‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 106 sur 303 · DE L'OBEISSANCE EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE L'OBEISSANCE EN GENERAL

vvstrum contra Dominum : nos vero quid sumus, quia mussitastis contra nos '!... non contra nos est murmur vestrum, sed contra Dominum. > (Exod. xvi, 7.) Et quand les Israélites rejetèrent Samuel : C'est moi, dit Dieu par son prophète , qu'ils ont rejeté en ta personne, et ils ne veulent pasque jerègne sur eux: « Non te abjccerunt, sed me, ne regnem super eos. » (/ Reg. VIII, 7.) C'est là aussi le sens que quelques-uns donnent au passage d'Isaïe : JSuuquid purum vobis est molcstos esse hominibus, quia molcsti eslis cl Deo ? (Isa. vil, 15.) Vous semble-t-il que ce soit peu de chose d'être fâcheux aux hommes que Dieu a chargés de vous conduire ? ne vous y trompez pas, vous imaginant que ce soit une faute légère : c'est une offense qui s'adresse à lui-même , et d'autant plus à craindre , qu'il la punit comme étant faite à sa personne. Aussi voyons -nous qu'il a de tout temps exercé des châtiments extraordinaires sur ceux qui se sont rendus coupables de ce crime. Le Livre des Nombres (xvi , 1) nous en fournit un terrible exemple dans le châtiment de Coré , Dallian et Abiron ; car Dieu fut tellement irrité de leur murmure contre Moïse et Aaron, que la terre s'entr'ouvrant sous leurs pieds, les engloutit avec leurs femmes, leurs enfants, leurs terres et tous leurs biens. Ils furent précipités tout vivants dans les enfers ; et un feu descendu du ciel consuma 250 personnes qui avaient pris leur parti et qui étaient entrées dans la même révolte. Saint Thomas , faisant réflexion sur ce terrible châtiment, remarque que Dieu exerça une sévérité plus grande sur ces malheureux qui avaient murmuré contre leurs supérieurs, et avaient refusé de se soumettre à leur conduite, qu'il n'avait-fait sur ceux qui, en adorant le veau d'or, avaient péché directesoument contre son adorable majesté : caril se contenta de faire passer ceux-ci au fd de l'épée ; mais, pour les autres , il fait descendre le feu du ciel , la terre se brise sous leurs pieds, elle ouvre ses abîme?, et ils sont précipités tout vivants dans les enfers ; pour nous apprendre, dit le saint docteur, combien Dieu ressent vivement les affronts et les injures faits

sort de sa chambre , et prie quelqu'un des séminaristes d'aller chercher M. Baùin, alors prêtre et directeur au séminaire de Saint-Sulpice. M. Baiiin arrive, et, selon la coutume, il frappe doucement à la porte de M. Tronson avant d'ouvrir. N'entendant point de réponse , et croyant M. Tronson occupé , il reste à la porte, tire son Nouveau Testament de sa poche, et se met à lire avec piété et recueillement, en attendant le moment où il pourrait parler à M. Tronson. La conversation de celui-ci avec l'évêque de Meaux étant terminée, et le prélat paraissant vouloir se retirer, M. Tronson se lève pour l'accompagner jusqu'à la porte de la chambre. L'ayant ouverte, il y trouve M, Baùin debout, son livre à la main. Alors, prenant un ton sévère : Comment , Monsieur, lui dit -il, vous permettez- vous devenir ainsi à ma porte, pour entendre ma conversation avec Monseigneur? Retirez-vous, Monsieur; une pareille conduite est indigne d'un prêtre. M. Baùin, sans faire aucune observation, salue profondément le prélat, puis M. Tronson, et se retire en silence, au grand étonnemeqt de l'évêque de Meaux.

OEUVRES CO>rPLETES DE. M. TRONSON.

aux supérieurs qui nous tiennent sa place, et jusqu'où va rénorniité de ces sortes de crimes.

