‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 9 sur 394 · DE IA SECONDE CONFORMITE QUE NOUS DEVONS AVOIR AVEC JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE IA SECONDE CONFORMITE QUE NOUS DEVONS AVOIR AVEC JÉSUS-CHRIST

La seconde conformité que nous devons avoir avec Jésus-Christ, est celle que nous devons avoir à son intérieur en ses mystères : en sorte que nos âmes soient rendues conformes en leurs sentiments et dispositions intérieures, non-seulement à l'extérieur des mystères, comme nous avons vu, mais encore aux dispositions et sentiments intérieurs que Notre-Seigneur avait dans ces mêmes mystères.

En cela consiste proprement ta vie chrétienne, que le Chrétien vive intérieurement par l'opération de l'esprit, en la manière que Jésus-Christ vivait. Sans cela il n'y a point d'unité ni de conformité parfaite, à laquelle pourtant nous appelle Notre-Seigneur, qui veut que nous vivions avec lui, par l'opération de l'Esprit, d'une vie aussi véritablement une, comme le Père et le Fils vivent entre eux, qui n'ont rien qu'une vie, un sentiment, un désir, un amour, une lumière, à cause qu'ils ne sont qu'un même Dieu vivant dans les deux personnes.

C'est pour ce sujet que l'esprit de Dieu est répandu dans les Chrétiens, comme dans les membres d'un même corps, pour les animer d'une même vie, et avoir en eux les mêmes opérations qu'il exerçait en Jésus- Christ, dilatant ainsi ses occupations, dispositions, amours et mouvements. Et tout de même qu'une goutte d'huile sur un satin blanc, qui n'occupait auparavant qu'un petit coin de l'étoffe, se dilate en peu de temps sur toute la pièce; ainsi l'esprit de Dieu en

(1 1) lit sequalui me. {Mailh. xvi, 24 )

Jésus-Christ, qui était vivant dans son cœur, avec le temps et la succession des années que les fidèles se trouvent unis à Jésus- Christ, se dilate dans tous, et fait que tous sont faits participants d'un même goût, et d'un même odorat, et enfin des mêmes sentiments. C'est le même esprit en tous, opérant en tous les mêmes choses : en sorte qu'étant ainsi transformés et réformés par lui en Notre-Seigneur au fond de leur âme, ils ne sont plus différents par les sentiments particuliers de la chair et de l'amour-propre, qui régnent ordinairement en un chacun dilféremment , selon la diversité de leurs tempéraments et de leurs caprices différents; mais ils sont tous un par l'unité d'un seul esprit régnant en eux, et pénétrant leurs cœurs. Ils ne sont plus différents par la diversité des religions : Ubinon est gentilis, et Judœus, circumeisio et prœputium. (Col. m, 11.) Non est Judceus, neque Grœcus (Galat. m, 28); ni par la distinction des climats, par la diversité des nations, par l'opposition des tempéraments et des mœurs barbares : Barbants, et Sajtlia (Col. ni, 11); ni par la différence des conditions : Servus, et liber (Ibicl.) ; ni encore par fa diversité des sexes : Non est masculus, neque. femina; parce qu'ils sont tous une même chose en Jésus-Christ : Omnes enim vos union estis in Christo Jesu (Galat. m, 28) ; et que Jésus-Christ est toutes choses eu tous : Sed omnia et in omnibus Christus. (Col. m, 11.)

Et non-seulement il les remplit des dispositions générales de son cœur , comme d'horreur du péché, d'anéantissement de lui-même, d'adoration profonde et de révérence de son Père, d'amour parfait du prochain; mais encore des dispositions particulières qu'il a eues en ses mystères. Car, comme toutes ces dispositions saintes en l'âme de Jésus-Christ étaient l'objet de la complaisance et des joies de Dieu son Père, de là vient que le Saint-Esprit, qui ne recherche partout que cette complaisance du Père, se plaît à se répandre ainsi en opérations saintes dans les âmes disposées à le laisser agir en elles.

C'est ce qu'il opère à la gloire de Dieu, particulièrement dans les âmes calmes et vides de toutes choses qui lui en donnent le loisir, et ce qu'il désire surtout de faire dans celles qui sont choisies pour représenter Jésus-Christ sur la terre, et pour continuer sa vie de Chef et de Pasteur envers les hommes, sa vie de supplément des hommes, qui est la vie du prêtre, lequel tient la place Oe Jésus-Christ pour suppléer à la religion de tous les hommes, et être ainsi le religieux universel de l'Eglise, priant, louant, aimant pour tous, se chargeant et s'acquiltant des devoirs de tous, comme réparateur des omissions de tous.

Voilà donc le dessein du Fils de Dieu venant sur la terre. Il a voulu continuer, dans les Chrétiens, la sainteté de ses mystères et extérieurs et intérieurs, et établir en eux

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en quoi consiste la des membres à leur

ces (Jeux conformités parfaite ressemblance chef.

