‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 62 sur 394 · RS · texte numérisé non relu

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teuse de nos péchés, le Père éternel se sentit obligé de le déclarer innocent, faisant entendre qu'il était son Fils bien-aimé, en qui il prenait toutes ses complaisances : Hic esc i Mus meus dilectus in quo mihi complacui. [Malth. m, 17.) C'est ce qui a fondé aussi la pénitence publique qu'on faisait autrefois dans l'Eglise et ce qui a mérité encore l'absolution et la réconciliation des pécheurs, après qu'ils ont participé à la honte et à la confusion que Notre-Seigneur a portées pour leurs péchés.

La contrition n'est pas fondée seulement en cette pénitence intérieure du Fils de

Dieu, qui a commencé au premier moment de sa vie, qui a continué sur ia terre et qui continue encore dans le ciel et dans le saint Sacrement ; mais elle est fondée encore dans un mystère particulier, qui est ce beau mystère dont l'Eglise fait mention en commençant le Carême, comme d'une source de contrition nécessaire à ses enfants, qui doivent entrer en gémissement pour leurs péchés, et en usage d'une vraie pénitence. Ce mystère est celui de sa demeure au désert, où après avoir confessé ses péchés au Jourdain, il fut chassé et poussé par l'Esprit divin, (217) pour pouvoir y pleurer sans interruption les péchés de ses frères qu'il avait pris sur soi, et qui le faisaient gémir et porter toute l'amertume intérieure et toute la désolation queladouleuret la crainte peuvent opérer dans un cœur. Ecce etongavi fugiens, et mansi insolitudine : exspeclubam eum gui salrum me fecit apusillanimitale spirituset tempestate. (Psal. liv, 8.) Il était là pleurant et le jour et la nuit(218), et pratiquant tous les exercices de pénitence. Il demeurait en jeûne, en veilles, en souffrance, donnant toutes les marques extérieures de sa contrition parfaite.

La satisfaction a son fondement parfait dans la mort de Jésus-Christ,laqnelleaétéla vraie satisfaction pour les péchés des hommes qui devaient tous mouiir après avoir offensé la majesté de Dieu, selon cet arrêt, morte morieris. (Gen. n, 17.) Une mort de Jésus-Christ vaut mieux que la mort de tous les hommes ensemble, et lui seul mourant pour tous, et les couvrant des mérites de sa mort, satisfait plus à Dieu que si chacun mourait autant de fois qu'il commet de péchés; tant Jésus-Christ est grand, et tant ce qu'il fait est degrand poidsenla présencede Dieu. C'est pourquoi il ne faut jamais se présenter à la pénitence qu'étant unis à l'esprit do Jésus-Christ pénitent et revêtus des saints mystères de ses souffrances et de sa mort, sous lesquels nous nous présentons à Dieu le Père, comme d'autres Jacobs, revêtus de la robe de notre frère aîné, notre saint Esaù , qui veut paraître affreux et comme réprouvé pour nous sauver par ses souffrances et par sa confusion.

11 faut donc, en se préparant pour la confession , adorer Notre-Seigneur comme le fonds de notre pénitence. Il faut adorer les mystères du baptême, du désert et delà mort , comme les source de la parfaite pénitence , et nous unir à Jésus-Christ et à son divin Esprit, afin qu'il opère en nous la grâce de la confession , de la contrition et de la satisfaction chrétienne. Nous lui devons demander particulièrement l'humilité pour Ja confession, l'amour pour la contrition et la force pour la satisfaction. Et étant ainsi unis intérieurement à Jésus- Christ au fond de notre esprit, et nous étant laissé pénétrer de sa vertu et de sa grâce, il faut ensuite nous exercer aux actes

(216) Baplixabanlur ab coin Jordnne confitenies peccata sua. (Matth. m, 6.) (21 ') Ei siutim Sviritus exoulît eum in daerium.

(Mure, l, 12.)

(218) Fuerunt mihi lacrymal mcœ panes die ac nucic. iPtul. Ll, 8. 9.)

de contrition et de confusion de nous-mêmes , en la vertu du saint Esprit de Jésus- Christ qui est en nous , et par qui seul nous pouvons espérer de participer à sa pénitence. Après quoi il nous faut approcher du prêtre , image et ministre de Dieu , couverts et revêtus des saints mystères de son Fils , surtout de sa mort et de sa passion , pour nous mettre à l'abri de notre juste crainte, et de la confusion que nous recevrions , au jour du jugement, de l'avoir offensé. Il en faut encore approcher avec disposition d'abandon à la justice et à la fureur de Dieu , pour en porter tous les effets qu'il lui plaira d'ordonner, soit par lui-même, dans les maux dont il peut affliger notre corps ou notre esprit (219) , soit aussi par la bouche de son ministre, dans la pénitence qu'il nous impose ou qu'il nous conseille.

Autres dispositions pour la confession.

Il faut regarder cette action comme une amende honorable que Dieu exige de sa créature , et le pénitent se doit considérer comme un criminel qui en esprit s'en va la corde au cou, la torche au poing, aux pieds de Jésus-Christ caché sous le prêtre, où il avoue et confesse ingénument ce qu'il a fait. Il se doit approcher de son juge avec confusion et avec tremblement. Notre-Seigneur ne lui remet son péché que selon les dispositions de son âme, lesquelles il voit évidemment, car son divin Esprit lui fait connaître si elle est en contrition , en douleur, en aversion de son péché ; et de plus si elle est en volonté efficace et parfaite d'être entièrement à Dieu; ce qui fait la conversion nécessaire et la vraie pénitence. Si l'âme n'acesdeux dispositions, qui ne font qu'un seul état de pénitence , elle n'est pas digne de recevoir l'absolution et le pardon de ses péchés.

