‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 63 sur 394 · ACTES POUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

ACTES POUR LA COMMUNION

Avant la sainte communion.

Je vous adore , essence de mon Dieu, qui remplissez de votre auguse majesté les trois personnesadorablesde la très-sainte Trinité.

Je vous adore, majesté souveraine , cachée sous cet adorable sacrement, et qui venez par Jésus-Christ vous donner à nous.

Je vous adore, trésor immense, qui deviez demeurer en vous-même sans vous .louner ainsi aux créatures.

Oui vous peut dignement recevoir, ô suprême grandeur ! O sainteté incomparable de mon Dieu ! Vous êtes bien selon votre dignité dans les trois personnes divines ; mais venant parmi nous, qui sera la personne digne de vous recevoir?

Quelle préparation faut-il , ô grand Dieu, pour être digne de vous posséder?

Quelle préparation a-t-il fallu à la trèssainte Vierge , pour recevoir le présent adorable de Jésus-Christ venant au monde ? 11 a fallu le Saint-Esprit même , qui, habitant en elle, reçut ce don précieux.

Saint Siméon , pour pouvoir porter Notre- Seigneur entre ses bras, devait avoir en soi le Saint-Esprit, comme une préparation nécessaire à une si sainte action. Quel besoin n'ai-je pas que ce divin Esprit se répande en mon âme et en tontes ses puissances, pour préparer à Jésus-Christ une demeure digne de lui?

Dans l'éternité, le Saint-Esprit reçoit l'essence du Eils de Dieu , qui se verse en lui ; ce doit être encore la même personne du

Saint-Esprit qui reçoive le Verbe en notre cœur.

Mettez donc en mon âme, Esprit divin, toutes les puretés , tous les désirs et toutes les dispositions nécessaires pour recevoir ce Dieu d'amour , cette divine personne de mon Seigneur Jésus.

Vous avez employé, Esprit divin, quatre mille ans à préparer-la terre, et à disposer ces grands prophètes et patriarches à recevoir ce présent; quelle préparation meltrezvous dans mon âme?

C'étaient des cris et des soupirs, des gémissements et des larmes, que l'état de ces pauvres amants qui attendaient votre venue; quelle doit être ma disposition?

Quelle était, ô mon Dieu, l'humilité de * ces prophètes qui demandaient ce trésor pour les autres, se jugeant eux-mêmes indignes du bonheur de le posséder I

Quelle était leur charité de l'appeler du haut du ciel avec tant d'instance; eux qui voyaient bien qu'il ne devait pas descendre en leur temps I Ils le demandaient seulement pour le salut du genre humain, qu'ils connaissaient être perdu sans la venue du Fils de Dieu en terre ; rien ne leur faisaij souhaiter cette grâce, que l'amour du prochain et la gloire de Dieu, qui devait signaler son amour, sa sagesse et sa puissance parce divin mystère.

Venez donc en nous, ô Seigneur, pour la gloire de votre Père.

Venez anéantir en nous l'empire de Satan, son ennemi juré.

Venez anéantir en nous cette chair de péché en ses maudits désirs et en ses misérables attaches.

Venez établir en nous le royaume de Dieu le Père, et faites que tout lui soit obéissant en nous.

Venez, ô mon Dieu, anéantir tout mon vieil homme, et vous établir en sa place.

Venez, ô mon Seigneur Jésus, vous revêtir encore une fois de votre chair en moi, et vous rendre ainsi sensible afin de gloriûer Dieu encore visiblement en moi, et de continuer en mon cœur les honneurs que vous lui renu'iez sur la terre, et que vous lui rendez dans le ciel et dans cet auguste sacrement de l'autel.

Venez en moi, et m'attirez à vous, et me changez en vous; et ainsi soyez en moi, et moi en vous, comme votre Père est en vous, et vous en votre Père.

Venez vivre en moi, et que je ne sois plus moi ; que je sois si intimement en vous que je ne sois qu'un avec vous.

