‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 369 sur 394 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

De la vigilance et des soins de M. Olicr dans la conduite des âmes.

Cette disposition, qui le tenait toujours détaché des âmes, ne diminuait rien de sa vigilance et de l'assiduité de ses soins pour îeur avancement. Il les recommandait souvent à Dieu, afin d'attirer sur elles ses grâces et ses miséricordes. C'est au Saint-Esprit,disait-il, à dilater lésâmes dans l'amour divin, et à les faire croître dans la vie de Dieu : mais c'est aux directeurs à le faire descendre sur elles par leurs prières continuelles. Il ne suffit pas de les instruire et de leur annoncer les vérités de l'Evangile, il faut encore beaucoup prier, afin qu'il plaise à la bonté de Dieu de répandre sur elles ses divines influences, de leur faire prendre de profondes racines et de les faire fructifier, sans quoi tous nos travaux resteraient inutiles. Si lésâmes tombent quelquefois, et si le démon s'en rend maître, c'est souvent par notre peu de soin et d'application à la prière: les oraisons des directeurs étant très -efficaces auprès de Dieu, nous sommes véritablement coupables de leurs chutes, lorsque nous négligeons de los soutenir.

Il avertissait ses disciples de bien prendre garde, en priant pour leurs pénitents, d'agir dans une grande pureté de cœur, et avec un parfait dégagement de toute atfection naturelle pour leur personne. Souvent en priant pour eux, disait-il, ;au lieu d'avoir notre esprit occupé de Dieu, nous sommes tout remplis d'eux-mêmes, ce qui est bien éloigné de la sainteté que Dieu demande. Il faut que nous imitions les saints du ciel ; dans toutes leurs prières pour nous, ils ne se détournent pas pour un moment de Dieu, et ne perdent rien de leur application à lui, en s'occupant des personnes pour qui ils prient. Nous devons prier Dieu de la même manière ; et c'est, ajoutait-il, un moyen assuré pour discerner si notre amour envers ces personnes est de Dieu ou de la nature.

ECTEBR DES AMES. ISM(

S'il est de Dieu, il nous porte à Dieu et m.>us dégage entièrement des créatures. Nous ne songeons à elles que quand il est nécessaire d'y songer, principalement dans l'oraison; nous sommes comme dans une sorte d'oubli pour elles, tant elles font peu d'impression en nous. Au contraire, quand notre amour est naturel, nous nous occupons souvent de ces personnes, nous nous y appliquons avec plaisir, la pensée même dans la prière en est agréable; ainsi en priant pour elles, elles nous détournent de Dieu, et deviennent l'objet de notre occupation. C'est ce qui empêche le fruit des prières d'un grand nombre de directeurs. S'ils voulaient prier utilement pour les âmes, ils le devraient faire avec un dégagement parfait des créatures, ne s'occupant que de Dieu seul, dans l'union à Notre-Seigneur, dans l'abandon à son esprit, et dans la seule vue de sa gloire.

Il remarquait quatre beaux exemples dans l'Ecriture sainte, bien propres à nous porter à prier Dieu continuellement pour lésâmes que nous conduisons. Le premier est celui de Notre-Seigneur, qui passait les nuits entières en oraison pour ses disciples; le second est l'exemple de saint Paul, qui priai', sans cesse pour les âmes que Dieu lui avait confiées, comme il l'écrit aux Philippiens et aux Thessaloniciens; le troisième, celui de Moïse, qui recourait si puissamment à Dieu pour le peuple Juif dont il était le guide ; et le quatrième, celui de Job, ne cessant point d'offrir à Dieu avec un amour de père, des sacrifices pour ses enfants.

