CHAPITRE XII
De la manière dont nous devons rendre compte de notre conscience à notre directeur.
La manière dont nous devons ouvrir notre cœur, et déclarer tous les secrets de notre conscience au directeur, est bien expliquée par ces paroles du prophète Jéréniie : Répandez voire ca'ur comme de Cetu enta présence du Seigneur. < Effundesicut aquam cor tuum anle conspectum Domini. > {Tlireu. n , Vu.) Les autres liqueurs ne s'épanchenl pas si entièrement , qu'elles ne laissent quelque chose dans les vases où elles étaient auparavant. Vous répandez , par exemple, une cruche d'huile; il en demeure toujours un peu au fond du vase. Si vous répandez un pot devin, le vin tombe, mais l'odeur demeure; ainsi en est-il des autres liqueurs. Mais pour l'eau, elle se répand tout entière, rien ne demeure dans le vase où elle était, ni liqueur, ni odeur, ni saveur, ni aucune autre marque qui puisse faire connaître qu'elle y ait été. C'est ainsi que vous devez répandre votre cœur devant la personne qui vous conduit, et qui vous représente Notre-Seigneur lui-même : Effnnde sicut aquam cor tuum ante conspectum Domini ; c'est-à-dire ne retenez rien, qtielque peu important qu'il puisse être ; dites tout à votre directeur ; tidez tellement votre cœur en sa présence qu'il n'y demeure rien, ni odeur, ni goût, ni rien de ce qui se trouvait dans votre conscience. Vous devez même lui parler si nettement, que votre âme soit comme une eau claire dans laquelle on voit jusqu'aux moindres pierres et aux plus petits grains de sable qui sont au fond; vous devez paraître si clair et si transparent aux yeux de votre directeur, qu'il n'y ait rien dans votre âme qu'il ne voie et n'aperçoive distinctement. Par ce moyen , tout ce qu'il y a de bon en vous sera confirmé, ce qui ne le serait pas sera réformé, et ainsi, peu à peu, en déracinant le mal et fortifiant le bien, vous arriverez à la perfection de TOtre état.
Or, pour en venir à ce point de clarté si fort à souhaiter, voici les règles aue vous pourrez suivre : la première est de déclarer à votre directeur tout ce qui se passe en vous, sans aucune exception, c'està-dire tout ce que vous faites depuis le matin jusqu'au soir : votre règlement de vie, !a ndélité ou l'infidélité qtie vous y apportez ; toutes vos actions bonnes, mauvaises ou indiflércntes; lui dire même toutes vos tentations, vos passions et vos inclinations; lui exprimer jusqu'à vos désirs, vos répugnances et vos pensées : Vl non sotum ucluum luorum, dit Cassien, verum etiam coyitutiomim niliil tuum celaveris seniorem. {bistit., 1. iv, c. 31), p. 100.)