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t.ESPRIÏ D'ILN DII'.KCTKIIR DES AMES.
les autres talents que Noire-Seigneur avait mis en eux pour lui gagner ces eœurs. Oli 1 quelle ingratitude , quelle infidélité, quel outrage, quelle perfidie!
C'est vouloir se mettre à la place de Dieu, et se rendre maître de ce qui appartient à lui seul. Le cœur de l'homme étant le lieu du repos du Fils de Dieu, qu'il demande même avec tant d'instance, c'est lui faire une injure signalée que de le troubler dans le repos qu'il y veut prendre. Ce cœur étant le lit nuptial de Jésus-Christ, qui en est l'unique époux , c'est une conduite infâme que d'y vouloir être avec lui. Ce mêma cœur étant son trône et son royaume, on ne peut, sans une usurpation téméraire, y prendre aucune part. Ce cœur est le lieu de son triomphe, il y veut paraître seul victorieux; c'est son sanctuaire, il ne faut pas que Dagon y paraisse avec l'arche; c'est son temple, il ne faut y souffrir aucune idole; c'est sa gloire et le fruit qu'il s'est réservé, il ne faut pas que l'homme y louche : autrement il se met en péril d'être puni de mort.
Les directeurs qui veulent s'attacher les âmes font ordinairement de plus grands maux qu'ils ne pensent : ils privent Dieu de la gloire qu'il recevrait par son Fils dans ces âmes, s'il y était établi parfaitement. Noire-Seigneur y trouvant des attaches terrestres, ne se communique jamais à elles avec tant d'abondance : et de là vient qu'on voit dans ces personnes si peu de progrès si peu de grâces et de vertus solides, si peu d'affermissement en Dieu; et qu'au contraire on v remarque tant d'inconstance et de légèreté, tant d'humeur et de mouvements propres. Ainsi ces directeurs, qui procurent ou entretiennent ces attaches, au lieu d'être des hommes de Dieu, comme le dit saint l'aul, ne sont que les hommes du démon ; parce qu'au lieu de détruire les ennemis de Jésus pour le faire régner dans les cœurs, ils diminuent son royaume et élèvent celui de son ennemi, qui se fortitie toujours par ces attaches.
Il ne faut pas omettre ici la réponse de M. Olier à deux personnes qui voulaient être instruites sur cette matière : 1° N'est-il pas bon, lui dirent-elles, que les personnes que l'on conduit aient quelque estime et quelque amour pour ceux qui les conduisent? Il semble que cette estime et cet amour peuvent servir à les gagner plus facilement à Notre-Seigneur, et à leur persuader plus fortement ce que l'on désire.
2° N'est-il pas permis et même utile d'avoir aussi de l'amour pour elles, puisque cela porte quelquefois à les servir avec plus de zèle et d'assiduité?
Sur la première demande il dit : 1° les directeurs bien remplis de l'Esprit de Dieu s'oublient eux-mêmes et ne font point tant de réflexions ; parce qu'ils n'attendent pas de ces secours humains le succès de leurs travaux, mais de la seule et unique bonté de Dieu et de l'efficace de sa parole : c'est au Saint-Esprit à faire fructifier le grain qu'il jette dans les âmes par les paroles de ses
ministres. Les apôtres ne se sont point amusés à penser à eux-mêmes lorsqu'ils prêchaient l'Evangile; mais, tout remplis de l'Esprit de Dieu et du zèle de sa gloire, ils prêchaient selon que le Saint-Esprit même les faisait parler, sans se mettre en peine si on les aimait ou si on ne les aimait pas, si on avait de l'estime ou du mépris peur leurs personnes. C'est ainsi que nous devons faire nous-mêmes pour travailler utilement au salut des âmes, et jamais nous ne parviendrons plus sûrement à attirer sur nos travaux de grandes bénédictions, qu'en nous oubliant à leur exemple, pour ne chercher uniquement que la gloire et l'estime de notre Dieu.
