‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 123 sur 303 · I.'OREISSANCE ENVERS LE DIRECTEUR. 47i · texte numérisé non relu

I.'OREISSANCE ENVERS LE DIRECTEUR. 47i

La sec(mde règle, est de ne vous pas contenter de dire ces choses en général, mais de les bien expliquer en particulier. Voyez comme on parle à un médecin que l'on consulte sur une maladie; on ne se contente pas de lui dire en général : .le suis malade, j'ai un accès de ftèvre, j'ai un grand mal de cœur, j'éprouve quelque dégoût; mais on explique les circonstances, on dit la cause, on spécifie les ^'ffets, enfin on n'omet rien de tout ce qui peut donner au médecin quelque lumière, pour pénétrer le fond du mal. C'est ainsi que vous devez en agir avec votre directeur. Il est votre niédccin, vous ne lui devez donc rien cacher de votre mal. Voyez aussi comme vous avez coutume de faire en confession ; vous ne vous contentez pas de dire à votre confesseur : Je me confesse de m'ètre laisse aiFcr à de mauvaises pensées; mais vous spécifiez quelles sont ces pensées, et jusqu'où elles vous ont porté ; quoique ce ne soient peut-être que des fautes vénielles, et qui ne sont pas matière nécessaire de la confession, néanmoins vous les dites et vous tâchez de les bien expliquer en particulier, afin de mieux faire connaître quelle a été votre faute. Ainsi, dans le compte que vous rendez à votre directeur, il ne faut pas vous contenter de lui dire les choses en général, il faut les particulariser autant que vous pourrez, afin que vous connaissant mieux, il puisse vous donner plus sûrement de bons avis.

La troisième règle, est de ne vous pas contenter de lui dire ce que vous faites, et l'état où vous êtes présentement, mais de lui expliquer encore votre conduite passée, ce que vous avez fait et comment vous avez vécu autrefois; afin de lui faire connaître la source et la racine de vos infirmités présentes, qui ne sont quelquefois que des châtiments ou des suites de vos dérèglements passés. Souvent, pour ne pas connaître l'état passé d'un malade, on lui prescrit des remèdes qui, en le guérissant d'une incommodité présente, font revenir ses anciens maux : une infirmité nouvelle ne se traite pas comme les restes d'une vieille maladie. Il faut donc que le directeur sache ce qui en est, et par conséquent que vous lui fassiez connaître l'état de votre vie passée, aussi bien que vos dispositions et votre conduite présente, afin qu'il puisse vous donner des remèdes plus convenables.

La quatrième règle, est d'expliquer toutes ces cho ses, présentes ou passées, d'une manière claire, simple, naïve et sans aucun embarras. La crainte de faire voir trop nettement au directeur certaines choses qui nous donnent plus de confusion, nous fait quehiuefois chercher des mots ambigus, des paroles obscures et des termes équivoques; nous employons des circonlocutions ou des discours embarrassés ; nous mêlons à notre exposé mille choses superflues, et plusieurs circonstances inutiles ; afin que l'esprit du directeur, parlngé entre plusieura objets, fasse moins d'attention au mal dont nous ne voulons pas qu'il découvre le fond. Un pareil

langage ne peut venir que d'un esprit pieui d'artifices et de ruses; mais les personnes simples et bien ouvertes parlent toujours avec naïveté, simplicité et candeur. Il n'y a dans leur conscience aucun pli, ni aucun petit coin qu'elles ne découvrent ; elles savent que c'est dans les plis et les vides que l'ordure et la crasse ont coutume de s'amasser ; c'est pourquoi elles n'en veulent laisser aucun dans leur conscience ; elles expliquent et développent, autant qu'elles peuvent, tout ce qui se passe dans leur âme, afin qu'elle paraisse au directeur dans l'état où saint Paul représente l'Eglise : Non habentem maculam, aut rugarn, nul aliquid Imjusmodi, sed ut sit sancta et immaculata. {Ephes. v. 27.)

