ENTRETIEN IV
Du lever.
Si les impies, que saint Grégoire de Nazianze appelle le supplément du démon, remplissent leurs journées d'une suite de crimes, et si, suivant les impressions de l'esprit malin, qui les possède, ils ne font dans leurs actions dilférentes qu'un enchainem(!nl maUieureuK tpii les tient captifs sous l'iniquité, comme dit l'Ecriture : Iniquitatem 7nanus testrœ concimuml. {Vsal. i.vii, 3.) — Finis uniusmorbi gradus est seqiientis. (Senfxa.) Il est bien juste que It'sscrviteursde Dieu, suivant le mouvement de l'Esjirit-Sainl qui les anime, travaillent à faire une heureuse chaîne de kainlclv et de vertu par lu suite de
DE M. TRONSON. ^î
leurs bonnes œuvres, sunrtitatem manus veslrœ concinnent ; afin que, si Dieu iu)us lire sans cesse à lui par la suite de ses grâces, nous puissions correspondre à son attrait par celle de nos bonnes actions. C'est pour cela, qu'après vous avoir parlé des actions en général, nous prenons le dessein de vous en entretenir dorénavant dans le particulier, et de chacune en détail, pour vous faire connaître les moyens de les bien faire. Or, pour commencer par la première et par celle, où nous commençons notre journée, qui est le lever, j'ai deux choses particulièrement à vous en dire : la première, l'importance de bien faire cette action ; la seconde, la manière de la bien faire.
Pour l'importance, il y a trois motifs qui nous la font connaître : le premier est le tort que nous faisons à Dieu, lorsque nous manquons de la bien faire ; le second est l'avantage que nous donnons au démon ; le troisième, le tort que nous faisons à nous-mêmes.
Pour le tort que nous faisons à Dieu, il est, ce me semble, très-considérable. Voici cinq fondements sur lesquels je l'établis : 1° Sur l'obligation générale d'offrir à Dieu toutes nos actions. 11 est le maître de notre substance, tout notre être est à lui, toutes nos facultés lui appartiennent ; la production qu'il en a faite, lui a acquis celle souveraineté ; et le besoin que nous avons de son soutien la renouvelle encore à tous les moments de notre vie, tout vient de lui, et tout est à lui ; c'est un droit inaliénable de s» couronne, il ne lui peut être conleslé. Or celui qui est maître d'un fonds, est aussi maître des fruits, et les revenus lui appartiennent ; de sorte que toutes nos actions étant comme les fruits de notre substance et les revenus de notre vie, ils appartiennent tous à Dieu aussi bien que noire être ; et tons pareillement lui doivent être consacrés. Que diriezvous d'un serviteur qui, ayant en sa disposition le fonds de son maître el la dispensation de ses revenus, en retiendrait quelque partie, contre sa volonlé, pour ses propres usages ou pour celui de ses amis ? Ne serait-ce pas une grande injustice ? Et pourrait-on en^prononcerle jugement sans le condamner comme coupable? C'est un infidèle, il vole son maître. Ainsi en est-il d'une personne qui n'offre pas à Dieu quel((u'une de ses actions, il la lui dérobe ; car Dieu la lui demande : Redde quod debes.(Mattli.\\u\, 28.) Elle est à lui et cependant il la retient, c'est un infidèle. Non est devotionis dédisse prope totum, sed fraiidisest relinuisse vel minimum. (Pnosp.) Injustice donc en premier lieu de ne lui pas oQVir notre lever, puisque ;nous le lui devons, aussi bien que toutes nos autres actions.
2° Injustice plus considérable en ce que cette action est la première de la journée ; car quand nous en pourrions àter quehpi'une à Dieu poiir la donner au monde, à la vanité, an divertissement, en un mot, à (luchpie créature, ce qui n'est et ne peut être, loujouib ne pourrait-cc pas être notre lever ; car