La voie de Dieu, pour faire cet ouvrage si sublime, a du rapport à la conduite qu'il tient dans l'ordre de la nature, où rien ne se fait tout d'un coup; mais chaque chose va croissant peu 'à peu, et s'acquérant insensiblement la perfection à laquelle la sainte providence de Dieu veut l'élever dans l'ordre naturel. Ainsi il faut être enfant avant que d'être homme parfait ; et il faut que les arbres portent des bourgeons, des feuilles et des Heurs, avant que de porter des fruits. Il en est de même dans la vie spirituelle : il faut commencer premièrement, et avancer ensuite, avant que d'être achevé. Car comme la sublimité de l'état chrétien consiste à la participation et à la communion sainte de Jésus - Christ Notre-Seignenr ressuscité, monté au ciel, et consommé en Dieu son l'ère; aussi, avant que d'y pouvoir parvenir, il faut avoir passé dans son premier état, qui est celui de la mortification, de la souffrance et de la croix, de rabaissement et de la mort à tout.

Les Chrétiens], pour être dans leur véritable vocation, qui est de représenter Jésus- Christ en eux, doivent exprimer en leur vie tous ses états très-saints, et dans le même ordre qu'ils ont été en Jésus-Christ. Et par conséquent, comme Jésus-Christ, notre modèle sacré, a premièrement souffert toutes les ignominies possibles, les fouets et les gibets; qu'il est mort et qu'il a été enseveli avant que de ressusciter et que d'entrer dans sa gloire: Oportuit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam [Luc. xx.iv, 26) : il faut aussi qu'un Chrétien porte en soi tous ces états d'humiliation, avant que de pouvoir participer à sa sublimité et à sa grandeur.

La vie chrétienne a deux parties : la mort et la vie. La première sert de fondement à la seconde. Cela est réitéré dans les écrits de saint Paul, et particulièrement dans le s:xième chapitre de ÏEpître aux Romains : Ignorez -vous, qu'ayant été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort? Car nous avons été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême, afin que, comme il est ressuscité, nous marchions aussi dans vne nouvelle vie. Et après il ajoute: Faites étal que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu en Jésus - Christ (15). Et en mille autres endroits, il répète ces deux membres de l'état chrétien; en sorte toutefois, comme nous avons dit, que la mort doit toujours précéder la vie. Et cette mort n'est autro chose que la ruine entière de tout nousmêmes, afin que tout ce qu'il y a d'opposé à Dieu en nous étant détruit, son Esprit s'y établisse dans la pureté et dans la sainteté de ses voies.

C'est donc par la mort qu'il faut entrer dans la vie chrétienne. Mais il faut savoir de

(1Î>) .Ah ignoratis quia quicunque bapltxali sumus in Christo Jesu, in ninrlc ipsius baplizali sumus ? Cnnsepulli enim sumus cum illu per bapïismum in morte m, ut quomodo Cliristus suin.u'i a mortuispei

quelle façon se fait cette mort, et comment l'Esprit de Jésus-Christ l'opère en nous. El pour cela il faut remarquer la différence qu'il y a entre l'Esprit de Dieu et l'Esprit de Jésus-Christ : car quoique l'Esprit de Dieu et celui de Jésus-Christ ne soient qu'un, néanmoins, à cause des diverses opérations qu'il produit, il prend quelquefois le nom d'Esprilde Dieu, et quelquefois le noen d'Esprit de Jésus-Christ.

Lorsque le Saint-Esprit agit en nous, et qu'il y établit des vertus de force, de vigueur, et de puissance, et qu'il nous met dans la participation des perfections et des attributs de Dieu, qui n'enferment en eux aucun abaissement, alors cet Esprit divin s'appelle Esprit de Dieu, parce que Dieu, en tant que Dieu, n'a en lui que la grandeur et la majesté : mais lorsque ce même Esprit opère en nous les vertus de Jésus-Christ, qui sont les vertus chrétiennes, qui portent avec elles l'abaissement et l'humiliation , comme sont l'amour de le croix, de l'humilité, de la pauvreté, du mépris; alors cet Esprit saint s'appelle Esprit de Jésus-Christ. Nous avon? donné avis de cette différence, afin que dans la suite on fasse discernement de ces façons de parler.

Or c'est cet Esprit de Jésus-Christ qui nous met dans la mort au péché. Par ce mot de péché, j'entends toute la vie de la chair, que saint Paul appelle ordinairement péché. Et il opère en nous cette mort, en établissant dans le fond de notre âme les vertus fie Jésus-Christ, c'est-à-dire les vertus qu'il a opérées en Jésus-Christ, considéré dans son premier état, c'est a savoir, dans son état d'abaissement et d'humiliation.

Ainsi c est par les vertus saintes que l'Esprit de Jésus-Christ crucifie notre chair, et qu'il la fait mourir à elle-même : étant trèsassuré que si quelqu'un prétend d'élever l'édifice de la vie spirituelle sur un autre fondement, il n'y a qu'illusion et que tromperie ; jamais il n'aura de solidité, mais incessamment il sera chancelant, et tombera au premier vent des tentations et des contradictions. La sainte mortification, qui vient de la seule pratique solide des vertus, est la pierre ferme sur laquelle on doii édifier, et sans laquelle il n'y a point d'assurance.

Tachons donc sérieusement à travailler à cette première partie, afin que nous soyons dignes d'avoir part à la seconde. Pour ce sujet nous parlerons dans la suite de quelques vertus chrétiennes qui sont les plus nécessaires pour nous établir dans cet étal de mort.

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