Je ne puis plus vivre sans vous; venez donc en moi vivitier mon âme qui se consomme toute en votre "amour; qu'ainsi par vous je glorifie votre Père, par vous je serve tous mes frères et les remplisse de vous; et qu'ainsi tout en vous, je puisse continuer votre vie.

Verbe divin, Fils de Dieu, qui, recevant l'être et la vie de votre Père, ne vivez en vous-même que par sa vie, el qui, en vous faisant homme, rendez cette vie qui était

cachée en Dieu sensible à tous les hommes : soyez en moi, revêtez-vous de moi, pour rendre cette vie sainte et divine ouverte à tout le monde.

Montrez-nous comme il faut vivre dans le sein de Dieu, où vous vivez; répandez en nous cette vie rendue sensible : nous apprendrons par là quelle est la vie du ciel à laquelle vous nous appelez par le saint baptême et par la sainte communion.

Vous êtes maintenant dans le ciel, et vous savez quelle était votre peine en ce monde, vous voyant séparé de votre Père.

Vous voyez quelle est la peine d'une âme qui est appesantie dans la terre, et vivant dans Ti m pureté d'une vie grossière et animale.

Vous savez, mon Jésus, quelle est la condition d'une âme tirée hors du sein de Dieu : et pour cela, ô mon Seigneur, vous êtes venu au monde pour soulager les âmes et les remettre dans ce sein, dès la vie présente.

Vous portez une âme dans le sein de Dieu, quand vous êtes uni intimement à elle par la sainte communion, car habitant sans cesse dans le sein de votre Père, vous faites que l'âme à qui vous êtes uni, habite avec vous en Dieu même, et que par vous, elle participe à la vie du ciel.

Vous remettez et rapportez une âme dans son centre en la mettant en Dieu dès cette vie; et il me semble qu'elle ne peut être contente et satisfaite qu'en s'unissant à vous qui lui faites cette grâce.

O bonheur de la vie, d'avoir un Rédempteur en nous, qui nous délivre de la mort et qui nous porte lui-même dans la gloire 1

Heureux le don du très-saint Sacrement de l'autel qui nous apporte Jésus-Christ, qui nous donne ses vertus, ses mérites et sa gloire, et qui nous donne sa vie pour vivre comme lui.

Que pouvons- nous attendre davantage?

nous avons tout en Jésus-Christ, nous avons en lui tous les trésors intérieurs de Dieu, c'est-à-dire son essence et toutes ses perfections. Nous avons tous ses trésors extérieurs, c'est-à-dire ses grâces ; nous avons en Jésus- Christ, le Père éternel, qui se donne à son Fils de toute éternité; nous avons encore le Saint-Espiit, à qui le Fils se donne en le produisant avec son Père.

Nous avons en Jésus-Christ la donation qu'il fait au Saint-Esprit, non-seulement de tous ses trésors intérieurs qu'il lui donne comme Dieu, mais encore de tous ses dons extérieurs, qui sont tous ses mérites et toutes les grâces qu'il a acquises comme homme, et que son Père lui a données. Le Fils les donne au Saint-Esprit pour en faire la distribution selon la sagesse et du Fils et du Père. Ce sont ces dons que nous recevons par la très-sainte communion.

Le Fils dans la communion se fait don des hommes, et rend aussi son Père un véritable don (220). Celui qui faisait tous les dons donnant son Fils et son Saint-Esprit, et de qui tout don descend, devient lui-même notre

don en la très-sainte communion. Si bien que si celui qui est la source des dons des hommes, si celui qui est la première origine detoutdon s'est fait lui-même notre don, que doit-on attendre de la sainte communion?

Nous recevons en nous les dons que le Père fait au Fils, les dons que le Père et le Fils font au Saint-Esprit; et ainsi nous recevons tout ce qui peut être de Dieu en lui et hors de lui-même. Oh 1 quelle condamnation, mon Dieu! si je reçois sans fruit ces biens immenses et ces trésors adorables 1

On dit, et il est vrai, que le saint mystère de la passion de Noire-Seigneur sera la condamnation de la plupart des hommes; et que sera-ce du très saint Sacrement?

