DE LA SOUMISSION AU REGLEMENT
bô8
gneur, la perdra, et celui qui la méprise, la trouvera.» {Luc. XVII, 23.) Ceci est vrai, même à la lettre ; Ci.r l'expérience prouve que ceux qui affectent tant de singularités, et qui se délicatent le plus, deviennent souvent plus maladifs et plus infirmes ; ils ruinent leur santé, par les mêmes voies par lesquelles ils prétendent la conserver. Ceux au contraire, qui, se confiant en Dieu, suivent le train de la communauté, autant que les supérieurs les en jugent capables, se soutiennent aussi longtemps, tout infirmes qu'ils sont, que s'ils avaient joui d'une meilleure santé. J'rti vu dans le momie, dit un célèbre cardinal, plusieurs gentilshommes et d'autres personnages distingués, tellement délicats et difficiles dans leur manger, qu'ils étaient souvent dégoûtés des mets les plus agréables an goût, et demeuraient toujours faibles et maladifs ; tandis qu'après avoir embrassé tine vie austère dans une communauté, ils recoiivraient la santé qu'ils n'avaient pu trouver dans le monde, servaient Dieu dans les jeûnes, les veilles et la pauvreté, et se nourrissaient même avec plaisir, des viandes les plus grossières.
Un religieux, qui avait été un fameux médecin avant sa conversion, ayant refusé un jour, de prendre la nourriture commune de la maison, comme contraire à son tempérament, et causé par cette singularité un sujet de scandale à ses frères, la sainte Vierge, patronne de l'ordre qu'il avait embrassé, lui apparut la nuit suivante, tirant d'un vase d'or une nourriture céleste qu'elle distribuait à tous ccuï: de la niaison ; mais étant venue à lui, elle lui refusa celle faveur; au moment où il ouvrait la bouche pour recevoir cette manne du ciel, elle retira sa main en lui disant d'un ton sévère : Médecin, traite-toi toimême. (Lnc. IV, 23.)
Nous lisons dans la Vie de saint Dorothée, qu'étant fort abattu d'une fièvre à laquelle il était sujet, il ne se rendait pas pour cela moins fidèle au règlement, et prenait soin , comme à l'ordinaire, des hôtes et pèlerins. Comme il ne pouvait s'éveiller le matin, à cause de son emploi, qui l'obligeait à se coucher fort tard, et à se lever même quelquefois pendant la nuit, il avait prié un de ses frères de l'éveiller, afin qu'il pût se lever avec les autres, et aller avec eux à l'oraison. Dieu bénissait tellement son obéissance, que dans ces occasions il ne se trouvait pas plus abattu qu'à l'ordinaire.
Saint Grégoire le Grand, tout incommodé qu'il était, ne laissait pas de se rendre très-exact à toutes les observances de sa communauté. Ses notables infirmités n'altéraient point tellement sa santé, qu'il ne lui en restât autant qu'il lui était nécessaire, pour travailler avec bénédiction dans l'Eglise, ei pour s'y acquitter des grands et difficiles emplois doi^t il était chargé.
Saint Paul ermite, saint Antoine , saint Romuald, an milieu de leurs très-rudes pénitences, et de leurs auilcrilcs pros'iuc incroyables , n'ont jws Vjihié
d'aller ju'squ'à une extrême vieillesse ; le premier avant vécu cent treize ans, le second cent cinq, le troisième cent vingt. Saint Bernard a prolongé assez loin sa carrière, quoique très-infirme, et toujours très-exact à sa règle. C'est à Dieu qu'il appartient de régler le nombre des jours, c'est lui qui en tient le compte , qui allonge ou qui abrège notre vie comme il lui plait; aussi une âme pleine de confiance et d'une foi vive se tiendra toujours dans une telle dépendance de la divine providence, que jamais elle ne craindra de nuire à sa santé ou à sa vie, en se soumettant à ce que Dieu demande, et en observant fidèlement les règles qu'il nous donne par l'organe de nos supérieurs.