AUTRE OCCUPATION AUPRES DD FEU
O tout amour, feu divin, qui êtes tout autre chose en votre vie, en votre ardeur et en votre éminente charité, que ce qui nous paraît maintenant en cetélémentqui échauffe nos corps ; ô mon Jésus, feu consommé dans votre Père, et consommant en vous toutes les âmes, faites que la vertu divine pénètre nos esprits; faites que Dieu, qui nous paraît sous ce feu et qui porte son opération sensible à notre corps, porte aussi, s'il lui plaît, son opération divine et insensible dans nos âmes.
Il est le même fond qui vivifie nos âmes et nos corps. Et même, ô mon amour, il est bien plus sortable à votre divinité, à votre être sublime, à votre être pur et saint, à votre être suréminent, d'opérer en sainteté et de communiquer sa vie de chanté et d'amour, que de le rabaisser à la communication d'une vertu grossière qui échauffe nos corps.
Mon tout, mon bien, mon Dieu, ma vie, ma substance, vouslaitesl'unetl'autre; mais vous vous plaisez bien plus à l'un qu'à l'autre; vous avez bien plus de plaisir à consommer une âme de votre charité qu'à remplir un corps d'une chaleur sensible.
Autant, mon tout, qu'il se rencontre de différence entre les opérations éternelles et les temporelles, autant qu'il y a de différence entre la communication de votre vie éternelle et divine que vous faites à votre F.ils, et la communication de la vie grossière que vous donnez aux créatures, autant y a-t-il de différence entre la vie que vous communiquez à notre âme et celle oue vous communiquez à notre corps.
Ayez donc, ô mon Dieu, compassion oe nos cœurs languissants, échauffez-les de vous ; opérez sous ce feu tout d'un coup, et sur le corps et sur l'âme, et que la chaleur extérieure soit le véhicule de la chaleur et de la vie intérieure.
Vous prenez bien plaisir, ô mon Dieu, de vous cacher en votre Eglise, sous des éléments sous lesquels vous opérez par la fidélité de votre parole ; faites-le maintenant, mon Sauveur, par votre charité ; faites-le par votre libéralité; et puisque vous voyez un pauvre nécessiteux et mendiant à votre porte, un pauvre frileux languissant, qui vous demande un peu de feu pour l'échauffer, ne le lui refusez pas, faites-lui cette aumône, et vous serez le premier, ô mou Dieu, à vous réjouir- de la grâce que vous lui aurez faite.
Vous êtes ravi, ô mon Dieu, de voir votre vie dilatée; vous êtes ran d'aimer en nous.
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et vous êtes ravi de vous voir aimé par nous ; c'est une expression de la joie, de l'allégresse et de la jubilation que vous ressentez dans le ciel de vous voir aimé par lés saints : c'est une image, ô Père éternel, c'est une figure du ressentiment que vous avez dans l'éternité de vous voir aimé de votre Fils et de votre Esprit. Faites-vous donc aimer en moi, envoyez-moi le feu de votre divin Esprit, qui, vous aimant en moi, dilate ainsi cet adorable amour qu'il a pour vous en lui-même.
O bienheureuse Trinité, que votre vie se répande partout, que cette vie intérieure qui est en vous puisse passer en nous, et qu'absorbant ainsi tout le fond de notre ôme, nous ne nous amusions plus à la vie du corps et aux plaisirs qui nous distraient.
O amour consommant, je vous demande ce beau feu pour votre amour et pour v.otre pure gloire : car si vous ne dilatez notre cœur et notre vie, si vous n'occupez de vous notre esprit, il se laissera sans doute emporter aux créatures.
Hélas, mon Dieu 1 qu'il m.'est dangereux d'avoir mes besoins si à propos, puisqu'il n'y a rien de plus aisé à un corps affligé de froid que de se complaire et de se contenter dans l'aise et dans le plaisir qu'il ressent en s'app'rochant du feu.
Qu'y a-t-il de plus aisé que de se réjouir en sa chair, quand elle reçoit ainsi d'abord un soulagement si sensible. qui la récrée, qui la fortifie, qui la contente et qui la vivifie en sa langueur et en sa mort?
Hélas, mon Dieu ! qu'à tout jamais je demeure privé de ces malheureuses complaisances et de ces joies charnelles.