2° Quand même l'estime nous serait nécessaire pour réussir dans nos emplois, ce ne serait pas à nous à y songer et à chercher les moyens de nous la procurer; nous devrions nous abandonner à l'Esprit-Saint, afin que lui seul nous la donnât telle qu'il jugerait utile pour la gloire de Dieu et pour le bien des âmes. Car, en voulant se la procurer par soi-même, on choque l'humilité, on sort de l'abandon à Dieu et de la parfaite confiance, on ne suit plus les maximes et la règle de l'Evangile, on prend une conduite toute autre que celle du Fils de Dieu, qui jamais ne s'est prêché soi-même, qui n'a jamais recherché sa gloire, mais uniquemeut celle de son Père ; enfin on s'écarte de la pratique et de l'exemple de tous les saints ; ils n'ont point travaillé à se faire estimer, même dans la vue du bien qu'ils pouvaient procurer dans l'Eglise. Après tout, quand on recherche ainsi l'estime, sous prétexte de se rendre plus utile aux âmes, il y a toute apparence que ce n'est là qu'un prétexte dont se couvre notre orgueil, et un artilice de notre amour-propre, qui, pour s'établir sans scrupule dans l'esprit du monde, se sert de ce moyen d'autant plus dangereux qu'il paraît" au dehors plus innocent. En croyant ainsi rechercher la gloire de Dieu, nous recherchons la nôtre ; en croyant travailler pour établir Dieu dans les cœurs, nous ne travaillons que pour nous y établir nous-mêmes : en croyant procurer le salut de nos frères, nous ne procurons que nos propres avantages. 11 vaut bien mieux faire comme les saints, c'est-à-dire ne désirer jamais l'estime du monde, se confier en Notre-Seigneur, qui ne manquera pas de nous en donner autant qu'il sera nécessaire, et cependant demeurer en paix sans rien faire pour se la procurer.
3° Enfin ce n'est point par notre recherche que nous devons acquérir cette estime du monde, mais par la sainteté de notre vie, par la pratique des vertussolides, parles bonsexem- ] îles que nous devons donner sans cesse. C'est pourquoi la sainteté et la vertu ont un certain éclat qui imprime le respect et relève même aux yeux du monde ceux qui. la possèdent ; (•'est pourquoijlessaints, en voulant se cacher dansjes cavernes les plus obscures, ont paru davantage ; tout le monde courut après eux lorsqu'ils désiraient être inconnus a tous les
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hommes ; ainsi, en nous rendant fidèles à la pratique des vertus et des maximes les plus pures de l'Evangile, nous devons, dans l'amour de la retraite et le désir du mépris, laissera Dieu le soin de tout le reste. I Sur la seconde demande qu'on lui avait 'proposée, M. Olier dit : 1° A la vérité, nous pouvons avoir quelque amour pour les personnes qui sont sous noire conduite, comme il est raisonnable qu'elles en aient aussi pour nous ; mais qu'il faut bien prendre garde que cet amour ne vienne point du fond de la nature, qu'il ne soit point appuyé sur des fondements humains; qu'il n'y ait aucune vue de chair, que tout y soit de Dieu seul, en qui et pour qui nous devons purement nous entr'aimer. Si l'amour que nous avons pour les personnes vient de Dieu, il sera pur et par conséquent sans attache mutuelle. Ce n'est pas l'attache, disait-il un jour, qui fait l'amour, au contraire elle gâte tout. Le véritable amour est toujours libre et dégagé de tout. Jamais une personne n'en a plus aimé une autre que Notre-Seigneur a aimé la très-sainte Vierge, et toutefois il n'y était pas attaché, il s'en sépare sans peine, et la quitte dans le moment que son Père le désire, et cette sainte SIère, quoiqu'elle aimât son Fils avec toute la tendresse et toute l'étendue du cœur dont une telle mère était capable, ne laisse pas d'en aimer l'absence lorsqu'elle voit que c'est l'ordre de Dieu. Voilà l'exemple et le modèle du pur amour. Voilà comme il se faut aimer les uns les autres dans le christianisme. Voilà la règle que les directeurs, aussi bien que tous les Chrétiens, doivent suivre pour s'entr'aimer purement.