Ceux qui ne profileront pas des mérites sacrés d'un Dieu mort une fois pour eux, seront écrasés sous le faix de sa croix ; que sera-ce de ceux qui auront reçu si souvent en eux ce divin et auguste sacrement, où non-seulement Jésus-Christ est compris avec sa mort et avec ses autres mystères, mais aussi le Père éternel et le Saint-Esprit, avec tous leurs dons et toutes leurs grâces ensemble?

Que je redoute, ô mon grand tout, de vous recevoir en moi 1 Hélas"! retirez-vous de moi , votre grandeur m'accable.

Combien de fois ai-je reçu ce présent adorable sans changement et sans fruit?

Eh quoi 1 cette fournaise ardente qui brûle et consume en soi les saints et les anges; ce grand Dieu qui remplit de sa gloire et do ses louanges le ciel et la terre.de l'Orient a l'Occident, et qui est tout amour et amour infini pour les nommes ; ce Dieu tout de feu ne m'a point consumé depuis le temps qu'il vient en mon cœur!

Que je me confonde de mon état si éloigné de Dieu et si opposé à lui, et qui a bien la puissance d'empêcher les effets d'une grâce si prodigieuse. Surmontez, ô amour, ô grand tout, toute ma résistance, et embrasez par votre vertu tout mon intérieur !

Pendant la sainte communion et après.

J'adore avec tout le respect que je puis votre sainteté, ô mon Seigneur Jésus.

Mon Dieu, je suis un abîme d'impureté, pourquoi y venez-vous descendre ?

, O mon tout, ô mon bien, souffrez que je m'éloigne de vous plutôt que de m'en approcher ; au moins, mon tout, je me retire de vous intérieurement par un profond respect, si je m'en approche par l'obligation que j'ai de vous obéir, et à votre Eglise.

Mais, hélas! ô mon tout, vous me poursuivez intérieurement; vous me pressez et vous venez vous insinuer en toutes mes puissances; plus je recule et m'éloigne de vous, plus, 6 mon Jésus, 6 mon bien, vous vous unissezàmoi, et vous faites unavecniui.

Comme votre Père s'insinue en vous de toute éternité, Verbe divin, en sorte qu'il vous remplit tout, et qu'il est tout en vous : ainsi, o mon Jésus, vous vous insinuez en moi , et vous faites une même chose avec

(220) Omne donttm perfectum desursum est, descendais a Paire luminum. (Jac. i, 17.)

moi par une intime pénétration de tout moimême.

O mon Seigneur Jésus, j'adore de tout mon cœur la sainte confusion dans laquelle vous avez vécu pendant le temps de votre infirmité, voyant la divinité unie à votre humanité sainte, mais encore grossière et infiniment éloignée de la pureté immense de Dieu.

Oh ! combien de fois votre sainte humanité s'est vue opprimée en la présence de la gloire de Dieu ! et je ne doute pas mon Seigneur Jésus, que si vous n'eussiez été comme surpris et prévenu de Dieu, au moment de votre incarnation, où votre humanité fut unie k votre personne, avant que vous pussiez faire aucun usage de votre liberté' et donner votre consentement, je ne doute pas, dis-je, que vous ne vous fussiez éloigné par une sainte horreur d'une majesté si auguste.

Je devrais bien m'éloigner de cette grâce, indigne que je suis, impur et misérable que je me sens en mon fonds. Ainsi fais-je, ô mon Dieu ; je recule et me retire de vous autant que je le puis dans le fond de mon âme.

Hélas! ô mon Jésus consommé dans la gloire de Dieu, où venez-vous vous retirer? où venez- vous prendre votre demeure?

Pourquoi venez-vous en moi, Verbe divin, vous couvrir, non pas comme dans l'incarnation, d'une chair pure et sainte, et qui avait seulement l'apparence d'une chair de péché, mais d'une chair criminelle, gâtée et véritablement corrompue?

O mon Sauveur, que je ne couvre pas votre face de honte; que je ne crache pas sur cette belle image du Père; que je ne vous jette pas dans ce cloaque d'impureté, tout revêtu que vous êtes maintenant de votre gloire.

