CHAPITRE X
Quelques autres exemples, qui montrent Cimporlance de la fidélité dans les petites choses.
Nous lisons, dans la Yie de sainte Meclhilde, que, comme elle considérait, un jour de vendredi saint, ce que le Fils de Dieu avait enduré dans sa Passion, et les tourments que lui avait fait souffrir la cruauté des bourreaux, elle lui demanda ce que les hommes pourraient faire pour reconnaître cette bonté infinie avec laquelle il avait tant souffert pour leur amour. A quoi ce divin Sauveur répondit qu'il leur était aisé de l'en remercier, et qu'ils satisferaiertl parfaitement à ce qu'il exigeait d'eux pour ce bienfait, s'ils voulaient seulement se laisser lier par l'obéissance. Je serai satisfait, lui dit-il , pour les outrages que fai reçus, si, dans les maisons oii l'en fait profession de me servir, on observe exactement les r-^gles ; ce qui toucha tellement cette sainte, qu'ciit eût mieux aimé mille fois mourir , que de manquer à la moindre de ses règles.
On sait combien saint Bernard fut récompensé de cette grande exactitude aux règlements de sa communauté ; car, comme il était un jour dans son oratoire avec le Fils de Dieu qui lui était apparu , on vint à sonner la cloche qui avertissait les religieux d'aller balayer la maison. Aussitôt le saint quitte son bien-aimé Sauveur; et, sans avoir égard aux consolations ineffables qu'il goûtait dans une telle compagnie, il se rend où la cloche l'appelait. Ce que Notre-Seigneur eut pour si agréable, qu'il l'attendit dans sa cellule ; et quand le saint y fut de retour, son bien-aimé lui dit avec des caresses pleines d'amour : Mon fils, vous avez très-bien fait d'obéir, et de m'avoir quitté pour aller ou l'obéissance vous appelait : si vous eussiez agi autrement , je vous aurais quitté, et vous n'eussiez pas eu le bonheur de me retrouver ici. Voilà le fruit de la parfaite obéissance aux règles.
L'histoire fait un bel éloge d'un saint solitaire nommé Zosiine, que l'on dit avoir vécu dans sa comnumauté avec une si grande exactitude , que pendant l'espace de cinquante ans, il ne fit pas la moindre chose contre sa règle, et ne la viola pas en quoi ([iKî ce pût être. C'est ce qui lui attira de Dieu des iK'uédictions extraordinaires , tout à fait inconnues à ces esprits indépendants, qui veulent vivroen tout comme il leur plaît.
Tous ces exemples montrent clairement combien Dieu veut que ses fidèles serviteurs s'assujcliièscii
mi TRAITE DE L'ODEISSANCE. — TAUT. lll
à l'ordre , dans los plus petites choses. Aussi les vovons-nous s'y rendre si fidèles, qu'ils considèrent les moindres observances, de la même manière que Moïse considérait la manne que Dieu avait donnée à son peuple dans le désert, c'est-à-dire comme leur aliment ordinaire, qui doit servir à les fortifier contre leur faiblesse naturelle , et à les conduire sûrement à la perfection. Le peuple ne savait ce que c'était que celte manne : Apparuit in solitudine mî- "nutum , et filii Israël iynorabaul quid esset. Mais Moïse , éclairé de Dieu , leur dit : Voilà le pain que Dieu vous envoie pour vous nourrir : Iste est panis quem Domiuus dedtt vohis ad vescetidum. {Exod. xvi, H, 13.) Voilà ce que disent aussi les personnes fidèles à Dieu dans les communautés , l'orsqu'il se Rencontre de petites choses à faire pour l'observation de leur règle. Les personnes lièdes ou légères n'y pensent pas ; mais les personnes ferventes , à l'exemple de Moïse et des amis de Dieu , disent en çlles-mèmes : M'ninlum hoc, est panis quem dédit vobis Dùuiinus ad vescendum , et ils s'y rendent aussi rxacts que si c'étaient des choses très-imporlantcs.
C'est ainsi que saint Vincent Ferrier, au milieu de ses emplois apostoliques, de ses grandes occupalions , et de ses travaux Incroyables , ne laissait pas de se soumettre à toutes les observances de sa règle ; jamais il ne voulait de dispense, et on le voyait aussi fidèle aux petites choses, qu'un jeune novice qui n'a rien tant à cœur que cette ponctualité.
Saint Bernardin de Sienne prêcha seize ans entiers, et quoique tous les jours il fit une prédication aux moines, quoiqu'il eût en même temps beaucoup d'autres affaires importantes pour le bien des âmes, il ne manqua jamais d'assister au chœur, ni de se rendre aux plus petits exercices de sa communauté.
Le P. Balthasar Alvarez, religieux de la Compagnie de Jésus, que sainte Thérèse estimait rhonnfic le plus parfait de son siècle, était si exact à l'obéis^ sance, qu'il ne voulut jamais manger la plus petite chose hors des repas, ni écrire le plus petit billet sans permission.
Saint Louis de Gonzaguc, religieux de la même compagnie, n'eût pas transgressé la moindre de ses règles, pour tout le bien du monde. Jamais il ne rompit le silence ; jamais, étant novice, il ne se dispensa du moindre des exercices ; jamais, après sa profession, il ne se relâcha de son exactitude et de sa première ferveur. Un de ses compagnons d'étude lui demanda un jour une feuille de papier ; mais il ne voulut point la lui donner, avant d'avoir été trouver son supérieur, pour en obtenir la permission. Tout cela ne paraît que bagatelle aux yeux du monde , mais tout cela est très-considérable aux yeux des saints ; et, quelque incroyable que cela paraisse, il est très-vérilable que celle exactitude à