Il faisait souvent remarquer plusieurs circonstances dans ces exemples, pour montrer d'une manière plus particulière la vigilance des bons directeurs, et jusqu'où devaient aller leurs soins dans la conduite des âmes. Les directeurs, disait-il, doivent demander pour elles les deux choses que Notre-Seigneur a demandées pour ses apôtres la veille de sa mort : la première, d'empêcher les desseins de Salan sur eux ; la seconde, que la foi de saint Pierre demeurât ferme sans jamais défaillir. A l'exemple de ce souverain Directeur des âmes, demandons à Dieu, d'abord, qu'il lui plaise d'anéantir et de dissiper tous les mauvais desseins du démon contre elles, soit en détournant la tentation, soit en arrêtant sa violence et l'elfet de sa malignité, soit en leur donnant une telle force, qu'ils en sortent victorieux. En second lieu, prionsle de les établir dans une grâce de foi si puissante, que toute leur vie ils prennent ses maximes pour les seules règles de leur conduite, et les aient présentes dans toutes leurs actions, même les plus petites.

Les directeurs- doivent imiter saint Paul priant pour ses chers enfants en Jésus- Christ; ils peuvent remarquer dans la prière de cet Apôtre quatre circonstances principales qui leur conviennent admirablement.

(Coloss. i, 9, 10.) La première, de remercier Dieu de toutes les grâces qu'il fait à ces âmes ; étant nos enfants spirituels, nous devons regarder les faveurs que Dieu leur fait comme faites à nous-mêmes La seconde, de

demander à Dieu pour ces âmes la connaissance de sa très-adorable et très-aimable volonté, puisque cette volonté est le fondement de ;out notre édifice spirituel, la chose principale et la plus nécessaire pour nous et pour les autres. La troisième, de prier qu'elles marchent dignement devant Dieu dans la voie de sa volonté sainte; eu sorte qu'y étant parfaitement et pleinement établies, elles n'omettent rien de toutce qu'il désire d'elles, et l'accomplissent dans une grande sainteté. La quatrième, de les faire fructifier en toutes sortes de bonnes œuvres.

Il proposait aussi la conduite de Moïse comme un admirable modèle de la vigilance que doivent avoir les directeurs. Dieu , disait-il, les a choisis pour conduire les âmes à la perfection, comme il avait choisi Moïse pour conduire son peuple à la terre promise. Ainsi ils doivent, à l'exernple de ce grand conducteur du peuple de Dieu , prendre garde que les personnes qu'ils conduisent ne s'égarent dans les faux sentiers de la vertu; et imiter ces gouvernantes qui ne perdent jamais de vue les petits enfants, de peur qu'ils ne tombent et ne se blessent, ne pouvant aller tout seuls.

On doit leur découvrir avec soin les détours de l'amour-propre, et toutes ses voies écartées, les illusions et les tentations du démon, pour abuser (tins aisément les âmes simples, et leur montrer les écueils où elles pourraient se perdre, si elles n'en étaient averties. Il faut aussi leur faire rendre compte de leur conscience, et leur donner tout le temps nécessaire, afin de reconnaître les progrès qu'elles ont faits, et de mieux discerner leur voie. La plupart de ceux même qui marchent à grands pas, et paraissent fervents dans les routes agréables des consolations et des grâces sensibles, s'arrêtent tout court lorsqu'ils se trouvent nans celle des délaissements et des souffrances. Un directeur doit être attentif à les encourager et à passer outre dans ces occasions , leur montrer le tort qu'elles se feraient en s'arrêtant, leur faire comprendre que c'est alors Je temps de redoubler leurs prières, de faire mieux paraître leur amour, et que l'amour n'est jamais plus pur, et n'a plus d'éclat que lorsqu'il se trouve plus d'obstacles à surmonter.

A l'égard des âmes qui s'arrêtent dans la piété, nous devons imiter, disait-il, la conduite de l'ange envers Elie. 11 ne se contente pas de l'avoir éveillé et de lui dire une fois ce qu'il doit faire ; il le lui répète, il l'exhorte, il le presse jusqu'à ce qu'il ait accompli son commandement. C'était ce qu'il pratiquait iui-même avec un zèle et une constance admirables. Voyant un jour, dans un ecclésiastique, quelque chose de trop humain et qui l'empêchait de faire aucun progrès dans -la perfection, il s'appliqua tellement à le faire entrer dans la voie du détachement, que peu de temps après on le vit y marcher à grands pas et avec une ferveur remarquable dans laquelle il a persévéré jusqu'à la mort.

