INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CIIAP. II
combien plus devons-nous tout sacrifier à Dieu, et mépriser toutes choses, pour n'estimer et ne voir que ce qui seul est véritable, et qui seul mérite d'être estimé et révéré? Devant le véritable Dieu, il n'y a point d'idoles à révérer; il faut que tout soit mis en cendres. Donc, que toute créature périsse devant mon Dieu. Et comme Notre-Seigneur en se sacrifiant a prétendu tout anéantir, et faire un sacrifice de toutes choses en lui, parce qu'il avait tout réuni en sa personne (5); il est juste que nous condamnions et que nous sacrifiions toutes les choses hors de lui, qui sont d'autant moins saintes qu'elles sont moins en lui. Et c'est la marque véritable de notre religion, de sacrifier tout à Dieu, et de témoigner ainsi comme tout est vil et abject devant lui, n'estimant et ne respectant aucune chose que lui seul. Enfin Notre -Seigneur, pour dilater sa sainte religion envers Dieu, et pour la multiplier en nos âmes, vient en nous, et se laisse en la terre entre les mains des prêtres comme hostie de louange, pour nous communier à son esprit d'hostie, nous appliquer a ses louanges, et nous communiquer intérieurement les sentiments de sa religion. Il se répand en nous, il s'insinue en nous, il embaume notre âme, et la remplit des dispositions intérieures de son esprit religieux; en sorte que de notre âme et de la sienne, il n'en fait qu'une, qu'il anime d'un même esprit de respect, d'amour, de louange, et du sacrifice intérieur et extérieur de toutes choses à la gloire de Dieu son Père; et ainsi il met notre âme en communion de sa religion, pour faire de nous en lui, comme nous avons dit, un vrai religieux de son Père.
Et même pour perfectionner notre étal, et pour nous mettre dans le point de la religion la plus pure et la plus sainte, il nous communie à son état d'hostie, pour être avec lui une hostie, et n'être pas seulement religieux en esprit, mais encore en vérité, c'est-à-dire en réalité; ayant intérieurement sacrifié en nous tout l'être présent de la chair en tous ses sentiments; ne les ayant pas seulement sacrifiés comme Jésus-Christ en croix, par mortification et par crucifiement intérieur (6) ; mais ayant tout consommé intérieurement avec Jésus-Christ consommé sur l'autel. C'est là le point de perfection où il nous appelle en celte vie, puisque, par sa présence intime en nous, et par son feu qui nous dévore, il nous communie à l'état le plus parfait de sa religion, qui est d'hostie consommée à la gloire de Dieu, d'hostie qui ne vit plus en soi de sa vie propre et de la vie de la chair, mais qui vit totalement de la vie divine et de la vie consommée en Dieu. (S) 'AvaxsçaXîiôuajOai, rec.Tpitularc. (Hierom.) (G) Mortiftrationent Jesu in corpore ttostro circumjerentes. (Il Cor. îv, 10.)
(7) Et ego ctaritulem quant dedisti milti, dedi vis. (Juan, xvn, 22, 23.)
(8) Ut aiiil consummati in unuin. (Joan. \vn, 25.) (il) Hostiam viventem. mnclam, Dcu ptacentem.
(lioii>.. mi, I.)
C'est proprement l'état de la vie ressuscitée, où nous sommes appelés à l'imitation de Notre-Seigneur, qui est extérieurement consommée en son Père au jour de sa résurrection, et qui veut que nous soyons aussi intérieurement ressuscites et conformés en lui. C'est pourquoi il dit qu'il a communiqué aux hommes la clarté que son Père lui a donnée (7). Cette clarté est l'état ressuscité qu'il avait déjà eu dans l'hostie en la Cène : Ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Ego in eis, et tu in me. (Joan. xvn, 23.) Je suis en eux, ayant le même effetque vous, 6 mon Père qui êtes en moi, avez en moi. Je les vivifie, comme vous me vivifiez; je les consomme comme vous me consommez (8).
Jl demande donc que nous soyons comme des hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu (9). C'est pourquoi saint Paul ne prie pour rien avec plus d'instance que pour faire parvenir les Chrétiens à cette consommation parfaite en Jésus-Christ selon l'esprit, qui les rende intérieurement tout semblables à lui : Je prie Dieu de tout mon cœur, qu'il vous fasse parvenir au point de consommation que je désire être en vous par la vertu du Saint-Esprit de Jésus-Christ, qui vous consommeintérieurementavec lui (10).
Ce sera là l'ouvrage du Saint-Esprit, qui doit venir en ce monde pour rendre témoignage de la vérité à nos cœurs; et bien mieux que saint Jean, qui n'était que son organe : car il est l'Esprit de vérité (11).
Ce sera lui, qui, intérieurement par la foi, commencera de nous découvrir la fausseté et le mensonge de toute la créature et de tout ce qui n'est pas Dieu. Il nous le fera mépriser, comme le rien auprès de ce Tout si grand, si magnifique et si admirable. Il nous en donnera dégoût; et par ce dégoût nous en dégageant entièrement, il nous portera à Dieu avec ardeur, et nous unira à lui si intimement, qu'il nous fera lotit un en lui, et nous consommera parfaitement en ressemblance de Jésus-Christ consommé en son Père.