SENTIMENTS SUR LES G
pour en Caire son image à l'égard de son Fils, a vécu dans le sein de saint Joseph, où il aimait son Fils d un amour infini, et disant continuellement de ce Fils unique : Hic est Filins meus dilectus in qui) milii bene complacui. (Mat th. xvil, 5.) Le Père en lui— même aime son Fils comme son Verbe éicrnel , et dans saint Joseph il aime ce même Fils comme Verbe incarné. Il résidait dans l'àme de ce grand saint et la rendait participante, non-seulement de ses vertus, mais encore de sa vie et de son amour de père ; c'est pourquoi le divin saint Joseph entrait dans l'amour du Père éternel pour son Fils et l'aimait dans l'étendue et l'ardeur, la pureté et la sainteté de cet amour.
5" Suint Joseph est le caractère extérieur de la compassion et de la tendresse du Père éternel pour les misères des hommes. — Le Père éternel ayant choisi saint Joseph pour en faire l'image de sa paternité, a pris en lui un esprit de compassion et de tendresse pour les misères des hommes, et s'est fait en lui le Père des miséricordes. Avant son Incarnation, le Verbe était plein de rigueur : Yox tonitrui in rota vox conj'ringentis cedros. (Psal. xxvm,S.) Mais depuis qu'il s'est fait homme, il s'est rendu sensible à nos maux ; il est plein de douceur et de tendresse : Milis et humilis corde. (Matth. xi, 29.) Il est plein de compassion pour nos misères. Et c'est ainsi que le Père éternel a fait, en se communiquant au grand saint Joseph, son image. De toute éternité, Dieu le Père était séparé de la chair, clevé en sainteté infiniment au-dessus de notre état ; alors il était insensible à nos maux et plein de sévérité pour les hommes ; mais du moment qu'il s'est revêtu de la personne de saint Joseph et qu'il s'est voilé sous l'humanité de ce grand saint, il est devenu miséricordieux, plein de tendresse et de sensibilité pour les misères humaines. En lui il est Père des miséricordes ; c'est pourquoi saint Paul, après avoir dit: [lieu soit béni, t Benediclus Deus, » ajoute : Père de Jésus-Christ, Père des miséricordes (Ephes. i, 5), c'est-à-dire qu'en se rendant le Père de Jésus-Christ en saint Joseph, il devient Père des miséricordes, taudis qu'auparavant il était dans son état de Dieu, juste et insensible.
G° Saint Joseph image de la sagesse et de la prudence du Père éternel. — Puisque Dieu le Père a voulu paraître en la personne de saint Joseph, il lui a fait une communication abondante de son esprit de Père : A qno omnis paternitas (Ephes. m, 13) ; et pour conduire la Sagesse élernelle, il lui a donné à lui-même une lumière et une sagesse admirables. Car si Dieu commet à la conduite et à la protection des royaumes, des anges très-puissants cl même des premières de ces grandes et sublimes intelligences; si même il députe de ces purs esprits pour la conduite des sphères célestes et de ces corps immenses, quelle doit être la grandeur de ce saint à qui Dieu commet la conduite de son Fils, plus précieux que cent mille mondes et que cent
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mille millions de royaumes ! Quelle lumière pour conduire et diriger en toutes choses ce Fils dont les mouvements et tous les pas étaient si précieux et si chers ! Ah ! l'on dit que la sainte Vierge avait de Dieu la vue perpétuelle et quelquefois même la vue bienheureuse à cause de son Fils ; il est certain que . son divin Fils avait celte vue claire et distincte de la Divinité, afin qu'entre autres il lit à tout moment ce que voulait son Père : Quœ placita sunt ei facia semper (Joan. vm, 29), et qu'il fit continuellement ce qu'il lui voyait faire: Facio quœ video Palrem faeientem (Joan. v, 19); soit pour ne lui désobéir jamais et pour satisfaire aux desseins adorables que Dieu le Père avait sur tous ses pas et tous ses mouvements; soit aussi à cause de leur importance pour le genre humain. Or, le même motif nous oblige de croire que le grand saint Joseph, chargé de la conduite de Jésus qu'il devait porter à l'accomplissement des desseins adorables de Dieu son Père , desseins d'une si grande conséquence pour le salut des hommes, était lui-même éclairé de celle lumière divine pour faire toute chose selon l'esprit de Dieu ; de plus, je vais dire une chose qui me vient à l'esprit et dont je n'ose répondre parce qu'elle me paraît étrange.
