présente à ses trésors demeure en cette retenue, de ne toucher àrien ; bien loin de fausser les serrures, quand les coffres sont fermés, c'est-à-dire, d'aller rechercher avec effort de mémoire et avec violence quelque chose en son fonds que Dieu y aurait mis, et qu'il aurait enfermé à la clef.

Mais quand môme Dieu laisserait les coffres ouverts, c'est-à-dire, quand nous aurions présentes toutes les lumières de Dieu, et toutes ses vérités, ce n'est point à nous d'y mettre la main, ni d'en prendre ce que nous voulons selon notre gré.

Il faut regarder avec révérence ses dons et trésors, comme lui appartenant, qu'il a mis en nous par une miséricorde infinie. Nous n'avons rien qui nous donnât sujet d'espérer cette grâce ; notre fond, dans son impureté, n'était pas digne de ses faveurs. Néanmoins, par une grâce et par un amour infini, il a choisi ce lieu infâme pour les mettre en dépôt: et comme il l'a fait seulement, parce qu'il lui a plu, c'est aussi à lui seul d'en user en nous comme il lui plaît.

Dieu fait dans notre âme c< mime un maître dans son champ, qui faitcharrier dans sa terre des monceaux de pierres, et qui fait porter des matériaux çà et là, pour bâtir selon sa pensée et son alignement. En un lieu il en fait décharger plus qu'en un autre à cause de la grandeur du bâtiment, du pavillon, ou de l'édifice qu'il y veut élever, et il faut que lui-mêmes'en serve selon son plan.

Il faut qu'il mette en œuvre ses matériaux, et qu'il mène ses maçons et ses manœuvres, pour bâtir et travailler selon le dessein que souvent il leur cache. Et sans leur en rien découvrir, il forme petit à petit son bâtiment, il l'exécute et l'accomplit selon l'idée qu'il en a dans son esprit, et selon la sagesse qu'il porte au-dessus d'eux.

C'est ainsi qu'il fait de ses dons. Ce sont des matériaux qu'il jette en nous, comme dans un champ aveugle qui ne sait point le bâtiment que le grand architecte et le maître ouvrier y veut bâtir. C'est à nous de souffrir ses dons et ses présents, et c'est à lui de les mettre en œuvre et d'user de nos puissances, qui doivent fidèlement coopérera sa grâce pour bâtir en sa vertu, selon ses desseins adorables, qui leur sont inconnus.

V* Section. — Des fondements de la pau* vreté.

Nous sommes appelés pour être participants de la vie de Dieu en Jésus-Christ. Notre vie, comme la sienne, estcachée en Dieu, qui, la mettant en nous comme il l'a mise en son Fils, nous fait participant de ses dispositions, de ses sentiments et de ses vertus.

Dieu est habitant en son Fils en sa splendeur divine. Il est vivant en lui dans sa majesté ; en sorte que rien n'approche de sa

gloire (164) : il est revêtu d'un éclat de richesses divines, auprès de quoi toutes choses ne sont que dé la boue et de la fange.

Toutes les richesses de la terre ne sont que comme des haillons, en comparaison de la gloire de Dieu. C'est pourquoi nous voyons que Notre-Seigneur, après son retour dans le ciel où il est entré parfaitement en la grandeur de Dieu son Père, est infiniment plus éloigné des secours de la nature qu'il n'était pendant sa vie voyagère, où il souffrait quelques deniers entre les mains de ses disciples, pour le soutien et la conservation de sa vie, et pour le soulagement des pauvres.

Notre-Seigneur vivant en Dieu, ethabitan/ intérieurement en la splendeur de sa gloire divine, n'a jamais pu avoir désir ni amour pour les richesses de ce monde. Comme il était en son intérieur participant de l'être do son Père et essentiellement riche de ses richesses divines, il ne pouvait souffrir celles de la terre : tout lui paraissait bas et indigue de son estime.

