‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 13 sur 303 · MANUEL DU SEMINARISTE ^ IV. DU LEVER · texte numérisé non relu

MANUEL DU SEMINARISTE ^ IV. DU LEVER

celle que ces vierges de TÉvangile entendirent pondant la nuit : Ecee sponsus vcnit, cxite obviant ei. (itatth. XXV, 6.) Ou bien, vous pourriez vous représenter encore que c'est la voix du Père éternel qui vous appelle, comme il appela son Fils du tombeau au jour de sa résurreclion, pour vous donner une vie nouvelle : Ego dormivi et somnum cepi, et exsurrexi. (Psal. m, 6.)

2* Ce n'est pas assez d'être ponctuel pour se lever au moment que la cloche sonne, il faut être prompt et diligent à se vêtir, afin d'être assez tôt prêt pour venir à l'oraison ; ne pas attendre sur les montées ou par les chemins à boutonner sa soutane, accommoder ses manchettes ou son collet : mais avoir fait tout cela avant que de sortir de sa chambre, et être en état de sortir aussitôt que l'on commence à sonner le premier coup pour l'oraison,

ô" Il faut que la modestie accompagne notre lever, pour éviter toute posture indécente, avoir horreur de la moindre nudité ; car l'homme, dit un grand personnage, craint ses propres regards, il redoute sa vue, il appréhende ses propres yeux ; et considérant son corps comme un vase sacré qui a l'honneur de renfermer Jésus-Christ, ou comme un temple du Saint-Esprit, il le traite avec tout le respect qui est dû à une si haute qualité : Te ipsum quoque, dum solus es, dum induis aul exuis, reverere. (Esavas abbas, De iis qui tendunt ad perfectionem, orat. 10.) Voilà les trois conditions qui doivent accompagner l'extérieur de celte action : ponctualité, diligence, modestie.

Pour l'intérieur, il faut remarquer que<;ette action comprend deux choses, le réveil et l'habiller; or dans Tune et dans l'autre nous devons observer quelques pratiques, et prendre quelques saintes intentions et dispositions pour les bien faire.

1° Pour le réveil ; comme nos actions doivent être laites pour honorer celles de Jésus-Christ, et que nous les devons unir aux siennes, nous pouvons prendre trois mystères de Jésus-Christ, en l'honneur desquels nous pouvons faire cette action, nous unissant à ses nitentions, et entrant dans les dispositions qu'il a eues dans ces mêmes mystères. Le premier est son incarnation, le second ses réveils, le troisième est sa résurrection. Le premier qui est son incarnation ; parce que, comme Notre-Seigneur, par ce mystère, commence de vivre dans la nature, sort du sein de son Père, où il était en repos, pour prendre une vie pénible et laborieuse: ainsi par le réveil, nous sortons comme du sein de notre repos, pour entrer dans une vie de peine et de travail ; nous pouvons donc considérer ce premier moment de notre réveil, comme propre à honorer le premier moment de l'incarnation, et entrer dans les dispositions mêmes du cœur de Jésus-Christ en ce mystère.

Or j'en trouve quatre plus remarquables : 1" .\doration; ce qu'il n'avait pu faire dans toute l'éternité, qui était d'adorer son Père, parce qu'il lui était égal, il le fait dans ce premier moment, et entrant dans

un profond respect devant sa divine majesté, il s'abaisse jusque dans le centre du néant, et commence à l'adorer comme son Dieu. 2" Gratitude; cardans la vue des grâces que son Père lui a faites, voyant qu'il a tiré son humanité du néant, aussi bien que le reste des créatures, voyant qu'il l'a choisie entre toutes, pour être élevée jusqu'à la filiation divine, et pour renfermer tous les trésors de la science, de la sagesse et de toutes les perfections divines ; en un mot, voyant ces torrents des grâces immenses qui sortent du sein de son Père, et descendent sur lui avec profusion, ptiteus aqtiarum viventiumquœ flmnit impetu de Libano {Cant. iv, 15), il était dans des actions de grâces continuelles, et dans de profondes reconnaissances. 5" Amour; "quelles flammes ne sortirent point de ce cœur sacré, dès ce premier moment? 4' Offrande; il offre à son Père tout ce qu'il a et tout ce qu'il est: In capite libri scriprnm est de me... Holocautomata et pro peccato non placueriint tibi, tune dixi: Eccc venio {Hcbr. x, 7); tune, dès ce premier moment, m capite libri, il offre à son Père son corps, son âme, sas pensées, ses paroles, ses actions, sa vie, sa mort ; en un mot, il lui consacre tout, pour être employé à son service et à sa gloire.