Une jeune personne de'qualilé, convaincre, après beaucoup de prières, de sa vocation à la religion, fut attaquée d'une tentation des plus dangereuses, à laquelle elle s'arrAta quelque temps. Le démon lui mit dans l'esprit qu'elle pourrait aussi bien se sauver dans le monde que dans la religion. Dès le lendemain matin, M. Olier la fit avertir qu'il avait une chose importante à lui dire, et lorsqu'elle fut venue : Ma fille, lui dit-il, il n'est pas question de savoir si vous vous sauverez aussi bien dans le monde que chez les Carmélites, mais de faire la volonté de Dieu et d'accomplir les desseins qu'il a sur vous. Et alors M. Olier lui disant en détail tout ce qui s'était passé dans son esprit, elle prit la ferme résolution de ne plus différer, et entra le même jour aux Carmélites. Elle y fut reçue, et y persévéra avec ferveur jusqu'à sa mort, arrivée après dix-sept années de zèle et de fidélité.

Une personne dont il avait pris beaucoup de soin, n'avançant pas dans la perfection, il résolut d'entreprendre un voyage de cent lieues pour lui parler, et, quoique ce fût dans les plus grandes chaleurs de l'été, et dans un temps où il ne le pouvait faire sans beaucoup de peine et de fatigues, il se disposa néanmoins à les essuyer toutes, pour aller lui-même la réveiller de son assoupissement ; et il aurait exécuté ce dessein avec beaucoup de joie si l'ordre du souverain Maître ne l'en eût empêché par une trèsgrande maladie qui lui survint, et qui le mit hors d'état de pouvoir suivre en cela les mouvements de son zèle.

Nous rapporterons dans la suite plusieurs autres exemples de sa vigilance et de ses soins.

Il disait encore que la conduite de Job, offrant à Dieu des sacrifices pour ses enfants, était une belle figure de la conduite que devaient tenir les directeurs des âmes; que, comme ce saint homme, ils devaient offrir leurs prières et leurs sacrifices pour obtenir le pardon des fautes qu'auraient pu commettre les âmes dont ils avaient le soin, ou pour demander à Dieu de les préserver d'y tomber, étant également de l'obligation d'un bon père de veiller sur sou enfant, soit pour empêcher qu'il ne tombe, soit pour le relever après ses chutes.

M. Olier ne se contentait pas d'offrir ses sacrifices pour ses enfants, il faisait encore pour eux de très-rudes pénitences ; et affligeait son corps de mille manières. C'était une de ses dispositions, que de se regarder comme une victime destinée à souffrir pour eux, àêtre immolée pour leur sanctification, Il disait que nous devions entrer dans cet esprit, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui a bien voulu être la victime de tout le monde, porter sur soi les iniquités de tous ses enfants, et souffrir toutes sortes de peines pour apaiser la colère de son Père.

Je l'ai vu, dans cet esprit, dit M. de Bretonvilliers, pleurer très-amèrement devant Dieu, pour l'infidélité d'une personne qu'il conduisait. Dès qu'il en eut connaissance,

L'ESPRIT DUN DIRECTEUR DES AMES

il se mit aussitôt en prières, répandit aux pieds de son cher Maître beaucoup de larmes, offrit et fit offrir un grand nombre de sacrifices, jusqu'à ce qu'ayant obtenu pour elle miséricorde, il la mît en état de se reconnaître, et d'être plus fidèle à Dieu le reste de ses jours.

Dans cet esprit d'abandon et de sacrifice au salut des âmes, il ne voulait pas se relâcher de ses soins pour elles dans ses plus grandes maladies ; car, ne pouvant plus leur parler, il leur faisait écrire les avis qu'il croyait leur être nécessaires. Quelque grandes que fussent ses douleurs, elles ne lui ôtèrent jamais même dans sa dernière maladie, ni le courage ni la force de les servir, comme s'il eût mis tout son bonheur à mourir dans l'exercice de charité et à être non-seulement en esprit, mais en vérité, une victime pour le salut des âmes.

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