C'est que la lumière de saint Joseph qui lui avait été donnée pour la conduite du Fils de Dieu, était de la nalure de celle de la très-sainte Vierge que les saints docteurs disent avoir été glorieuse, Dieu lui ayant donné toutes les grâces que sa toutepuissance peut accorder à une pure créature. Si donc la lumière de saint Joseph est une- lumière de gloire, elle a dû êlre toujours infaillible pour conduire le Fils de Dieu qui ne saurait faillir; car autrement on exposerait le Fils de Dieu obéissant à saint Joseph, ou à manquer aux desseins de Dieu et à son devoir, ou à désobéir à celui qui lui tenait la place de son Père et dont il est dit expressément qu'il suivait toutes les volontés : El étal subditus illis. (Luc. n, 51.) Ayant été donné de Dieu à tous les hommes comme le modèle de l'obéissance, s'il eût désobéi à saint Joseph , chacun trouverait dans sa désobéissance un prétexte pour excuser la sienne et pour dire qu'on peut faillir en obéissant, et que les supérieurs n'ont pas tout ce qui est nécessaire pour conduire avec assurance ; ne serait-ce pas faire un Dieu défaillant dans ses promesses cl en sa providence s'il refusait aux supérieurs l'esprit qui nous est nécessaire pour nous diriger? Non, on ne se trompe jamais en obéissant, Dieu se rendant lui-même garant des personnes qui conduisent les autres.
Jésus-Christ Noire-Seigneur serait donc de pire condition que le reste des hommes qui ne peuvent faillir en obéissant? Jésus-Christ serait de pire condition que les anges inférieurs; ceux-ci sont soumis à leurs supérieurs avec une entière confiance , et reçoivent d'eux des lumières assurées, certaines cl infaillibles dans loule leur conduite , quoiqu'elle
»« soit pas importante comme celle du Fils de Dieu. Or, si les anges, à cause qu'ils sonl glorieux, ont des supérieurs qui sont doués d'une lumière de gloire , quelle doit être la lumière de saint Joseph, destiné par Dieu le Père à conduire Jésus-Christ 'comme son inférieur, et à gouverner la très-sainte Vierge, sa Mère! Et quelle honte d'exposer le Fils de Dieu a contester contre son Père et contre celui qui est rempli de l'esprit même de Dieu! Hé quoi ! Dieu le Père aurait-il voulu exposer Noire-Seigneur à cette messéance on refusant à notre saint une grâce si convenable et si nécessaire à sa condition? Notre grand saint est donc rempli d'une sagesse admirable , puisque Dieu lui permet la conduite de la sagesse même , Christum Dei sapientiam (1 Cor. i, 21) , et s'il a coutume de donner des grâces proportionnées à l'éminence des emplois qu'il nous confie , quelle aura donc été celte lumière , cette sagesse , à laquelle la Sagesse même a été soumise ? Saint Joseph a été pour Jésus-Christ ce que Moïse avait été autrefois pour le peuple de Dieu : comme ce peuple, figure du Sauveur, fut retiré de l'Egypte par Moïse, ainsi Notre-Seigneur en fut pareillement retiré par saint Joseph ; car nous voyons dans ce passage de saint Matthieu tiré d'Osée : Ex /Egypto vocavi fdium mmm (Ose. xi , 1 ; Matth. n, 15) , que le peuple d'Israël en Egypte est appelé fils de Dieu, parce qu'il était la figure de Jésus-Christ. Saint Joseph est, en effet, le protecteur de Jésus-Christ dans sa fuite en Egypte : Protcctor Satvatoris Christi sui, et le lient en sa sauvegarde dans le cours de sa vie.
