‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 85 sur 394 · EXERCICE PLUS COURT POUR LE COUCHER · texte numérisé non relu

EXERCICE PLUS COURT POUR LE COUCHER

Le saint sacrement de l'Extrême-Onction et les cérémonies qui s'y font sont proprement les obsèques de l'âme du Chrétien, et les derniers témoignages de charité et de misérirnr'ie que Jésus-Christ lui rend en cette ve. Nous avions été hantises dans la

croix, dans la mort et dans la sépulture de Jésus-Christ; mais nous sommes sortis de la grâce de ces mystères par l'amour des créatures et par l'adhérence à notre chair; ce qui nous rend autant coupables devant Dieu que nous avons été vivants à cette vie de chair; notre âme a fait mauvais usage de ses sens en les appliquant aux créatures, au lieu qu'ils devaient être en la disposition de l'esprit intérieur de Jésus-Christ, qui en voulait user pour Dieu son Père et qui voulait communier notre âme à ses propres dispositions, intentions et sentiments.

Jésus -Christ, qui voit nos sens chargés d'impureté et du honteux et malheureux usage qu'ils ont fait de leur vie, et qui voit encore qu'ils n'osent pas paraître devant Dieu en cet état, vient lui-même s'appliquer à eux et les revêtir et enrichir du trésor infini qu'il a acquis par l'usage admirable qu'il a fait des siens à la gloire de son Père.

Il est donc bien à propos, en nous couchant, de nous exposer à Jésus-Christ Notre- Seigneur, couverts de honte du pauvre usage que nous avons fait de nos sens et d« nos puissances intérieures et extérieures, conjurant le Fils do Dieu de nous vouloir sanctifier en tout nous-mêmes, et d'appliquer sur nous l'usage qu'il a fait de ses sens et de nous-mêmes dans tout le temps de sa demeure sur la terre, où il a fait sans nous l'usage que nous devrions avoir fait de nous.

Jésus-Christ, qui, selon saint Paul, demeure en nous par la foi, est étendu à toute notre âme, et use de toutes nos puissances à la gloire de Dieu ; il nous met en part de son onction et de sa vie, quand nous voulons être fidèles à nous laisser agir et diriger à lui; mais quand l'âme s'épanche au dehors et qu'elle suit l'attrait des objets extérieurs et l'impétuosité de la chair, alors elle vit seule et n'est point animée de Jésus- Christ.

Or c'est en cela que paraît la grande miséricorde de Dieu et la bonté de son Fils, de vouloir nous communier à lui et nous mettre en participation des divins mouvements de sa vie, que nous avons déjà ; erdue et méprisée par le péché.

Désirons donc en nous couchant que Jésus-Chrisi imprime sa vie en nous, et qu'il nous revête de lui-même en réparation de notre perte, et du mauvais usage que nous avons fait de nous et de lui en nous-mêmes pendant cette journée.

DIVERSES RENCONTRES DE PÉN1TENCK.

11 y a trois sortes de pénitence : la première est imposée de Dieu, la seconde par l'Eglise, et la troisième par nous-mêmes, quand nous sommes soumis à l'Esprit intérieur de Jésus-Christ pénitent, qui use de notre force et qui nous anime de son zèle . pour punir notre péché, et pour satisfaire à la justice de son Père.

La première sorte de pénitence est toujours la plus sensible comme étant la plus pure, parce qu'elle est ordonnée par la sa-

gesse de Dieu, qui connaît notre faible et l'endroit où il nous peut plus vivement toucher, et Dieu nous imoose celte pénitence en quatre manières.

En la première, Dieu applique dans l'intérieur de l'âme les plus sensibles opérations qui puissent crucifier un esprit, telles que sont les tristesses, les ennuis, les langueurs, les inquiétudes, les sécheresses, les délaissements, les rebuts, les reproches. Ainsi saint Paul rapporte qu'une fois il fut si accablé d'affliction qu'il était ennuyé de vivre, et que, se retirant en l'intérieur de son âme pbur y trouver du soulagement, il entendit une voix de Dieu qui lui reprochait qu'il était indigne de vivre, ce qui fut le dernier point de son abattement.