C'est ce que l'Ecriture sainte nous fait encore bien concevoir, lorsqu'elle compare le péché de désobéissance aux crimes abominables de l'idolâtrie et de la magie : Quasi peccatum ariolandi est rcpu(jnarc, et quasi scelus idolobtriœ nolle acquiescere. [1 Reg. xv, 23.) c En effet, i dit saint Grégoire, « ceux qui, ne faisant aucun cas des ordres de fleurs supérieurs, consultent leur propre jugement pour apprendre ce qu'ils doivent faire, ne ressemblent-ils pas à ceux qui abandonnent les autels du vrai Dieu pour aller consulter les démons (40) ? Leurs propres pensées, qu'ils veulent suivre, ne sont-elles pas autant d'idoles qu'ils veulent suivre, qu'ils élèvent dans leurs cœurs et devant lesquelles ils se prosternent (Ai). »

Ces comparaisons nous montrent beaucoup plus de difformité, dans la désobéissance, qu'on n'y en découvre ordinairement; elles doivent, par conséquent, nous en donner une vive horreur , et nous ne devons pas nous étonner si Dieu l'a tou'ours châtiée avec tant de sévérité.

Nous pouvons recueillir la même leçon d'une autre sédition qui s'éleva parmi le peuple contre Moïse et Aaron. (Nutn. xvi, -41.) Un grand nombre d'Israélites, qui ne pouvaient approuver leur conduite, s'étant révoltés contre eux, furent si sévèrement punis de Dieu, qu'il y en eut jusqu'à 14,700 qui furent consumés par le feu. Marie elle-même, sœur de Moïse, fut, pour ce même sujet, toute couverte de lèpre, et chassée du camp pendant sept jours. Et quoique Moïse, son frère, fût si particulièrement favorisé de Dieu, qu'il eût arrêté mille fois ses vengeances, il ne put, par ses prières, obtenir le pardon pour sa sœur, avant qu'elle eût expié sa faute par une rude pénitence . Exemple remarquable, dit saint Basile, de la conduite qu'on doit observer envers les murmurateurs ; car il faut les séparer de la communauté, de même que s ils avaient une maladie contagieuse, de peur (ju'ils n'infectent les autres : A communione fratrum segregandi. [Reg. brev. 58 et 39.) C'est pourquoi, lorsque nous en connaissons quelques-uns de éette humeur, ne lions jamais de société particulière avec eux; évitons, autant que nous pourron's, leur conversation, et traitons-les comme on traite les lépreux, dont on n'approche jamais que pour les écouter, et seulement dans la nécessité.

Mais, si nous sommes fidèles à les éviter, soyons-le encore plus à ne pas tomber dans leurs défauts, et surtout à ne rien dire qui puisse décrier la conduite

de nos supérieurs, ou diminuer le moins du monde leur réputation. Le Pape Nicolas I" (Epist. 8, apud Labb., Conc, tom. YllI, p. 30i) nous fait connaître l'importance de cet avis, dans une lettre à l'empereur Michel, qui, mécontent de quelques évêques, s'était exprimé contre eux d'une manière qui blessait le respect dû à leur caractère. Pour lui mieux faire comprendre la grandeur de sa faute, le Pape rappelle la conduite de David envers Saïd, lorsque, s'étant trouvé seul à seul avec ce prince, dans une caverne, il lui coupa un petit morceau de son manteau. C'était là, ce semble, traiter bien doucement son ennemi, dans le temps même où celui-ci cherchait à le faire mourir. Cependant, parce que Saïd est l'oint du Seigneur, parce que ce prince tient sur le trône la place de Dieu, David s'alïlige de ce qu'il a fait; il est touché au vif d'avoir enlevé à Saiil un petit coin de sa robe. Les prêtres et les supérieurs sont ceux que Notre-Seigneur donne aux âmes fidèles, pour être leurs princes et leurs conducteurs. Quand on les méprise, qu'on murmure et qu'on parle contre eux, on déchire leur robe, on enlève et on coupe, avec le glaive de la langue, une partie du manteau de l'estime et de la réputation qui doit les couvrir. Si donc il nous arrive de laisser échapper quelques paroles de cette nature, soit par l'emportement de quelque passion, soit par surprise ou par faiblesse, nous devons à l'instant imiter David; et, quelque légère que notre faute puisse nous paraître, il faut nous repentir -de l'avoir commise, et d'avoir coupé la robe de l'oint du Seigneur.