0 Sagesse éternelle ! si Moïse a eu une si intime communication avec vous , qu'il vous ait vu face à face , que sera-ce donc de saint Joseph? Le premier qui devait conduire la figure de votre Fils, vous vil l'ace à face, et le second qui conduira votre Fils lui même , ne sera-t-il pas comblé de vos faveurs ? Si celui qui a porté la loi de mort a été dans la gliire dès celle vie jusque-là que les enfants d'Israël ne pouvaient supporter la splendeur de sa face, que sera-ce, ajoute saint Paul, de celui qui aura porté sur ses bras la loi de vie et de l'esprit ? Sans doute qu'il jouissait d'une contemplation adorable et d'une vue de Dieu glorieuse.
Je rapporte cette pensée et je tire ces conséquences comme celles de mon esprit, éclairé toutefois, il me semble , de la lumière de la foi ; ne sentant point ici aucune activité, ni travail de mon intelligence pour produire ces choses. Je laisse à mon d recteur d'en juger.
§ II. — Combien JéuA-Chrhl a honoré le grand saint Joseph.
Le Fils de Dieu s'étant rendu visible en prenant une chair humaine, il conversait et traitait visiblement avec Dieu son Père , voilé sous la personne de saint Joseph , par lequel son Père se rendait visible à lui. La très-sainte Vierge et saint Joseph
représentaient tous deux ensemble une seule et même personne, celle de Dieu le Père. C'étaient deux représentations sensibles de Dieu , deux images sous lesquelles il adorai t la plénitude de son Père, soit dans sa fécondité éternelle, soit dans sa Providence temporelle, soit dans son amour pour ce Fils lui-même et son Eglise. C'était là connue le saint oratoire de Jésus-Chrisl et l'objet sensible de toute sa dévotion. Sans doute, le temple était pour lui un lieu de religion , puisqu'il voyait en cet édifice une figure morte et matérielle de Dieu son Pire; mais il voyait ici une figure vivante , spirituelle et divine de toutes ses grandeurs et de ses perfections : Templo hic major est. 11 voyait en lui les secrets de son Père; il entendait par la bouche de ce grand saint, la parole même de son Père , dont saint Joseph était l'organe sensible.
C'était l'oracle de Jésus-Christ qui lui faisait connaître toutes les volontés de son Père céleste; c'était une horloge qui lui indiquait tous les moments marqués dans les décrets de Dieu ; c'était devant cet oratoire que , s'adressant à son Père , il disait : Pater noster, et qu'il l'invoquait pour toute l'Eglise. Quel objet amoureux pour Jésus-Chrisl ! Quel objet de complaisance ! Quel sujet d'exercer ses amours ! Que de caresses et que de sentiments d'amoureuse tendresse ! 0 grand saint , que vous êtes heureux de fournir une si belle matière à l'amour de Jésus ! 0 Dieu , que de regards d'amour et que de complaisances ! Bonté de mon Jésus! que vous êtes content d'avoir devant les yeux de quoi satisfaire vos amours ! Heureux Joseph ! heureux Jésus ! heureux Joseph , de fournir à Jésus le plus juste sujet de ses délices! bienheureux, ô Jésus, de trouver en Joseph l'objet de vos plus saintes complaisances ! les yeux de votre esprit voient en lui une image sensible de sa beauté, si bien qu'en lui tout seul, vous trouvez votre parfait contentement.
C'est une vie admirable , sans doute , que celle de Dieu le Père dans l'éternité, aimant son Fils, et le Fils par réciproque aimant le Saint-Esprit. C'était aussi une admirable vie que celle de Joseph et de Marie image de Dieu le Père pour Jésus-Christ son Fils. Quel était leur amour pour Jésus et l'amour de Jésus pour eux! Notre-Seigneur voyait dans l'un et dans l'autre, la présence, la vie, la substance, la personne et les perfections de Dieu son Père , et voyant ces beautés, quel amour, quelle joie, quelle consolation ! La sainte Vierge et saint Joseph, voyant de leur côté la personne de Dieu en Jésus, avec tout ce qu'il est , Fils de Dieu, Verbe du Père , la Splendeur de sa vie et le caractère de sa substance ; quelle révérence , quel respect ! quel absorbemenl d'amour ! quelle adoration profonde ! C'était là un ciel , un paradis sur la terre ; c'étaient des délires sans 'fin dans ce heu de douleur, l'abondance de tous les biens au sein de la pauvreté ; c'était uno