III. DE LA SOUMISSION AU REGLEMENT. iOO
Ad fr. de S. Anast.) C'est à Quoi nous devons lâcher d.> nous rendre très-fidèles , en observant inviolablement nos règles ; par ce moyen, nous deviendrons foris et vigoureux dans le service de Dieu, et nous arriverons infailliblement à la perfection de notre état.
L'Ecriture sainte remarque, dans le Livre des Juges (xvi, 17), que la grande force de Samson résidait dans ses cheveux, qu'il était obligé de laisser croître, suivant la loi des Nazaréens , dont il faisait profession. En eflet, tant qu'il les conserva, il fut le plus fort de tous les hommes , et il n'y eut personne qui fût capable de l'arrêter , ni de s'opposer à ses desseins ; mais aussitôt qu'il les eut perdus, et que, s'étant laissé vaincre par le trop grand amour d'une créature, il les eut laissé couper, il perdit toute sa force, il tomba dans la dernière faiblesse, il se laissa lier par les Philistins qui n'avaient pu auparavant le prendre, et il se vit le jouet de ces mêmes ennemis, dont il avait été la terreur. Voilà précisément ce qui arrive au sujet de nos règles : quoiqu'elles ne soient pas en apparence d'une grande importance, Dieu pourtant ne laisse pas d'y attacher notre force et notre perfection. C'est pourquoi nous devons les conserver avec autant de soin que les Nazaréens en apportaient à conserver leurs cheveux ; parce que, si nous sommes une fois privés de ce secours, de forts que nous étions auparavant, nous tomberons dans la dernière faiblesse ; nous serons bientôt vaincus, et nous deviendrons les esclaves de ceux mêmes qui nous étaient d'abord assujettis, c'est-à-dire du monde cl du démon , de la chair et du péché, qui sont pour nous les véritables Philistins , et les ennemis irréconciliables du /peuple de Dieu.
C'est à quoi nous devons bien prendre garde, pour n'être point surpris par la fausse opinion qu'on a quelquefois, qu'on pourrait se rendre parfait dans une communauté sans l'exacte observation des règles. C'est là un abus manifeste , et une très-dangereuse illusion ; car, sous prétexte qu'on mène une vie exempte de grands dérèglements, et qu'on est habituellement fidèle à certaines pratiques de vertu que l'on choisit à sa fantaisie, on s'imagine qu'on avance beaucoup et que l'on doit être en assurance ; mais souvent on se perd sous cette belle apparence, parce que, ne faisant pas ce que Dieu demande, qui est d'accomplir sa sainte volonté marquée par le règlement, on s'écarte par cela même duvérilablc chemin de la perfection (82). « Il faut, » dit saint Grégoire, < que celui qui aspire à la perfection, imite cet ange qui vit autrefois Ezéchicl, qui avait en main une règle pour mesurer toutes les parties du temple. Cette mesure, » dit le saint docteur, « représente notre règlement, que nous devons avoir continuellement en main.
bonunique in se natunr, quod superbiendo amiserat, obodicndo recipiat. ( S. Beiin., serm. 23, in
Cai'.l., n. (i. ;
(ff:'JVRES COMPLETES DE M. TRONSON.
c'csl-à-dire, qae nous devons avoir loujoucs présent, pour y conformer notre conduite (83). > On remarque, en effet, dans les coinmunaulés, trois choses constantes, et d'une expérience si universelle, qu'on ne peut en avoir le moindre doute, pour peu qu'on y fasse réflexion.
La première est que jamais personne ne s'est sanctifié dans une communauté, sans en observer
10 règlement. Repassez dans votre esprit tous ceux que vous y avez connus, ou que vous y connaissez encore, et voyez si vous en remarquerez un seul, (|ui, avec toutes ses bonnes dispositions, s'y soit beaucoup avancé, sans l'exacte observation des rèules. Vous ne pouvez en ciler aucun exemple, et il est tout à fait impossible qu'il s'en rencontre: « ar on ne peut aller à la sainteté par un chemin «iifléroni de celui par lequel Noire-Seigneur veut r.ous conduire : or ce chemin, pour les personnes <|ui vivent en commuiiaulé, n'est autre que l'observance exacte du règlement ; sans cela, elles s'affaiblissent et se perdent, au lieu de s'avancer dans la vt-rlii. Celui (lui dissipe et arrache la haie, dit le Sage, la couleuvre le mordra : « Qui dissipât sepem, inordcbil eum colubcr. n ( Eccte. \, 8. ) Que signifie celle baie, sinon le règlement doiit le père de famille environne sa vigne, c'est-à-dire dont Jésus- Christ environne l'âme, afin d'en conserver le fruit, cl delà préserver des animaux qui la ruineraient? Celui qui rompl colle haie ne figure-l-il pas celui qui transgresse le règlement, et qui est pi pié par l;-. couleuvre, parce ([n'ouvrant son âme aux suggeslions du dénmn, il en reçoit le venin, qui le con- (inira infailliblement à la mort, s'il n'apporte un ;. rompt remède à sa blessure? Or, le moyen qu'il -e sanclide en vivant de la sorte ? Comment un iionmie peut-il avoir une santé bien forte, s'il ne t.iit qu'avaler du poison et prendre des renicdes?