C'était celle que M. Olier s'était prescrite : quand il croyait avoir fait tout ce que Noire- Seigneur demandait de lui à l'égard des personnes qu'il conduisait, il les mettait sous là conduite d'un autre directeur. Il dit un jour, au sujet d'une âme qui lui était fort cfjère, et qu'il avait longtemps dirigée : J'ai fait pour elle tout ce que Notre-Seigneur désirait de moi; il faut la laisser à quelque autre-. Il cessa de diriger une personne avec laquelle il avait eu de grands rapports dans plusieurs œuvres de piété, et s'en sépara avec une paix et une liberté qui ne se peuvent dire, aussitôt qu'il vit accomplies les choses que Notre-Seigtfeur demandait. «J'en connais en particulier quelques-unes, » dit M. de Bretonvilliers , «pour qui Notre-Seigneur lui donnait beaucoup de lumières, et que néanmoins il a quittées avec une fidélité admirable. Je puis rendre témoignage d'avoir remarqué en lui cette même conduite en mille rencontres. Il croyait qu'il fallait adorer alors les ordres de Dieu, s'y soumettre avec amour, et aimer mieux l'accomplissement de ses desseins que la présence et la consolation de toutes les créatures, quelque saintes qu'elles pussent être. »
M. Olier rapporta un jour, à ce sujet, l'exemple de saint Jean-Baptiste, qu'il regardait comme le mode!" de tous les directeurs fidèles à Dieu dans la conduite des
âmes. Car ce saint publiait hautement qu'il n'était envoyé de Dieu que pour faire connaître Jésus-Christ son Fils Dans celle vue il portait tout le monde à Jésus-Christ, il lui renvoyait tousses disciples ; et quand on l'interroge si lui-même n'est point le Messie, il répond qu'il ne l'est pas, et qu'il n'est même pas digne de délier les cordons de ses souliers.. ainsi, disait-il, nous ne devons avoir des disciples que pour les porter à Jésus- Christ. Et lorsqu'ils veulent' s'attacher à nous, il faut leur dire comme ce fidete précurseur : Ce n'est pas moi qui dois posséder vos cœurs; il y en a un qui est au milieu de vous, duquel je ne suis pas digne d'être le serviteur : lui seul les doit posséder entièrement, à lui vous les devez donner sans réserve.
Dans ces rencontres, il faut honorer Notre- Seigneur et la très -sainte Vierge se séparant l'un de l'autre par amour et par soumission entière aux ordres de Dieu, et demander part à toutes les saintes dispositions qu'ils avaient dans leur séparation. Il est de notre fidélité d'embrasser avec joie ces sortes d'occasion, où nous pouvons, par la privation de ce qui nous est le plus cher, offrir à Dieu un très-agréable sacrifice. Par là nous discernons sûrement si nous sommes dans le véritable dégagement que Dieu désire. Les Chrétiens, et beaucoup plus les prêtres, doivent sans cesse être prêts à ces sortes de séparations comme des serviteurs qui attendent toujours la volonté de leur maître. Les apôtres se séparèrent ainsi avec joie les uns des autres, et se dispersèrent pour aller par tout le monde où Notre-Seigneur les envoyait. Si nous avions une foi pure, nous n'éprouverions aucune peine de ces séparations, puisque, dans le plus grand éloignemenl les âmes demeurent aussi unies en Dieu que si elles étaient présentes, et elles ne laissent pas, étant séparées les unes des autres, de recevoir en Jésus-Christ les effets de cette sainte union. Après tout, comme nous vivons dans une attente continue ll'e du paradis, la séparation des personnes qui nous sont les plus chères eu cette vie nous doit être bien peu sensible, puisque nous devons tous nous réunir en Dieu dans l'éternité pour ne nous séparer jamais.
On le voyait accepter ces sortes de séparations avec beaucoup de joie par cet esprit de sacrifice ; et ce qu'il écrivit une fois à une âme fort élevée fait bien voir que c'était là une de ses habituelles dispositions. J'ai appris, dit-il, en arrivant ici, la nouvelle de votre éloigne.ment, sans espérance de retour. Je vous dirai que, selon te pur esprit de la foi, j'ai eu de la joie dejrou-cer à mon arrivée une telle occasion de souffrir. J'espère que Jésus travaillera en vous en mon abS<nce, et sera le supplément de mes services pour l'avancement de votre dîne ; il est te maître absolu de ses œuvres et de la conduite de ses desseins; il faut vivre pour lui auprix de toutce qui nous est cher, et en nous privant des joies les plus légitimes dans l'attente de la vie future, nous devons nous résoudre à portei
L'ESPRIT D'UN DIRECTEUR DES AMES
sans cesse la croix, sachant que, si nous sommes associés aux douleurs de Jésus en cette vie, nous communierons à ses joies et à ses consolations éternelles. Et dans une autre lettre : Je crois, dit-il, que votre éloiyncment me sera aussi utile qu'à vous, et qu'il nous obligera à nous renouveler dans le souvenir de ces paroles : Que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. [Joan. iv, 23.)
