ARTICLE IV
Du courage et de la patience infatigables de M. Olier dans la conduite des âmes.
Ceux qui savent ce que la charité est capable d'opérer dans les cœurs, quand elle est pure, ne s'étonneront pas de voir ce qu'elle a fait en M. Olier. Il n'y a rien qu'elle ne soit en état d'entreprendre pour le service des personnes qu'elle aime; il n'y a rien, dit l'Apôtre, qu'elle ne soit prête à souffrir pour leur amour: la mort même ne l'épouvante pas ; et, quand il faudrait donner tout son sang pour le salut d'une âme, elle le sacrifierait volontiers pour le procurer. C'est là l'esprit et la disposition qu'on a toujours remarqués en M. Olier, et qui le rendaient infatigable dans les travaux et les peines attachés au service du prochain. 11 quittait volontiers toutes ses occupations lorsqu'il s'agissait de servir les âmes; il ne laissait échapper aucune occasion de contribuer à leur salut, et, comme si les jours n'eussent pas suffi à l'exercice de son zèle, il y employait très-souvent une partie de la nuit. On l'a vu plusieurs fois revenir le soir, très-fatigué, nonobstant le besoin qu'il avait de repos, demeurer ensuite un temps très-considérable , et bien avant dans la nuit, avec des personnes qui lui demandaient des avis pour leur conduite. Il leur parlait avec tant de bonté, qu'il semblait trouver ses plus chères délices dans ces sortes d'entretiens, quoique cependant sa santé en «ouffrit beaucoup. 11 disait souvent que nous 3e devions point nous lasser au milieu des difficultés qui se rencontrent dans la conduite des âmes, puisque ces âmes étaient si chères à Dieu, et qu'elles avaient tant coûté à Jésus-Christ.
Comme on lui représentait un jour qu'il exposait très-souvent sa santé, et s'engageait à des travaux de nature à l'altérer notablement -.Jésus-Christ est notre force, réponditil, sa charité doit disciper nos craintes, et l'amour pur doit tellement surmonter toutes ces peines, que non-seulement il nous les
fasse porter avec résignation, mais encore embrasser avec joie.
Je me souviens, dit M. de Bretonvilliers, que, voyant quelquefois grand nombre de personnes venir le consulter à des heures fort incommodes, et lorsqu'il était déjà accablé par le travail, je lui proposais d'en remettre quelques-unesà d'autres temps: Le temps n'étant point à nous , répondait-il, mais à Jésus-Christ, il faut en employer tous les moments selon ses ordres: et puisque sa divine Providence permet que ces personnes viennent maintenant nous demander secours, nous devons, par soumission à celle adorable Providence , 1rs recevoir avec amour et avec joie, et ne pas leur refuser les services qu'elles désirent. D'ailleurs, étant serviteurs des âmes, ce n'est pas à nous de choisir le temps que nous devons leur donner. Si le fils d'un roi venait nous visiter dans ces moments , il n'y aurait ni lassitude, ni travail qui pourrait nous empêcher de le recevoir avec joie , nous nous estimerions fort heureux et fort honorés de sa visite , et de la grâce qu'il nous ferait m voulant se servir de nous pour ses affaires. Et ne devons-nous pas regarder toutes les âmes comme d'une race royale , puisqu'elles ont Dieu pour Père, et par conséquent les servir avec plus d'amour et de joie que nous ne servirions les fils des plus grands rois du monde?
D'autres fois il disait : Ceux que Dieu nous envoie ne sont pas toujours maîtres de leur temps, et d'ailleurs ils se trouvent ordinairement en de meilleures dispositions lorsqu'ils nous viennent chercher, qu'ils ne le seraient en d'autres moments. Il faut les regarder comme des personnes pressées par la faim , et que Dieu veut rassasier par notre ministère; par conséquent, nous ne devons pas différer de leur donner la nourriture , lorsqu'elles la demandent. Enfin, quand nous n'aurions du temps que pour leur dire un mot, la charité nous devrait porter à ne leur pas refuser ce service , parce que souvent il n'en faut pas davantage pour les délivrer de leurs peines et les remettre dans une pleine liberté.