Ainsi une âme retirée en Dieu, et revêtuo des dispositions de Jésus-Christ, trouvant en lui de si grandes richesses, ne peut avoir de goût pour les biens de la terre, et si elle en avait la moindre estime, elle serait semblable à un roi, qui n'étant pas satisfait de sa gloire et desa majesté, rechercherait dans la bure d'un paysan ses richesses et sa braverie.

Nous sommes donc obligés à la pauvreté et au détachement de tous les biens d u monde, à cause de ces richesses immenses et infinies que nous trouvons en Dieu. Auprès d'elles, toutes celles de la terre ne sont rien, et dansla possession de Dieu nous les possédons toutes enéminence.

Dieu renferme tout en soi; il est la source et l'origine de tous les biens, il les possède tous dégagés de l'imperfection et de la bassesse des créatures. 11 est par excellence toutes richesses, toute grandeur, toute beauté, toute splendeur : c'est pourquoi celui qui est en Dieu est hors de tout et possède tout.

Ainsi, les saints qui sortent du monde et qui, après la résurrection, habiteront en Dieu en corps et en âme, auront tout en lui; et sans l'usage d'aucune créature, ils trouveront en lui leurmonde.il ne se donnera plus sous la multiplicité des êtres grossiers, qui se ramassent en l'homme pour le maintenir et le conserver en cette vie; mais il sera pour lors par lui-même la plénitude de leur besoin : il les environnera, il les embrassera, il les abreuvera de lui.

C'est l'avantage que Dieu nous fait goûter dès cette vie, lorsque nous le possédons parfaitement. Car de même qu'une éponge qui est remplie d'eau est tellement pénétrée de sa substance en tout ce qu'elle est, que tous ses vides en sont remplis; ainsi Dieu remplit tous les besoins et les désirs de l'homme

(IC4) Luccm inJiabilat inaccessibilem. (1 Tint, vi , 16.)

OEUVRES S011PJL. DE M. OlIER.

qui est en cet état, et il no peut plus rien désirer, parce qu'il a un Dieu qui lui est tout (165).

Les richesses ne sont en ce monde que comme l'ombre et la figure de Dieu. Elles contiennent en leur manière toutes les créaturesen éminence, et les donnent à l'homme pour ses besoins. En effet, nous les attirons toutes à nous parle moyen de l'or et de l'argent; et ces métaux qui, par Providence divine, sont d'un prix incroyable dans l'estime des hommes, nous servent à acquérir, à appeler et à tirer toutes choses a nous.

C'est pourquoi celui qui est en Dieu, même dans la vie présente, et qui commence à le goûter, à se nourrir de lui et à voir quelque éclat de sa gloire et de sa splendeur divine, ne peut plus avoir ni estime, ni goût, ni joie, ni désir, ni amour, pour toute la bassesse des choses du monde, parce qu'elles ne sont que figure et apparence ; et on quitte aisément la figure quand on possède la vérité.

Notre-Seigneurence monde était enjouissance et en possession de Dieu : il était abreuvé et rassasié en son âme de ce que Dieu est en lui-même; et comme il jouissait en lui des véritables biens, il ne pouvait avoir aucun désir pour ce qui n'en avait que l'écorce et la superficie.

Il trouvait en Dieu son Père, celui qui remplissait tousses désirs. Ainsi il ne pouvait rien désirer de tout ce monde bas et grossier. C'est l'état et la disposition dont les Chrétiens peuvent être participants en cette vie, et quij saint Paul désirait aux fidèles par ces paroles : Que Dieu remplisse glorieusement tous vos désirs en Jésus-Christ Notre-Seigneur, selon l'étendue de ses divines richesses (16(i).

Ce n'est pas pourtant que Notre-Seigneur ne se soit servi quelqueiois des biens de ce monde pour ses néces>itéset pour le soulagement de ses besoins. Mais, quand il l'a lait, c'était pour en sanctifier l'usage et pour apprendre aux hommes, qui ont besoin chacun en particulier pour se conserver en cette vie, de quelque partie de ces biens, depuis que le péché leur en a ôté l'usage commun, à posséder saintement ce que la Providence leur met entre les mains par sa miséricorde.