Adoration, gratitude, amour, offrande, quatre divins sentiments du cœur de Jésus dans son incarnation, et ce sont les quatre qui devraient être dans le nôtre, à notre réveil. 1° Adoration ; aussitôt que nous sommes éveillés, il faut d'abord, dans la vue de la grandeur de Dieu et de notre néant, entrer en respect devant cette adorable, souveraine et incompréhensible majesté, nous jetant à ses pieds, prosternés et anéantis devant son trône, avouer que nous ne sommes que cendre et que poussière, et que nous ne sommes pas dignes de paraître devant lui. 2° Gratitude; le remerciant de toutes les grâces qu'il nous a faites (car c'est la voie, dit saint Bernard, pour en attirer de nouvelles), mais particulièrement de ce qu'il nous a conservés pendant la nuit, et de ce qu'il nous donne encore le jour présent pour le servir et pour l'aimer. Combien de personnes pendant une nuit tombent dans le péché, et du péché dans la mort, et de la mort dans l'enfer! Dieu nous en a préservés. Combien qui se sont couchés hier, à qui Dieu ne donne pas le jour présent, et à qui il ne donnera jamais plus de grâces ni un seul moment pour faire pénitence ! Nous avons mérité mille fois d'en être privés pour nos crimes, cependant Dieu nous le donne ; quel sujet de gratitude ! 5° Amour ; car qui n'aimerait pas une bonté si souveraine ? quel cœur pourrait être insensible à tant d'attraits? Nous avons dû commencer par là notre vie, ce devait être le premier acte de notre liberté . que ce soit au moins le premier de notre journée. 4° Offrande ; lui offrir d'abord toutes nos œuvres, nos paroles, nos pensées, jusqu'aux moindres mouvements de notre cœur, en un m&t, tout ce qui *st à nous et tout ce qui dépend de nous, dans un dé^

ŒtVRLS CONM

sir sincère que tout ne soit employé que pour son service et pour sa gloire. C'est ainsi qu'en usent les fidèles serviteurs de Jésus-Christ.

Le second mystère en l'honneur duquel nous pouvons consacrer notre réveil, est le réveil même de Jésus-Christ. 11 s'est réveillé comme nous, afin de banctifier notre réveil en sa personne, en nous méritant la grâce et nous montrant en lui les dispositions que nous devons avoir pour le sanctifier. C'est h raison générale que les saints nous donnent, pourquoi il a voulu faire les mêmes actions que nous. Or il me semble que outre les quatre dispositions que nous venons de vous marquer, qui ont été dans son cœur en son incarnation, et qui n'ont point été interrompues dans aucun moment de sa vie, nous en pourrions ajouter deux autres que nous pourrions considérer particulièrement dans son cœur à son ré" \eil. La première, un zèle très-ardent de procurer la gloire de son Père, et d'établir son royaume ; la seconde, un désir très-grand de détruire l'empire du diable et du péché. Il ne se réveillait jamais qu'avec ces pensées, il ne se levait que dans cette vue ; et comme il n'était sur la terre que pour accomplir ce dessein, il considérait tous les jours de sa vie que son Père lui donnait en ce monde, comme un temps précieux qu'il ne devait employer qu'à cet ouvrage.