Ces occasions nous doivent être chères, et lorsque Dieu permet qu'elles arrivent, il faut les embrasser avec joie, parce que l'amourpropre s'en trouvant mortifié, il n'y a que l'amour de Dieu qui puisse nous les faire supporter. Si nous nous consumions dans ces rencontres , nous devrions nous estimer heureux d'imiter Notre-Seigneur, qui s'est sacrifié pour le salut des âmes, et être bien aises de mourir par la force de l'amour divin, ne pouvant pas être immolé par les mains des bourreaux et par la cruauté des tyrans.
Les généraux d'armée prennent tant de peines et souffrent de si giandes fatigues afin de s'emparer d'une place et de l'assujettir à leur roi; il n'y a rien que nous ne devions faire pour gagner à Jésus-Christ le ceur de l'homme, et pour l'en rendre le maître et l'unique possesseur. Pour nous confondre , Dieu nous montrera au jour du jugement, le courage et le zèle des sujets pour procurer
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I& gloire de leurs princes, et l'opposera a la lâcheté que nous aurons eue pour les intérêts (le Jésus-Christ. Que je serais heureux, s'écria-t-il un jour, d'être mille fois martyr avec Jésus-Christ, mon Maître, pour In gloire d'une âme qu'il a acquise par son sang ! Plût à Dieu que pour elle, je souffrisse continuellement en lu manière que mon maître a souffert et dont il m'a laisse l'exemple!
Quoiqu'il portât ses disciples à embrasser tontes les peines qui se rencontrent dans le service des âmes, il les exhortait particulièrement à souffrir celles qui, à son avis, étaient plus difficiles, et que très-peu do personnes supportent avec patience, c'est-àdire les défauts, les imperfections et les humeurs du prochain.
Plusieurs directeurs, disait-il souvent, souffrent volontiers tes fatigues du corps et s'y exposent même avec beaucoup de zèle; 7»ais parmi ceux-ci , combien peu qui puissent se résoudre à supporter, comme il faut, les contradictions? Nous voyons ordinairement que les imperfections des personnes qu'ils conduisent les découragent : leur humeur les dégoûte , leurs défauts les impatientent , leur manière d'agir leur est insupportable , et ils sont prêts à tout quitter dans les moindres oppositions qu'ils rencontrent. Cen'est pas là, ajoutait-il, imiter la charité de Jésus Christ, qui a souffert ses apôtres avec tous leurs défauts , et qui tous les jours nous souffre encore avec tant de, bonté, et ne laisse pas, au milieu de nos imperfections , de nos grossièretés et de nos inconstances , de nous faire ressentir les effets de sa vigilance et de ses soins. Il faut donc, à son exemple, souffrir avec amour et patience tes défauts de ceux que Dieu nous donne, et ne nous point dégoûter pour cela de leur conduite.
Comme nous sommes leurs pères selon l'esprit , il est nécessaire que nous entrions dans l'amour que les Pères selon la chair ont ordinairement pour leurs enfants : quoique ceuxci soient souvent fort imparfaits, ils ne laissent pas de les chérir tendrement. Ce que l'amour naturel fait en eux, la charité de Jésus- Christ le doit opérer plus fortement en nous ; ainsi il ne faut point que 1rs imperfections des personnes que Dieu nous donne à conduire diminuent notre zèle , et que leurs défauts affaiblissent notre amour: au contraire. Us doivent nous obliger à redoubler de soins. Plus ils sont faibles, plus ils ont besoin de nos services, et quand nous les voyons plus malades, bien loin de les quitter, nous devons en avoir plus de compassion, et travailler avec plus d'assiduité à leur appliquer les remèdes nécessaires : L'exemple de Notre-Seigneur, qui ne voulut pas quitter Judas, quoiqu'il sût que ce disciple dût le trahir, ajoulait-il. nous montre la fidélité et la persévérance que nous devons avoir en cesrencontres. Les âmes sont comme des terres que Dieu nous donne à cultiver, afin que par ce travail, quelquefois très-ingrat en apparence, il puisse mieux éprouver notre amour et notre fidélité à le «ervir. Ainsi, il faut y travailler arec
OEUVRES COMPLETES DE M. OLIElt.
courage sans nous inquiéter du succès. Noire- Seigneur veut, d'ailleurs, parce moyen, nous mettre en part de sa croix et des peines qu'il a endurées pour les dmes, qu'il savait n'en devoir pas profiter ; et il est bien raisonnable qu'étant participants de son ministère, nous le soyons aussi de ses souffrances ; il y a souvent des âmes qui nous paraissent incurables, et que peut-être à la fin Dieu convertira, louché de notre persévérance. L'exemple de cet anachorète, qui par obéissance arrosant un arbre mort depuis longtemps, le fit refleurir, doit nous déterminera ne point cesser de travailler pour le bien de ces dmes, quoiqu'il n'y ait en elle aucune apparence de vie. Après tout, il ne faut pas nous mettre en état d'entendre Dieu nous reprocher un -jour d'avoir abandonné aucune des dmes qu'il nous avait données, et de les avoir laissé périr par notre infidélité et notre impatience.