O mon Jésus, éloignez-vous de moi; ô mon Seigneur et maître, ayez votre demeure en Dieu votre Père et dans ce sein adorable qui vous remplit de gloire et qui vous consomme en majesté.

Vous êtes là dans vos délices et dans votre repos , et vous ne pouvez attendre en moi que honte et que confusion.

Vous êtes en ce beau temple de votre Père, lui rendant tous les devoirs de votre parfaite religion.

Vousy êtes répandu en louanges, en amour, en adoration , en gratitude et en reconnaissance. Je vous conjure de rendre à votre Père tous ce;, devoirs pour moi.

Faites envers Dieu ce que nous sommes obligés de faire ; et puisque vous venez à nous pour nous unir à vous, et pour nous faire trouver en vous ce que nous sommes tenus de lui rendre , ayez agréable que je me perde en vous , et" que j'entre en vos louanges et en votre amour pour lui.

Permettez que j'offre la portion des louanges que vous rendez pour moi ; et comme je ne le puis par moi-même, attirez-moi à

(221) Sicut misit me vivent Puler , et ego vivo me. ( Ibid., 59.) vroptcr Patron. ( Joan. vi, 58. ) (223) ^ovissimus Adam in spiritum vivificaiitem.

(222; El qui mandatai me, ei ipie vivel propter (I Cor. xv, 45. )

vous, etfaites que mon âme soit toute imbuô de votre esprit et de vos saintes dispositions. Hélas 1 que ne suis-je digne d'entrer dans tout votre intérieur? je ne mérite pas même d'entrer en >a moindre portion. Oh 1 que je serais heureux de rendre en vous tout ce que je dois à Dieu 1

Toutefois, ô mon Jésus, j'aime mieux que vous soyez tout seul capable d'honorer votre Père , comme il le peut et comme il le doit être , et que toute la créature , se trouvant dans l'impuissance de le faire , vienne à vous, afin qu'en vous seul et par vous seul, elle puisse satisfaire à ses obligations.

Soyez donc toute l'adoration, tout l'amour, toute la louange et tout le remercîment que je dois au Père éternel ; et si je ne suis pas digne d'en recevoir les effets et quelque participation intime en moi-même, au moins que je m'y unisse par foi , et que je me lie en esprit à tous les devoirs de votre religion. Ainsi , ô mon Jésus , après avoir rendu à Dieu tous les devoirs de religion pour, tous les hommes en général , venez maintenant les rendre en tous et pour tous en particulier. Je vous laisse mon âme pour opérer en elle tout ce qu'il vous plaît, à la gloire de Dieu. Anéantissez en moi votre ennemi , ô Seigneur, et que l'esprit de votre bouche détruise le péché , je suis , o mon Jésus, le véritable antechrist qui porte en moi opposition à tout votre être.

Anéantissez en la vertu de votre Esprit, mon orgueil , mon avarice , ma colère , ma luxure et enfin tout l'amour de moi-même. Hélas! mon tout , je suis tout appliqué à moi, je ne pense qu'à moi, je ne songe qu'a mon plaisir, à mon intérêt, à mon honneur; il y a toujours de moi en tout ce que je fais. Faites-moi la miséricorde, ô mon Seigneur, que je n'aie plus en vue que Dieu, et que je n'agisse plus que pour lui , de même que vous faites et que vous avez toujours fait vivant sur la terre.

Votre Père vivant vous a envoyé sur la terre , et vous vivez uniquement pour lui (221). Ainsi, mon tout, faites, s'il vous plaît, qu'étant vivifié par vous, qui venez répandre en moi vos mouvements et vos inclinations, je sois changé en sorte que je ne songe plus qu'à servir votre Père ; que je n'agisse plus pour moi, mais seulement pour lui en toutes choses (222).

Soyez , ô mon Jésus , la vie de mon âme, pénétrez-la intérieurement des mouvements de votre vie divine, puisque vous venez comme un Esprit vivifiant par la sainte communion (223).