11 faut ([u'avec le temps son tempérament s'altère, que ses forces se ruinent, cl qu'à la fin il périsse.
La deuxième chose, égrdemenl constante el prouvée par l'expérience journalière, c'est que jamais iiersoiine dans une communauté ne se rend fidèle ;ui règlement, cl ne s'y assujetiil comme il faut, >aus Idire des progrès notables dans la perfection. <'ela vient principalement de ce qu'il ôle, par ce moyen, le plus graud obstacle à sa i)erfection, «■'csi-à-dire sa proj)re volonté, qui gàlc toujours le bien où elle se mêle, et à laquelle on donne la iiiuri, p;ir rassnjcUis>cmt»nt cl la lidélilé aux règles. !i esl certain d'ailleurs (|uc l'abnégalion de soi-mcinc est le grand moyen de perfection proposé par Notrc-Seigncur à lous ses disciples : or n'est-ce oas renoncer à soi-mèn)e, que de renoncer à sa propre volonté, eld'y renoncer lellemenl, que, depiiis le matin juscpi'au soir, on ne fasse point c(;
(85) Régula in illo calamo nicnsune signala vidcl«i>, qucm E^c( hiti in maim ang(;li conspcxii, qu(» tiijivcisas Icmpli partes melicbaïur ; p' rfccliis cniui
que l'on veut, mais ce que demande le règlement et l'ordre de la communauté? Ajoutez à cela qu'il est impossible d'observer exactement le règlement, sans faire un grand nombre d'actions d'obéissance, d'humilité, de niorlification, de charité et des autres vertus chrétiennes, actions qui ne peuvent man- «juor d'élever l'âme, en peu de temps, à une trèsgrande sainteté.
La troisième chose, qui n'est pas moins constante, est que non-seulement on ne se perfectionnera jamais dans une comnnmauté, sans y observer les règles ; non-seulement on s'y perfectionne toujours, quand on les observe exactement, mais c'est dans celte cxaclilude même que consiste la p^rfeclion d'une personne qui vit en communauté. En effet, quelle plus grande perfection que de faire la volonté de Dieu, et jamais la nôtre ? c'est la perfection du ciel, et la condition des saints en paradis ; et c'est aussi l'état où nous nous trouvons, lorsque, renonçant à nos propres inclinations, ne voulant plus suivre nos vues, ni prendre aucune détermination par notre propre mouvement, nous l)renons uniquement les règles de la maison pour guide de noire conduite. Ces règles nous étant données par nos supérieurs, nous devons croire que c'est Noire-Seigneur même, dont i.^ tiennent la place, qui nous les impose, et qui nous y manifeste ses volontés; de telle sorle qu'en nous y conformant exactement, c'est véritablement la volonté de Dieu que nous faisons ; el nous la faisons d'autant plus parfaitement, qu'elle est sans aucun mélange de la nôtre. Voilà les grands avantages de la soumission exacte au règlement de la maison, et l'état où se trouvent ses fidèles observateurs.
« Voulez-vous savoir, d dit saint Grégoire de Nazianze, t ce que c'est qu'une âme fidèle qui vit ew communauté? C'est une âme qui ne vit point à elle-même, mais qui vit à sa règle et à Dieu : Qui rcgulœ vivil, et Deo. Voilà le grand secret de devenir parfait, s L'amour de Dieu, dit le Sage, consisti dans l'observation de ses lois ; et cette observation est la source de la parfaite pureté, qui nous unit intimement à Dieu : « Cura disciplinœ dilectio est , et dileclio cuslodia Icgum illius est : custoditio auicm lecjum, consummatio incorruptionis est ; incorruptio autcm l'acit esse proximum Deo. i ( Sap, vi, 11), 20.) Se peut-il rien dire de plus avantageux en faveur du règlement? el ces considérations ne sont-elles pas plus que suffisantes à une âme (pii veut être à Dieu, pour l'obliger à s'y rendre fidèle? Je ne m'étonne pas, après cela, si, entre plusieurs admirables instruclimi.s que Nolre-Scigneur donna à la bieulieureuse Madeleine de Pazzi, et qui sont rapjiorlées dans sa Vie, il lui dit un jour : Ma fille, ne fais pas moins d'étal de tes règles que de moimême,
(Icbcl sempcr in manu sua habere mensuram regulic, (|ua omnes acliones buas expcndal.
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