Une des choses que M. Olier admirait davantage dans la vie du Fils de Dieu, était son extraordinaire patienceet sa grandedouceur envers Judas ; au lieu de rebuter ce traître, qui venait le baiser, et de le traiter avec la rigueur que méritait son crime, il le reçut avec un amour et une tendresse capables de fendre les cœurs les plus durs. Not:e- Seigneur en usa de la sorte, disait-il, nonseulement par cette abondante charité qui ne lui permettait pas de rebuter personne, et par amour pour ce misérable qu'il voulait convertir, mais aussi pour nous donner l'exemple de ce que nous devions faire à l'égard des âmes que la divine Providence nous confie. Le Fils de Dieu quoiqu'il connût le crime de son disciple et qu'il le vît en voie de damnation, ne voulut point l'abandonner tant qu'il fut en cette vie et en voie de pouvoir se sauver; au contraire, il travailla toujours à !e convertir, et employa pour cela toutes sortes de moyens, parce que son Père le lui avait donné. Nous ne devons jamais nous rebuter de servir les âmes dont Dieu nous donne la conduite, en quelque état qu'elles se rencontrent. Quand môme nous serions assurés qu'elles ne profiteraient point de nos instructions, néanmoins, par amour pour Dieu qui nous confie ces âmes, et par fidélité à ses ordres, il faudrait en prendre tout le soin possible et les servir avec la même charité que si elles étaient saintes ; ce n'est pas en effet leur degré de sainteté qui doit nousobligerde leur rendre plus ou moins de services, mais la soumission et la fidélité à la volonté de Dieu.
Quelquefois, pour faire remarquer plus particulièrement la conduite de Jésus-Christ envers les âmes, le Fils de Dieu, disait-il, après avoir souffert pour elles au delà de tout ce qu'on peut dire, les attend encore avec une patience admirable; il les attire avec une bonté extrême, pour les rendre selon son cœur; il les conduit peu à peu , et sans se lasser , au point de sainteté où il désire les voir arriver; et ensuite ily trouve ses délices et y prend ses complaisances avec d'autant plus de joie qu'il y avait trouvé plus d'opposition -et qu'il avait eu plus île pmne à se les
LESrUIT D'UN DlHECTKUJt -DES AMES.
gonmel/re. Or, comme nous sommes avec Jésus-Christ les coopéraleurs de leur salut, nous devons entrer dans toutes ses dispositions et tous ses -sentiments envers elles, et. à son exemple, souffrir avec joie toutes sortes de peines pour tes sanctifier. Elles doivent nous coûter cher, aussi bien qu'à Notre-Seigneur, si nous voulons avoir lu qualité de père à leur égard : il faut les al tendre avec patience, les attirer avec amour, et ne point cesser, jusqu'à ce que nous les ayons mises dans l'étal où Dieu 1rs demande. Alors nos travaux nous seront doux et nos peines aimables , puisqu'ils au ront produit un si grand fruit, cl notre joie dans cette vie et dans l'éternité sera d'autant plus considérable que notre patience et nos peines auront été plus longues et plus rudes.
Souvent on se dégoûte de la conduite des âmes, parce qu'on voudrait les voir parfaites dans un jour , et le peu de progrès qu'elles font et le long temps qu'elles mettent à devenir parfaites est un martyre à ceux qui les conduisent. Ce désir si empressé et si inquiet de voir les âmes parfaites en un instant est plutôt un effet de la nature impatiente de ces longueurs , qu'un mouvement de véritable zèle qui doit élre plus modéré. Ordinairement, la perfection n'est pas l'ouvrage d'un jour, et Dieu même, qui pourrait perfectionner les âmes tout d'un coup , ne le fait néanmoins que pur degrés. S'il en a use lutrement envers un saint Paul et une sainte Madeleine, c'est par une conduite tout a fait extraordinaire. Suivons l'esprit et la conduite ordinaire de Dieu, sans vouloir aller plus vite; ne travail le-t-on pas longtemps une terre avant de la mettre en état de recevoir la semence? et même, après l'avoir cultivée avec beaucoup de soin, ne garde-t-elle pas durant plusieurs mois cette semence avant de la faire fructifier?