Faites en moi par avance , ô mon Seigneur Jésus, ce que vous ferez un jour dans les saints au ciel, où vous serez tout en eux, et où vous les consommerez tout en vous, les changeant et les transformant en vous-même j Vous ferez cet effet par avance , selon les intentions que vous avez en ce saint sacrement , par lequel vous venez en la terre

LA JOURNEE CHRETIENNE. - PART. t.

commencer votre nouvelle créature quidoit être achevée dans le ciel (224).

Opérez donc en mon âme, et la vivifiez par vous, en sorte que vous produisiez en elle toutes les œuvres de votre vie.

Faites que, vivant de môme façon que vous viviez sur la terre , je rende par là témoignage de votre présence en moi ; qu'on voie en moi tous les actes d'une parfaite religion intérieure et extérieure ; qu'on voie en moi les actes d'une humilité, d'une patience, d'un amour et d'une charité parfaite, comme elles étaient en vous. Vous venez pour me comuiuniquer vos vertus et votre vie intérieure.

Que l'on voie donc qu'un nouvel homme m'anime , qu'une nouvelle vie est en uioi , qu'un nouvel esprit me possède , bref, qu'un Dieu vit en moi et me fait vivre comme lui.

Que sa sainteté et sa séparation de tout l'être créé reluise en moi , et que le mépris et le saint éloignement qu'il a de tout le siècle présent soit vivant en mon âme.

Que sa lumière et sa clarté qui va croissant de jour en jour par la foi , qu'il répand et qui rejaillit de sa face sur moi , soit la simple lumière qui me conduise et qui me montre toutes les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes.

Que la lumière de mon Dieu me découvre la vanité de toutes choses et la véritéde Dieu seul, et que tout ce qui n'est point de Dieu n'est que mensonge, que figure et qu'illusion. Qu'ainsi j'estime Dieu tout seul, quej'adhère à lui seul et que je me sépare de toutes choses, que je vive uniquement en son amour, et que mon âme en lui aime ce qui seul est aimable.

Que j'aime Dieu par lui-même , qui vient s'insinuer en moi pours'aimer parsoi-même; qu'il vienne en moi pour tout jamais , qu'il amie en ma volonté, et qu'il la remplisse de cette vie d'amour et de cette occupation sainte, qui est la vie parfaite et la fin de ma vocation.

Dieu en me créant m'avait donné son être et sa vie ; le péché m'avait ôté sa vie , et sa miséricorde m'avait laissé son être ; que maintenant il vienne en moi me redonner sa vie divine , en s'aimanteten se connaissant lui-même en moi. Hélas 1 quel admirable transport de l'âme ainsi vivante et animée de Dieu 1 C'est bien en ce point, ô mon Seigneur Jésus, que consiste la vraie perfection des Chrétiens , d'être en Dieu, en communion parfaite de son être et de sa vie. La perfection de Jésus-Christ a été au jour de sa résurrection, où il a été tout transformé en Dieu , et où il est passé de l'être naturel et mortel dans l'être divin et surnaturel de son Père , et dans une conformité et ressemblance parfaite avec lui. En

ce jour tout divin , il a été rendu tout parfait et tout semblable à Dieu ; et il vient par un excès d'amour, s'insinuer en notre âme, pour nous faire être comme lui, et nous élever à l'état divin où son Père le fait passer le premier.

Faites donc , ô mon Seigneur, qu'en vous nous soyons tout divins, et que par vous nous passions en l'être et en la nature de Dieu le Père , qui est notre vraie vie, notre perfection et notre Tout.

exercice avant le diner par manière d'examen.

Les Chrétiens doivent régler leurs actions, leurs pensées , leurs paroles , en un mot toute leur conduite , sur ce passage admirable de saint Paul , qui comprend en abrégé toute la vie et toute la perfection chrétienne: Regardez-vous comme morts au péché, vivant à Dieu en Jésus-Christ Noire- Seigneur (225).

Il faut donc examiner trois choses dans le secours de la lumière intérieure.

La première, si on a été mort à soi-même, si les passions ont vécu ou régné en nous , si nous avons été touchés vivement des choses de ce monde , auquel nous devons être morts; et si ensuite, attirés et touchés par les cho>es de la terre, nous avons opéré [iour elles, et recherché notre satisfaction en elles.