Oh ! que notre lever et que toutes nos journées seraient sanctifiés, si, à notre réveil, nous pouvions nous animer par cette vue, et nous remplir le coeur de ce désir, mais fortement, mais solidement, mais ciïïcacement ! La journée présente, aussi bien que la vie, ne nous est donnée que pour travailler à détruire le règne du péohé, et à établir celui de Jésus- Christ; c'est notre emploi, c'est notre occupation, c'est notre devoir. Ayons donc cette pensée, réveillons-nous avec ce désir, levons-nous dans ee dessein, pour nous y rendre fidèles pendant le jour, et disons comme saint Paul {Rom. xiii, 11 seq.) : Hora est jam nos de sommo surgere, nunc enim propior

est nostra sains abjiciamiis eryo opéra tencbra-

rum... sed induimini Dowinum Jesitm Cliristum; c'est le moyen de se lever chrétiennement.

Lnfin, le troisième mystère est celui de la résurrection, dont notre réveil est une imago. Car nous sortons de notre lit qui nous doit être une figure du sépulcre; nous sortons du sommeil qui est une image delà mort, pour reprendre, pendant le jour, une nouvelle vie : Vclul de tenebris et imaijinaria morte revocati, dit Cassien à ce sujet. (Coll. 2, cap. 26.) D'où vient qu'il appelle le réveil une imaiîc d'une continuelle résurrection, imago quotidianœ resurrecttotiis, dont il dit que les fidèles remercient Dieu tous les matins, on lui offrant leurs prémices par Jésus-Christ : Qui Ckrinto fidclilcr famiilantur, primilias fructtium stiorum per summum tncerdotem Jexum Cliristum pro usu vitœ liujus et imagine qnotidinnœ resnrrectiouis exsolvuul. Notre réveil est donc une image de la résurrection de Jésus-Christ, où ce divin Sauveur se réveille du

sommeil de la mort : Ego dormivi et somnum api, et exsurrrexi {Psal. m, 6); et c'est pourquoi nous le devons offrir en l'honneur de ce mystère ; aussi devons-nous dire tous les jours pour ce sujet : Mon Sauveur, nous vous offrons notre réveil de demain en l'honneur de vos réveils et de votre sainte résurrection.

Or je trouve deux dispositions générales que cet état de Jésus-Christ ressuscité porte particulièrement : la première, éloignement et séparation de toute créature ; la seconde, union et application totale à Dieu. Car dans ce mystère, il quitte ce monde et s'éloigne des pécheurs ; il s'écarte des créatures ; il se retire de la terre ; il en quitte l'usage, et se retire dans le sein de son Père pour y être consommé à jamais. Séparation de la créature, application à Dieu : deux choses que porte nécessairement la sainteté de cet état, et qui sont aussi dans la doctrine de saint Paul, les deux grande* obligations des Chrétiens qui veulent entrer en communion de ce mystère : Si consurrexistis cum Cliristo, quœ sursum sunt quœrite, quœ sursum sunt ta pite, non quœ super terrant. {Col. m, 1, 2.) Or vous entrez en participation de la résurrection de Jésus- Christ à votre réveil, vous y ressuscitez comme lui, en quelque manière ; donc, quœ sursum sunt quœrite, non quœ super terram; entrez dans le désir de vous séparer du monde, de la terre, du siècle ; de ne point rechercher pendant ce jour le divertissement des plaisirs, les satisfactions de la chair, pour ne vous occuper que de Dieu seul, de l'éternité, du paradis ; en un mot quittez ce monde et tous les soins inutiles de cette vie, pour ne penser qu'à l'autre. Voilà le moyen de sanctifier notre réveil et de nous réveiller chrétiennement.

