‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 84 sur 394 · SXERC1CE POCR LE COUCHER , APRÈS LA PRIÈRE DU SOIR · texte numérisé non relu

SXERC1CE POCR LE COUCHER , APRÈS LA PRIÈRE DU SOIR

Comme nous avons dit qu'il fallait regarder la nuit comme la mort, notre lit comme un tombeau et notre examen comme le jugement de Jésus-Christ sur nous, il est bon, avant que de nous mettre au lit, de nous sanctitier intérieurement par l'esprit de mo'-t, que Jésus-Christ donne dans l'Eglise aux fidèles à la (in de leur vie.

Il faut par avance prendre part à la grâce de l'Extrême-Onction, qui est une des plus grandes grâces de l'Eglise, et qui paraît, par les termes et par la forme du sacrement, une des plus considérables miséricordes de» Dieu sur nos âmes

Le sacrement de l'Etrême-Onction a été institué par Jésus-Christ Notre-Seigneur pour réparer dans les Chrétiens le mauvais usage de leurs sens, qui par le baptême avaient été consacrés et dédiés à Dieu, afin qu'on en usât' saintement et à sa gloire, et qu'en mourant, on se trouvât revêtu d'une pleine moisson de dépouilles et de trésors immenses.

Le saint baptême nous donne ce privilège d'être tout revêtus de Jésus-Christ. Saint Paul le dit ainsi : Tout autant que vous êtes de baptisés, vous êtes intérieurement revêtus et possédés de Jésus-Christ : « Qaicunque in Domino baptizati estis, Christian induis tis. » (Galat. m, 27.) Jésus-Christ veut animer nos puissances et notre fond, afin d'user en nous des créatures à la gloire de Dieu, et de faire ainsi que son Père soit honoré, servi et glorifié en ses membres, comme il l'a été en sa propre personne dans le temps de son infirmité; il prétend animer nos puissances de son esprit et de sa vie, comme son corps en était animé pendant qu'il vivait sur la terre.

11 n'a point eu d'autre raison de faire cet épanchement de lui-même en tous ses membres, que d'honorer Dieu autant qu'il le peut être, et d'animer les fidèles de son propre Esprit, de ses vertus et de ses intentions, pour dilater ses services et sa religion envers Dieu.

Néanmoins, la plupart des Chrétiens, à l'heure de la mort se trouvent nus, misérables et vides de bonnes œuvres devant Dieu, ce qui leur est un grand sujet de condamnation. Jésus-Christ descend en eux en leur extrémité, il leur applique ses bonnes œuvres et les couvre de ses mérites, afin qu'étant pleins de lui et enrichis des trésors qu'il a acquis sur la terre par le bon usage ue ses sens et de ses puissances, ils paraissent en cet état devant son Père.

C'est un effet de l'infinie miséricorde de Jésus-Christ, qui, nonobstant l'abus que nous avons fait de nous-mêmes, nonobstant celui que nous avons fait de son Esprit, ne laisse Das, dans le dernier temps de notre

vie , où nous ne pouvons plus opérer , de nous communier pleinement à lui et à toutes ses bonnes œuvres, vu principalement que la mort étant proche, il semble que nous ne pouvons [dus perdre ce grand trésor de sa communication universelle.

Les bons sont animés de Jésus-Christ et sont mus en leurs facultés et en leur puissance par son esprit de vie; en sorte qu'ils ont part et qu'ils communient à ses mérites et à ses œuvres, à cause qu'ils se laissent mouvoir à lui; et un jour leurs membres seront revêtus de sa même gloire, comme ils auront été ici remplis de sa vie divine.

Les mauvais sont toujours temples du Saint-Esprit, quoiqu'ils ne le veuillent pas; le Fils de Dieu vit en eux sans les animer de sa vie, faisant en lui seul ce qu'eux-mêmes devraient faire pour Dieu son Père ; il condamne les tentations auxquelles ils s'abandonnent, et, demeurant en eux, il fait usage de sa vie, et de son Esprit, par la vertu duquel ils refusent d'être animés et conduits. Pendant qu'ils blasphèment, Jésus- Christ loue Dieu son Père en eux; pendant qu'ils dérobent aux uns, Jésus-Christ fait du bien et donne l'aumône aux autres; pendant qu'ils s'appliquent à la médisance et aux pensées impures, Jésus-Christ en eux est dans l'application de sainteté à Dieu et de charité infinie envers le prochain ; enfin Jésus-Christ est alors une forme assistante qui opère en soi pour la majesté de Dieu , mais il n'est pas forme vivifiante, il n'anime pas de sa vie divine le sujet où il est, Jésus- Christ vit tout seul en eux, comme les anges vivent dans des corps morts, sans leur donner leur vie, et c'est en cela qu'est malheureuse la vie des mauvais Chrétiens, qui ne sont pas animés de Jésus-Christ qu'ils ont en eux : car s'ils voulaient s'abandonner à lui, ils seraient, comme les bons, en part et en communion de ses opérations et de ses œuvres divines; où au contraire Jésus- Christ est en eux détestant continuellement leurs œuvres, et les condamnant à la mort et à la damnation éternelle.

