CHAPITRE XIII
Que la désobéissance et le murmure contre les supérieurs sont des injures faites à Dieu lui-même.
L'obéissance que nous rendons à nos supérieurs étant un hommage rendu à Dieu même, que nous honorons en leur personne , Dieu considère le mépris que nous faisons de nos supérieurs comme une injure faite à lui-même, et il la punit avec la même sévérité. Ce/«i ^mi vous écoute, dit Jésus-Christ dans l'Evangile, m'écoute ; et celui qui vous méprise, me méprise : « Qui vos audit me audit, qui vos spernit me spcrnit. > {Luc.x, IG.) Saint Paul en rapportera raison dans son Epître aux Romains (xii, 1) : // n'y a point de puissance, dit-il, qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont dans le monde '"ttinsi celui qui résiste auxpuissances résiste aux ordres le Dieu : « JSon est potestas nisi aDeo : quœ autem sunt, a Deo ordinalœ sunt ; itaque qui resistit potestati,Dei ordinationi resistit. t {Rom. \in, 1,2.) Voilà le sentiment que l'Esprit-Saint lui-même nous inspire, comme étant un des plus puissants motifs que nous puissions prendre pour nous maintenir dans l'obéissance. Aussi, lorsque les enfants d'Israël murnmrèrent contre Moïse et Aaron , qui leur avisent été donnés de Dieu pour supérieurs, et que ennuyés de se voir exposés aux fatigues et aux privations de la solitude, ils commencèrent à se plaindre de ce qu'ils les laissaient mourir de faim, il est remarqué que ces sages conducteurs parlèrent ainsi au peuple : Le Seigneur a entendu votre murmure, et sachez que c'est à lui-même qu'il s'adresse; car, pour nous, qui sommes-nous? « Audivit Dominus murmur
(39) L'auteur de cet ouvrage, M. Tronson, troisième supérieur général de la compagnie de Saint- Sulpice, soumettait quelquefois à de semblables épreuves les svijcts qu'il croyait assez bien disposés pour en profiter. On nous a conservé à ce sujet un trait remarquable , et qui montre tout à la fois les sentiments de M. Tronson et ceux de Bossuet luimême, sur l'obéissance aveugle dont il est ici question.
L'évêque de Meaux étant un jour venu voir M. Tronson , et la conversation étant tombée sur la ferveur des anciennes communautés, le prélat ne put s'empêcher de regretter ces premiers tenips , où l'on voyait des hommes morts à eux-mêmes, et d'une obéissance qui aujourd'hui nous étonne et nous confond. J'avoue, répondit M. Tronson, que ces exemples, atttrefois si nombreux, sont bien rares aujourd'hui. Je crois cependant que, par la miséricorde de Dieu, il y en a toujours eu dans l'Eglise, et qu'il y en a encore de nos jours; peut-être même, sans sortir de cette maison , pourrais-je vous mettre sous les yeux des exemples comparables à ceux des plus beaux temps de l'Kqlise. Là-dessus, M, Tronson