‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 128 sur 303 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Que nous ne devons point observer nos règles avec moius d'exactitude, sous prétexte qu'elles n'obligent pas, par eUes-mêmes, sous peine de péché.

Quoiiiue nos règles n'obligent pas, d'elles-mêmes, sous aiieun péelié, ni mortel, ni véniel, on ne doit point prendre de là occasion de les enfreindre plus facilement. C'est là une des tentations les plus ordinaires dans les communautés ; rien de plus fréquent, que d'entendre dire à certaines personnes : Pourquoi faire tant de scrupule de manqtier au règlement, puisque Dieu n'en est point offensé ? Le démon ne maniiue pas de suggérer celte pensée aux personnes peu ferventes : comme elle favorise beaucoup leur paresse et leur lâcheté , ils y adhèrent sans peine, et se dispensent aisément, sous ce prétexte, de l'assujettissement et de Tobéissance que Tordre de la communauté demande.

Des personnes ainsi disposées sont hors d'état de profiter jamais dans le séminaire, et tout à fait éloignées de l'esprit avec lequel on doit y demeurer. En effet, on n'y propose pas les règlements pour être des occasions de péché, mais pour nous donner lieu de nous y soumettre par amour ; on ne nous les donne pas comme à des esclaves qu'il faut menacer, et. qui n'obéissent que par la crainte, mais comme à des enfants, à qui il ne faut que montrer la volonté de leur père, afin qu'ils s'y portent de tout leur cœur. Il faut donc que nous entrions dans le sentiment avec lequel le saint patriarche d'un des plus grands ordres de l'Eglise donna autrefois sa règle à ses enfants : i Au lieu de la crainte, » dit-il, i au lieu de l'appréhension de l'offense de Dieu, portons-nous, par amour, à l'accomplissement de nos règles, et faisons succéder à ces mouvements serviles le zèle de la perfection, et le désir de faire avec un saint empressement tout ce qui peut contribuer au plus grand. honneur de Dieu, et à la plus grande gloire de Jésus-Christ Notrc-Seigneur ; Loco timoris offensœ succédât amor ac dcsiderium omnis perfectionis, et ut major Dei gloria et laus Christi Creatoris ac Domini nostri consequatur. > ( S. Ignat., Constit., part, vi, c. 5. )

La loi intérieure de la charité et de l'amour, que le Saint-Esprit imprime dans les cœurs, nous aidera surtout pour cet effet : Internée cliaritutis et amoris illius lex, dit le même saint, quam Spiritus sanctus scribere et in cordibus imprimere dignatur ad id adjutorium est. (Id., Proœm. Constit.) C'est ce que Notre- Seigneur lui-même disait autrefois à ses disciples : Si quelqu'un m'aime, il se rendra obéissant à mes paroles : « Si qtiis diligit me, sermonetn meum servabii. > {Joan. xiv, 23.) En effet, c'est assez pour un bon serviteur de savoir ce que veut son maître, pour l'accomplir; il suffit à un fils bien né de connaître la volonté de son père, pour s'y soumettre ; et il ne faut que déclarer à un ami ce que désire son ami, pour le lui faire embrasser avec amour. C'est pourquoi on peut dire que ceux qui violent facilement les règles, sous prétexte qu'elles n'obligent pas sou»

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