Pour l'habiller, qui est la seconde chose que nous renfermons dans le lever, afin de le faire aussi chrétiennement, nous pourrions honorer Jésus- Christ se revêtant de notre mortalité, et entrer dans les dispositions qu'il eut en 'se couvrant aussi de nos habits. Or nous en pouvons remarquer deux particulièrement, l'une de pénitence, l'autre de religion. De pénitence, pour satisfaire à son Père, car c'est pour cela qu'il prend une chair passible ; il veut souffrir, et satisfaire par sa souffrance à sa juslice. De religion, car il y vient pour adorer son Père, pour lui rendre ses hommages, et tous les devoirs de sa religion qu'il renferme tous, et qu'il consomnie dans le sacrifice de sa mort. Or il me semble que ce sont les deux sentiments que nous devrions prendre, en nous revêtant de nos habits; car remarquez que nous en avons de deux sortes, les habits de dessous et les habits de dessus. Ceux de dessous, qui sont des habits séculiers et communs à tous les hommes, nous ne les devrions jamais prendre qu'avec des sentiments profonds de pénitence ; car les babils nous sont une marque continuelle dr notre crime : ils nous doivent faire ressouvenir que nous sommes pécheurs, cl par con

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séquent qu* nous sommes obligés à la pénileuce. Dans l'élat d'innocence, riioninie n'avait point besoin d'habit pour se vêtir; car un certain rejaillissement de la gloire de Dieu qui l'environnait même à ^'extérieur, lui servait de vêlement. C'est pourquoi, selon la remarque du grand saint Macaire, il est dit, dans l'Écriture, de nos premiers parents, qu'aussitôt après qu'ils eurent péché, et qu'ils eurent perdu avec la grâce ce riche vêtement, ils commencèrent à connaître leur nudité, dont ils ne s'étaient point auparavant aperçus, cognoverunt se esse nudos; et Dieu ensuite leur donna des habits : ce qui nous doit apprendre que nos habits sont des suites de notre crime et des marques que nous sommes pécheurs. Et Dieu nous revêt exprès des dépouilles des bêtes, pour apprendre à l'homme qu'il s'est rendu semblable à la bête : Comparatus est jumentis imipientibus, et similis facttis est illis. (Psfl/. XLViii, 13. ) Ainsi, en prenant nos habits, nous devons, comme des pauvres criminels, rougir de honte ; et bien loin d'y chercher le sujet de notre gloire, nous devons y prendre le sujet de notre confusion ; ainsi renoncer à tout ornement superflu. Quelle folie pour un coupable de se glorifier de ses fers, et de vouloir qu'on dore ses chaînes pour en tirer quelque vanité ! Jamais un criminel a-t-il pensé de faire orner son échafaud ou sa potence ?

Pour l'habit de dessus qui est la soutane, je dis que nous la devons prendre avec des sentiments de religion ; car c'est l'habit de la rehgion de Jésus- Christ, que l'Église nous a donné, lorsqu'en recevant la tonsure et entrant dans l'état ecclésiastique, nous en avons fait une particulière profession aux pieds de notre évêque. Accipe habitum relîyiGnis, nous a-t-il dit; c'est l'habit de la sainte religion: il faut donc le prendre avec des sentiments de religion, de respect et d'amour, et pour cela tous les matins en le prenant je voudrais faire trois choses : 1° Prendre garde de n'en point profaner la sainteté, par des ornements vains, superflus et séculiers, que l'on pourrait mettre par-dessus cet habit, comme des dentelles, des ornements de soie, des glands, des manchettes hautes et plissées que les canons mêmes défendent expressément aux ecclésiastiques. 2° Pour marque de notre estime pour cet habit, faire résolution tous les matins en le prenant de ne le quitter jamais, et imiter en cela l'estime que les saints religieux ont pour le leur; le baiser même tous les malins en le prenant par un sentiment de respect et d'amour. 3° Renouveler la profession de la cléricalure que nous avons faite aux pieds de notre évêque, lorsqu'on nous l'a donné pour la première fois; entrer dans de nouveaux sentiments de servitude envers Dieu et son Église, et dire pour cet effet : Dominus pars hœreditatis meœ, etc.. {Psal. XV, 5) ou bien quelque autre parole de ce psaume Conserva me. Domine, etc... (Ibid., 1.)

Enfin à ces deux sentiments de pénitence et de religion, nous en pourrions ajouter deux autres,

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