C'est pourquoi, encore que l'or et l'argent soient en eux-mêmes quelque chose detrèsvil, très-abject et très-grossier, Dieu néanmoins a fait que dans l'état de misère où l'homme est réduit, il eût amour et inclinalion naturelle pour les posséder, afin qu'en ayant toujours pour son usage, il pût subvenir par là aux besoins où il le laisse en suite du péché.

C'est une invention de la Providence de Dieu, de laisser les hommes dans celte inclination et ce désir; de même qu'il laisse en eux l'appétit du boire et du manger, pour

conserver leur vie ; et ce désir des richesses est un désir tyran et famélique, fâcheux et inquiet, à cause qu'il est en l'homme, en suite du péché.

Or, les âmes de grâce et bien unies à Dieu, qui jouissent de tout en lui, perdent le désir de ce inonde. Si elles en ont encore pour leurs besoins, c'est un désir paisible, et souvent même il se trouve tellement mort en elles qu'elles n'en ont pas la moindre pensée.

Lésâmes apostoliques, qui vivent en Dieu dans les communautés, ont l'avantage de pouvoir se dégager aisément de ces désirs et de ces soins; à cause qu'elles voient Dieu présent en elles, qui fournit suffisamment à leur nécessité et qui attire pour elles ce qui est nécessaire pour le soulagement de tous leurs besoins. Leurs soins sont en Dieu même, lequel est tout pour elles, comme elles sont tout à lui, et qu'elles ne vivent que pour lui.

Oh 1 que l'âme ainsi appliquée à Dieu et vivant sans souci est heureuse en cemonde 1 Elle est servante à Dieu, vivante à Dieu, appliquée à Dieu seul, pour qui elle travaille incessamment ; et Dieu aussi, de son côté , est veillant sur ses besoins et sur sa vie. Oh ! qu'une âme qui sert ainsi à Dieu et qui cherche son royaume et sa justice a de grandes assurances!

Il n'y a rien de plus sûr que la parole de Dieu. Elle vaut mieux que cent mille contrats ; elle ne peut être faussée, ni altérée, ni disputée : elle est préférable à toutes les rentes, à toutes les possessions, à tous les trésors, qui nous peuvent être enlevés. Tout périra , le ciel et la terre passeront , mais la parole de Dieu ne passera jamais (167).

Oh 1 bienheureuse l'âme qui peut comprendre la vérité de Dieu et sa sainte parole I O âme apostolique, qui vis du Saint-Esprit, qui t'appuies sur la parole de ton Dieu toutpuissant, tout vigilant, tout amoureux!

pourquoi t'occuper d'autre chose que de Dieu? Dieu ne connaît-il pas tes besoins?

Les gentils , qui ne connaissent point d'intelligence universelle, qui veille sur les nécessités de tous , et dont l'amour ne peut souffrir aucune indigence dans ses enfants, peuvent être en peine, et travailler avec sollicitude, pour leur soulagement ; mais nous voyons que notre Père vit en nous, qu'il voit tous les besoins de sa famille, qu'il sent l'affliction et l'indigence de ses enfants (168). Pourquoi donc tant d'inquiétudes et tant d'empressements?

11 est bon, il est tendre , il est rempli de charité , il ne s'épuise point en nous donnant ses biens; il ne reçoit d'aucun la libéralité qu'il nous fait. 11 n'est pas comme les pères, qui, quoique avares, quoique pauvres, quoiqu'ils s'appauvrissent encore en

(165) Deus meus et osnnia.

(tliU) Ueus atilein meus implcat omne dcsiderium vesirum, secundum divitias huas, in gloria in Chrihio Jesu. (Philip, îv, 9.)

(167) Cœlum et terra transibunt , verba autem mea non prœieribunl. (Matlh. xxiv, 55.)

(ltiS) Scil enim l'aler vester, quia /lis omnibus indigeth. (Matlh. vi, 52 )

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