On l'a vu se séparer avec un grand sentiment de paix des âmes qu'il chérissait beaucoup, et qu'il croyait même les plus utiles à l'établissement du séminaire, sans que l'avancement d'une œuvre qui lui a toujours été si chère, ni les secours qu'il pouvait espérer de ces personnes, le lissent seulement chanceler dans sa résolution. Il disait sur ce sujet à ses disciples, pour leur faire aimer cette même pratique : Il ne faut s'appuyer que sur Dieu seul, et jamais sur les créatures; n'étant que de faibles roseaux, et incapables de nous soutenir, elles nous feraient tomber avec elles.
C'est un grand martyre, il est vrai, disaitil, que de demeurer toute notre vie sans jamais laisser aller notre cœur à aucun épanchement sur les créatures, et sans permettre qu'elles s'épanchent sur nous. Dieu a cette fidélité pour si agréable, qu'après nous avoir laissés quelque temps dans le ressentiment de la peine naturel.le, afin de nous donner occasion de combattre et de lui prouver notre amour pour récompense, il nous établit tellement en lui, que notre âme trouve toute sa joie et tout son repos dans la séparation des choses créées et dans la seule possession de son Dieu ; jusque-là qu'elle soull're de grandes violences si elle se voit ensuite obligée de s'attacher à quelque créature et de se reposer en quelque chose qui ne soit point Dieu. Enfui, nous jouirons d'autant plus de Dieu et de Jésus-Christ son Fils dans le ciel, que nous nous serons privés davantage ici-bas de la jouissance des créatures pour son amour.
Ah I s'écriait-il quelquefois, un Dieu possédé ne vaut-il pas infinimentplus que toutes les créatures? On trouve en lui seul ce que l'on ne trouverait jamais dans la jouissance de toutes ensemble, et puis, s'il faut aimer et être aimé, aimons Dieu de tout notre cœur, et mettons-nous en état de mériter son amour.
il voulait même qu'on se tînt dégagé des 5mes les plus parfaites et les plus saintes. Sa conduite et ses instructions peuvent être d'uue grande utilité pour plusieurs qui, sous le vain prétexte d'un bien apparent, ont peine à se détromper sur cette matière. Selon lui, c'était une sensualité spirituelle, dans plusieurs serviteurs de Dieu, et dans plusieurs directeurs, que de vouloir connaître toutes les grandes âmes; de courir avec empressement après les personnes en réputation de sainteté, d'être ravis de les Fils avoir sous leur conduite; et bien loin de les quitter quand Dieu le désire, de ne pouvoir pas même se retirer de leur conversa-
lion, où ils perdent beaucoup de temps. Quoiqu'il faille aimer et estimer les personnes de grande piété, disait-il, et que, Dieu se communiquant abondamment par elles, leur conversation nous puisse être profitable, néanmoins nous devons en être détachés, ne désirant de les connaître et de converser avec elles que dans l'ordre de Dieu, et vivant pour cela dans une dépendance continuelle de son divin Esprit, alin de n'être unis à elle qu'en la manière et dans les moments qu'il désire. On sort tout à fait de celte dépendance, lorsqu'on veut former soimême cette union, qui doit être l'ouvrage de Notre-Seigneur, à qui seul il appartient, comme au chef de l'Eglise, de disposer de ses membres et de les lier les uns avec les autres, selon qu'il le juge plus utile à la beauté de son corps mystique et à la gloire de son Père. 11 y a dans l'Eglise deux sortes d'unions parmi les fidèles; l'une générale et l'autre particulière: la première "est celle qui doit exister entre lous les Chrétiens, comme membres d'un même corps; et la seconde, celle que Dieu fait entre quelques saintes âmes dont il veut se servir pour sa gloire et pour quelques desseins particuliers qu'il a sur elles. Nous devons tous rechercher la première, parce qu'étant membres d'un même corps, et devant par conséquent, pour en former la beauté, être unis les uns avec les autres, nous n'avons rien à craindre davantage que la division. Mais, quant à la seconde, quoiqu'il faille la respecter et l'estimer dans tous ceux en qui elle se trouve, nous ne devons néanmoins jamais la désirer. Dieu, disait-il, ne la fait que pour des desseins particuliers qu'il a sur certaines âmes; il veut les sanctifier mutuellement, soit par leurs prières réciproques , soit par des opérations et des communications spéciales dont il désire les rendre participantes, ou en agissant immédiatement en elles, ou en faisant passer ces grâces de l'une en l'autre. Il fait quelquefois ces unions spéciales, parce que, appelant quelques âmes à travailler ensemble à une même œuvre dans son Eglise, il les unit ainsi en lui, afin qu'elles y travaillent avec plus de courage et de perfection. Or, comme nous ne devons désirer pour nous que les œuvres où Dieu nous emploie, et ne chercher notre sanctification que par les voies et de la manière dont il lui plaît de l'opérer, nous devons être dégagés de tout désir de ces unions spéciales et particulières, et ne les vouloir qu'autant que Dieu les veut, en la manière qu'il la veut, et dans les desseins pour lesquels il les veut.