Je me souviens, dit M. de Bretonvilliers, qu'un jour un ecclésiastique étant venu demandera M. Olier son avis sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard d'une âme qu'il avait eu la pensée de quitter, parce qu'elle ne profitait pas comme il désirait sous ^a conduite. M. Olier ne lui répondit que par ces paroles du Prophète : Exspectans exspectavi Dominum, et intendit mihi, et exaudivit preces meas. (Psal. xxix, 1.) Lui expliquant ensuite une partie de ce psaume, il lui montra si efficacement 1 obligation qu'avaient les directeurs d'exercer une grande patience dans la conduite des âmes, et la bénédiction que Dieu y donnait quand cette patience était accompagnée de la prière, que cet ecclésiastique s'en retourna tout rempli de zèle et de ferveur.
En chaque état, disait M. Olier, il y aune croix que Dieu nous présente, et que tous ceux qui sont da7is cet état doivent embrasser et préférer à toutes les autres , puisque c'est celte à laquelle Dieu les a attachés en les appelant à cet état. Vouloir, sous prétexte de zèle, s'en décharger et quitter les personnes qui nous font peine, c'est un défaut de force et de constance dans l'amour. Il faut avoir une patience à '.'/preuve de ces dégoûts, et
être tellement résolu à tout endurer pour les dmes, quand Dieu nous appelle à les conduire, que nous puissions dire comme l'Apôtre : « Qui est-ce gui nous séparera de la charité de Jésus-Christ pour les dmes ? Sera-ce l'affliction ou les déplaisirs, la faim ou la nudité, les périls ou la persécution, le fer ou la violence? Mais parmi tous ces maux, nous demeurons victorieux par le secours de celui qui nous a aimés, car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni tes vertus, ni les choses présentes, ni les futures, ni tout ce qu'il y a dans les deux et au plus profond des enfers , ni aucune créature, ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. » (Rom. vin, 35 seq,)
L'amour de Dieu eu Jésus-Christ, dit-il un jour, en expliquant ce passage de l'Apôtre, est le grand amour que Dieu u pour les hommes, et qui l'a porté à donner son propre Fils au monde. Cet amour, il l'a communiqué avec plénitude à son Fils, et par un effet de ce même amour, le Fils a donné pour nous son sang et s'a vie. Or Jésus-Christ veut à son tour le répandre en nous , de même que son Père l'a répandu en lui , cl c'est de ce même amour que nous pouvons entendre ce que l'Apôtre disait , et que nous pouvons dire, après lui : « Personne ne nous séparera jamais de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. »
QuoiqueM. Olier possédât cet amour dans un haut degré, et qu'il fût si patient dans la conduite des âmes, il ne laissait pas d'avoir une extraordinaire fermeté. Jamais, pour quelque considération que ce pût être ou ne l'a vu se relâcher de ses obligations. Dans une rencontre très-délicate, on le sollicita fortement de donnera une personne de considération qu'il dirigeait, un avis qui n'était pas selon la perfection du christianisme, ni selon toute la pureté de l'Evangile. Les personnes les [dus considérables du royaume par leur naissance et par leur autorité l'en prièrent avec les plus vives instances, et employèrent tout ce que leurcrédit et leur faveur leur put fournir de plus fort pour le persuader. Llles lui représentèrent qu'il y allait de l'intérêt de leurs familles , qu'il leur ferait perdre un avantage trèsconsidérable; que toute l'a lia ire étant entre ses mains, et pouvant la faire réussir par un
mot, il ne s'exposât pas à
désobliger
des
personnes dont le ressentiment n'était pas à mépriser. Enfin on n'omit aucun des moyens capables de faire impression sur un esprit moins ferme que le sien. Mais ce généreux directeur ne voulut rien relâcher de sa conduite, quoique la chose, telle qu'on la demandait de lui, ne parût pas contraire à la loi de Dieu, ce lui fut assez pour la refuser, d'y reconnaître une moindre perfection.