« Ce n'est pas, » ajoute le même Pape, « que les supérieurs ne méritent quelquefois d'être repris; mais quand leur conduite en général, aussi bien que leurs actions en particulier, vous sembleraient peu raisonnables, quel droit avez-vous de les déchirer avec le tranchant de la langue (42), puisqu'ils vous tiennent la place de Dieu, qui vous ordonne de la regarder sous cette vue? » C'est pour cela que Dieu lui-même les appelle des dieux : Dits non detrahes {Exod. XXII, 28), id est sacerdotibus, dit saint Grégoire (Lib. v, epist. 40, Ad Maurit.), mettant ainsi, selon la remarque de saint Bernard, quelque sorte d'égalité entre lui et eux, pour nous faire mieux comprendre l'honneur que nous leur devons, et nous obliger, par ce moyen, à les respecter comme Dieu même (43).

Ainsi, quoique votre supérieur ne soit pas des plus capables, des plus prudents ni des plus vertueux, vous ne devez pas pour cela le mépriser ni lui porter

(40) Velut contempto divino altari , ad aras d;ï;monum responsa percipiunt, dum cordis sui prav stigiosis ac superbis adinvenlionibus credunt, et salubribus pnelatorum consiliis contraria sentiendo

refragantur.

(41) Dum enim agenda in corde concipit, quasi idolum facit; et dum conceptum mentis propositum se acturum délibérât, quasi ad adonindum siniulacTinn se inclinât : (juasi ergo scelus idololatria; est nolle aapiiescere, quia quisipiis in propria delibera-

tione obstinalus est, idcirco foris in m.'jjorum contemptum erigitur, quia intus ois qu;ic fingendo slaluit propositi sui simulacris incurvatur. (S. Grec, 1. VI, in I Jlcg. ii, 24.)

(42) Facta superiorum oris gladio fericnda non sunt, eliam cuin recte reprohendeiida judicanlur. (Nie. pap. L epist. 8.)

(43) Pnvialos sibi quodam modo ;rquarc dignatus, sil)iin('t imputai illorum irvorenliam et contemptuin. (S. BuiiN., De pra-ccpt. et disveus., cap. t), n. 21.)

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moins de rcspoct. Yous révérez avec raison mi crucifix, quoiciu'il no soit ni d'or ni d'argent, mais seulement de bois ou de pierre, quoiqu'il ail même quelques défauts sous le rapport de l'art , que ses traits, par exemple, ne soient pas bien formés ni les proportions exactement observées; c'est assez qu'il vous représente Jésus -Christ pour lui porter honneur ; vous croiriez même mériter les derniers supplices si, par mépris et sans avoir égard à ce qu'il vous représente, vous aviez l'insolence de l'outrager. Ayez la même pensée pour votre supérieur; car il vous est «ne image de Dieu, il vous tient la place de Jésus- Christ , et vous ne saunez Toffenser sans oflenser en même temps celui qu'il représente. Surtout évitez de murmurer contre lui en présence de vos frères ; car alors, non-seulement vous pécheriez contre Dieu et contre votre supérieur, mais encore contre ceux à qui vous parleriez. En blâmant le supérieur et décriant sa conduite devant les autres, vous êtes cause qu'ils n'en ont plus aussi bonne opinion qu'auparavant, et que leur affection pour lui, aussi bien que leur confiance, diminue; en sorte qu'ils ne sont plus en état d'avancer sous sa conduite. Voilà les suites ordinaires des murmures contre les supérieurs. C'est ce que vous devez d'autant plus redouter, même dans les choses qui vous paraissent les plus légères, que ce tt'est jamais une chose de peu d'importance que de jiminuer, pour peu que ce puisse être, l'amour, l'estime et la confiance que l'on doit avoir pour un supérieur ; parce que de là naissent ensuite une infinité de désordres et de dérèglements, selon la remarque de l'Apôtre : Contemplamini ne qua radix amaritudinis sursum germinans hnpediat, et per illam inquincnlur mulli. {Hcbr. xii, 15.)

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