II. Encore qu'on ne désire point ces unions particulières, il faut, quand il plaît à Dieu de nous y faire entrer, 1° nous abandonner à lui, notre unique Maître, et nous laisser avec amour entre ses mains, pour qu'il dispose de nous selon sa volonté.; 2° adorer tou's les desseins de Dieu et de Jésus-Christ son Fils sur cette union, quoique nous ne les connaissions pas; 3" le supplier de nous les faire accomplir avec toute la sainteté qu'il désire de nous, sans permettre que nous y
recherchions autre chose que sa gloire; 4* nous tenir toujours très-uni à Dieu, afin d'agir en tout très-purement clans ces rapports sans que l'araour-propre y ait aucune • part, et sans permettre à la nature d'y prendre aucune consolation.
III. Dans la conversation des personnes de grande sainteté, avec lesquelles Notre- Seigneur donne quelque union particulière, il disait qu'il fallait se tenir dans une pureté d'esprit et de cœur extraordinaire; et pour cela, 1* ne jamais les aller visiter que dans la dépendance de Nôtre-Seigneur, par la conduite de son Esprit, et lorsque la charité ou la nécessité le requérait ; 2" avoir Dieu seul en vue, sans même se complaire dans les grâces que ces Ames recevaient de Dieu. Souvent, disait-il, on est ravi de les aller visiter et de s'en/retenir avec elles pour savoir ce que Dieu opère en elles pour trouver quelque satisfaction propre dans leur conversation, pour céder à quelque petite vanité secrète, qui nous porte à parler de choses relevées ; alors on sort de la voie de la pureté que l)ieu demande, on arrête le cours de ses communications et de ses opérations dans les âmes. Il faut toujours, mais principalement dans ces occasions, et avec ces âmes d'élite, agir dans l'esprit de Notre-Seigneur , autrement on fait déchoir les âmes de l'état de sainteté où Dieu les appelle et où il veut qu'elles marchent pour lui être agréables. 3° Pour nous conserver tout en Dieu, il faut être fidèles à honorer dans nos conversations la pureté et la sainteté des conversalions des trois personnes divines, dans l'éternité, ou celles du Fils de Dieu avec la trèssainte Vierge et saint Joseph sur la terre, elles étaient pures et saintes; tout s'y passait dans les désirs de la gloire de Dieu, dans les ardeurs de son divin amour, dans les transports de la sacrée dilection. 4° Nous devons prier beaucoup Noire-Seigneur de vouloir être au milieu de nous pour régler tellement notre langue, nos regards et nos cœurs, que tout dans nos entretiens et nos conversations soit saint et digne de lui. 5° Enfin il faut être fidèles ? se séparer sans aucune peine, dans l'instant même que Dieu le demande.
Après ces entretiens il est nécessaire de converser dans une grande pureté, et de ne réfléchir sur 'ce qui s'est passé qu'autant qu'il est nécessaire pour en rendre compte au directeur. Ce retour serait une infidélité, Dieu voulant voir l'âme dans un entier dégagement de tout et dans une parfaite application à lui seul. Ce serait une occupation propre, qui la porterait à quelque vaine complaisance, une consolation humaine qu'elle chercherait.
