QIAXD ON EST OBLIGÉ DE SOHTIR EN CARROSSE
Je vous adore, mon Dieu, suffisant à vousmême, vous êtes votre monde, et portez en vous toutes nos nécessités.
Mon Dieu, vous êtes toujours le même et ne pouvez souffrird'altération en vous; vous agissez toujours sans recevoir de diminution.
Que vous êtes heureux clans votre indépendance, et que je me réjouis de vous voir au-dessus de la nécessité et de l'indigence de toutes choses 1
C'est nous, mon Dieu, que vous formez exprès pour être dans l'hommage continuel de votre suffisance ; nous n'avons rien de nous-mêmes, mais tout par vous et par vos créatures.
Nous ne saurions vivre un seul moment sans le secours de tout un monde, et d'une quantité de créatures qui nous servent.
Vous avez fait 'les anges qui n'ont besoin de rien, qui sont eux-mêmes leur monde, qui trouvent en eux toutes leurs nécessités; mais pour nous qui v.vons dans la terre, nous sommes environnés de mille créatures qui nous sont nécessaires pour subsister.
Quand je vois même combien il faut de créatures qui soulagent ma peine et qui travaillent pour me secourir dans l'incommodité que je souffre à aller, je suis tout couvert de confusion.
Un ange va de lui-même sans secours, et ne se lasse point; un oiseau vole, un lion marche, un poisson nage, le soleil court, et les astres aussi, sans l'aide d'aucune créature ; et moi, pauvre misérable, je ne saurais marcher sans des machines, et sans l'assemblage d'un nombre de créatures.
Combien, mon Dieu, faut-il de créatures animées qui contribuent à celai Combien d'esprits que vous remplissez d'industrie et d'adresse, pour travailler avec application et avec soin à celte grâce 1
Je ne puis comprendre votre amour pour mon indigence; je ne puis concevoir votre soin, votre sagesse et votre vigilance pour mes nécessités.
Vous me regardez par mille yeux, vous travaillez pour moi par mille mains; et, mon Dieu, je ne vous vois point, je ne vous
OEUVIIES COMPLETES DE M. OLIEtt.
pu liénis point, je no vous en loue point, et bien souvent j'en use pour mon plaisir et pour nia vanité; bien souvent même contre vous, et pour aider à mon péché.
Ingrat que je suis des bienfaits de mon Dieu; au lieu d'adorer ses grands soins et sa divine providence, pius elie augmente le nombre des bienfaits qui m'environnent et des créatures qu'elle applique pour moi, plus je me sers de ces mêmes choses pour l'oublier et m'aveugler en mon amour-propre.
Je me fais un dieu de moi-même, à cause que je vois que tant de choses travaillent pour moi. Hélas 1 mon Dieu, que je me vois aveugle maintenant qu'il vous plaît de me dessiller les yeux I
Que je vois bien en votre amour et en votre sainte lumière, que c'est à vous que toutes ces choses servent ; elles sont le supplément de mon infirmité; elles me font voir ma nécessité, mon indigence et ma faiblesse I
Mon Dieu, si vous n'aviez pas voulu donner l'invention et l'adresse à tous ces ouvriers de travailler pour moi, si vous ne leur donniez cette application particulière à ces métiers que vous jugez m'être utiles et nécessaires, jamais je n'aurais pu me procurer ce soulagement.
Hélas ! mon Dieu , que de métiers se rencontrent nécessaires pour faire un seul carrosse! combien d'ouvriers travaillent ensemble pour le composer? Des charrons, des menuisiers, drs serruriers, des maréchaux, des passementiers, des selliers, des doreurs, des cloutiers et d'autres quejenepuis nomhrer! Faut-il pas des chevaux, des cochers, des laquais? et tout cela, mon Dieu, pour m 'aider à marcher et pour me reprocher mon impuissance.
De combien d'autres choses ai-je besoin a tout moment, sans quoi je ne saurais vivre! J'ai besoin de toute une ville et d'un monde tout entier, sans ce que je viens de décrire pour le soulagement du marcher.