Pour cet effet, il faut éviter avec soin plusieurs détours dont l'amour-propre se sert adroitement pour se couvrir. Le premier est de dire seulement les choses à demi mot, laissant au directeur à deviner le reste; il n'est pas prophète, et c'est nous tromper nous-mêmes, que de vouloir qu'il nous connaisse sans que nous nous découvrions entièrement à lui. Le second est de parlera mots couverts, d'employer des paroles ambiguës, équivoques, et toutes ces manières de parler qui empêchent qu'on re soit bien entendu. Le troisième est de passer légèrement sur ce qu'il y a de plus important, et sur ce qui vous fait le plus de peine. Lorsqu'on a quelque chose d'humiliant à dire, on le dit, mais en deux mots ; on passe légèrement par-dessus, comme sur de la braise et sur des charbons ardents ; et, de peur que l'idée n'en demeure au directeur, qu'il n'y fasse trop d'attention, et qu'il n'aille jusqu'au fond de l'ulcère, on s'étend aussitôt sur d'autres matières, on fait de longs discours, oa remplit l'esprit du directeur de choses inutiles, pour lui faire échapper de la mémoire ce qu'il y a de plui nnportanl. Vous entendez bien ce que je veux dire, et c'est ce que vous devez éviter avec soin, en rendant compte à votre directeur de votre conscience, afin de lui parler comme les saints vous conseillent : Sicut ungcto, qui sciret sécréta cordis. (S. Boxav., De instit. novit., pars I, c. 12.)

La cinquième et dernière règle est de ne pas vous contenter de déclarer au directeur ce que vous avez à lui dire dans le sacrement de Pénitence, mais de le lui faire même connaître hors de la confession; parla vous lui témoignez beaucoup plus de confiance, et vous lui donnez une bien plus grande facilité de procurer votre bien. 11 est vrai que les choses que

(IG) Saint Dorothée, dont il est ici question, était archimandrite, ou abbé d'un monastère situé près de Gaze en Palestine, vers la fin du vi' siècle. On a de lui vingt-quatre Imlruclions ou discours ascétiques, adressés aux moines de son temps, et qu'on peut regarder comme un excellent abrégé de la doctrine des plus habiles direcl(;urs de celle épocpie. On les trouve en grec et en latin, dans le tome XII de la liibit util è que des Pères (édition de; (Jalland), sous ce titre : H. Dorollici DoclriiKf, seu sermoues de vita reclc et pie insliiuenda. L'abbé de llancé, réloririateur de la Trappe , jugeait ces Instruclious si utiles, qu'il les traduisit eri français pour l'usaj^e

vous lui déclarez ainsi l'obligent à un secret rigoureux et inviolable, soit parce que tout secret qu'on appelle de conseil est regardé comme inviolable, surtout quand il s'agit de conseils de cette nature ; soit «parce que, sans ce secret, on ne saurait espérer de voir en usage une pratique aussi sainte et aussi utile que la direction ; soit enfin parce qu'on déclare souvent, de cette ihanière, bien des choses qui onl trait à la confession. Toutefois il est certain qu'il y a un grand avantage à vous découvrir ainsi à votre directeur hors de la confession ; car si vous ne lui parlez que dans le saint tribunal, il ne pourra pas, en bien des occasions où l'intérêt de votre âme l'exigerait, vous parler à vous-même de ce que vous lui aurez dit, ni s'en servir pour votre propre bien ; et ainsi il sera quelquefois obligé de voir vos misères, sans pouvoir vous donner des remèdes, qui seraient souverains pour votre guérison. C'est pourquoi il est de la dernière conséquence , si vous voulez bien profiter de sa direction, de lui ouvrir votre cœur hors la confession, ou de lui permettre de se servir, pour tout ce qui regarde votre conduite, de toutes les choses que vous lui aurez dites dans le tribunal de la pénitence.

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