C'est ainsi que dans mille autres rencontres, comme un serviteur fidèle et invinciblement attaché aux intérêts de son maître, il s'est exposé, pour augmenter sa gloire et procurer le salut des âmes, à tout ce qu'on
peut craindre de pi us fâcheux dans le monde. Il disait avec force et douceur tout ce qu'il croyait être utile aux Aines, et il regardait comme une lâcheté insupportable, comme un manque d'amour de Dieu, et un défaut de charité pour les âmes, la timidité de plusieurs directeurs, qui, par respect humain, ou par la crainte de leur déplaire, ne leur annoncent pas nettement leurs obligations et ne les reprennent pas de leurs défauts. Un père, au milieu de ses plus grands sentiments d'amour pour son fds, et dans les mouvements les plus ardents que son zèle lui donne pour lui procurer du bien, ne laisse pas, disait-il, de le corriger et de le reprendre ; il le blâme, il crie, il le punit, il le châtie, et l'amour seul fait en lui tous ces effets. Pourquoi donc n'aurons-nous pas le même zèle pour nos enfants spirituels en Jésus-Christ? pourquoi n'aurons-nous pas le même désir de les voir parfaits? et pourquoi ne leur dirons-nous pas avec autant de charité ce qui leur est nécessaire, quoique pour un temps il leur soit dur de l'entendre, et qu'ils y trouvent quelque amertume?
Il croyait que dans la conduile des âmes il était de la dernière conséquence de joindre la force et la tendresse, la patience et le courage, la compassion et la correction, pour user tantôt de l'une et tantôt de l'autre, selon que l'esprit de Dieu nous enfaisait connaître l'utilité dans les occasions. Par là, ajoutait-il, nous entrons en pari des deux grandes qualités que Notre-Seigneur a voulu prendre en faveur des âmes; c'est-à-dire que les ayant engendrées dans les épines de la croix, et les nourrissant tous les jours de ses divines consolations, il en est véritablement et le père et la mère, et a pour elles l'amour et de l'un et de l'autre. L'amour de père est un amour fort et courageux; celui de mère, un amour tendre et compatissant; celui de père excite fortement les enfants à leur devoir sans égard aux difficultés, les reprenant, les menaçant, les corrigeant avec force et autorité; mais l'amour de mère console les enlants dans leurs aifliclions, trouve mille petits adoucissements à leurs peines, leur procure mille petits secours pour les soulager dans leurs travaux.
Notre-Seigneura témoigné cesdeux amours à ses apôtres: celui de père, quand il leur dit : Je vous envoie dans les tribulations, dans les croix et dans les souffrances, comme mon Père m'a envoyé'.... [Jocm-.xx, 21.) Qui veut sauver son âme, il faut qu'il la perde (Mallh. x, 39) ; Qui veut venir après moi, qu'il s'anéantisse, qu'il porte sa croix et me suive (Matth. xvi, 24), etc. Celui de mère, quand il dit : Tenez à moi, vous tous quiètes fatigués et qui e'tes chargés, et je vous soulagerai. (Matth. xi, 28.) C'est ainsi que ce même Sauveur en use encore tous les jours envers les âmes, leur faisant éprouver son amour de père lorsqu'il les crucifie intérieurement, qu'il leur donne part à ses croix, qu'il les reprend et les menace intérieurement; et son amour de mère lorsqu'il les console après les avoir affligées, qu'il les
porte amoureusement entre ses hras et dans son sein, au milieu de leurs souffrances, qu'il leur donne de petites douceurs pour leur faire supporter saintement et avec amour les douleurs qu'il leur a fait sentir: et qu'enfin dans le temps même de la colère de Dieu son Père, il prie pour elles, lui demandant miséricorde, et se mettant comme une lionne mère entre lui et elles, pour empêcher et détourner les coups de sa justice. C'est ainsi qu'en doivent user les directeurs : avoir un amour de père pour les âmes, les portant fortement à leur devoir, les crucifiant quand il est nécessaire, les reprenant dans leurs fautes, leur donnant Jes médecines et les remèdes selon leurs besoins, sans avoir égard à leur amertume. Qu'ils leur témoignent encore avoir un amour de mère, ayant l'adresse de les soulager après les avoir affligées, leur donnant des petites douceurs qui les encouragent, et les portant pour ainsi dire amoureusement entre leurs bras, pour les offrir à Dieu et demander pour eux miséricorde.