Mon Dieu , combien de monde pour la seule nécessité du manger et du vêtir! Combien faut-il à la campagne de laboureurs qui préparent la terre à recevoir le grain 1 combien de moissonneurs qui travaillent à le recueillir! Après cela, combien de gens qui le conservent, combien qui nous l'apportent, combien de meuniers qui travaillent à moudre le blé, combien de boulangers pour le cuire, combien de pourvoyeurs, d'intendants, de contrôleurs, de sommeliers et d'écuyers pour le porter sur les tables I
Hélas! mon grand Dieu, mon tout, que de sujétion et que de dépendance!
Qiiel soin est celui de votre providence qui ordonne ces choses, qui règle et qui dispose les inclinations de tons, pour les porter à ces conditions dépendantes l'une de l'autre, lesquelles s'assistent et se servent poui le soulagement de votre créature!
Kl bien souvent quelle est cette créature? wn néant, un rien , une petite misérable et malheureuse pécheresse , qui portera dans
son sein l'impureté de mille ordures qui mériteraient tout ensemble un million d'enfers.
F.t vous souffrez cela. Seigneur, et vous travaillez pour cela avec autant d'amour que si c'étaient des saints ou des saintes sur la terre.
Grand tout, punissez-moi, ou bien changez ma vie; ne souffrez pas, Seigneur, que je mésuse davantage de votre bien , et que dans la possession de vos créatures j'oublie mon indigence et ma nécessité.
Que je vous voie toujours , et que je me tienne assujetti à vous par tout autant de chaînes que je vois de créatures dont je dépends en mes besoins, lesquelles toutes ne me servent qu'en vous qui vivez en elles, et qui les tenez liées è moi, ou par vue d'intérêt ou par inclination.
Mon Dieu, s'il me fallait encore parcourir tous ces autres métiers qui travaillent incessamment pour moi , je devrais rapporter toute une république; c'est assez que je confesse, en passant par les rues, que je ne vois pas un seul méliur duquel je ne dépende. Pauvre misérable que je suis en mon exaltation imaginaire et en ma vanité chimérique.
Ce qu'il y a de plus honteux à nomme; est le plus nécessaire h la vie, et dont l'on dépend davantage; tous ces métiers qui servent au manger, comme ces bouchers, ces boulangers, ces charcutiers, ces cuisiniers, ces rôtisseurs et ces fruitiers, sont ceux de qui je dépends si absolument pour la conservation de mon être , que s'ils venaient tous à manquer pour quelques jours , je me verrais mourir de faim.
De même en est-il du besoin du vêtir ; si l'on ôtait tous les métiers qui servent à couvrir notre honte et notre confusion , ou il faillirait toujours demeurer renfermé, ou ne paraître qu'avec ignominie.
Qui pourra vivre dans la vie commune et civile, sans être dans la dépendance d'un cordonnier, d'un linger, d'un tanneur, d'un drapier, d'un tailleur, d'un chapelier, d'un mercier; sans descendre au particulier des conditions des hommes ?
Hélas! que je me plais à nommer toutes ces choses basses et viles pour faire rougir la créature, qui ne voudrait pas nommera sa confusion tant de sortes de personnes dont elle est dépendante!
Louange à Dieu et à Jésus, que les grandeurs du inonde dépendent de la bassesse, et ne subsistent que par la vilité et misère des choses qu'on n'ose pas nommer.
Je sens bien de la répugnance d'y penser, à cause de mon orgueil; mais je m'efforce en l'esprit de mon maître et de mon amour Jésus, pour d'entretenir de ce que je suis, ei pour me confondre dans les sujets de ma vanité.
Mon Seigneur Jésus, par esprit de sainteté vous n'avez pas voulu ètfe dans la dépendance de tant de choses ; vous avez vouiu vous servir vous-même et vous passer do tant de créatures, vous étiez pauvre en cela
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aux yeux du monde ; mais aveugle qu'il était, il ne voyait pas que c'était une marque de votro richesse et de votre indépendance.