ACTES PENDANT LE SAINT TEMPS DES MALADIES
Mon Seigneur et mon Dieu, vrai homme de douleurs, je vous adore en vos souffrances.
Je vous adore dans vos peines, qui ont été les peines de tout le monde, dont vous vous étiez chargé : Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit. (Isa. lui, k.)
Je vous adore en tout ce qu'il a plu à Dieu le Père vous faire souffrir intérieurement et extérieurement.
J'adore et je révère du plus profond de mon cœur les plaies de votre corps et les sensibles amertumes de votre âme.
Mais puis-je vous honorer comme vous le méritez, ô mon tout, ô ma vie 1 ce qui se passe dans le sanctuaire de votre cœur est bien plus étendu que tout ce qui se voit en votre croix. O Dieu, quelle contradiction, quelle mer, quel abîme et quel océan de douleurs 1
Vous avez vu ce que devaient souffrir les hommes dans leur corps et dans leur âme, et votre âme s'est étendue à tout cela.
Votre esprit intérieur, plus étendu que tout le monde, a souffert au commencement des siècles dans Abel et endurera encore jusqu'à la fin ; il a voulu en soi faire l'expérience des peines de tous les hoiames; il
t voulu charger sur soi toutes leurs douleurs : ô abirue fie douleurs, ô mer de contrition 1
Que de maux vous avez endurés tout d'un coup 1 ayant l'esprit chargé de toutes ces amertumes, vous deviez être mille fois accablé sous ce fardeau, si la puissance de la Di\inité ne l'eût supporté en votre Ame.
Plus, mon Seigneur, vous étiez élevé en puissance, plus vous avez supporté de tourments, faisant voir ce que pouvaient supporter la grandeur et la majesté d'un Dieu.
Rien n'était digne de faire voir sa patience que l'étendue des soutTranc.es et des maux qu'il a portés en nous. O la gloire de Dieu, que les souffrances de mon Jésus I
Esprit de mon Jésus, qui avez le zèle de souffrir tous nos maux pour l'honneur de votre Père et pour le bien des hommes, leur méritant la grâce de les supporter saintement et d'une façon digne de Dieu, venez en moi pour me donner la puissance de les endurer.
Venez, ô mon Jésus, accomplir vos souffrances, et achevez ce qui manquait à vos peines; car vous avez en moi un corps dans requel vous pouvez maintenant endurer en effet ce que vous n'avez pu supporter dans le vôtre qu'en désir.
Votre Esprit, ô mon Jésus, était bien plus étendu que voire corps, et vous désiriez endurer beaucoup plus que votre chair ne pouvait porter; c'est pourquoi je vous offre maintenant mon corps pour l'ajouter au vôtre, afin que vous portiez en lui, par votre Esprit, ce que vous désiriez.
Si je pouvais vous fournir autant de corps que le mien peut avoir de parties pour le remplir de votre Esprit et pour supporter en eux ce que vous désirez, je le ferais de tout mon cœur.
Mais, mon bien, mon amour, étendez mes douleurs autant que vous voudrez, prolongez mes souffrances autant qu'il vous plaira, et même autant de siècles qu'il y en doit avoir jusqu'à, la tin du monde.
Je vous offre mon corps pour endurer en autant de sortes qu'il y a de genres de souffrances que vous n'avez pas supportées en vous-même, et qu'il y a eu d'infidèles en l'Eglise qui ont refusé de souffrir en votre Esprit.
Je me livre à vous, ô mon tout, poursupporter en vous les tourments de mes frères. Je vous offre mon corps, et j'attends votre Esprit, je ne puis rien qu'en vous seul.
Mon Seigneur Jésus-Christ, je me donne à vous, afin que vous soutiriez en moi : ce n'est pas que j'en sois digne, et que je mérite cet honneur; mais c'est afin, mon Dieu, que vous ayez ce plaisir de souffrir encore sur la terre eu l'honneur de votre Père.
L'état où vous êtes à présent dans la gloire vous rend impassible en vous-même ; vous ne pouvez souffrir en votre corps, je vous présente celui-ci en qui vous pouvez endurer.
O mon tout, je vous offre à ma confusion
un corps corruptible et mortel, un corps impur, abominable et très-indigne que vous soyez présent à lui.
Je vous présente une chair de péché, qui mérite la mort, mille tortures et mille enfers. C'est à vous, ô mon tout, delà rendre digne de vous, purifiant mon âme et la sanctifiant par votre amour et par votre grâce.
C'est à vous, ô mon tout, à me fortifier de votre vertu qui, habitant en moi, portera tous les maux que la justice de votre Père me voudrait imposer.
Mon bien-aimé Jésus, voyez cette victime, qui ne se sent pas digne de se sacrifier à Dieu, elle ne peut être sanctifiée qu'en votre seul Esprit.
O tout amour, vous êtes la seule victimo digne de Dieu, et qui lui avez été offerte pour les péchés de tout le monde : vous pouvez maintenant dans chacun de nous vous présenter à Dieu et souffrir pour sa gloire.
L'Eglise est la victime entière qui doit être immolée à mon Dieu ; niais elle ne le peut être qu'en Jésus-Christ et en son Esprit : pour cela, mon amour, n'épargnez rien de votre Eglise, usez de la moindre des créatures que vous avez choisies pour votre Père; sanctifiez ce qui est de plus impur, ce qui est de plus faible, ce sera votre honneur ; en un mot, réparez se's faiblesses, remplissez tous ses besoins ; plus la créature sera réformée et réparée en votre Esprit, plus elle tiendra de vous.
Nos besoins, ô mon tout, et nos infirmités nous seront bien avantageuses, si elles peuvent être réformées en vous.
Mon tout, qu'à tout jamais je sois plein de faiblesse et que je me glorifie en mes infirmités, afin que votre vertu divine habite en moi : Libenter gloriaborin infîrmitatibus meis ; ut inhabitée in me virtus Christi. (7/ Cor. xn, <P