C'est Jésus-Christ, juge du cœur, et c'est lui-même opérant en l'âme par son esprit de pénitence , lequel seul nous rend parfaits pénitents; c'est lui qui nous juge invisiblement dans le prêtre , sous lequel il est présent comme il l'est au ciel dans le sein de son Père , où il remet tous les péchés, ainsi qu'il le dit en l'Evangile : Tout ce qui sera délié en la terre , sera délié dans les deux (Matth. xvm , 18) ; à cause que la même personne , savoir Jésus-Christ , qui délie sur la terre dans le tribunal des prêtres, délie dans les cieux où il est habitant dans le sein de son Père. C'est pourquoi aussi la confession doit être naïve , et le pénitent doit exposer ses fautes avec (les circonstances les plus honteuses qui paraissent aux yeux de Dieu , lequel veut encore cette confession et cet aveu parfait de notre péché devant son Fils , qui se trouve aussi offensé comme homme depuis qu'il s'est incarné, et qui pour cela s'est caché sous l'homme ministre de ce sacrement, pour recevoir en lui cette reconnaissance et cette satisfaction.

Il ne faut point avoir les yeux ouverts à

l'homme, mais à Noire-Seigneur; car cette action étant une action de foi , il ne faut user que des yeux dp la foi , qui nous doivent conduire et ouvrir notre cœur à Jésus- Christ la lumière du Père , qui voit le fond des cœurs et ce qu'ils ont de plus caché.

C'est un effet de la justice de Dieu, que l'âme éprouve et porte sur soi la confusion , comme la suite digne de son péché; peutêtre on ne l'éprouverait jamais en la vie présente si on ne se confessait aux hommes , parce que nous cachons nos fautes le [dus que nous pouvons, fermant même nos propres yeux à notre iniquité.

Il faut donc embrasser cette confusion comme un commencement de pénitence , et s'établir, en approchant du prêtre , dans la disposition d'embrasser toute l'étendue de la peine que nous en recevrons,

La confession est un jugement avancé sur nous , qui nous exemptera du jugement d'horreur et de confusion, dans lequel Dieu prononcerait un jour notre condamnation à la face de tout le monde. Dieu veut par justice que nous fassions la confession de notre péché , afin que l'ayant une fois prononcée en particulier, nous soyons à couvert de la confession publique et générale' que nous serions obligés de faire un jour en la présence de tout l'univers. C'est pourquoi, dans un secret divin , et sous ce sacrement et mystère admirable qu'il a établi en son Eglise, il reçoit par avance avec miséricorde l'aveu libre de notre offense et la réparation volontaire que nous en faisons maintenant, au lieu de celle que nous serions contraints de faire un jour publiquement , sans être justifiés de notre crime. Si bien qu'il ne faut pas regarder le confessionnal comme un lieu de supplice et comme un gibet d'Iiorreur, mais comme un lieu de respect et d'amour , où Dieu réside en sa miséricorde et où il exerce un jugement de clémence et de bonté sur nous.

Adorons donc la clémence de Dieu* qui ne veut que la confession humble et sincère de notre péché en la présence d'un homme qui la reçoit , et qui représente un homme- Dieu, constitué le juge des vivants et des morts par son Père (219¥) , qui lui a donné tout jugement au ciel et en la terre, omne judicium dédit Filio. (Joan. y , 2.) De sorte que Jésus-Christ est là présent sous la personne du confesseur , et il nous absout do notre crime , parce qu'il a reçu de Dieu son Père toute bénédiction, pour la distribuer aux pécheurs disposés à recevoir sa sainte miséricorde.

Or, comme Dieu le Fils est dans le confesseur, Dieu le Père est dans son Fils, et en lui il juge, il pardonne, il absout ; ainsi il est présent avec son Fils dans le prêtre, pour recevoir et pour entendre la confession naive et véritable de notre péché.

Et ce qui est encore plus admirable en l'Eglise , où Jésus-Christ est tout, et où. il

(210) ifanus Domini leligit me. {Job m, 21.)

(819") Ipseest qui cunstilutus est a Dco judex vivorum cl morlHorum. [Aci.x, 42.)

OKIVKES COMPLETES DE M. OUER.

anime de son esprit et de sa vie tous ses membres , soit les supérieurs, soit les inférieurs , c'est que, nous approchant du confesseur, nous devons regarder en nous Jésus pénitent , qui, pour nous rendre dignes de l'absolution, nous veut remplir de cet esprit de pénitence, et nous rendre intérieurement victimes pour le péché, avant que de nous réconcilier avec Dieu son Père. -

Jésus-Christ a été une fois en soi la réconciliation du genre humain ; car comme il a été soumis à sou Père et à toute sa justice , et qu'il s'est trouvé revêtu de toute la douleur que méritait notre péché , le Père en lui a embrassé tous les pécheurs qui lui étaient unis comme les membres à leurs chefs ; ainsi tous lui ont été réconciliés par Jésus-Christ , et ^ar conséquent Jésus-Christ a été en soi notre réconciliation.

Jésus-Christ est encore en nous notre réconciliation ; car il est dans tous les Chrétiens (qui s'approchent des prêtres, véritables symboles de Dieu, juge des hommes) pour les réconcilier à son Père ; il est en eux intérieurement pénitent, il y est plein de douleur du péché et parfaitement soumis au jugement , à la rigueur et à la justice de Dieu, el par conséquent Jésus-Christ en nous-mêmes est aussi notre réconciliation.

Soyons donc intérieurement unis à Jésus- Christ et revêtus de lui lorsque nous nous présentons au confessionnal , si nous voulons nous rendre dignes de l'absolution.

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