La seconde manière de pénitence que Dieu nous impose n'est pas immédiatement de lui ; mais elle est ordonnée par lui : ce sont les tentations extérieures et violentes que le démon opère, comme exécuteur des vengeances de Dieu : il environne l'âme de scrupules, de blasphèmes, de désespoir, d'illusions, d'abattements, de tristesses, de pressures de cœur, de jalousie, de colère et autres sortes de passions et malignités trèsviolentes, qui servent à punir ceux qui ont souvent péché dans ces choses et à qui Dieu veut par justice et sagesse faire trouver leur pénitence où autrefois ils trouvaient leur plaisir.

La troisième manière de pénitence ordonnée de Dieu, est la persécution des hommes, l'éloignemenl et le mépris de ceux que nous avons aimés et qui devraient avoir plus de reconnaissance et de tendresse pour nous. Dieu se sert d'eux parfois pour châtier l'excès de l'amour que nous leur avons porté, qui nous a fait désirer de nous les conserver au préjudice même de Dieu. Ainsi en est-il du murmure et de l'ingratitude, et de l'infidélité des serviteurs et domestiques. Ce sont les peines imposées aux personnes de condition, en la place des plus basses afflictions et des dernières servitudes, à quoi Dieu, pour la punition du péché originel, a assujetti les hommes, qui ne doivent manger leur pain qu'à la sueur de leur visage. Les médisances aussi, et les calomnies des esprits malicieux, les visites importunes de gens qui sont à charge, la persécution des procès et le soin affligeant de conserver son bien, sont de vraies épines, qui, par la justice de Dieu, naissent dans la terre des pécheurs.

En la quatrième manière dont Dieu impose la pénitence aux hommes, nous comprenons les maladies du corps et les souffrances aiguës ou languissantes de la chair, lesquelles parfois surpassent et les forces de la nature, et l'art et la connaissance des médecins ; ce qui marque le droit que Dieu a de punir le corps du péché, et la chair de malédiction, Telles sont aussi les rigueurs de l'hiver, les ardeurs de l'été, la soif, la faim, et la pauvreté môme, où l'on voit que Dieu prend plaisir do réduire parfois les siens, par des ressorts de sa providence et

de sa justice très-cachés et très-admirables. Ainsi l'on voit la vie des hommes toute en croix et toute en épines : elle est comme le buisson ardent de Moïse, qui brûle sans se consumer. Ce sont les diverses manières dont Dieu a coutume d'affliger les pécheurs, pour les tenir en pénitence.

Pour les pénitences que l'Eglise nous impose,ellessedoivent considérer en général ou en particulier. En général, elles comprenneut les Carêmes, les Quatre-temps , les jours d'abstinence de viande, etc. ; en particulier, ce sont les pénitences imposées par les confesseurs aux pénitents, au nom de toute l'Eglise.

Enfin la troisième sorte de pénitence est celle que nous nous imposons à nousmêmes par l'esprit de Dieu, pour nous punir et pour venger Dieu sur notre chair, qui est son ennemie, la regardant comme une chair étrangère qui ne nous touche point et que nous ne devons pas écouter en ses plaintes. En celte pénitence, i'1 faut comprendre les privations des choses superflues que nous voulons souffrir dans les occasions; par exemple, s'abstenir à la table des morceaux délicats, inutiles à la santé et à la vie, et qui servent seulement à la satisfaction du goût et au plaisir de la chair, s'abstenir des regards qui ne font que contenter la vue, s'abstenir du toucher, et même du parler, en beaucoup d'entretiens oiseux qui sont entièrement inutiles, et qui souvent blessent le prochain et la charité qu'on lui doit.

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