CHAPITRE II
DE LA PREMIÈRE CONFORMITÉ QUE NOl'S DEVONS AVOIR AVEC JÉSUS-CHRIST.
Nous sommes tous obligés d'être conformes à Jésus-Christ. Saint Paul nous l'apprend, lorsqu'il dit, que Dieu nous a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils (12).
Or cette conformité consiste à Ici ressembler : premièrement, en ses mystères extérieurs, qui ont été comme des sacrements des mystères intérieurs qu'il devait opérer dans les âmes. De sorte que comme Notre- Seigneur a été crucifié extérieurement, il faut que nous le soyons intérieurement.
(10) Oramus vestram consummationent. (II Cor. xiu, 9.)
(11) Tcstimonium perhibuil reritali. (Joan. v, 53.) Cum aulem veneril ille spirittis veritulis, docebit vos onincni veritalcm. (Joan. xvi, 15.)
(12) l'rœdestinavil conformes liai, imaginis Fitii mi (/{<?»!. vin, 29.)
OLTVItES COMPLETES HL M. OLIEÎl.
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Comme il a été mort extérieurement, il faut que nous le soyons intérieurement. Comme il a été enseveli extérieurement, il faut que nous soyons ensevelis intérieurement. Kt cette vie intérieure, exprimée par les mystères extérieurs, et les grâces acquises par ces mêmes mystères, doivent être en tous, puisqu'elles ont été méritées pour tous. C'est pourquoi saint Paul parlant de tous, disait : Vous êtes rnorts (13).
il est vrai que Dieu a réservé particulièrement certaines âmes, pour exprimer même extérieurement en elles ces saints mystères; comme nous le voyons dans quelques saints religieux qu'il a envoyés sur la terre, afin de renouveler la vie de Jésus-Christ, et qui ont été si abondamment remplis de son esprit et de la grâce de ses mystères, qu'ils ont exprimé an dehors son état même extérieur. Tel a été saint François, en qui l'esprit de Noire-Seigneur Jésus-Christ crucilié a été si pleinement répandu, qu'il a rejailli jusque sur sa chair, et qu'il a fait voir au dehors de lui, par les plaies qu'il a portées en son corps, le mystère du crucifix : ce qu'il laisse encore à continuer h ses enfants, qui exercent sur leur chair une mortification continuelle. Tel a été saint Benoit, qui a exprimé la sépulture de Jésus-Christ en se tenant caché dans une caverne, et laissant ses enfants dans des tombeaux. Tels ont été plusieurs autres saints qui ont paru dans la sainte Eglise, et qui ont porté quelques marques extérieures des mystères. Mais pour le reste des Chrétiens, à qui ils ont laissé l'exemple de leur dévotion, leur mettant ces mystères sensiblement devant les yeux, quoiqu'ils ne soient pas dans cette conformité extérieure à ces mêmes mystères, ils sont toujours obligé» d'eu posséder les grâces et l'esprit.
L'esprit des saints mystères nous est donné par le baptême, et il est opérant en nous des grâces et des sentiments qui ont rapport et conformité aux mystères de* Jésus-Christ. C'est à nous seulement à le laisser opérer, et, en .vertu de ses grâces et de ses lumières, agir sur nous et sur autrui conformément aux saints mystères.
Par exemple, nous avons en nous l'esprit de Jésus-Christ crucifié, qui nous donne lumière et grâce pour nous crucifier intérieurement ; pour nous mortifier dans les occasions où notre chair demande ses plaisirs et ses satisfactions, et pour nous rendre ainsi conformes intérieurement à Jésus -Christ crucifié.
C'est ainsi que ce même Esprit nous donne grâce pour participer et pour nous rendre kambLables à Jésus-Christ ressuscité ; ayant intérieurement une vie cachée en Dieu, comme il l'avait extérieurement. Car premièrement, comme il était séparé extérieurement du commerce des hommes, et qu'il était retiré en son Père, priant en lui et vi-
(13) Çonsepulii enim sumus cum Mo per baptismuni in moTlem, etc. .Si complantali fucii sumut simititudini niorlis ejus, simut et resurreclionis erim.us. (Rom. vi. A, 5,j Pro omnibus mortuus est
vant en lui, sans être vu entre les hommes et sans converser parmi eux : de même, il faut que notre âme soit retirée intérieurement du commerce des créatures et de la conversation avec elles; il faut qu'elle soit dégagée de l'amusement aux choses de la terre; il faut qu'elle n'en soit plus intérieurement occupée ; il faut qu'elle n'ait plus ni pensées, ni affections pour elles : ainsi se retirant d'entre elles en esprit, et s'occupant en Dieu, elle quitte toutes les affections par lesquelles elle était répandue dans le monde et dans les créatures visibles, et elle commence à entrer en Dieu, pour vivre avee lui dans la solitude et dans la retraite intérieure; et par ce moyen elle entre dans l'état même de la résurrection.
Secondement, Notre-Seigneur était caehé en Dieu par sa sainte résurrection ; en sorte que sa vie, c'est-à-dire la vie de sa chair, sa vie humaine, sa vie d'infirmité, était perdue en Dieu : car étant consommé en Dieu, comme le bois dans le feu, il ne paraissait plus rien en lui que Dieu, en qui il était perdu, enseveli, et entièrement abîmé.
Or cette vie ressuscitée, et cette vie de Dieu en Dieu, est la vie cachée des Chrétiens, à laquelle ils doivent tous participer et aspirer, à cause de l'union intime qu'ils sont obligés, même en cette vie, d'avoir avec Dieu, qui, comme un feu dévorant et une fournaise très-ardente, engloutit l'âme, l'absorbe, l'abîme, la perd; et ainsi la cache en lui. G est là la participation du mystère de la résurrection. C'est la la vie ressuscitée, qui se donne, selon saint Paul, à tous les Chrétiens par le baptême : Ut quomodo Christus surrexit a mortuu per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitœ ambulemus. (Rom. vi, i.) Comme Jésus-Christ en sa résurrection est entré en la vie de Dieu; en sorte qu'il ne vivait plus de la vie de la chair, l'âme n'animait plus son corps de la façon grossière dont elle l'animait auparavant , c'est-à-dire pour servir à ses besoins et à l'usage de la vie du monde; mais celte âme toute divinisée était tout engloutie, perdue et absorbée en Dieu ; et tout ce que la chair avait de terrestre et de grossier, était aussi entièrement consommé par la gloire : de même la vie chrétienne porte intérieurement un transport de toute notre âme en Dieu, en sorte qu'elle ne pense plus ensuite qu'à l'aimer, qu'à le voir, qu'à se ressouvenir de lui, qu'à le servir de toutes ses forces, transportant à Dieu et à son service tout l'usage de sa vie et de sa vertu.
Ainsi l'âme en cet état de vie ressuscitée et de vie divine, ne se sent plus être attachée à la chair pour la servir, et pour suivre ses inclinations et ses mouvements; mais elle est tellement haletante vers Dieu, qu'il n'y a que la moindre partie d'ellemême qui anime la chair. C'est pour lors la moindre occupation de l'âme, que de donner
Cliristus, vl et qui vivunt jnm non sibi vivant, ted ci qui pro ipsis mortuus est et resurre.ril. (Il Cor. v 15 ) Morlui estis. (Col. ni, 3.)
INTRODUCTION A LA VIE CllIlKTIENNli.