‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 118 sur 303 · CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIll

Que la répuqyiance qu'on éprouve à découvrir ses tentations et toutes ses pensées au directeur, ne doit pas empêcher de le faire.

Il est assez ordinaire à plusieurs personnes d'éprouver une grande répugnance à découvrir au directeur ce qu'elles ont de plus caché dans le cœur ; souvent même elles se persuadent qu'il y a dans cette pratique de grandes difficultés. Il est donc important, pour dissiper cette tentation, de montrer qu'une personne qui use de réserve ou de dissimulation envers son directeur souffre sans comparaison davantage que celle qui se découvre entièrement à lui. C'est à quoi doivent faire beaucoup d'atlenlJon tous ceux qui s'aiment tellement eux-mêmes, qu'ils sont toujours prêts à quitter la poursuite de la vertu ou de la perfection, à cause de la difficulté qu'ils y rencontrent, et qui ne peuvent se résoudre à dépendre d'un directeur, parce qu'ils s'imaginent qu'il y a trop de peine dans cette dépendance.

Il est bien vrai qu'il y a d'abord quelque peiue à se découvrir de la sorte ; il est impossible que la nature ne souffre, quand il faut déclarer ouvertemcnl ses tentations, ses faiblesses, ses défauts et ses imperfections ; mais je dis qu'il y a beaucoup plus de peine encore à les dissimuler. C'est ce dont vous pouvez vous convaincre par votre propre expérience. Si vous avez quelquefois caché certaines choses à votre directeur, quels remords , quels scrupules, quelles inquiétudes n'en avez-vous point ressentis \ Colliijata est iniquitas Ephraim, dit le prophète ; absconditum peccatmn ejus : dolorcs parturientis venienl ei. {Osée mu, 12.) Il n'y a point de douleurs comparables à celles de l'enfantement; or, c'est ce que souffrent ceux qui n'osent se découvrir entièrement à leur directeur; ils sont tourmentés inlérieuremeni par une foule de pensées contraires qui les agitent. Dirai-je une telle chose, ne la dirai-je pas ? Les voilà tout prêts à la déclarer ; et puis ils ne le veulent plus, ils vont jusqu'à la porte du directeur, et aussitôt ils s'en retournent, pour n'avoir pas le courage de passer outre : Yenerunt filii usque ad partum, et vires non liabet parturiens. {IV Req. xix, 5.) C'est ce qui leur fait éprouver ensuite de cruels remords, cl leur fait souffrir un très-rude martyre. Mais ce qu'il y a de plus déplorable dans leur état, c'est que plus ils diffèrent à se découvrir, et plus ils ont de peine à le faire ; car, après tant de relardoments, ils ne sauraient presque plus s'y résoudre, et il faut, pour en venir à bout, (pi'ils se fassent d'extraordinaires violences. Comment, disent-ils en eux-nièmes, aller trouver le directeur, adirés tant de temps «pie cela est arrivé? Si c'était iiiu^ chose nouvelle, je la lui dirais volontiers : mais maintonanl je n'osernis ; CM

iGl TRAITE DE LOBEISSANCE. —PART. II. Dl

que pensora-t-H après tant de remises? 11 croira que |e n'ai point de confiance en lui, et qu'ainsi il ne saurait désormais se lier à moi ; il me regardera comme un hypocrite, un fourbe et un trompeur. Voilà ce ^ui arrive aux âmes dissimulées ; jamais elles n'ont de repos ; la conscience les tourmente incessamment, et il est impossible qu'elles se mettent à couvert des justes reproches qu'elle leur fait, de ce qu'elles ne peuvent se résoudre à une pratique si importante, si nécessaire, et qui serait pour elles une source de paix et de consolations.

11 en arrive ici, comme dans la confession des péchés qui donnent quelque honte, et qu'on a de la répugnance à déclarer : car on éprouve une peine extrême en les disant; mais, après les avoir dits, on est extrêmement consolé de se voir déchargé d'un si pesant fardeau. Les plaies intérieures, dit saint Grégoire le Grand, causent toujours de grandes douleurs ; mais ces douleurs diminuent, aussitôt qu'on a percé la plaie , et qu'on en a fait sortir tout le pus (74). La même chose arrive à celui qui déclare, avec une entière ouverture de cœur, ses péchés et ses imperfections. C'est une aposthume que l'on perce, et qui cesse à l'instant même de nous tourmenter.

On peut dire encore qu'il en est de nos péchés et de nos imperfections, comme des mauvaises humeurs «(ui chargent l'estomac, et qui causent au cœur de grands soulèvements ; taudis qu'elles cessent de nous tourmenter, aussitôt qu'on s'en est déchargé par des vomissements. Ainsi en est-il de ceux*qui, pour éviter la peine qu'ils ressentent à déclarer leurs faiblesses et leurs misères à un directeur, ne peuvent se résoudre à les lui découvrir ; ils souffrent mille lois plus que s'ils s'en déchargeaient par un aveu sincère, parce qu'ils entretiennent dans le fond de leur cœur la cause du mal, et qu'ils nourrissent par le silence une source de chagrins, de peines et de regrets, dont ils ne peuvent se délivrer qu'en les déclarant : Quoniam taciii, dit le prophète, inveteraverunl ossa mea. (Psal. xxxi, 3.) C'est pourquoi nous disons à tous ceux qui n'ont point une entière ouverture de cœur pour leur directeur, qu'ils ne seront jamais en paix, tant qu'ils n'auront pas rendu un compte exact de toute leur conduite.

Que si , après ces considérations, vous trouvez encore de la peine à rendre ce compte exact à votre directeur, considérez enfin que cette peine ne sera pas de longue durée ; car, quand vous lui aurez parlé trois ou quatre fois bien nettement, et que vous lui aurez bien expliqué tout votre fond, vous verrez que toute votre peine sera dissipée ; vous n'aurez presque plus rien de nouveau à lui dire dans la suite ; ayant une fois appris ce qu'il y a de plus considérable dans votre vie et dans votre conduite, il vous entendra désormais à demi mot ; en sorte q«o les choses que vous aviez au commencement le

(74) Vulnera clausa plus crucianl; quia cum putrcdo quae inlrinsccus feivct ejicuur, ad salutcm do-

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