‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 38 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CHAP. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CHAP. XI

Or, le premier article et la première des conditions requises pour entrer dans ce royaume, est la pauvreté (175). Bienheureux sont les pauvres d'esprit, parce que le royaume des deux leur appartient.

Le grand Roi de ce nouveau monde est Jésus-Christ, lequel est pauvre. Les princes de sa cour, qui sont les saints apôtres, sont pauvres. La maîtresse et la reine, qui est la sainte Vierge, est pauvre. Tous les courtisans et tous les bourgeois y sont pauvres : les anges mêmes y sont tous dénués. Que serait-ce de voir un riche au milieu de tant de pauvres?

Si dans la cour, où tout le monde est riche, il paraissait un pauvre, il y serait odieux, et en serait chassé. De môme dans le royaume de Jésus, où tous les courtisans sont pauvres, un richard ne peut entrer ni se présenter à la porte, sans en être chassé ou rebuté honteusement.

Notre-Seigneur chasse de son festin celui qui n'est pas revêtu de sa robe nuptiale, et le jette, pieds et mains liés, dans l'enfer. La robe nuptiale est la sainte pauvreté : ce sont les livrées de l'Epoux.

Lui-même déclare que les riches ne peuvent être reçus et admis en son festin, ni en son royaume : Oh ! qu'il est difficile que les riches entrent dans le royaume des deux (176)1 Le richard, dont il est parlé dans l'Evangile, n'y peut être admis ; mais les pauvres y sont reçus avec le Lazare : car à eux appartient le royaume des cieux.

Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde . Ici on estime heureux les riches : Beaturn dixrrunt populum cui hœc sunt.

(Psal. cxliii, 15). Mais dans le royaume de Jésus-Christ : Beati pauperes ; « Bienheureux sont les pauvres. »(Matth.y, 3.) Le royaume du monde est un royaume de théâtre ; mais celui de Jésus-Christ est véritable, et on y règne éternellement.

VIIIe Section. — Du mal de la propriété.

Il n'y a rien de plus contraire au christianisme que la propriété ; car le christianisme prend son origine en Jésus-Christ, qui forme ses membres sur lui, lequel, étant homme, est établi et transféré en la substance du Verbe.

C'est pourquoi l'esprit du christianisme veut que les Chrétiens soient transplantés et transférés de la tige d'Adam sur le Verbe incarné, et qu'étant vivifiés par lui et soutenus sur lui, ils ne soient plus en eux-mêmes, ils ne vivent plus de leur propre vie, et n'opèrent plus qu'en lui seul (177) .

Il ne faut donc rien avoir tant en horreur que la propriété, qui nous prive de la plénitude du Verbe, de sa vie et de son opération, et qui nous tient, dans ce corps admirable, comme des membres inutiles qui ne

sont propres à aucun bien solide et véritable ; où, au contraire, dans l'abnégation de soi-même, suivi de l'établissement en Jésus-Christ, on est tout, et on peut tout en Dieu.

C'est pour cela que Notre-Seigneur a mis l'abnégation dans son Evangile, pour le premier pas qu'il faut faire dans la vie chrétienne : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même ; parce que cette propriété et plénitude de soi, bouche l'entrée à Jésus-Christ en nous, et à la plénitude de sa vie divine, et est une source intarissable de tous maux et de tous péchés.

Adam, qui, dans l'état d'innocence, n'était pas à soi, mais tout à Dieu, s'est rendu, par le péché, propriétaire et père de tout péché. Ainsi ayant transmis aux hommes et le péché et la propriété, ils trouvent en elle la source de tous leurs vices et de toutes les difformités.

La propriété est un monstre horrible et une mer atrreuse de tout péché ; comme l'abnégation est l'abrégé de la perfection, et le principe de la vie et des vertus chrétiennes.

Celui qui est en abnégation de soi ne tient plus à rien. II n'a plus de prudence humaine, ni de fausse sagesse; il n'a plus de propre désir, ni de propre vouloir : il est maniable, pliable et docile sous les lois de l'esprit ; il est abandonné à sa sainte conduite et a son divin mouvement ; en un mot, il entre dans le règne et dans la domination de Dieu.

IX* Section. — Des effets de la propriété et de l'abnégation.

Propriété. Abnégation.

1. Le propriétaire de- 1. Le Chrétien sort de meure en soi. soi.

2. Le propriétaire est 2. Le Chrétien est vide plein de soi. de soi.

3. Le propriétaire se 3. Le Chrétien se défie confie en soi , et de soi, et se confie s'appuie sur soi- en Jésus-Christ, même.

h. Le propriétaire 4. Le Chrétien s'oublie

s'ooeupe toujours toujours soi-même, de soi.

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