Le mot de mort dans saint Paul, qui nous explique la grâce du baptême et le principe de notre vie caché en la mort de Jésus-Christ, nous apprend que depuis le baptême le reste de notre vie est dépendant de ce premier principe , el qu'étant une fois morts à ce monde et à nous-mêmes, nous n'y devons plus vivre (226). Si nous avons reçu le coup heureux de cette mort, nous devons beaucoup appréhender d'y revivre par notre malice et par noire amour-propre : nous devons craindre incessamment le reproche que saint Paul fait aux Chrétiens par ces paroles ; ayant reçu le divin bienfait de Dieu, qui vous a fait mourir à vous par l'application de la mort de sou Fils mort pour vous: comment est-ce que vous regardez encore le siècle et que vous vous y réglez selon ses maximes? Pourquoi vous attachez-vous aux choses qui vous y plaisent ? Pourquoi vivezvous encore dans vos passions auxquelles vous devez être morts (227) ?

Le premier point donc de notre examen sera de voir s'il y a eu en nous quelque mouvement, dans lequel nous avons vécu, parlant ou opérant en dépendance de cette même passion, sans l'avoir réprimée et mortifiée avec soin.

11 y a deux sortes de morts : l'une est la mort de l'âme au péché par la grâce de Jésus-Christ ; l'autre est la mort de la chair à

(224) Vt simus inilium aliquod creaturœ ejus. (Jac. 1,18. )

(225) Existimale nos mortuos quidetn esse pcccato , tiventes uulem Uêo , in Christo Jesu Domino noslro. ( Rom. vi, tt. )

(226) Qtti enim morliii sumus pcccato , quomodo adhiic vivemus in ilto ? ( Rom. vi, 2. )

(227) Si ergo morlui eslis cum Christo ab démentis mundi . quid adhuc tanquam vivenies in mttniio decernitis ? ( Col. il, 20. )

ses désirs malins et déréglés d'avarice, de superbe, d'impureté, de paresse, de vanité, d'oisiveté et autres.

La mort de i'âme au péché est mise en nous par la grâce et par l'esprit du baptême, qui nous ensevelit en la mort de Jésus- Christ(228). Et si nous sommes fidèles à nous tenir en celte sépulture de l'esprit, jamais nous ne serons vivants au péché. Mais cependant la chair ne laisse pas d'être vivante aux choses de la terre, et sa vie se sent réveillée incessamment par les objets de ce monde qui lui paraissant agréables, l'attirent doucement, et la mettent en des désirs trèsviolents et en des recherches continuelles de les posséder.

L'Ame s'unit parfois aux mouvements de la chair, et alors elle commence dans la chair à vivre au siècle et aux choses du momie; et sortant de l'état de mort au péché, par adhérence à la vie de la chair, elle commence à perdre la paix et le repos qu'elle possédait auparavant; elle revit misérablement aux objets auxquels elie était morte, et elle tombe dans une peine, dans un chagrin,

De plus, il faut examiner si ensuite de cette passion émue nous avons parlé, agi ou pensé, et si nous avons été longtemps en cet état; car qui aura vécu ainsi, aura vécu selon la chair et lui aura obéi; et par conséquent il n'aura pas été mort au péché.

C'est trop de sentir en soi sa chair vivante, qui devrait être morte et ensevelie, consepulii enim sumus cum Mo per baptismum in mortem. (Rom. vi, 4.) Que sera-ce donc d'avoir ensuite adhéré à ses mouvements, et de ne s'en être pas retiré? Debitores sumus non carni , ut secundum carnem vivamus (Rom. vin, 12); nous ne devons pas porter notre chair pour vivre selon elle; mais dans la chair nous avons un esprit intérieur, selon lequel nous devons être soigneux de vivre, et auquel nous sommes obligés d'adhérer comme Chrétiens; l'aine doit suivre l'esprit, et non pas la chair.