Pour montrer la manière dont on doit converser avec les âmes élevées, M. Olicr se servait fort souvent de l'exemple de la très-sainte Vierge, dans la visite qu'elle rendit à sa cousine sainte Elisabeth. Un jour, il fit remarquer à ses disciples que, dans la première conversation qu'elles eurent en. semble, (in n'avait parlé que de Dieu, et que
tout portait à Dieu. Car dès que sainte Elisabeth vit la très-sainte Vierge, et l'eut entendue parler, elle fut remplie du Saint- Esprit, en se trouvant, par l'opération de ce divin Esprit, dans un grand sentiment d'anéantissement; elle commença à s'écrier:
Et d'où me vient ce bonheur, que la Mère de mon Seigneur vienne vers moi? [Luc. i, 43.) Et Marie, au lieu de s'arrêter aux louanges qu'on lui donnait, fut tellement ravie en Dieu, qu'elle dit dans les transports de son amour : Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, (Ibid., 46, 47.)
Telle est la conduite des âmes saintes dans leurs conversations. Elles invoquent le Saint-Esprit, afin qu'il vienne en elles, et les remplisse de sa lumière; elles ne s'entretiennent point de bagatelles et de choses du monde, mais des grandeurs et des merveilles (ie Dieu, en sorte qu'elles parlent si saintement, que tout ce qu'elles y disent est de Dieu, ou les porte à Dieu. Enfin elles entrent dans un profond anéantissement d'esprit, et lorsqu'elles connaissent les grâces que Dieu leur accorde, au lieu de faire des retours sur elles-mêmes, elles s'élèvent en Dieu à l'exemple de la très-sainte Vierge, pour le glorifier de ses grandes miséricordes.
M. Olier ajouta à ces avis une instruction importante pour prévenir une faute à laquelle se laissent aller beaucoup de directeurs. Après qu'ils ont eu communication avec ces âmes élevées, dit-il, souvent ils ont peine à revenir aux autres plus faibles qui ne font (pie commencer, ou qui sont dans les voies ordinaires. Us les renvoient même à d'autres directeurs, ne voulant pas s'abaisser à en prendre la conduite, ou ne leur disent que quelques mots en passant, comme par manière d'acquit, sans leur donner le temps nécessaire. Cette conduite mérite qu'en punition de leur infidélité Dieu ôte la connaissance des âmes plus parfaites. Les directeurs étant dans l'Eglise comme des fontaines publiques remplies des eaux célestes, ils sont débiteurs à tous, et doivent par conséquent communiquer ces eaux à chacun selon sa mesure. 11 y a eu peu de saints parfaits dès leur naissance dans la grâce ; le nouvel homme, aussi bien que l'ancien, ayant ses âges oill'érents qui se succèdent les uns aux autres, doit être quelque temps dans l'enfance avant de parvenir à la plénitude de l'âge; et, semblable à de jeunes plantes qu'il est nécessaire d'arroser souvent, il a besoin de soins assidus à cause de sa faiblesse. Laissez-les et ne les empêchez pas de venir à moi, (lisait Jésus Clirisl en parlant des petits enfanb '.car le royaume du ciel appartient à ceux qui leier ressemblent.(Luc. xviii, 16.) Quant à ceux qui ont commencé depuis longtemps, et qui marchent toujours dans une. voie commune, ils soiit souvent plus saints que les autres, étant d'ordinaire plus humbles. et plus fidèles à la grâce; et leur talent, pour être de moindre prix, ne laisse pas quelquefois de produire
I/ESPIUT D'UN Dîlî
davantage, si on le cultive avec soin, si on le conserve avec plus d'amour, et si on est plus fidèle à s'en servir pour la gloire de Dieu. Ainsi nous ne devons pas avoir moins d'affection et d'application pour la conduite des personnes qui commencent que pour celle des âmes plus élevées.
Enfin, disait M. Olier, si nous sommes fidèles à conserver dans toute la pureté que Dieu demande, nous nous trouverons dans la suite très-unis entre nous. Dieu nous communiquera ses grâces avec plus d'abondance. Il nous fera entrer dans une mutuelle participation des grâces qu'il accorde à chacun en particulier, et commencera a nous l'aire goûter sur la terre la communion des saints, riches réciproquement «les biens qu'ils possèdent. Alors, loin d'être détournés de Dieu par ces entreliens, nous nous '.couverons plus portés à l'aimer et à le servir.