Or ce sacrement de l'Extrême-Onction ne répare pas seulement dans les Chrétiens le mauvais usage de leurs sens, mais il les met encore en part de l'usage actuel que Jésus- Christ a fait en eux de son Esprit et de sa vie.

O bonté ineffable de Notre-Seigneur, qui, à l'heure de la mort des fidèles, prévenant sa justice et le moment de son jugement de rigueur, par un excès de miséricorde vient imprimer en eux sa vie qu'ils avaient perdue et les remplir des mêmes œuvres dont ils seraient couverts, s'ils avaient été fidèles à son Esprit, étouffant ainsi la matière de son jugement et de leur condamnation, et au contraire, substituant en eux la matière de son estime et de sa complaisance.

Ce sont là deux bontés admirables de Jésus-Christ au saint sacrement de l'Extrême- Onction. L'une est de nous charger des bonnes œuvres qu'il a laites pendant son séjour sur la terre, enrichissant de ses tré-

OEUVRES COMPLETAS DE M. OLIEB.

sors noire misère et notre mendicité. L'autre est d-e réparer en nous le saint usage qu'il a fait de notre vie pendant son séjour en nous-mêmes, n'ayant aucun égard aux mépris qu'il a soufferts en nous, ni à l'infidélité que nous avons eue poui son esprit et pour sa vie; en quoi parait sa douceur ineffable et sa miséricorde infinie, que le prêtre publie toutes les fois qu'il applique quelque onction particulière, en disant : Per suam piissimam misericordiam indulgeal, etc

Il faut donc en nous couchant le soir, qui est le temps destiné pour nous préparer à la mort et qui nous la représente sensiblement, nous tenir présents à Jésus-Christ, et ie supplier qu'il nous mette en part de tout le bon usage qu'il a fait de ses sens et de ses puissances pendant sa vie, pour réparer en nous le mésusage et l'emploi inutile et vain que nous avons fait de nous-mêmes en ce jour.

Cela nous servira de préparation pour recevoir un jour en plénitude de grâce l'Extrême-Onction, à laquelle peut-être nous nous trouverions mal disposes à l'extrémité de notre vie, où pour l'ordinaire on nous llatte et on attend que nous ayons quasi perdu l'usage de la raison pour nous faire recevoir une grâce si importante et si utile au salut.

Il faut demander pardon à Dieu de tous les mauvais usages que nous avons faits de nos ?2ns, et de bon cœur les condamner à la isort, dont le sommeil est l'image : il faut consentir qu'ils soient un jour détruits et consommés en pourriture, puisqu'ils n'ont pas été animés se la vie de l'Esprit, ni dirigés par la conduite de Jésus-Christ en nous, et qu'au contraire ils ont vécu d'une vie de chair et dans l'esprit d'iniquité. Il faut prier Dieu le Père qu'il nous fasse cette miséricorde de nous redonner la vie de Jésus-Christ son Fils, que nous avons perdue et négligée durant ce jour, le conjurant de revêtir notre âme de ses œuvres divines et de la remplir d»la vertu et de l'onction même dont elle aurait été imbue si nous eussions été fidèles à l'Esprit.

Regardons cette pratique comme une réparation de ce que la grâce de notre baptême aurait opéré en ce jour, de même que l'Extrême-Onction sera une réparation universelle de toute notre vie.

Ainsi, ensevelissons-nous avec Jésus- Christ dans le tombeau de notre lit, et avant que de nous endormir disons ces dernières paroles : In pace in idipsum dormiam et requiescam. (Psal. îv, 9.) Je suis en paix en Jésus-Christ, et je prends mon repos en lui dans la douceur de mon sommeil.

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