Si donc ensuite de quelque mouvement de colère, nous avons occupé notre esprit dans la vengeance, dans le dépit, dans le chagrin, dans les résolutions de nous altérer, de nous piquer, de nous aigrir , de ju-

dans une guerre intérieure, qui bannit toute ger» de mépriser, de nous séparer; si même

la joie dont elle jouissait à l'abri du tombeau et de la sépulture de Jésus-Christ, qui lui servait comme de rempart contre toutes les choses du monde.

La pénitence nous sert maintenant pour réparer cette grande perte et pour nous ensevelir de nouveau si nous sommes fidèles à sa grâce.

Il faut donc être très-soigneux d'étouffer ces mouvements de la vieille créature : il faut travailler par une continuelle pénitence à rentrer peu à peu dans le rempart de la sépulture de Jésus-Christ, où nous avions été mis tout d'un coup par le saint sacrement de baplèine.

Il faut être fidèles et assidus à nous mortifier, et quand nous aurons adhéré et consenti au moindre mouvement de la chair, à la promptitude, à la colère, à l'impatience et à de semblables sentiments, souvenons-nous que c'est une matière d'examen; et quoique le Saint-Esprit ne manque point sur l'heure de nous reprendre intérieurement, et de nous couvrir de confusion d'avoir vécu et obéi à notre chair, que nous devions tenir morte et assujettie à lui, nous devons outre cela, dans le temps destiné à notre examen, considérer ces fautes, et en faire pénitence, voyant avec douleur la confusion et la honte que ce divin Esprit a reçue en nous, lorsqu'il s'esi vu surmonté | ar une chair si vile, si basse et si infâme, et qui devait se sentir trop heureuse d'être sacrifiée à tout moment, sous les pieds de Jésus-Christ.

Pour en venir plus au particulier, prenons pour exemple le péché de la colère, et examinons premièrement si nous avons senti en nous quelque soulèvement de cette lésion ; et d'abord confondons-nous de n'être pas morts avec Jésus-Christ.

( 228 ) Consepulti enim sumus cum illo per olismum m mortem. { Hom. vi, •!.)

ba-

sai l'heure nous avons dit quelque parole de ressentiment, si nous avons témoigné quelque mauvaise mine, si nous avons quitté brusquement, si nous avons fait quelque chose en notre esprit et en notre volonté propre, si nous nous sommes amusés à murmurer en nous-mêmes et à raisonner, et si nous sommes ainsi demeurés en application à nous-mêmes , toutes ces fautes sout grandes, à cause que l'esprit de l'homme est consacré à Dieu, et qu'il ne doit pass'appliqueraux vapeurs de la chair et à la malignité •de l'ainour-propre et de l'orgueil; il ne se doit remplir que de Dieu.

Notre chair, quoique indigne d'être appliquée à Dieu, lui est néanmoins consacrée par le baptême; par conséquent elle ne doii agir que pour Dieu, elle doit obéir à l'esprit qui l'y meut et qui l'y pousse sans cesse, et non pas au poison des passions infectées, qui la détournent de Dieu et la fout vivre pour elle-même et pour les créatures. Notre langue et nos mains doivent obéir à l'esprit aussi bien que notre âme. Il se faut donc reconnaître infiniment coupable d'avoir obéi à quelque passion, à quelque désir de chair, en pensée, en parole ou en œuvre.

Saint Paul dit que nos membres , qui ont obéi aux mouvements de la chair, ont servi à l'iniquité même qui réside en elle (229). Ainsi il ne faut jamais adhérer à rien de propre, jamais à soi, jamais à la chair, car tout est injustice et tout tend au péché. La chair ne peut porter à Dieu; elle ne peut tendre (|u a sui-même; et par conséquent, elle ne peut avoir de mouvement qu'au péché par elle-même.

Or il nous faut regarder comme morts au péclié : Existimalevosmorttiospcccalo.(Rjin. v«, 11.)

(229) Sicut exhibuislis membra vestra tervire immunditiœel iniquitali ail iniquitatejn. (Hom. vi, 19 .)

La seconde chose qu'il faut examiner, est si nous avons vécu à Dieu (230*), et si nous avons été en sa présence pour faire toutes choses à dessein de l'honorer et de lui plaire.