Donc, mon Dieu, dès ce moment et durant tout le temps que je serai auprès de ce feu, je renonce au plaisir que j'y pourrai recevoir
Je renonce en esprit à toute la complaisance que ma chair y prendra, et puisqu'il faut, mon Dieu, que je renonce à tout moimême, que je renonce à toute satisfaction propre, comme vous me l'ordonnez, mon Dieu, suivant votre commandement, je renonce à ce propre désir, je renonce à cet appétit sensuel.
Mon Dieu, je veux bien recevoir ici voire libéralité et charité sur moi; mais je ne veux pas que ma chair y cherche des délices. Je vous y veux chercher, et non pas moi; et si en vous cherchant j'y trouve la récréation de ma chair, c'est en y renonçant et en me séparant du désir que ma chair aurait de s'y satisfaire.
Les plaisirs sont pour les innocents, vous les avez faits pour les âmes pures. Est-il juste, ô mon Dieu, qu'un pécheur se ressente du privilège de l'innocent?
Quoi, mon Dieu, le pécheur se trouvera en jouissance des plaisirs 1 Est-ce ainsi que vous traitez les âmes qui sont en pénitence? est-ce ainsi que vous les sevrez de tout plaisir et de tout bien, et que vous les affligez de tout niai?
Le feu des enfers devrait être pour moi.
c'est celui que je devrais attendre; c'est ce feu-là, mon Dieu, qui a des tourments sans mélange, qui brûle sans éclairer, et qui ôte même à ceux qu'il dévore le plaisir de la clarté.
O Dieu, qui, selon ce grand Prophète, avez séparé ce feu: Intercidrntis flammam iynis (Psal. xxvin, 7), qui lui avez ùté ce qu'il avait de beau et d'agréable pour lui laisser ce qu'il avait d'actif et de rigoureux ; je vous demande, pauvre pécheur et misérable pénitent qui viens ici recevoir de votre miséricorde cette aumône du feu, de faire en sorte que j'en use en cette même séparation et que j'en ressente l'etTet qu'il vous plaira, pourvu que je n'y cherche point de plaisir. J'y demeurerai en confusion, recevant le bienfait de votre amour et de votre miséricorde, qui me veut maintenir et conserver par cet élément.
C'est à vous, ô mon Seigneur et mon Dieu, à demeurer dans votre béatitude; c'est à vous à jouir de tout plaisir, étant, comme vous êtes, innocent et tout Dieu ; et c'est à moi, comme pécheur et misérable, à demeurer privé de toute joie et de tout plaisir dans cette vie de pénitence, surtout en ma chair qui vous a offensé par ses plaisirs.
Mon Dieu, faites comprendre ces vérités au monde, et faites-leur savoir que vous avez banni du paradis terrestre et du lieu de plaisir notre premier père Adam; apprenez à toute la chair qui est née de lui, et qui n'en est en soi qu'une dilatation, qu'elle a été bannie et éloignée comme lui du paradis terrestre et du lieu des délices.
C'est à nous maintenant, qui avons reçu en nous le Saint-Esprit qui possède notre âuie, et qui est en nous comme le séraphin du paradis terrestre, d'avoir le glaive en main pour chasser notre chair et pour retrancher tous les désirs qu'elle a d'entrer dans les délices.
C'est à l'Esprit divin, qui possède notre âme et notre esprit, à rebuter la chair dans les approches qu'elle fait du paradis terrestre; elle doit toujours demeurer privée de tout ce qu'elle désire, et quelque prétexte qu'elle puisse avoir, elle, doit être rebutée dans ses demandes : l'on refuse à Adam l'entrée du paradis où est le fruit de vie, dont il doit être absolument privé, aussi bien que de la beauté et de la douceur qui s'y rencontrent.
Un pécheur ne doit pas même, dans les choses saintes, jouir des plaisirs, des goûts, des joies et des sentiments que Dieu a préparés aux âmes innocentes, il n'y a que feu et mort pour la chair du pécheur : c'est ainsi que le glaive de feu que l'ange tient à la main parle encore à "présent à tout l'Adam qui vit au monde.
C'est à nous, ô mon Dieu, suivant vos jugements, d'attendre et l'enfer et la mort, au lieu de rechercher nos plaisirs et nos joies; je suis à vous, ô Dieu d'amour et de miséricorde 1 Je suis à vous, ô mon Seigneur Jésus, souverain juge des créatures; je suis à vous, prêtre zélé de la gloire de votre Père;
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vous avez, comme un autre Ahra-ham, le couteau et le feu dans la main; faites de la victime qu'on vous présente tout ce qu'i' vous plaira.