PAR M. OI.IER
Votre esprit saint me cotuluira par la droiture de ses voies dans une terre de saiuteté et de justice.
Spiritus luus bnnus deducet me in terram rectam. {rsal. cxlm, 10.)
J'apprends de l'ancienne Eglise que c'était une coutume louable des Chrétiens de porter sur eux le portrait et l'image de Jésus- Christ Notre-Seigneur (bien loin de cette malheureuse coutume du siècle qui fait porter à la plupart des boîtes à portrait d'or émaillé, semé de pierreries, pour y voir l'idole de leur cœur et l'image du péché). L'Eglise sainte trouve la coutume des Chrétiens si juste et si pieuse, que pour favoriser ces témoignages envers Jésus-Christ, elle attacha des indulgences a ces tableaux pour les personnes qui les portaient sur elles, et de là est venu l'usage des médailles bénites dans l'Eglise de Dieu.
C'est ce qui m'oblige, à l'entrée de ce discours, de vous donner a tous un portrait en petit et une image du bienheureux François de Sales, afin que, le portant avec vous et le renfermant dans votre cœur, vous entreteniez plus aisément et plus facilement la dévotion que vous avez pour lui.
Le grand François de Sales fut envoyé de Dieu pour renouveler la piété dans tous les états de l'Eglise; et c'est ce qui me porte à vous donner ce portrait avec plus de conliance, car il doit vous exciter au respect et à la dévotion envers ce bienheureux : au respect, parce qu'il me semble que ce portrait comprend les desseins de Dieu sur lui et l'étendue des grâces par lesquelles il devait satisfaire à sa vocation, c'est ce que nous devons vous faire voir par le secours du Saint-Esprit. Il sert à la dévotion, parce qu'il me semble que chacun doit comprendre le besoin qu'il a de recourir à notre saint, puisqu'il a été donné de Dieu pour servir de guide et de modèle dans toutes sortes de vocations et de professions que ce puisse être. En sorte que, dans le siècle ou dans le clergé, chacun peut dire s'il marche sur les traces de notre saint : Spiritus tuus bonus.
Le prophète parlant au nom de l'Eglise, et traitant en confiance avec Dieu , lui disait : lotre Esprit, 6 mon Dieu, me conduira dans une terre de droiture et d'innocence. C'était par opposition à la conduite que Dieu tenait sur la Synagogue, la conduisant par des voies grossières et corporelles, la dirigeant tantôt par une colonne de nuées, tantôt par une colonne de feu, c'est-à-dire sous des figures du bonheur que possède maintenant l'Eglise, conduite par la foi qui est une co-
lonne de vérité et par le feu du divin amour. Voie bien plus pure et plus sainte, bien plus féconde et plus sûre que n'étaient pas ces colonnes de nuées et de feu : Spiritus tuus.... C'est pourquoi Notre-Seigneur, dans le temps môme de la Synagogue, considérant déjà son Eglise et l'accomplissement des prophéties précédentes, disait : Veri adoratores adorabunt Palrem in spiritu et veritale. (Juan, iv, 23.) C'est à cette vue de l'esprit divin que la bonté de Dieu a appelé dans ces temps le grand François de Sales, et c'est le sujet dont je désire vous entretenir, pour donner cette consolation à ces lionnes sœurs qui vivent dans l'esprit de notre saint, et aussi au reste de cette audience qui se conduit par ses maximes, et qui peu vent dire en confiance : Spiritus tims bomts.
Chers assistants, si je nomme parfois le grand prélat que je prêche , bienheureux saint, ce n'est pas que je suppose sa béatification ou sa sanctification solennelle , mais c'est pour m'accommoder au sentiment des peuples qui l'ont déjà canonisé; et si je le nomme parfois mon Père, c'est parce que j'ai eu le bien d'avoir été retiré de la mort par sa bénédiction, d'avoir aussi reçu sa bénédiction à sa mort, et d'avoir porté , pendant le cours de sa vie, la sainte soutane par ses saints avis et son conseil
[Invocation au Saint-Esprit.)
Pour vous montrer au long ce que je vous ai fait voir en raccourci du grand saint François de Sales, savoir, qu'il a été donné de Dieu pour renouveler la piété dans tous les états de l'Eglise , et comme un homme doué d'une telle plénitude de grâces que chacun peut trouver en lui l'instruction de sa vie, le séculier, le religieux et l'ecclésiastique : Spiritus tuus bonus... je puis justifier cette vérité par deux circonstances de la naissance de notre saint, le temps et le lieu où Dieu l'a fait naître, et qui serviront d'avant-propos à ce discours, remettant à prouver le reste de cette proposition par la suite de sa vie qui sera le corps du discours.
1° Le temps de sa naissance. — Je dis et je vous supplie de remarquer qu'il est envoyé pour renouveler la piété , et non pas pour la donner à l'Eglise, car elle n'y a jamais été pleinement éteinte; mais, comn.10 chacun sait, l'Fglise est comparée dans les Ecritures à la lune, pulchra ut luna (Cant. vi, 9), elle a aussi bien que cet astre ses accroissements, ses temps de perfection et de déclin par rapport aux mœurs des particuliers.
Et, chose admirablel comme le dessein de