Cette présence d'esprit, a laquelle nous oblige saint Paul, quand il nous dit que nous soyons vivants à Dieu, n'est pas une présence de figure et d'imagination forcée, ou d'esprit appliqué avec violence. La présence qu'il nous demande est une présence de foi, à laquelle tout Chrétien revêtu du baptême est appelé par une grâce particulière, qui le met en cette présence de Dieu. Ce n'est pas le sentiment, mais le seul bénéfice de l'esprit qui lui tient sa fin présente devant les yeux, pour agir incessamment pour elle.

Nous devons doncexaminer si nous avons faittoutes choses en vuedeDieu et pourDieu qui est la fin universelle de toute la créature, et surtout des Chrétiens, lesquels sont infidèles doublement s'ils ne voient Dieu en tout ce qu'ils font.

Premièrement, parce que comme créatures, tenant de Dieu tout ce qu'ils ont, ils le lui doivent sans cesse rapporter; secondement, parce que, ayant reçu comme Chrétiens le Saint-Esprit, qui leur tient un miroir caché en l'âme , pour leur faire voir Dieu présent en eux, ils le peuvent avoir incessamment en vue, s'ils n'en détournent les yeux par malice et par application d'amour-propre à eux-mêmes ou aux créatures.

La troisième chose que nous devons examiner, est si vivant à Dieu, nous y avons vécu en Jésus-Christ, c'est-à-dire, si les œuvres que nous avons faites même pour Dieu ont été faites en des dispositions chrétiennes , et si l'esprit de Jésus-Christ les a remplies et animées de ses vertus et de sa grâce.

Tout le christianisme , sa grâce et son esprit consistent à opérer en Jésus-Clirist , qui est en tous les Chrétiens principe d'ag;r à la gloire de Dieu, lequel ne peut être honoré que par Jésus-Christ , en qui seul il prend ses complaisances.

Le corps des Chrétiens n'a qu'un seul principe de vie, qui est le Saint - Esprit de Jésus-Christ Ils sont nommés Chrétiens, c'est-à-dire oints, à cause de l'esprit d'onction qui les embaume, qui les remplit et qui les anime ; et s'ils n'opèrent en ce principe, ils s'éloignent de la vérité du christianisme, qui ne doit avoir que l'esprit du chef en tous ses membres.

Saint Paul dit, autant que vous êtes de baptisés, vous avez été revêtus de Jésus- Christ (231), qui anime l'intérieur de votre esprit, de ses dispositions, de ses vertus et de ses mœurs. Tous ceux donc qui opèrent en ce principe et en ces dispositions intérieures sont véritablement Chrétiens : «u contraire, qui n'est pas opérant en ce principe intérieur, n'est pas Chrétien, et il ré-

(230*) Viventes Deo. (Rom. ti.I1,) (251) Quicunque enith in Clirimo btrptizuti estis hristui'i induislis. (Galat. m, 27.)

GEuvres compl. de M. Olifb.

pondra, an jour du jugement, de ce qu'il aura fait hors de l'esprit de Jésus-Christ ; car comme cet Esprit descend dans le corps de l'Eglise pour opérer par elle, et pour l'animer d'une vie qui seule plaît à Dieu, celui qui aura voulu opérer en soi-même, en sa volonté , en son esprit et son amourpropre, sera réprouvé comme un membre d'Adam , qui aura opéré en chair et non pas en esprit. Les Chrétiens sont en ce point différents des païens qu'ayant une même chair avec eux, ils ne vivent pas selon cette chair, mais selon la lumière et les sentiments de Jésus-Christ habitant en eux par son Esprit depuis le baptême , où il leur a donné une nouvelle vie et un nouveau principe d'agir, auxquels ils sont obligés d'obéir. Il faut donc examiner si nous avons vécu en Notre-Seigneur et si nos actions ont été revêtues de ses vertus et de ses dispositions. Existimate vos mortuos quidem esse peccato, viventes autem Deo in Christo Jcsu Domino nostro. (Rom. vi, 11.)

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